D LES MARAIS DE SAINT-GOND
. On connaît sa belle retraite jusqu’au sud des marais de Saint-Gond. C’est lui qui gardera l'articulation du massif et de la . plaine, le point où, selon toute vraisemblance, se portera l'effort maximum de l'ennemi. C’est à cela qu’il réfléchit lorsque, après avoir donné ses ordres pour la journée du 6, il ramasse en sa pensée tout ce que l’étude et la réflexion lui ont appris, tout ce que la pratique de la guerre vient de révéler à son ardent esprit. Certes, il ne connaît pas les projets de l’ennemi. Il ne peut Ë deviner que deux armées, l’armée Bülow et l’armée von Hausen vont tomber sur sa petite armée, dont ils ignorent d’ailleurs l’existence, pour tenter de rompre le front français. Mais il sait qu’il peut compter sur ses troupes, sur ses lieutenants et sur les armées voisines. [Il connaît les desseins du général en chef; il sait que la “manœuvre de Maunoury aura une répercussion sur sa propre ets et que son rôle n’est pas isolé, mais se rattache à une action générale. Donc, pour vaincre, il faut combattre non dans isolement, mais dans l’union, il faut tenir et attendre. La vive telligence du subordonné entre, pour l’exécution, dans la pensée “du chef. Tout cela est d’une beauté intellectuelle et morale si complète, d’un travail si achevé, qu’il suffit de le reconnaître pour comprendre les causes de la victoire.
La 9° armée, le 6 septembre. Liaison avec la 5° armée.
Lab. M
Au point précis où le massif tombe sur la plaine, faisant barrage sur la route n° 51 qui, conformément au plan de Moltke, devient le droite du front d'attaque allemand, la 42 division (général Grossetti) maintient une étroite liaison avec l’armée Franchet d’Esperey. La division, installée en bouchon sur la route, à la pente sud de la chenille des Grandes-Garennes, entre la ferme Chapton > Soizy-aux-Bois, garde là et à Mondement le défilé qui franchit L sec l’ouest des marais de Saint-Gond. Par Villeneuve-Charleville, Charleville et le Clos-le-Roï, elle donne la main au 10€ corps e l’armée Franchet d’'Esperey qui va se battre pendant toute la urnée du 6, pour le Clos-le-Roï, le Guébarré et les abords de la iorêt de Gault. Rappelons que Joffre avait dit : « La 9 armée “couvrira la droite de la 5e armée en tenant les débouchés sud des
marais de Saint-Gond et portant une partie de ses forces sur le pla- “teau au nord de Sézanne. »
La 42e division s’est donc installée avec ses avant-gardes jus- "à Soizy-aux-Bois, pour prendre .dès le 6 au matin, les avantages
e l'initiative. A sa droite, depuis Oyes, le % corps (général Dubois)
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a sa division marocaine (générel Humbert) au sud des marais de Saint-Gond, dans la région de Broussy-le-Grand. La 42e division se trouvait donc un peu en flèche sur la route n° 51. La 17e divi- | sion (du 9% corps), ayant enlevé, pendant la nuit, Toulon-la- ‘ Montagne, avait rencontré l'ennemi à Vert-la-Gravelle. Le front fait donc un zigzag, avec « rentrant » à Broussy-le-Grand. Pour appuyer le « saillant » que fait la division Moussy, on a glissé, derrière elle, la 52€ division de réserve Battesti, en rassemblement articulé autour de Corroy. | A droite du % corps, le 11€ corps (général Eydoux) dispose de: la 21e division (Radiguet) sur la ligne Morains-le-Petit à Normée ; la 22e division (Pambet) s’est fortifiée de Normée à Lenharrée s’appuyant sur le cours de la Haute-Somme ; la 60€ division de réserve (Joppé) est installée en arrière de Sommesous, et la 9 division de cavalerie (de l’Espée) couvre du mieux qu’elle peut le grand espace vide qui sépare l’armée Foch de l’armée de Langle de. Cary, de Mailly à Sompuis. Nous avons dit que c’est un des points les plus délicats du front français.
Voici, par contre, les forces ennemies qui, non sans retard, débouchent et arrivent au contact : ce sont, d’abord, trois corps de l’armée von Bülow : le X€ corps de réserve, le X€ corps: et la Garde. Le XE corps de réserve, engagé à l’ouest de la route n° 51, se heurte en partie au 10€ corps français. Le X€ corps actif, en face de la traversée occidentale des marais de Saint-Gond, s’est. battu le 5 contre la division marocaine entre Courjeonnet et Coizard. La Garde débouche sur Vert-la-Gravelle-Écury-le-Repos, en” direction de Fère-Champenoise.
A l’est, c’est l’armée von Hausen qui devrait, suivant les ordres. de Moltke, prendre la tête de ce mouvement, de façon à faire, pour ainsi dire, fer de lance en direction de Troyes. Mais sa droite, constituée par le XIIe corps, marche en direction de Normée- Lenharrée avec la 326 division seulement, car la 23e division n’arrivera que le soir même du 6 entre Coupetz et Coole, à 15 kilomètres vers l’est. À gauche du XII corps devrait marcher le: XIIe corps de réserve ; mais les deux divisions se trouvent très” loin en arrière : la 23e de réserve arrivera le soir entre Avize et Villeneuve, et la 24° de réserve ne sera elle-même qu’à Vitrylès-Reims. Enfin, séparé des deux autres corps par un intervalle dont Foch saura tirer parti, le XIXE corps oblique à gauche @ cherche à se couler dans la fissure française entre Sompuis et” Vitry-le-François. ;
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Les deux adversaires étant au contact prennent simultanément
Pini iative.
. L'armée von Bülow a, d’abord, pour point de direction Sé-
gar ne et Marigny-le- Grand et, ultérieurement, Nogent-sur-Seine. L'armée Foch a, d’abord, pour point de direction, Champaubert
et, ultérieurement, Dortians, sur la Marne.
4 Les deux manœuvres vont donc s’entre-croiser. Foch a donné
ses ordres pour le 6 au matin. Dès la première heure, il est à son
poste de commandement, à Pleurs. |
- Comme il est très préoccupé de son infériorité numérique, il < donne des ordres précis pour employer au mieux ses prochaines ressources : deux régiments de la 18 division (général Lefèvre), les.
32 : et 114, sont arrivés ; ils sont transportés par convois automobiles dans la région de ne Angluzelles, c’est-à-dire en soutien de la 52e division de réserve qui, elle-même, assure la liaison entre le %œ corps et le 112 corps. D’autres éléments, qui débarquent à Troyes, seront poussés vers Arcis-sur-Aube, le reste sera porté dans la région de Villiers-Herbisse, Semoine, c’est-à-dire à la liaison du 11€ corps et de la % division de cavalerie. Le général se end très exactement compte des points où l’ennemi portera ses | 14708 efforts, c’est-à-dire à sa gauche vers la route n° 51 et à sa droite vers la route n° 77.
En outre, puisque les réserves lui manquent, le général Foch Bic de travailler sur ses lignes intérieures. Une féconde acti- | - vité imaginative et intellectuelle marque, dès lors, toutes les décisions et tous les actes du commandement. Il ne s’endort pas.
Le plan général de la manœuvre pour le 6 au matin est Je sui- « vant. Pour appuyer le mouvement offensif de la 5° armée, en - direction de Montmirail, on prendra l'offensive, et offensive face … au nord-ouest. On cherche l’ennemi et on espère le surprendre, Les avions ont signalé deux larges flots de troupes ennemies descendant vers le sud ; c’est, à l’ouest, celles qui suivent la route n° 51 : on les attaque. Mais c’est aussi, venant de l’est, d’autres colonnes arrivant par Tours-sur-Marne et Condé-sur-Marne : une division a atteint Vertus, des parcs sont à Tours-sur-Marne, Condé, Châ- . lons. Il faudra donc surveiller aussi de ce côté, . Pour le moment, toute l’attention se porte vers l’ouest, puisque, sans attendre l'initiative de l'ennemi, c’est de ce côté que l’on va commencer.
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Voici l’ordre de combat : la 12% division (général Grossetti) débouchera en liaison avec le 10€ corps (de la 5° armée), do ; tion générale Vauchamps-Janvillers. A la droite de la 42e division, le 9% corps (général Dubois) la soutiendra en combattant d’abord sur la ligne des marais de Saint-Gond, d’Oyes à Bannes, avec de fortes avant-gardes au nord des marais prêtes à déboucher sur Champaubert. Le 11° corps (général Eydoux), pour faire face à l’autre danger qui paraît devoir venir de l’est, tiendra intégralement le front Morains-le-Petit-Lenharrée. La 9 division de cavalerie (général de l’Espée) se portera sur Vatry.
Pour este de ces ordres généraux, le général Dubois a. prescrit que, le 6, à 5 heures du matin, les avant-gardes tiendraient : 1° la division marocaine, Congy, canonnant vers Beaunay-Étoges-. Champaubert ; 20 la 17e division, Toulon-la-Montagne avec détachement sur Aulnizeux (c’est la région des Monts), l'artillerie battant directement Étrechy, Mont-Aimé. En outre, la 522 division Battesti, sous les ordres du général Dubois, devait organiser la" ligne Broussy-Bannes (1). Ê
La 42° division et le 9° corps le 6. Combats pour la route n° 51 1 et le débouché des marais de Saint-Gond.
La 5e armée, c’est-à-dire le 10€ corps, attaque done, de concert avec la 42 division, à la première heure, le 6. La 20€ division … (Rogerie) débouche à 6 heures. L’artillerie soutient l'offensive en … tirant au nord de les Essarts-Lachy. À 8 heures, la droite de la … 5e armée et la gauche de la 9 montent ensemble et d’un commun effort à gauche et à droite de la route n° 51.
Mais voici que l’ennemi apparaît. Son artillerie tonne et fou-. droie le terrain découvert entre la forêt de Gault et Soizy-aux-. Bois. L’infanterie ennemie s’avance, les mitrailleuses sur le défilé de la route, les feldgrauen se glissant de part et d’autre dans. les bois. Le temps est orageux. Une pluie fine, qui deviendra, dans la journée, pluie d'orage, tombe, mouille les routes, les rend glissantes ; la chaleur est étouffante. De 8 heures à 10 heures, l'ennemi se renforce. Soizy tombe, et la 42 division se replie sur « Charleville. Elle y livre un violent combat et demande appui à. la 20e division qui lui envoie un bataillon du 47%. Il faut aussi abandonner Charleville, Toutefois, on s'accroche à Villeneuve-lès- Charleville, et c’est là qu’on arrêtera d’abord la première vague d’assaut de l'ennemi.
(1) Général DuBors, Deux années de commandement. dé #
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Vo yons maintenant ce qui s est passé dans la matinée sur le es ste du front, depuis la route n° 51 jusqu’à la route n° 77, c’est-àe sur toute la ligne des marais de Saint-Gond. a division marocaine Humbert a reçu l’ordre de reprendre Cor ngy et de déboucher par Coizard au nord des marais de Saint- ( ond. La brigade Blondlat, partie dès 3 heures du matin, trouve Goizard inoccupé et, continuant vers le nord, entre dans Vire nard et onuet Il fait encore nuit. Les projecteurs allemands D tumient sur les hauteurs de Congy et bientôt l’ennemi apparaît. ‘Une forte attaque tombe sur le bataillon Sautel, à Congy, et sur le régiment de zouaves Lévêque à Villevenard. Congy est évacué. Les zouaves se heurtent à des tranchées déjà organisées entre “Courjeonnet et Congy. Les rafales de l’artillerie allemande rendent toute la plaine intenable. Nos batteries de 75 sont prises à partie pt ripostent énergiquement.
A 9 h. 15, on apprend que les choses se gâtent sur la droite ; la brigade Éon qui, dans la nuit, avait occupé Toulon-la-Montagne e couché à Vert-la-Gravelle, ne se sentant pas couverte sur sa gauche, est obligée d’évacuer Toulon-la-Montagne. L’offensive allemande se développe, accompagnée de tirs d’artillerie lourde ‘qui dominent les nôtres : Blondlat est contraint de se replier au sud du marais.
- On le voit, l’effort commun se porte sur la route n° 51. Il est maintenant 4 heures du soir.
La 42e division s’est installée sur la route même, entre la ferme “Chapton, Montgivrou et la ferme Montalard; c’est, comme le “disait un des généraux qui ont commandé sur les lieux, « le bouhon du goulot ». Si les Allemands passent, la route est ouverte. Le combat a monté soudain sur ces lieux en une rafale effroyable. -« On ne s’entendait plus, disait l’officier supérieur qui conduisait le « bal ». Les arbres craquaient comme sous un cyclone. À chaque instant, un cratère s’ouvrait devant nous. Une brume noire cou- vrait tout. » Grossetti avait conscience de la responsabilité qui pesait sur lui. De la ferme Chapton, il se portait à l’orée du bois pour suivre le combat en personne. La fumée des explosions l’enveloppait. On le croyait perdu et il reparaissait, massif (1). d À gauche, on se battait toujours pour Charleville. La 408 briù gade (colonel Cadoudal) du 10€ corps calait, à gauche, la 42e divi- … sion. L’artillerie commençait à disloquer l’av alanche allemande. Vers le milieu de la journée, cette attaque était enrayée et la
(1) Læ Gorrre, op. cit:
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42e oo, la» main dans la main da la 20e, citron Rs positions. De ce côté, donc, les Allemands sont contenus. c’est tout. x ps: ‘a
A droite, la fin de la journée n’est pas bonne. La division marocaine a dû abandonner la lisière nord des marais de Saint-Gond # sous le feu de l'artillerie ennemie, le général Humbert suspend le mouvement en avant; ses troupes se retranchent au sud des marais. re
Le général Foch est mis au courant de cette situation critique. On lui rend compte que la 42e division et la division marocaine sont prises à partie par deux corps allemands (le X€ de réserve et le Xe corps). Il faut bien admettre que, pour le moment, le débouché au nord des marais est impossible. Et, en plus, la route n° 51 est toujours en péril ; il faut la sauver à tout prix. Le général limite alors la mission à la réoccupation de Saint-Prix, que 42% division, violemment attaquée vers Villeneuve-Charleville. vient d’évacuer. « Surtout, qu’on maintienne les liaisons avec la 42e division et l’armée Frandhet d’Esperey ! Barrer la route ! Barrer la route ! Pas de rupture du front. » bd
La Garde attaque sur Bannes et tente de traverser les marais. 4
Cependant, une autre manœuvre allemande, dont on ne peut: discerner encore toute la portée, commence à se démasquer à droite. Tout à l'heure, c’étaient le Xe corps de réserve (génére von Eben) et le Xe corps (général von Emmich) qui attaquaient de front des deux côtés de la route n° 51 ; maintenant, la Garde (général von Plettenberg) entre en ligne et elle paraît avoir l’ordre de tra= verser les marais de Saint-Gond par la route du milieu. S'agit-il simplement de seconder l'offensive de front des deux autres corps de Bülow, ou bien est-ce l’esquisse d’un mouvement tournant par la droite de l’armée Foch pour amener la décision tactique de là bataille ? g-
Ce qui est certain, c’est que la Garde, donnant la main, à l’ouest, au Xe corps et tendant la main, à l’est, à la 328 division saxonne de von Hausen, s’engage sur la route de Coizard-Bannes qui trave les marais. « Des moustiques bourdonnaïent par myriades sur les marais de Saint-Gond et un violent feu de 75 français barrait 14 route quand la Garde s'avança pour l’attaque. De grandes surfaces presque planes avec de trompeurs abris d’aulnes et de rosea desséchés par la chaleur de l’été, temps orageux promettant de la | pluie, et en face l’aile gauche de la 9 armée franddiel pre à fai
” e ? = Pre Er d Le y è rs Z +4 ‘a PE 4 É LE #4 Le KE 2: 5e & = + AS LraLe ST Fe m' es Se GAS 1": Leu et . r :
Dr LES MARAIS D SAINT-GOND PE RRE: :
, telles les ohiosés dan vues du camp allemand quand et épisode de la bataille s'engagea.
“Be voici le même spectacle, vu du côté français et du sommet du ont-Août :
- Le Mont-Août, chaînon détaché, du massif d’Allemant auquel il se relie par une longue crête ondulée, domine complètement la région dite des marais de Saint-Gond ; c’est une vaste plaine marécageuse, hérissée d'une perfide verdure paludéenne, recouvrant des prairies tremblantes “que l’on ne peut traverser que sur d’étroites chaussées. A la lisière du marais, une série de villages : au sud, Broussy-le-Grand, Broussy-le- Petit, le Mesnil-Broussy, Bannes et, à l’extrémité est, Morains-le-Petit. Au nord, aucune agglomération ; mais le terrain se relève rapidement vers une ligne de hautes collines boisées où les villages de Coizard- 15 de Toulon-la-Montagne s’enfouissent sous une épaisse verdure. A l’est, s’étend une immense région couverte de bois épais qui se prolonge jusque vers le camp de Mailly. Au milieu des sapins se dressent les hauts clochers d’Écury-le-Repos, de Fère-Champenoise et, plus “au sud, de Connantre (rien n’est plus clair : des marais traversés par une route nord-sud, à l’est un terrain plus élevé et plus ferme entourant la cuvette). Nous sommes détachés de la 52e division de réserve et donnés au 9 corps pour agir du côté de Bannes. “ J1est près de midi : le soleil de plomb brûle les têtes, dessèche les zorges. On n’a pas d’eau... Toujours la canonnade emplit la campagne } sa rumeur immense ; là, en avant, au delà de Bannes, fusils et mitrailleuses font rage ; l'engagement se poursuit avec une violence ex trême (c’est la liaison du 9% corps et du 11° <orps qui essaye d’arrêter à progression de la Garde). De longues files de blessés descendent, se trai nent, cherchent à gagner l’arrière. En dessous et à droite, sur le Fu d du marais, le petit village de Bannes que l’incendie dévore, mêlant ses fumées épaisses aux explosions continuelles des projectiles. Au delà, sur la chaussée, nos troupes reculent. En masses épaisses, les habits gris descendent de Coizard-Joches, pénètrent dans le marais. Par rafales, “nos obus s’abattent, dispersent, détruisent les compagnies, font voler les têtes et les corps. Mais ils sont trop! Sans cesse, le flot hurlant se reforme toujours plus. pressé, toujours plus furieux... Malgré tout, ils En franchi. Ils sont dans Bannes. Ils en gagnent la lisière et cherchent N'à en déboucher. Mais alors, la fusillade française devient si terrible … que les Prussiens, à leur tour, tombent en tas et reculent. Le mouvement est enrayé! Les batteries marocaines arrosent le village sans discontinuer... Guidée par ses officiers, poussée par des serre-files, la Garde s’élance, hurlante, grisée, sûre de la victoire. La fusillade reprend plus . ardente. Les premiers rangs s’écroulent avant d'atteindre le bas de la pente. Les grenadiers hésitent, tourbillonnent. Au pas de course, bien peu réussissent à regagner le village (2).
+ em.
L’artillerie du colonel Besse avait eu sa grande part dans cet échec de l'ennemi. Le général Foch a raconté lui-même que la
. (1) Stegemann.
Fe (2?) Henri LIBERMANN, Ce qu'a vu ur officier de chasseurs à pied, p. 159. | À I. l (
PH ES jt +
Garde avait été prise dans une telle trombe de feu « qu’il y avai de quoi dégoûter à tout jamais les survivants, s’il en restait, de l'envie de recommencer » (1).
L'offensive, sur ce point, paraît donc enrayée ; mais elle s'étend, progressivement, vers la droite française, et la manœuvre qui commence à se dessiner pourrait devenir bien dangereuse.
Le combat du 11° corps, le 6. Écury-le-Repos-Normée.
C’est le 11€ corps (général Eydoux) qui combat de ce côté. Ainsi. que nous l'avons dit, ce corps a reçu l’ordre de se tenir sur la défen- w sive et de garder les passages à la sortie des marais à l’est, sur une. ligne Morains-le-Petit- Écury-le-Repos-Normée-Lenharrée. {
Le général Eydoux quitte Semoine le 6, à 4 heures du matin, et. se porte sur le front.
La 21e division (Radiguet) tient la gauche de Morains à LPS la 22e division (Pambet) la droite de Normée à Lenharrée.
La 60e division de réserve (Joppé) envoie d’abord deux de ses | bataillons à Fère-Champenoise, puis une brigade se porte à Semoine et le reste de la division à Herbisse et nes Ainsi, la division se trouve à droite de la 9 armée. Un escadron et demi est envoyé en liaison avec le 17€ corps de la 4° armée. Aucun incident n’est signalé dans la journée.
De Bannes à Morains-le-Petit, la ligne des marais rend le front: français inabordable, Mais, voici que l’ennemi cherche d’autres voies. Voici la 328 division du XII corps saxon de von Hausen qui débouche et prend contact, vers Normée, avec la 2e division de la Garde, de l’armée Bülow.
Écury-le-Repos devient, de ce côté, le nœud de la bataille, Les choses prennent vite une mauvaise tournure pour le 11 corps. Après une préparation d'artillerie des plus violentes, l’ennemi pro: gresse en terrain sec. La 32e division saxonne, dès midi, a son aile. droite à Clamanges enlevé à ce moment par la 28 droite de la Garde. La division saxonne avance et déborde Écury-le-Repos’ par Normée. Elle se glisse à la faveur des bois.
Les pertes du 11€ corps sont sensibles. D’autre part, le deuxième. échelon, au lieu d’aller à Connantre, est dirigé à Gourgançon où l’on a besoin de lui. Dans l’après-midi, la 328 division saxonnes sollicitée par la Garde, parvient jusqu’en face des villages des Normée et de Lenharrée où elle cantonnera pour la nuit. Les rangs
(1) Ch. LE Gorric, la Marne en feu, p. 130.
: LEE VE nb ré Er EC D nm ed ne ge rire * Duo D Te RU a Fe LES MARAIS DE SAINT-GOND Me
ançais se sont éclaircis à mesure que leurs derars se multipliaient
* que l'attaque ennemie débouchait de partout sur l'horizon. Cependant, un temps d’arrêt se marque vers la fin de la journée : à est que l’armée de von Hausen n’est pas encore tout entière sur le terrain. Ce retard fut, peut-être, le salut de l’armée française. Car, si l’attaque d’encerclement par l’aile droite de Foch s’était à oduite dans cette journée confuse, peut-être les choses se fussents difficilement rétablies. Serqun est utile à consulter pour
€ connaitre les vues de l’état-major allemand sur ce point :
- L’aile droite de Foch couvre les routes qui mènent dans le dos des "armées françaises de l’ouest entre Troyes et Paris. C’est l’endroit le plus vulnérable de tout le front, d’autant plus vulnérable qu'entre la ge armée de Foch et la 4° de Langle de Cary, il y a une brèche béante qui n'est que bien misérablement couverte par la % division de cavare. En dehors de cette division, rien ne ferme la grande ligne de flanc Châlons-Mailly- Troyes (c'est la route n° 77). Mais là, du côté allemand, une brèche aussi s’est ouverte. Elle traverse le milieu de la III° armée (armée von Hausen) dont le XIIe corps et le XIIe corps de réserve se be ittent en contact avec la IIe armée, tandis que le XIX® corps en liaison bite avec la IVe armée est loin encore et s’avance sur Vitry. Cependant, le 11° corps de Foch est rejeté de sa première position vers le sud. Foch se trouve ainsi, dès le premier jour, dans un cruel embarras.
… Stegemann n’est pas absolument exact. Les XIIe et XIIe corps de réserve ne combattent pas en liaison avec la IIe armée. De ges deux corps, une seule division, la 32€, est en contact avec la Garde Je 6 septembre au soir. Nous allons le voir bientôt, Foch n’a pas été seul dans un « cruel embarras ». Ses adversaires Bülow et Hausen 0 nt connu, dans cette première journée du 6, des heures pénibles. vous donc et résumons cette journées du 6 septembre. A la ep emière heure, Foch pensait n’avoir qu’à s’élever au-dessus des we narais pour Dune l'offensive de l’armée Franchet d’Esperey. A s il est pris violemment à partie par des forces qui débouchent # sur a route n° 51, enjeu de cette première partie de la bataille. La 428 division, Méniée s’accroche à la ferme Chapton, qui fait bouchon sur la route. La division marocaine, ayant perdu les | débouchés des marais au nord, bivouaque sur Montgivroux-Mon- dement et la brigade Blondlat sur Broussy-le-Grand et Broussy- %: le- Petit. La 17e division passe la nuit au nord-est de la ferme Nozet, - une brigade en avant-poste entre Broussy-le-Grand et le « champ de bataille ». Le 11€ corps a perdu Écury-le-Repos, Morains, -Normée et Lenharrée. Mais il a pu garder les croupes au sud. En somme, l'offensive de Bülow, marchant sur la Seine et qui evait atteindre Marigny-le-Grand, a contenu d’abord, puis refoulé
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l'offensive française ; mais elle est bien loin d’avoir rompu le f Bu. nt français. L’ennemi a lui-même beaucoup souffert, il a épuisé $ élan, et l’armée Foch reste ferme sur la dératiaive,
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Entrée en ligne de von Hausen dans la trouée de Mailly. À Tandis que l’armée Bülow est déjà engagée à fond, le XII corps (général von Elsa) de l’armée von Hausen, dont la 23e division. marche sur Coupetz, à 20 kilomètres de la 32, n’entre en ligne qu'avec la seule 32€ division sur Normée- ont dans L'après: | midi du 6. En accomplissant ce mouvement, sollicité avec instance par la Garde, non seulement von Hausen manque l’occasion de tomber, comme il lui a été prescrit, sur le flanc de l’armée Foch, mais, étalant son armée en éventail, il accentue la fissure qui n’a jamais été comblée depuis les engagements de la Meuse. Il en est de même, et avec plus d’aggravation encore, pour le XIIe corps de réserve (général von Kirchbach). Celui-ci est hors de cause pour cette journée du 6, puisqu’une de ses divisions ee trouve à 15 kilomètres au nord du champ de bataille de Normée et l’autre à 40 kilomètres. 5 Reste le XIXE corps (général von Laffert) : il s’est attardé à, Châlons-sur-Marne et en part seulement dans la journée du 6 po atteindre le soir, avec une division, le village de Coole où arrive également, à la nuit, la 23 division du XIIe corps. Mais ce qui es! grave ici, —et c’est le résultat de la dualité d'objectif prescrite à von Hason par les instructions du haut état-major, — le. XIXE corps, au lieu de rabattre vers l’ouest, prend ses dispositions. pour surveiller les débouchés de l’est et se retourne en partie de. ce côté; il s'efforce de garder ses liaisons, sur sa gauche, avec. l'armée du duc de Wurtemberg et ainsi, attirant à lui une division du XII corps, il élargit, au milieu de l'armée von Hausen qui devrait être toute ramassée pour pénétrer en pointe dans le flane. de l’armée Foch, une espèce de fourche qui, divisant la force de cette armée et l’appuyant des deux côtés à la fois, l’empêchera de pénétrer dans le front ennemi. Toutes les fautes de l’état-major allemand, et de von Hausen en particulier, se totalisent en ce point : c’est ce que nous avait appris l'étude des carnets et récits allemands bien avant la publication des ouvrages de Baumgarten- Crusius (1) et de von Hausen.
(1) BaAUMaarTEN-Crusrus, Die Marneschlacht 1914 (Leipzig, Lippold, 1919); Deutsche Heerjührung im Marnefeldzug 19 14 (Berlin, A. Scherl, 1921) )
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cela est FAtéRnE plus sensible, que en ce lieu exactement, l'a rmée de Joffre était en grand péril. Le commandement français savait bien ce qu’il faisait en retardant, jusqu’au 6 septembre, la re) ncontre décisive : il n’ignorait pas qu’il existait encore, dans son » propre front, un endroit msuffisamment garni de troupes ; si l’on | s’engageait trop tôt sur l’Ourcq, cette extrémité de la manœuvre de l’ouest, se raccordant avec la bataille de l’est à Maïlly, pouvait être grandement exposée. Tout cela, Joffre le savait et c’est pourquoi il avait hâté, autant qu'il l’avait pu, le prélèvement du s Me corps sur l’armée Dubail, pour venir consolider ce point. Mais la bataille de la Mortagne battait encore son plein. Comment dégarnir Dubaïl?.. Rendons-nous compte de ces angoisses du “oénéral en chef en présence de la rude réalité, et observons comment ses moindres mouvements doivent être combinés à la minute. - J1a donné, le 2 septembre au soir, l’ordre d’embarquer, à partir lu 4, les éléments combattants du 21€ corps et ce corps est en-route “par les voies les plus rapides. Quelques jours sufliront, maintenant, Mais, les aura-t-on?.. Heureusement, la destinée les prête à la “France ou, plutôt, les lenteurs de l’armée von Hausen et les fausses manœuvres de Moltke les assurent à la vigilance de Joffre et de ses lieutenants.
À Au grand quartier général de Luxembourg, on sent bien aussi “que les minutes sont comptées ; on cherche, partout, les moyens > renforcer l’armée d’enfoncement. Pour le 6 au matin, on se - décide à demander le concours de l’armée von Bülow, destinée primitivement à soutenir von Kluck dans la manœuvre contre …— Paris. Donc Bülow, qui, à ce moment même, est appelé à l’ouest par von Kluck, se trouve appelé vers l’est pour venir en aide à “von Hausen. La Garde se jette en plein par le travers des marais de Saint-Gond, pour en finir avec la droite de Foch et l’offensive de von Hausen devient ainsi une offensive combinée des Il: et gi IIT° armées.
En plus, faisant flèche de tout bois, on ramasse ce qui reste de monde en arrière : la 24° division de réserve (XIIe corps de réserve) … s’est attardée à Givet ; on lui donne l’ordre de gagner Vitry-lès- Reims dans la journée du 6. Ce même jour, le 6, un officier de Ja . Garde vient implorer du XIIe corps un appui immédiat vers Écury- le-Repos ; en réponse à cette demande instante, la 328 division, nous l'avons dit, se détache du gros de l’armée et se porte, à l’ouest, en direction de Lenharrée-Normée. Mais, de ce fait, la fissure s’élargit et elle s’installe au plein milieu de l’armée von ausen : le XIIe corps est attiré simultanément à droite et à
gauche, de mème que la pensée du chef est tiraillée simultanément à l’ouest et à lest. | Les chefs, avec la raideur prussienne, infligent à leurs troupes le châtiment de leurs propres fautes. On appelle à la rescousse, pour boucher le trou, un malheureux détachement von der Pforte, qui s’est couché sur la route à bout de forces. Qu'il se lève et qu'il marche ! Mis en mouvement le 6 à 6 heures du matin, il n’ar-. rive dans le bois de Sommesous que la nuit suivante (du 6 au 7) à. 2 heures du matin ! On peut supposer dans quel état ! Les troupes du XIIe corps, qui doivent former la pointe de l'armée von Hart et enfoncer le corps de l'armée de Joffre, ont eu à faire, avant de se battre, dans cette même journée, une étape finale de plus de, quarante kilomètres. Ne fût-ce que par leur retard, elles avaient. perdu la manœuvre avant même de perdre la bataille l 1
La 9° division de cavalerie française à la trouée de Mailly. |
Elles ont perdu la manœuvre : car, si elles étaient arrivées deux jours, ou même seulement vingt-quatre heures plus tôt, elles trouvaient cette partie du front français dégarnie. Le 5 et le 6, elle n’était encore gardée que par une simple division de cavalerie, la 9%, sous les ordres du général de l’Espée. Or, le général Eydoux a perdu Écury-le-Repos et Morains-le-Petit. La droite de l’armée Foch a fléchi. L’ennemi peut croire que la route n° 77 s'ouvre, sans obstacle, devant lui, vers le sud.
Heureusement, pour la barrer, la 9 division de cavalerie a une avant-garde à Vatry, une autre sur la Coole. A 13 heures seulement, l'avant-garde, qui s’était portée sur Vatry, est attaquée par une colonne de toutes armes. Quelques éléments de cavalerie sont. jetés sur Soudé-Sainte-Croix où le général de l’Espée s’est porté. Un léger engagement s’ensuit et le général doit lui-même prendre une carabine. Mais le mouvement ennemi vers Coupetz-Cernon- Faux-sur-Coole (c’est toute la colonne de la 23€ division) menace le flanc droit de la division. Craignant pour sa liaison avec la 4e armée, le général de l’Espée se reporte en arrière pour couvrir Sommesous et se rapprocher ainsi de la 60€ division de réserve. L’ennemi est contenu sur la route n° 77 ; et la division, avec son. quartier général à Mailly, bivouaque : la brigade Sailly (4 et 2 dragons) à Soudé-Sainte-Croix, la brigade Serres (24 et 252 dragons) entre Vatry et Sommesous.