‹ La bataille de la Marne (volume 2)Chapitre 51 sur 90 · Re LA BATAILLE DE LA one FOR * Es RS PESTE RER A · texte numérisé non relu

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Mais le haut conretidentite français a vu les événements se dérouler conformément à ses prévisions, et c’est avec une sorte d’allégresse intellectuelle qu’il aborde la bataille décisive, dans les

Joffre a prévenu ses lieutenants. Par ses ordres écrits, par ses entretiens, par des communications verbales journalières, il n'a cessé de les éclairer sur ce qui se passe et sur ce qui va se passer, sur le rôle particulier incombant à chacun d’entre eux. Il ne fait … pas comme Moltke en 1870 : il ne cache pas son jeu. La raison ne craint pas la lumière. On peut imaginer maintenant l'effet pro- … duit dans un esprit comme celui de Foch, commandant l’armée qui va recevoir le principal choc allemand, par l’ensemble de la situation à lui exposée et confiée par le général en chef,

Pour une fois que nous avons l’occasion de pénétrer dans la psychologie d’un grand homme de guerre et de suivre, dans son esprit, la fermentation de ses études et de son expérience, il faut la saisir.

Foch se prépare à livrer bataille, L’esprit du chef, E

Foch a, d’abord, pour lui sa parfaite éducation militaire. Savoir est parfois un péril, mais, ne pas savoir, c’est le néant. J’ai demandé à un des excellents généraux de l’arméefrançaise, le général Debeney, si Lors en pleine action, 1l s'était souvenu des leçons de l’école ; il m’a répondu avec Re de simplicité : « Non, mais cela m'a donné confiance. » È

Telle est justement la pensée de Foch sur la valeur du savoir. Je cite son texte, si plein, daté du 127 septembre 1918 : « C’est = en développant par l'étude leur puissance d’analyse, puis de synthèse, c’est-à-dire de conclusion, dans un sens purement objectif, dans des cas prévus, pris pour cela dans l’histoire, qu’on donnera « aux hommes appelés à conduire des troupes la capacité d’asseoir une décision prompte et Judicieuse, qu’on leur assurera, de plus, la confiance pre pour prendre les décisions sur le terrain de J’action (1). » ;

L'homme est prêt ; il a confiance en ses forces ; il sait la guerre ; < il a réfléchi sur l’objet de celle-ci, sur ses méthodes, ses ressources. Par un dur martelage, la qualité de son esprit s’est forgée et ilen a fait connaître la trempe par son enseignement à l'École de guerre et par ses deux livres : Les Principes de la guerre (professé en 1900)

(1) Préface à la nouvelle édition de la Conduite de la guerre.

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Conduite de r guerre (publié en 1903). De l'un à Pautre, on sel 44 progrès de l'esprit, l'âme restant la même. Les Principes dé 7 un tempérament hardi, entreprenant, parfois téméare, , — un peu jeune. On sent, é le livre, la joie de vivre et de penser. L'animal nerveux qu'est ce brillant officier se donne du hamp ; il galope droit devant lui.

2 | Déjà, il s’apaise avec La Conduite de la guerre. C’est que, dans ce livre, il s’attache à soulever le poids de la défaite de la France en 1870. Or, en déterminant les raisons de la défaite française, il a: cherche les causes de la victoire allemande et il les juge toutes deux. I1 domine son sujet et il ne se laisse pas éblouir, même par les succès, même par le ton sentencieux du vieux Moltke (qui est, É . bout, au fond, un malin). Plus d’une fois, il perce à jour le jeu du prend état-major allemand et le ramène à l’école des deux äîtres toujours supérieurs : Napoléon et le bon sens. Foch a, | ne toute l’école française, le culte de Napoléon. Ce serait un danger, — car la vie ne se recommence pas. Mais des hommes comme Joffre et Foch obéissent à une loi supérieure même aux exemples napoléoniens, — la raison. C’est leur contrôle suprême. ne savons, par ses livres, ce que furent les études de Foch, “comment elles ont nourri sa capacité native, militaire, tactique, - Stratégique. La deuxième édition de La Conduite de la guerre, pos- . térieure à la guerre russo-japonaise, lève un voile sur les derniers - progrès de sa formation, ceux qui ont précédé immédiatement la … guerre. Le côté économique, matériel et moral lui est apparu plus nettement : il n’est plus seulement un officier de troupe, ou même un officier d'état-major : il a creusé le problème « national » et ce EE qu'il appelle précisément l’industrie de la guerre.

. Ces études, ces réflexions ont fini par implanter des règles mili- À taires non moins précises dans ce vigoureux esprit.

Le Au point de vue de la haute tactique, voir clair et, pour voir clair, une avant-garde générale puissante à la Napoléon : c’est dire que Foch est opposé aux thèses risquées, qui furent lancées, un peu plus tard, par le colonel de Grandmaison.

Une fois éclairé, le chef ne doit penser qu’à agir, « mais, d’après des faits précis et non d’après des hypothèses qui se réalisent rare- ment, pour si logiques qu’elles soient ». Expliquer toujours aux su- bordonnés ce que l’on attend d’eux. Done, point de mystère : la clarté qui inspire la confiance | < Étant donné que le plan allemand (car il y aura certainement un plan allemand) aura pour objet de réaliser une manœuvre montée | priori, une attaque arrêtée, fixée dans son exécution (direction

et moyens), Foch conseille vivement au commandement français de garder toute sa liberté d'action : « Infléchir les opérations à la demande des circonstances qui se révèlent à chaque pas, pour faire progresser sa stratégie de résullat en résultat, d’un pas lent et sûr, mais toujours dans la direction visée, vers l'objectif assigné à tous les efforts, à la suite de l’examen préalable de La situation générale, … militaire et politique. » On voit que nous n’imaginions rien quand nous opposions le pédantisme allemand au sens de la réalité du haut commandement français. Les deux systèmes sont réfléchis, voulus ; et, le français combien plus souple !

Le but di chef est de chercher la bataille. Mais l’art est de la livrer à fond avec le maximum de forces. Ici, deux grands principes stratégiques dominent la pensée de Fodlé il aura à les appliquer surtout quand il exercera le commandement en chef : le premier de ces principes, c’est qu’il faut éviter, par-dessus tout, la guerre de positions, « la guerre parallèle », pour rechercher la bataille de manœuvre qui entraîne, sata lee un choix et. | des sacrifices. Avec la bataille, le bot, à la guerre, est la victoire : J

Que les intérêts secondaires disparaissent donc pour ne pas obscurcir la vue, que nous devons garder nette, de l’objectif principal et du seul moyen de l’atteindre, la masse aussi forte que possible : « Il y a beaucoup de bons généraux en Europe, mais ils voient trop de choses ; moi ê je n’en vois qu’une, ce sont les masses ennemies. Je tâche de les détruire, bien sûr que les accessoires tomberont d’eux-mêmes » (Napo- | léon).

Dans des études à courtes vues, ne morcelons plus la défense du pays en celle de Paris, des Côtes, du Cotentin, de la province ou d'autres frontières menacées; la sécurité, pour tous ces points, résultera de la. réunion de toutes les forces en un point central d’où elles pourront agir offensivement contre l’armée d’invasion. Dans le même esprit doit . être traitée la protection des intérêts locaux, quelle qu’en soit la nature. La défense nationale — Salus populi suprema lex! — ne doit prendre ces intérêts en considération et en compte, ne doit les couvrir spécialement que dans la mesure où ils touchent à l’action de guerre, et, comme celle-ci place tout l’enjeu de la lutte sur un seul acte, la rencontre du gros des forces adverses, que dans la mesure où ils intéressent cette rencontre. Agir autrement serait s’affaiblir au point principal, au profit d'intérêts secondaires, momentanément protégés ou garantis; Ce serait compromettre l'issue de l’acte décisif de la campagne et préparer. un échec d’où sortirait, finalement, la ruine, même des intérêts secondaires.

Le second principe sur lequel le profond esprit, qui a pénétré si. avant dans l’art napoléonien, revient à chaque occasion, et qu il appliquera, surtout à la fin de la guerre, avec une autorité magis=

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Ms, se condense en une seule et unique formule : pas de détachement. La bataille de manœuvre ne doit pas être recherchée au prix de certaines actions isolées. Toutes actions isolées sont vouées à l'échec.

Il y a, au fond de cette opinion qui s’affirme sans cesse et qui fut la cause principale des belles victoires finales, une confiance en la suite, en la série, en la masse qui est encore du haut domaine de la raison française, et qui est contraire, d’instinct, au principe d’allongement par les deux bras qui est la méthode de Schlieffen, la méthode allemande. On pourrait dire, à coup sûr et d’avance : « Ceci battra cela! »

Dans l’étude si prenante de la formation d’un grand esprit, - mous venons de reconnaître l’origine des doctrines tactiques et stratégiques (et combien nous en raccourcissons l’exposé); mais pour la formation de l’âmé, d’une telle âme d’action, il faut voir … se dégager les principes d’énergie vitale et même ceux qui se rat- … tachent à la destinée humaine et visent l’au-delà. Ils doivent nous être présents à l’heure où Foch, à la veille de la batailles … les sent, pour ainsi dire, gonfler son cœur :

| Victoire égale volonté... Une bataille gagnée, c’est une bataille où

l’on ne veut pas s’avouer vaincu. |

. — La victoire va toujours à ceux qui la méritent par la plus grande

force de volonté et d'intelligence.

| — L'armée est au chef ce qu'est l’épée au soldat ; elle ne vaut que par

. Vimpulsion qu'il lui imprime.

.. — N'est-ce pas dans l’influence du commandement, dans cet enthou-

siasme communiqué par lui qu’il faut aller chercher l'expression de ces

mouvements inconscients de la masse humaine dans ces moments so-

lennels où, sans savoir pourquoi, une armée, sur le champ de bataille,

se sent portée en avant, comme si elle glissait sur un plan incliné ! \ — Ce sont les généraux et non pas les soldats qui gagnent les ba-

tailles. Un général battu est un général disqualifié.

se « Un général battu est un général disqualifié : » Le voilà done tenu à vaincre. Chaîne dure, à laquelle il s’est attaché lui-même.

Es Mais il sait bien aussi comment on en porte le poids : avec

* l'énergie et le ressort vital, la loi morale, la foi en une destinée

supérieure, les braves cœurs sont, en somme, les maîtres des événements. Du moins, on n’a pas encore trouvé autre chose : « A notre époque, qui croit pouvoir se passer d’idéal, rejeter ce qu’elle appelle les abstractions, vivre de réalisme, de rationalisme, de positivisme, tout réduire à des questions de savoir ou d’emploi d’expédients plus ou moins ingénieux mis en œuvre au jour le jour, on ne trouve encore pour éviter l'erreur, la faute, le dé-

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