‹ La bataille de la Marne (volume 2)Chapitre 60 sur 90 · FL · texte numérisé non relu

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cavalerie vers le nord, dans le but d’arrêter l’armée Mani y, dont la force et la composition n'étaient pas connues du commandement de l’armée. » | 2

Voyons, d’abord, quelles sont les dispositions combattives de ces forces ellemandes au début de la journée du 7; car tout va dépendre de leur énergie et de leur capacité de résiste -

Le matin du 6 septembre est clair et chaud. Des hauteurs de {[Plessis- Placy], on voit au loin, au delà de la région accidentée. C’est seule. ment vers midi que l'artillerie ouvre le feu. Il fait terriblement chaud et là-bas, devant nous, étendus sur la terre brûlante, les camarades ont. beaucoup à souffrir de la soif. Vers 3 heures (le 6) les détachements du corps poméranien (Ile corps, von Linsingen) arrivent ; c’est de. l'artillerie : les batteries avancent derrière nous, en lignes interminables sur les routes poudreuses. On les place sur nos ailes et, bientôt, : les voix profondes des obusiers annoncent que nous pouvons donner la réplique aux nombreux canons lourds français. Vers 6 heures, les Français commencent leur célèbre feu en rafale ; l’enfer semble déchaîné et la terre tremble. Cette artillerie ne produit pas l'effet sur lequel . compte l’ennemi. Notre infanterie est bien cachée et s’oppose à quelques tentatives de l’ennemi par un feu destructeur bien réglé. Vers le soir, es régiments d'infanterie poméraniens sont aussi arrivés ; ils allongent. notre ligne et nous protègent du débordement. Nous nous installons au Plessis-Placy et nous avalons notre dîner. Impossible de dormir (dans. la nuit du 6 au 7). Le général-kommando (sans doute le quartier général. de von Gronau) s’est établi près d’une grande ferme (sans doute Saint-. Euron) où nous cherchons le sommeil. De la ligne de feu, l’écho nous apporte les coups des milliers de camarades veillant pour ner lointaine batterie.

7 septembre. — La fraîcheur du matin nous éveille. La lutte d’artil. : lerie recommence exactement à 6 heures. L’ennemi possède beaucoup. de canons lourds. Les longues lignes d'infanterie sont absolument. invisibles. L’artillerie aussi a trouvé des positions qui l’abritent de la. vue. Seuls, le grondement continuel, les hurlements et les éclatements. décèlent qu un violent combat est en cours. Vers 10 heures arrivent les premiers régiments du IV® corps. Je rencontre, par hasard, notre vieux bataillon de Dernburg, du 72° régiment. Les troupes qui, depuis. hier soir, ont marché presque sans arrêt se reposent. Après une heure. de halte, elles avancent pour être placées sur la ligne de feu (1)...

Comment s’est opéré le mouvement du IVE corps, c’est ce qu’ un : autre carnet va nous révéler :

Dans la nuit du 6 au 7 septembre, nous avons parcouru le même chemin que nous avions fait en avançant le 3 et le 4. La division s’était tout d’abord rassemblée sur la route de Rebais-Saint-Léger et elle avait

(1) Carnet du capitaine Wirra, du 66 d'infanterie de réserve (IVe corps de. réserve).

marché ensuite par Orly, Saâcy (sur la Marne), Dhuisy, jusqu’à Cou- Jombs (entre Marne et Ourcq) où on fit une halte d’une heure et demie environ pour manger. Tout l’ensemble de l'artillerie nous passe devant.

- Vers 8 heures, nous étions au delà des villages de Crouy et de Varin- » froy entre lesquels nous franchîmes l’Ourcq et nous avancions dans le voisinage de Rouvres. On n’a pas le temps de s’arrêter ni même de - faire avancer les cuisines roulantes. Le colonel et les capitaines passent devant à cheval et disparaissent à nos yeux. Nous laissons Rouvres -à notre gauche pour demeurer couverts contre l’ennemi à l’ouest et - nous avançons en direction de Boullare. La faim se supporte : mais la soif, la soif brûlante ! Un peu à droite, c’est Boullare. Petite halte ! On apporte de l’eau! En tournant un peu à gauche, nous avons dépassé le village et nous sommes arrivés au nord de la route Boullare-Étavigny. Enfin, arrive l’ordre si longtemps attendu : Halt!/ Tout le monde se … couche. Un quart d’heure de repos | Comme cela fait du bien !...

… Soudain, voilà le capitaine qui arrive au galop : signal du combat |! « Lieutenant Lôhrich, développez la première demi-section sur une …Jargeur de 150 mètres, liaison à gauche avec la 3 compagnie ; direc- —… tion de marche « là-bas ! » fait-il en indiquant du bras : « Vous aperce- …vrez bientôt un village, c’est Étavigny. Allez et restez bien à l’aile — gauche du bataillon ! » C’est le grand moment de la bataille. La brigade … est placée hors de la ligne Boullare-Étavigny, au sud d'Antilly, pour … avancer, par Betz, sur le Bas-Bouillancy. Notre 3° bataillon reste en « réserve à la ferme Saint-Ouen et entre en lutte contre l'infanterie — française qui pénètre dans le bois à l’ouest de la ferme (bois de Mon- — trolle). Le capitaine me tire, encore une fois, à part : « Quand vous … serez au haut de la colline, vous serez probablement dans le feu de … l'artillerie. Il y aura des pertes. Mais cela ne doit pas vous préoccuper. ÉS En avant ! C’est le mot d’ordre ! — A vos ordres, mon capitaine | » En … un clin d’œil, la lassitude de la route a disparu. La mince ligne de — tirailleurs se forme et avance bravement (1).

Voici donc, d’une part, ceux qui ont tenu dans la journée du 6 et voici ceux qui arrivent pour le combat du 7. Nous verrons, au cours de la journée, d’autres formations déboucher à leur tour. En un mot, von Kluck se-jette, au cours de cette journée critique, avec toutes les forces dont il peut disposer, sur l’armée Maunoury.

A le croire, la conception du général allemand consiste maintenant en une contre-attaque encerclante par le nord. Von Kluck prétend que c’est dans ce but qu'il donna l’ordre, le 7 au matin, de mettre en route les IIIe et IXE corps sur Crouy et la Ferté- Müilon. Mais 1l semble résulter des radios adressés par lui à Bülow,

(1) Carnet du lieutenant Lôkricx, du IVe corps (7° division). Voir également, sur la bataille de l’Oureq : Vox BRANDIS, Oberleutnant au 24 d'infanterie, Souvenirs de guerre d’un commandant de compagnie, Berlin, A. Scherl, 1917 ; Joseph

Risse, Meine Erlebnisse als Mitkämpjfer, 66° d'infanterie, Berlin, Schiller ; Gus- … tav SCHUBERT, Meine Erlebnisse auf d. Vormarsch d. 1. Armée (26° d'infanterie). x Magdeburg, F. Reinecke ; WÔRNER, Mit Kluck durch Belgien bis vor Paris.

à 10 h. 40 et à 11 h. 15, radios où il parle de « graves combats » et. d'entrée en ligne « impérieusement désirable », que l’ordre ne fut donné (à 11 h. 15) que sur les nouvelles alarmantes des attaques françaises de la matinée du 7. \

Von Kluck, ayant transporté son quartier général à 7 heures du matin de Charly à Vendrest, cherche en effet à se renforcer partout | et à dégager le terrain : l’inspection des étapes appelle sur Villers- Cotterets toutes les troupes disponibles du chef-lieu d’étapes de Chauny et les convois des IXe, III et II corps sont tous portés au nord de la Marne. « Aïnsi, écrit von Kluck, le dos de l’armée était libéré. »

La bataille a repris, violente, dès le matin. C’est au général von Linsingen que von Kluck en confie le commandement. Toutes les troupes qui combattent sur l’Ourcq sont « mélangées », car elles ont dû être mises en ligne séparément et à la hâte, à cause de « la gravité croissante de la situation ». Il en sera ainsi, d’ailleurs, jusqu’après la retraite sur l’Aisne.

Vers midi, les troupes allemandes seront ainsi disposées :

4° Le groupe nord (général von Arnim), entre Antilly et Acy-en- Multien, avec la 7 division, la 4° et la 16€ brigades ;

20 Le groupe du centre (général von Gronau), entre Vincy- - Manœuvre et le nord-ouest de Trocy, avec la & division (sauf la 16e brigade) et la 7€ division de réserve ;

30 Le groupe sud (général von Trossel), entre Trocy et Varreddes, avec la 22e division de réserve et la 3° division.

De tout cela, il résulte qu’il s’agit d’une résistance imposée et résultant de la manœuvre adverse, et non d’une conception « gé- . niale », genre Kriegspiel, que von Kluck semble bien avoir inventée après coup pour les besoins de la cause.

Quoi qu'il en soit, cette journée du 7 va être dure pour l’armée française. L'ordre d’opérations, donné par le général Maunoury dans la soirée du 6, faisait connaître que l’ennemi avait été refoulé, mais ajoutait que les forces allemandes au sud de la Marne semblaient remonter vers le nord. La 6° armée avait même pu déterminer le point où la manœuvre de von Kluck portait ses troupes sur le champ de bataille de l’Ourcq. Un escadron de cavalerie du 5e chasseurs (escadron Lepic), faisant partie de la division provisoire Cornulier-Lucinière, avait été envoyé en reconnaissance dès le 7 au matin : « Après deux tentatives, il s'était trouvé passer entre l'aile droite allemande et une flanc-garde allemande, et il ” était parvenu ainsi à déterminer la droite de l’ennemi, grâce à un rapide combat mené à pied par cet escadron qui fit quelques pri-

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