‹ La bataille de la Marne (volume 2)Chapitre 52 sur 90 · RE ND · texte numérisé non relu

RE ND

sastre, pour fixer la tactique à pratiquer un jour donné, qu’une seule ressource, — mais celle-là, elle est sûre, elle est féconde, — le culte exclusif de deux abstractions du domaine moral : Le devoir, la discipline, culte qui, d’ailleurs, pour produire des résultats heureux, exige le savoir, le raisonnement (1)... »

Voilà l’homme tel qu’il s’est voulu, choisi (si je puis dire) et préparé lui-même; tel est l’homme de l’avant-guerre : savoir, raisonnement, discipline, devoir, enthousiasme et foi. Tout cela est d’un cœur pur, d’une éducation saine, d’une formation d'élite. Mais que seront ces promesses, quand sonnera l’heure des réalités ? Comment ces fleurs brillantes tourneront-elles en fruit ?

Le professeur éminent commande, pour la première fois, dans la guerre de 1914. Nous l'avons vu à la bataille de Morhange; on lui a confié le 20€ corps, ce fameux 20€ corps qui doit pénétrer le premier en Allemagne. Nous ne reviendrons pas sur l’événement. Le moins que nous puissions dire, c’est qu’il a mis le maître face à face avec la réalité. À peine le contact est-il pris, que tous les systèmes s’écroulent. Tandis que l’on croyait surprendre, on est surpris. Les forces ennemies sont plus considérables et mieux armées et préparées qu’on ne l’eùt supposé. Les effets de l’artillerie lourde se découvrent. Telle est la leçon des faits. Elle n’est perdue ni pour Foch, ni pour son chef Castelnau. Ils savent, maintenant, à quel ennemi ils ont affaire et, immédiatement, la 2e armée commence cette magnifique manœuvre en retraite qui sauve Nancy, et, en communion avec l’armée Dubail, fixe l'ennemi à la trouée de Charmes et le contraint bientôt à regagner, et pour toujours, de ce côté, le territoire allemand. Le commandement français a recueilli, dans sa première défaite, l'expérience de sa prochaine victoire : la « bataille des Frontières » perdue ne sera que le premier acte de la victoire de la Marne.

Foch a donc reçu le baptême du feu. La confiance qu’on avait en lui s’en est accrue. Joffre, excellent appréciateur d'hommes, le désigne aussitôt pour le commandement d’un détachement d'armée qui devient bientôt la 9 armée, et il lui assigne la mission la plus difficile, celle de maintenir, dans la retraite générale, la liaison entre les armées de l’est et les armées de l’ouest. Foch est jeté à la fissure.

(1) Voir commandant A. GRASSET, Préceptes et jugements du maréchal Foch, extraits de ses œuvres, Berger-Levrault ; Raymond RecouLy, Foch. Le Vainqueur de la guerre, Hachette ; Général pe LACROIX, le Général Foch. Collection France-Amérique. Mon article sur la doctrine de Foch dans J'ai eu, numéro du 15 décembre 1918, etc.

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