‹ La bataille de la Marne (volume 2)Chapitre 61 sur 90 · ET L · texte numérisé non relu

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aiers, dont un feldwebel du IVe corps. Les renseignements fournis

par D -ci furent rent précieux au sujet de la droite allemande, tant à notre 6° armée qu’à l'état-major du général Fran-

chet d’Esperey poussant de son côté vers le nord (1). » Ce simple incident suffit, en effet, pour établir, aux yeux des chefs, la dispo-

sition stratégique de la bataille, le 7 au matin : Maunoury sait, maintenant, qu’il a le IVe corps actif devant lui, à droite de l’ennemi. Mais Franchet d’Esperey apprend qu'il ne l’a plus à sa gauche, dans la trouée de Rebais, et que, par conséquent, il peut . foncer vers le nord.

Ces données étant acquises, Maunoury va renforcer sa gauche,

. car le 7 corps devient, plus que jamais, son aile marchante et

son instrument de manœuvre. Le général Vauthier tenait, en fin

de Journée, le 6, le front de Puisieux à Acy-en-Multien.

Gallieni et Maunoury sont d’avis qu’en présence des renforts

. allemands, le front français ne présente encore ni une étendue,

ni une force suffisantes pour donner des chances sérieuses de succès à la manœuvre d’enveloppement ; et c’est pourquoi on appelle à l’aide de nouvelles forces : le corps de cavalerie Sordet, que Joffre avait mis à la disposition de Maunoury par son ordre

— du 4 à 22 heures, se porte dans la région de Nanteuil-le-Haudouin et

la division de cavalerie provisoire Cornulier-Lucinière a mission, dans la nuit du 6 au 7, de rallier ce corps. Pour parer à une menace de mouvement débordañt par Étavigny et le bois de Montrolle,

. dont on a entrevu quelques indices dans la soirée du 6, la 5e divi- sion de cavalerie prononcera, dès la pointe du jour, par le nord

de Bouillancy, une attaque sur Étavigny en liaison avec le 7€ corps. Quant aux deux autres divisions du général Sordet, qui arriveront de grand matin, par Dammartin, dans la région de Nanteuil, elles chercheront à tourner l’extrême droite de l’ennemui.

Ce n’est pas tout. Pour plus de sûreté, la 61e division de réserve (général Desprez) est transportée par voie ferrée vers Plessis-Belleville ; de là, elle doit s’acheminer, le plus rapidement possible, par le nord de Silly-le-Long et Sennevières à la gauche du 7 corps et chercher à déborder toujours la droite de l'adversaire.

En un mot, avant de procéder à la manœuvre, on l’allonge à gauche, de façon à viser les communications de l'ennemi, Indiquons tout de suite que la bataille va s’étendre également au sud de la Marne, pour donner toute sa force à l'offensive, qu’on espère

(1) J. H£rHay (Général C.-L.), le Rôle de la cavalerie française à l'aile gauche de la première bataille de la Marne, p. 128.

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vigoureuse, de l’armée britannique. La 8e division (de Lartigue) (du 4€ corps), qui a été arrêtée dans la région de Lagny pour soutenir, à gauche, l’armée anglaise, a ordre d’opérer, le 7, sur la rive | droite du Grand Morin, face à l’est, en conformant sa marche à celle de l’armée anglaise. |

Quant à l’autre division du 4€ corps, la 7e (de Trentinian), elle n'est pas encore arrivée sur le terrain ; le 1049 et le 1032 sont le 6 après-midi à Villemomble et Gagny, mais le débarquement de la division ne sera achevé à Pantin que le lendemain. Nous verrons comment, sur l’appel pressant de Maunoury, le général Boëlle donnera l’ordre, le soir du 7, de transporter en taxis-autos la 142 brigade Félineau et en chemin de fer la 132 brigade Farret.

Dans l’ensemble, avec la nécessité de combattre à la fois pour l'articulation sur la Marne et pour l’enveloppement en direction de l'Ourcq, les troupes reçoivent l’ordre de reprendre l’offensive sur toute l’étendue du front, le 7, à 4 heures du matin. Le 5° groupe de divisions de réserve attaquera sur le front Plessis-Placy jusqu’à la Marne (articulation) avec les 56€ et 45e divisions en première ligne, la 55€ division et la brigade de chasseurs indigènes en deuxième ligne. Le 7 corps, prolongé à sa gauche par la 5e division de cavalerie du corps Sordet et soutenu par la 61€ division de réserve, cherchera, par Acy-en-Multien et au delà, à déboucher jusqu’à l’Ourcq (enveloppement).

A droite, la 45€ division, troupes d'Algérie, général Drudde, renforcée par la brigade marocaine Ditte et éclairée par la brigade de cavalerie Gillet, fait pivot ; elle a pour direction générale : Chambry, Lizy-sur-Ourcq, Cocherel.

A gauche, le 7€ corps, qui fait aile marchante, a pour direction générale : May-en-Multien-Coulombs et au nord. |

Dans le groupe des divisions de réserve (général de Lamaze), la : 06€ division, partant du front Champfleury-La Râperie, doit continuer à attaquer droit vers l’est avec la plus grande énergie. But à atteindre en fin de journée : le franchissement de l’Ourcq entre Marnoue-la-Poterie et Ocquerre. La 55€ division suivra le mouvement de la 56€ division (1).

Le combat pour l’articulation (2) : Chambry-Barcy.

Suivons, d’abord, l'attaque sur l'articulation, celle de la 45€ division, dont les mouvements sont d’ailleurs coordonnés avec ceux

(1) Général F. DE DARTEIN, la 56° division au feu, Berger-Levrault (1919), p. 114. = (2) Ce que j'appelle l'articulation, von Kluck l'appelle Le pivot : « À midi quinze,

de la 56e. Voyez sur la carte : les deux objectifs ne peuvent être . que Chambry et Étrépilly. Il s’agit en effet d'enlever la Thé- . rouane, et ces deux villages forment la clef, l’un de la colline sud, à la cote 139, et l’autre de la colline nord, à la cote 130. Si l’on s’em- pare d’Étrépilly, on met le pied sur le plateau de Trocy où est ins- - tallée l'artillerie allemande : c’est la victoire. Mais, entre ces deux lignes de collines, la Thérouane se creuse un lit profond ; un pays tout en bosquets, en ravins, en pentes - buissonneuses, une route en ligne droite qui, de Meaux à May-en- « Multien, suit les plateaux, tombe au fond de la vallée, remonte, retombe dans trois fonds à Varreddes, à Gué-à-Tresmes, à Beauval —… et remonte encore aux trois sommets à Chambry, à Plessis-Placy - et à May-en-Multien, tel est le terrain qu’il faut franchir pour atteindre le rendez-vous général de May-en-Multien et de Lizy-sur- Ourcq. | — Quand la route grimpe aux plateaux, escortée de sa double - rangée de peupliers, on voit la bataille de partout et les artilleries ont beau jeu ; mais quand elle s’enfonce dans les creux, la bataille s’enterre ; elle disparaît en quelque sorte et se localise en faits - d’armes particuliers. Mais, remarquez bien les avantages de cette offensive par la route des plateaux : en la suivant, on évite les … détours de la Marne ; du premier bond, on dépasse Meaux et, par … conséquent, on commande les communications de la portion de . l'armée ennemie qui, étant encore au sud de la rivière, fait face … à l’armée britannique : si on pouvait franchir, d’un bond, la dis- … tance qui sépare Chambry de Cocherel et Évulombs, on serait en Fe vue de Château-Thierry. La première partie du programme de … Joffre serait réalisée.

. La troupe comprend parfaitement l’importance de l'effort qui lui est demandé ; malgré la fatigue qui l’accable, elle est animée d’un enthousiasme indescriptible. Mais elle n’est pas renseignée sur les

dit-il, le général von Linsingen ordonne l'attaque de la ligne Antilly-Acy-Trocy. Son idée de manœuvre consistait en une conversion ayant pour pivot l’aile gauche, etc.» (p. 124). Le même jour, 7, à 2 h. et demie, von Kluck donne un ordre qui indique chez lui un véritable désordre intellectuel : «Au nord de Meaux, . le II corps de cavalerie avec l'artillerie venant de Trilport attaquera l'artillerie ennemie (qui était encore au sud de la Marne) en la prenant en écharpe. Les IIIe et IX° corps venant du sud-est sont en marche dahs la direction de la Ferté-Milon-Crouy. Une division du IIIe corps porte une brigade d'infanterie et d’artillerie lourde du corps d’armée sur Trilport, pour prendre en écharpe l’ar- - tillerie anglaise au nord de Meaux. Le gros de la division ricoche sur Lizy. » — Si . l'on relève sur la carte les positions de ces différents éléments et celles de l’armée A britannique arrêtée devant la Ferté-sous-Jouarre, de tels ordres ne pouvaient produire qu'une terrible confusion.

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difficultés qui l’attendent et qui froncent les sourcils des chefs : car eux savent que l’armée de von Kluck se masse de plus en plus dense devant eux.

Dès le début des engagements, la lutte est très âpre. La 45e division (général Drudde) a placé ainsi ses deux brigades : l’une, celle de droite (général Trafford) le plus près de la rivière (1er et 3 régi- ments de marche de zouaves), a pour mission d’enlever Chambry et d’en déboucher, à l’est, pour déblayer le ravin de Varreddes ; l’autre . (général Quiquandon, 28 régiment de marche de zouaves et régi- » ment de marche de tirailleurs), débouchant de Barey, doit chercher à passer la Thérouane vers Brunoy, de façon à contourner à l’ouest le plateau de Trocy et déboucher entre Manœuvre et Vincy- Manœuvre. Voici donc un objectif bien net pour la 45 division : c'est le siège du plateau d’Étrépilly, Trocy, Plessis-Placy, à] l'est.

Mais, on ne la laisse pas seule pour accomplir ce difficile exploit. Par un mouvement tournant à travers terre, de plus large envergure encore, la 56° division essaiera de déboucher plus en arrière … autour de ce même plateau. Le général de Dartein qui, la veille, n’a pu sortir de la ferme Champfleury, fera contourner ce plateatil par les fonds, la 1122 brigade (général Cornille) marchant sur Étrépilly par les pentes des deux rives de la Thérouane, et la 111€ brigade (colonel Bonne) se portant, avec le 66€ bataillon de chasseurs, ” sur la ferme de Poligny par le ravin qui porte le même nom. On peut espérer que l’ennemi, menacé d’être tourné des deux côtés, : cédera pied et Sand le plateau.

Voici brièvement les résultats du premier élan offensif dans la matinée : la 45e division s’empare de Chambry, en débouche, mais. est arrêtée sans pouvoir atteindre les hauteurs bordant le canal de l’Ourcq, à l’ouest de Varreddes ; la brigade Quiquandon est. arrêtée, au moment où elle débouche de Barcy, sans même pouvoir atteindre le creux de Gué-à-Tresmes ; à sa gauche, elle débouche de Barcy jusqu’à la cote 124, à proximité de la Râperie ; mais, là encore, elle est arrêtée avant d’avoir atteint la route d? Étrépilly.

A la 56€ division, la 112€ brigade (3508, colonel de Certain) atteint Étrépilly vers 11 Le et y pénètre : c’est le pied sur le plateau. Mais, des maisons et des tranchées au nord et au sud de la localité, elle est accueillie par des feux très nourris. I] s’agit, en fait, de lan contre-attaque générale ordonnée par von Linsingen à midi 15. entre Antilly-Acy et Trocy. Le combat se poursuit avec acharne=« ment dans les rues du village jusque vers 14 heures, heure à:

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+3 aquelle, bien que renforcé par un bataillon de chasseurs, le régih ment est rejeté par l’ennemi.

Quant à la 111€ brigade, elle a bien gardé les bords du plateau «de Champfleury et est arrivée auprès de la ferme de Poligny; là, …elle tient bien sa liaison avec le 7 corps : mais elle est arrêtée, elle aussi, dans le ravin et ne peut enlever la ferme.

. Partout, ou presque, on tient ; mais on n’avance plus. L’ennemi,

…— 3 division) reste fermesur le plateau entre Trocy et Varreddes, d’où … il canonne à vue les masses qui l’assiègent. L’après-midi s’écoule. - Il est 16 heures. La journée est d’une chaleur accablante. Les … troupes s’étonnent de la résistance qu’elles rencontrent.

…. Avant de reprendre, avec elles, la fin de cette terrible journée, … donnons, d’après les témoins, quelques traits de la lutte qui a main- … tenu l’élan des troupes dans les contre-bas du redoutable plateau. D'abord l'attaque de gauche -sur les pentes de Barcy, village

“ 2e zouaves est au sud du village :

A 4 heures du matin (le 7), rassemblement devant les maisons abandonnées. Les étoiles disparaissent lentement : c’est l’aube d’une belle 5 journée. À 4 heures et demie, le régiment se met en route prenant la … direction du nord. Le bruit du canon se rapproche. Cette fois, les … hommes, qui se demandaient quand ils verraient l’ennemi, ne sont plus … sceptiques sur la rencontre avec lui... Les réflexions sont interrompues … par l’arrivée de trois obus, qui viennent éclater à 200 mètres en arrière … de nous. « Halte ! » ordonne le commandant d’Urbal qui appelle à lui … les commandants de compagnie : on se croirait à la manœuvre. Cependant les obus tombent déjà beaucoup moins loin. Les ordres du chef de bataillon ont été brefs. Notre capitaine revient et réunit les sous-officiers : « Les Allemands, dit-il, occupent la cote 137 au nord de Barcy. __ Nous devons nousdaccrocher à eux en nous avançant le plus possible et les empêcher, coûte que coûte, de gagner du terrain... » A la corne du chef de bataillon, on reprend la marche en avant, les compagnies en losange. Les obus passaient au-dessus de nos têtes et ne nous tou- (haient pas. Soudain, ce sont des sifflements auxquels il n’y a pas à se tromper : les balles nous arrivent. En quelques secondes, nous sommes déployés en tirailleurs et nous allons de l’avant. Mais le feu de l'ennemi devient vite intense ; les mitrailleuses commencent à se démasquer. Plusieurs des nôtres sont déjà blessés. Nous nous jetons dans un champ de luzerne et nous entamons la marche rampante. Le feu redouble de violence et aussi de précision ; le capitaine Imbert est atteint d’une balle en pleine poitrine. Le commandant d’Urbal est magnifique de sang-froid. La canne à la main, debout en arrière du bataillon, il dicte ses ordres en fumant sa pipe. Il est repéré ; un feu nourri est dirigé de son côté et il ne tarde pas à être tué d’une balle dans la tête. A ce moment, nous nous exaspérons ; nous attendens le secours de l’arul-

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lerie bien lent à venir. Ce n’est qu’assez tard qu’une de nos batfi Le commence à se faire entendre et cela nous met du baume dans le cœur. Grâce à sa protection, nous allons gagner du terrain. Aussi, q quelle n’est pas notre surprise quand nous recevons l’ordre de nous porté à 400 mètres en arrière à l’abri d’une croupe qui nous dissimule à la vue de l'ennemi... La nuit est tombée... On nous apprend que nous allons attaquer Étrépilly…

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Voici donc la première partie de la journée du 7 autour du plateau de Barcy. Jusqu'à l’arrivée de l'artillerie, l'offensive de la 45e division est enrayée. Que se passe-t-il dans le camp allemand ? C'est l’image identique, mais renversée.

Le 7 septembre, la fraîcheur du matin nous éveille, écrit sur son carnet le capitaine Wirth du IVe corps de réserve. La lutte d’artillerie” recommence exactement à 6 heures. Les pertes à l'avant augmentent, surtout à cause de l’usage que fait l’ennemi de ses pièces d’artillerie lourde et des canons de marine et de forteresse à longue portée. Les blessés viennent se faire panser au Plessis-Placy.. Vers le soir, la lutte d'artillerie redouble d'intensité. Le feu en rafales reprend. Nos lignes. supportent patiemment cette bénédiction du soir. Mais, cette fois, elle ne s’arrête pas : le feu est continué très tard dans la nuit.

Le rôle de l’artillerie est, comme on le voit, capital dans cette. première partie du combat. L’artillerie allemande, massée sur le plateau de Trocy, contient, pour le moment, l’élan des troupes. françaises. Il est intéressant d’être renseigné précisément sur la situation et le rôle de cette artillerie. |

… Nous sommes au sud de Trocy, écrit le capitaine Richter du IVe corps, à environ 200 mètres en arrière de la crête en position de feu couverte; dissimulés derrière un hangar et des meules de paille. Près de nous, trois batteries du IVe corps de réserve ; derrière nous, les batteries de la 8 division de réserve du même IVe corps de réserve ; à l’est, l’artil-« lerie du IIe corps est en action depuis l'après-midi d’hier.… A peine. sommes-nous sur le terrain et ie téléphone est-il posé, que la bataille commence, il est 6 heures et demie du matin. Disparue la fatigue, | disparues la faim et la soif, disparue la pensée d’une nuit sans sommeil la joie du combat s’empare de nous. Oh! qu’il nous soit donné d’as-… surer, avec nos canons du IVe corps, la décision dans la lutte qui dure déjà depuis deux jours. A première vue, il y a sur le terrain, nous compris, environ 500 à 600 canons faisant comme un cercle d’airain autour de cette crête qui tient Paris immédiatement sous son commandement, J'attends l’appel téléphonique comme une délivrance. Il arrive; et” deux minutes après, nos obus vont vers l’ennemi comme un salut matinal. +7

Mais qu ‘est-ce? Un hurlement et un sifflement perçant comme nous n’en avons jamais entendu traverse l’air et, à cinq pas devant le hangar, « un éclalement formidable, comme si la crête était déchiquetée en mille …

€ à la fois, un éclatement secouant la terre et d'innombrables balles et projectiles déchirent le champ de betteraves à cent pas devant nous. Vous regardons stupidement l’horrible tableau. Aucun ordre n’arrive plus ; le fil téléphonique est arraché. Au moment où je vais donner

sinistre qui grandit dans l’air, qui s et Chacun joint involontai- $ EE: les mains et une courte prière à Dieu, notre Seigneur, s’échappe “de nos lèvres tremblantes. Chacun cherche un abri derrière les canons, “dans une tranchée à fleur du sol. L’effroyable rafale tombe sur la 5° bat- …terie placée à notre droite. On se croirait dans le gouffre de l’enfer.. Cest un miracle que nous soyons encore en vie. Les heures se succèdent. On s’habitue peu à peu à l’infernal vacarme. Les coups continuent de tomber sans interruption. Il n’y a pas une seconde de calme. “Quand on pense que 1 200 canons, peut-être, croisent leurs feux !... Il est midi. Le soleil est brûlant. Pas de repos. Les ordres se succèdent... Soudain arrive l’ordre de changer de position. Dans ce feu d’enfer!

Mais c’est un suicide ! On finit par apercevoir la baiterie française.

nos obus vont tomber au milieu des Français et les mettent en fuite. Après une demi-heure, l’ordre est donné de changer encore une fois de - position. On traverse le village au grand trot par la route qui mène au village d'Étrépilly dans la vallée. Bientôt la rafale ennemie nous retrouve. Elle nous poursuit. Nous sommes pris par un tir de flanc. La devant nous, à 500 ou 600 mètres seulement, apparaissent des formes sombres et, dans le terrible craquement, on entend la mélodie … chantante des balles d'infanterie. On charge fébrilement ; on tire fébrilement ; entouré de mille sortes de morts, dans une vraie chaudière … infernale, nous tirons sans cesse Coup sur coup, jusqu'à ce que nous …— ayons repoussé l’ennemi à 4 400 mètres. Soudain, le sifflement si par- … ticulier des balles. C’est l’ennemi qui revient à la charge. Commande- … ment : « Tirer sur la colonne d’attaque dans le ravin de la vallée où elle s’avance à couvert jusqu’à ce qu’on l’ait repoussée à 2 800 mètres. » … Mais, nous ne pouvons repérer la batterie qui nous accable de ses coups. . Elle doit être établie sur les pentes boisées de la hauteur de l’autre côté … (c’est exact, les batteries françaises sont vers Pringy). Il est 6 heures . du soir... Mais voilà l’ordre de la brigade qui arrive : « Profiter de l'obscurité pour regagner notre ancienne position. » Et nous retournons en arrière vers Trocy…. Le village d’'Étrépilly reste entre nos mains. Pourvu que le IX® corps arrive demain matin pour compléter notre victoire |...

Ces paroles sonnent la défaite ; et cette défaite, le général von Kluck en a conscience dès cette heure ; dans son ordre rédigé le 7 pour le 8, il traduit ce sentiment en ces termes : « Sur son aile

droite, l'ennemi a surtout mené le combat avec une puissante artillerie lourde. L'essentiel est de se maintenir sur les positions $ conquises et de s’y retrancher en ramenant de nuit, au besoin,

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l'aile gauche de Varreddes sur une position plus MR (D.

Nous dirons, tout à l'heure, la fin de la journée et la reprise d'Étrépilly par les troupes françaises, événement qui va confirmer le soldat allemand et son chef dans leur appréciation pessimiste de ce qui se passe « à l'articulation ».

La bataille d’enveloppement : Acy-en-Multien,

Il faut, auparavant, suivre la bataille vers la gauche et dire comment les choses se sont passées dans la matinée, pour le 7 corps et pour les forces chargées avec lui de la tentative d'en par le nord. 1

Le 7 corps (quartier général à Brégy), reconstitué à deux divi-. sions, se trouvait établi, le 7 septembre au matin, parallèlement à l’Oureq, aux abords de la Gergogne, sur la ligne générale : Bouillancy, Acy, ferme Nogeon, Fosse-Martin, Puisieux. Si l’on considère le point de départ, à savoir la région de Dammartin, on voit quel était le chemin parcouru. Visiblement l'éventail se refermait. sur les forces allemandes défendant la rive droite de l’Ourcq.

Le souci était grand dans le camp allemand. Les radios adressés par von Kluck à Bülow dans la matinée en font foi. Le IVe corps de réserve tiendrait-il jusqu’à l’arrivée des autres corps? « Question grosse de conséquences et peut-être de la destinée de Ie guerre », observe un écrivain allemand.

Le 7e corps, la 61e division de réserve, le corps de cavalerie Sordet arrivaient successivement pour prolonger le front français vers les communications de l’armée allemande.

Au début de la journée, tout s’annonce bien pour le 7 Corps. Le général Vauthier a lancé l’attaque sur les rudes pentes de la vallée de la Gergogne, de Réez à Acy-en-Multien. C’est Acy-en- Multien qui devient le nœud de la bataille : c’est là que l’on doit aborder la troisième crête dont la possession rendrait l’offensive française maîtresse de la vallée de l’Ourcq. L’infatigable 14 divis sion (général de Villaret) mène le train au centre. Elle aborde de face les pentes de la riviérette, tandis que l’ennemi, bien retranché, l’accable de ses feux du haut du plateau d'Étavigny-Acy. Là se trouve le groupe allemand de Sixt von Arnim, avec la 7 division et les 4e et 16€ brigades, en ligne depuis Antilly jusqu’à Acy. Le ti des mitrailleuses décime les rangs des braves régiments de la 148 montant à l’assaut. Le colonel Bonfait, qui commande le 42e régis

(1) La Marche sur la Marne, p. 126.

ment , le commandant de Pirey, qui a pris le commandement du 50e, Pont mis hors de combat. Nombre d’officiers succombent.

“…. A7 heures, dit un document, le 35e régiment (colonel de Mac-Mahon) prend l'offensive en cherchant à s’emparer de la hauteur nord de la

Mpénérale. Le régiment marche sur Acy par la rive gauche de la Ger- | . L’ennemi est contenu et refoulé ; le combat cesse à la nuit, Le régiment bivouaque sur la ligne Bouillancy-Réez. Il a à sa gauche

e 42e, à sa droite les éléments de la 63€ division d'infanterie de réserve … à la ferme Nogeon.

reçu trois blessures. Presque tous les chefs de section sont tués ou blessés dans un assaut à la baïonnette, drapeau déployé. Un temps - d'arrêt se produit.

La division a rencontré une vive résistance à Fosse-Martin. Elle attaque en effet à la liaison entre le groupe von Arnim et le groupe ; von Gronau. Des fléchissements se produisent. L'intervention d’un . homme du plus rare coup d’œil militaire et dont la carrière prendra

bientôt son essor, le colonel Nivelle, les arrête à temps (1).

- Dès le 7 au soir, raconte un des hommes qui commandaient ce sec- teur, la résistance opposée par l’ennemi fut acharnée ; elle devait durer jusqu’au 9 septembre inclus. Il en résulta des combats ininterrompus, . de jour et de nuit, des actions d’artillerie très vives et prolongées, sans . que le 7e corps qui se trouvait à l’extrême gauche pût progresser. Toutefois, grâce à l’artillerie du corps, qui fut appelée à soutenir tantôt la division de droite, tantôt celle de gauche, aucun recul ne se produisit dans nos lignes, puisque le quartier général du 7e corps et le poste de commandement furent toujours maintenus à Brégy, point très avancé où lé général Vauthier était arrivé le 6 septembre accompagnant les troupes jusque dans les combats d’avant-garde. Cependant, un incident, dont la solution fut tout à l’honneur du

(1) Près de la ferme Nogeon, incendiée par l'artillerie ennemie, le soldat Guillemard, le caporal Michalet, du 298, et le sergent Fabre, du 4° génie, enlèvent de haute lutte, le soir, un drapeau allemand. Sur le combat de la Fosse-Martin- Ferme Nogeon et sur l'épisode de la prise du drapeau du 1% bataillon du 36° régiment de fusiliers de Halle, voir le récit du capitaine Pelade, du 298, dans Grnisry, la Guerre par les combattants, p. 254. Voir également Le Tempe du 29 septembre 1914. D’autres versions ont été produites depuis.

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colonel Nivelle, se produisit sur le terrain de la tou de ar it division de réserve (la 63 division) encore incomplètement aguerrie et dont les cadres avaient subi des pertes sérieuses, Impressionnés pat la violente canonnade allemande (groupe du centre : von Gronau) qui avait mis Puisieux en flammes, inquiétés par les effets du feu de l’artillerie ennemie qu'ils attribuaient à la nôtre (des confusions semblables causées par l’explosion des projectiles allemands, avec gerbe arrière, furent fréquentes au début de la guerre), les hommes de plusieurs compagnies fléchirent et se replièrent contre la volonté de leurs chefs. $

Le colonel Nivelle qui avait, peu de temps auparavant, mis sur roues deux groupes de l’artillerie du corps, par un bond dans la directio de Puisieux, s'était porté en avant pour sa reconnaissance. Voyant le danger et, avec une superbe audace, il porta ses deux groupes en avant, au delà de la ligne d'infanterie qui reculait, mit en batterie et ouvrit un feu rapide à 2 000 mètres. :

Cette subite et audacieuse intervention, ce mépris du danger, cet exemple de volonté et de ténacité rendit le calme aux esprits. L’infanterie s’arrêta, revint sur ses pas et put, grâce à la rapidité avec laquelle la crise fut dénouée, sans que l’ennemi ait pu profiter de ce désarroi momentané, reprendre les positions qu’elle avait abandonnées et qu'elle sut conserver par la suite ; on put même reconstituer une réserve de deux bataillons. L’artillerie qui s’était trouvée, ainsi, en avant des lignes, sans protection, dans une situation critique, put alors être ramenée progressivement dans une position normale.

En somme, malgré les renforts ennemis, il y avait progrès. Tout permettait d’espérer un résultat satisfaisant quand, selon la” volonté du général Maunoury, toutes les divisions ayant atteint les crêtes vont donner ensemble pour enlever le succès. On sen tait l’ennemi partout ébranlé. Les carnets de route allemands no apprennent la position extrêmement critique des corps épuisés par. de longues marches et par trois jours de combat.

Mais un événement fâcheux va précisément se produire à l'extrémité nord du champ de bataille : de nouveaux renforts alle-* mands arrivent sur le terrain. Pour un instant, la confiance van renaître chez l'ennemi. Von Kluck a constitué une masse destinée à « une contre-attaque encerclante par le nord », où le sort de ses. communications l’inquiète. Or, les troupes du groupe de von Arnim ne trouvent devant elles que la 61° division de réserve française. qui, au prix de fatigues inouies, est arrivée à la gauche extrêmes de la bataille, sans appui vers & nord, puisque les divisions de cavalerie sont encore sur la route de Nanteuil-le - Haudouin. Cette division (général Desprez), transportée au Plessis-Belleville par voie ferrée, son artillerie ayant suivi par voie de terre, s’es

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>, par Sennevières, à la gauche du 7 QOrpS, puis dans la dion du bois de Montrolles et de la crête d’Étrépilly, c’est-àire à l’aile marchante. Malgré l’état précaire où la mettent la énurie de ses cadres et les premières épreuves subies sur la | SOI me, la 61€ division entre dans le bois de Montrolles : c'était juste la menace directe sur les communications de l’armée allemande. L’artillerie divisionnaire, en batterie au sud de Villers- Saint-Genest, commande la route de Betz à la Ferté Milon. C’est Ja minute critique. Si le corps de cavalerie français eût pu prêter dain-forte à la 61e division de réserve, peut-être le résultat à! erché par Joffre eût-il été obtenu et l’ennemi eût-il été débordé ét tourné. La Ferté-Milon est la clef de Château-Thierry. Mais Linsingen, à qui von Kluck a confié la bataille, a vu le péril. Artillerie et infanterie sont jetées au barrage au-devant de a 61€ division de réserve. Au moment où elle débouche sur le terdécouvert qui monte vers la ferme Saint-Ouen, terrain sur léquel l'ennemi (groupe von Arnim) s’est retranché, le 316e tombe sous des feux violents d’artillerie et de mousqueterie. Il s’arrête. Une forte contre-attaque à la baïonnette le rejette dans les bois de -Montrolles où les Allemands le suivent. Le mouvement de recul entraîne les troupes qui opéraient au sud et au nord du bois. “Les 264€ et 2652 chargent à la baïonnette, quatre fois de suite, sous É une grêle de balles ; mais toutes leurs attaques sont brisées (1). L'intervention des réserves fait marquer un temps d’arrêt à l’eniemi ; mais, à la tombée du jour, une nouvelle poussée allemande Mérmine É reflux jusqu’à Villers-Saint-Genest. Ce n’est qu’à À or deux kilomètres à l’est de Nanteuil que les troupes sont … remises en main et forment leurs bivouacs à l’abri des avant-postes. 4 De ce trou qui se produit soudainement à l’extrême gauche de la b. ligne française, les plus graves conséquences eussent pu résulter. à Un contre-débordement allemand pouvait se substituer à la … manœuvre de Maunoury et la retourner contre nous.

4 Mais l’ennemi, épuisé lui-même par de longues journées de . marcre, n'a pas la force de prolonger la poursuite ou peut-être n’a pa jeu conscience de son succès.

” Le corps de cavalerie à l’aile tournante, le 7 septembre.

Ainsi que nous l’avons indiqué, le haut commandement français avait conçu le dessein de prolonger encore sa ligne d’enve-

& (1) CourRièRe, Comment fut sauvé Paris, p. 61,

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loppement ou son aile marchante, en faisant concourir à 1 manœuvre le corps de cavalerie Sordet, amené de la région de Ver sailles. “.

Disons, en deux mots, ce qu'il était advenu de cette intervention. De ce côté encore, tant que les renforts allemands ne furent pas arrivés, on put croire au succès de la manœuvre : n’escomp tait-elle pas, d’ailleurs, le vide du terrain ?

Mais la cavalerie, épuisée par une course de plus de 100 kilomètres, ne pouvait être, au début, qu’un appoint. Sans le concours de l'infanterie, sa valeur combattive était singulièrement réduite. C'était, d’ailleurs, à titre de démonstration qu’on la lançait sur le terrain.

Le corps ‘Sordet avait reçu l’ordre d’envoyer ses premières forces disponibles, et notamment la 5€ division, au delà de la ligne de chemin de fer à Macqueline et de battre le pays par Bargny,. Cuvergnon, Thury-en-Valois, à la recherche de l’ennemi et de pousser si possible des patrouilles en direction de Mareuil-sur-" Ourcq, d’Autheuil-en-Valois et de la Ferté-Milon. |

Dans la matinée et la première partie de l’après-midi, ce programme parut sur le point de se réaliser. La 17e division de cava-" lerie atteint la région de Cuvergnon ; mais ce village est tenu par de l'infanterie et des mitrailleuses ennemies. A la 3e division {de Las-" tours), le 152 chasseurs (colonel Delécluze) mène vivement une attaque dans la direction de Betz; mais à Betz même, elle est, accueillie par un feu intense de l’ennemi, qui a fortifié et crénelé. les maisons. La cavalerie ne peut forcer le passage : elle renonce, non sans pertes assez lourdes. En même temps, le colonel Henocque — un des chefs de cavalerie que la fin de la guerre verra se couvrir de gloire à Moreuil — fait sauter des lots très importants d’obus et d’approvisionnements allemands à Bargny. De ces rencontres il faut bien conclure que l’ennemi est en force de ce côté. Les éléments les plus avancés de la 5 division de cavalerie avaient cependant poussé le soir jusqu'aux pentes ouest de la vallée de POurcq, débordant complètement la droite allemande (groupe von Arnim).

Au-dessus du village de Troësnes, écrit Christian Mallet, nous tombons en pleine bataille. Nous gravissons une colline, dont l’ombre nous « cache le soleil couchant et quand nous débouchons au sommet, nous avons la brusque vision d’un régiment de chasseurs chargeant comme une trombe, sabre au clair, silhouetté en noir sur l’immense écran rouge du ciel. Une pièce de 75, à côté de nous, crache sans interruption. Toute « la nuit, nous avons marché sans repos, sans nourriture, épuisés.

= Malheureusement, dans la soirée, à la suite du mouvement rétromn vrade de la 61° division de réserve, les divisions de cavalerie se i rent sur nu de puis vers Macqueline . Nanteuil-le-Hau-

| Perplexité à la 6 armée.

…— Pour le moment, le mouvement d’enveloppement de Maunoury —çe heurtait partout à la garde vigilante des forces allemandes arri- | se à marches forcées de la Marne sur les champs de bataille de … l'Oureq. On comprend l'émotion du commandant de la 6e armée. — À 16 heures, il a appris que les corps de l’armée allemande opposés zu la 5€ armée, c’est-à-dire à l’armée Franchet d’Esperey (qui combat er » au sud de la Marne dans la région d’Esternay-Montmirail), battent FA en retraëte vers le nord et le nord-est. Il reçoit, en même temps, l’avis : du général Franchet d’Esperey qu’il serait urgent que la 6 armée … et l’armée anglaise puissent agir dans le flanc des colonnes alle- … mandes en retraite. Déjà, Joffre l’a averti qu’à 8 heures du matin, 5 les avions anglais signalaient cette retraite des Allemands vers le nord.

- Or, que penser quand, au lieu de constater la retraite annoncée, la 6° armée trouve partout, devant elle, des forces nombreuses, une . artillerie extrêmement puissante, une résistance acharnée? La conscience du chef se préoccupe du devoir de solidarité à une heure si critique. Il ne peut se rendre compte, de si loin, que la nouvelle manœuvre de von Kluck en décrochant toutes ses forces de la région de la Marne et en les reportant sur l’Ourcq, a outrepassé encore les vues du haut commandement allemand et qu’elle va avoir pour résultat, si elle sauve la bataille particulière de von Kluck, de perdre la bataille générale. Il ne peut deviner tout cela sur les simples indices qui lui sont fouruis et il n’a qu’une volonté : remplir son devoir militaire et, puisqu'on lui demande de tenir, tenir, puisqu'on lui demande d’attaquer, attaquer.

Le général Maunoury, qui est à Compans et a reçu l’après-midi la visite du général Gallieni, décide donc, qu'avant la fin de la journée, il faut faire un nouvel effort, enfoncer la ligne de résistance de l’ennemi et atteindre enfin ces forces battues dont on annonce la retraite, À ce point de vue, le village d'Étrépilly prend une importance décisive. Qui s’en emparera, menacera les der-

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e 1 vaut EUSEENEMERT re EN SA) à APS Is Lis LA BATAILLE DE LA MARNE.

rières de l’ennemi défenseur de Champfleury et de 115-114 et dis posera des cheminements enveloppant le plateau de Trocy. Tourner l'artillerie allemande qui seule empêche la marche sur l'Oureq, te est, en deux mots, le programme de cette fin de journée.

Fin de la journée du 7. L’assaut d’Étrépilly. La 14° brigade en taxis-autos,

La marche de la colonne d’attaque, commandée par le colonel de Certain, est silencieuse ; le 350€ arrive sans encombre jusqu’à la croupe au nord-ouest d’ Étrépilly : : 11 subit, alors, les feux d’une section de mitrailleuses ; les compagnies de tête (commandant d’André) partent à la charge, passent les servants au fil de le baïonnette, s'emparent des deux mitrailleuses et pénètrent dans. le village. Mais il s’est produit un certain désordre : une contreattaque de la 22e division de réserve allemande (général Riemann) déloge les assaillants ; elle est arrêtée par le colonel de Certain qui se maintient aux abords mêmes du village, jusqu’à 22 heures, mais: ne peut y rentrer. Le régiment est reporté au nord-est de la Chaussée, ramenant les deux mitrailleuses capturées.

A la 45e division, le régiment de chasseurs indigènes Pomeyrau attaque vers 18 heures, mais sans résultat. Quant au régiment de gauche de la brigade Quiquandon (2e de marche de zouaves), qui s’est infiltré jusqu'aux abords sud d’Étrépilly, il s’y jette d’ur superbe élan, le traverse tout d’une traite et attaque le cimetière fortement retranché qui domine le village au nord. Le brave colonel Dubujadoux enlève ses soldats à l'assaut du cimetière. Il" tombe au pied de la muraille ; une forte contre-attaque allemande réussit à rejeter le régiment dont les pertes sont énormes : trois. officiers supérieurs sur quatre ; les trois quarts des officiers, la. moitié de la troupe (1). à

On ne doit pas croire que de tels efforts soient inutiles. L’échee. de l'attaque d'Étrépilly est dû, surtout, à la supériorité numérique de l’ennemi qui dispose, autour de Trocy, du groupe de von Gronau et du groupe de von Trossel, c’est-à-dire de quatre divisions, soit plus de 60 000 hommes sur six kilomètres, avec une puissante artillerie massée sur le plateau. Mais von Kluck est obligé de mettre ses troupes sur les dents et de vider ses caissons pour tenir tête à. la fougue de l'offensive française. Déjà, il a dû abandonner Bülow

(1) Les pertes subies par la brigade marocaine Ditte au cours de la bataille de l’Ourcq et des pre miers combats au nord de Soissons ont été telles qu il fallut fondre les deux régiments en un seul à deux bataillons.

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id de 1 Marne et la bataille générale est compromise et, pour si dire, perdue en raison de ce particularisme militaire du chef per armée ; mais, en plus, il sera obligé de céder lui-même, le idemain, ce terrain si péniblement défendu.

C'est à propos des combats livrés, les 6 et 7, dans les régions de Ma Larcilly, Barcy, Chambry, Étrépilly, que l’auteur allemand de ouvrage Récit des batailles de la Marne, inspiré, a-t-on dit, par or Kluck, écrit, rendant hommage au vainqueur : « Les troupes rançaises semblent très ardentes ; les nôtres tiennent les hauteurs ; iais les Français sont des démons ; ils chargent sous la mitraille, se font tuer avec allégresse ; la vaillance des Français est surhulaine. C’est comme une génération spontanée de troupes qui paraît de tous côtés. » L’effet moral est produit. L’ascendant est retourné.

EC onsidérons, d’ailleurs, le résultat réel de ces combats au noment où il faut are de nouvelles résolutions pour les suites de la bataille, soit dans le camp français, soit dans le camp alleand. Ce à quoi l’on se décide de part et d’autre pour le 8, est la suite naturelle de ce qui s’est fait dans la journée du 7, … Dans le camp français, on est d’avis que, si la journée du 7 a été dure sur l’Ourcq, elle a été, en somme, bonne pour nos armes. Ses péripéties ne font en rien dévier de ses projets le général Mau- “nou y. Il répondait, dans l’après-midi, au général Franchet d’Esd + erey qui Dora d'attaquer : « Engagé sur le front Meauxtavigny, j'espère déborder la droite allemande à Étavigny, t la rejeter dans l’Ourcq. » Il se préparait, en effet, à la reprise e la manœuvre d’enveloppement, le lendemain, avec des troupes îches. Il recevait, d’ailleurs, directement, dès lors, les ordres du commandant en chef, son armée étant désormais hors des ites du camp retranché de Paris.

11 fallait, de toute nécessité, des troupes fraîches pour réaliser ion vers le nord demandée par Joffre dans son ordre de 45h. 45. Maunoury, qui avait hâte de voir la 7 division entrer en de prescrivit à 17 h. 30, après avoir consulté Gallieni, que la e division, avec toute l'artillerie du 4 corps, se porterait, le 8 au ‘matin, de Nanteuil sur Betz.

1 fallait assurer l’arrivée à Nanteuil. Le directeur des transports avait été, à cet effet, chargé par Gallieni de réquisitionner 500 autostaxis munis de leur plein d’essence et de vivres pour un jour (1) 1 (1) L'utilisation des autos avait été préparée depuis plusieurs jours par le

- gouvernement militaire de Paris. Le 1° septembre au soir, Gallieni, envisa- geant alors les mesures à prendre en vue de procéder à des évacuations de maté-

et de les diriger sur la mairie de Gagny, ainsi que 100 voitures dé rassemblées à la porte de Boulogne, de manière que tous les véhi cules fussent à Gagny à 17 heures, aux ordres du général Mau noury. Le général Boëlle lançait, de son côté, l’ordre suivant : «LE 13e brigade, 101 et 102e régiments (colonel Farret), s’embarquer en chemin de fer ; la 14€ brigade, 103e et 104€ régiments (généra Félineau), sera transportés en taxis-autos.., » Les instructions furent exécutées à la lettre, avec infiniment de zèle, de dévouement et de rapidité.

Les trois bataillons du 104 débarquèrent vers 2 heures du matin à l’angle de la route nationale avec le chemin de Silly-le-Long ; le régiment bivouaquait en colonne double près d’un boqueteau, où i passait le reste de la nuit. Quant au 103e, deux de ses bataillons étaient déposés par les taxis à 4 500 mètres au sud de Nanteuil, où le convo se heurtait à des vedettes de notre corps de cavalerie. :

Cependant, les 101e et 1022 régiments, enlevés en chemin de fer dans la même nuit, débarquaient le 8 au petit jour en gare de Nanteuil quant au dernier bataillon du 10%, utilisant la même ligne, il n’arrivai que le 8 au soir.

En définitive, cinq bataillons d'infanterie à 800 hommes, soit 4 col au total, avaient été transportés par autos et taxis, en quelques heures jusqu’à 50 kilomètres environ au nord-est de Paris. Si ce chiffre paraf bien loin des gros effectifs qu'avait colportés la légende, il n’en reste pas moins que personnel et matériel répondirent à l’effort qu’on leur deman: dait ; chauffeurs et taxis auraient d’ailleurs pu faire bien davantage s si les circonstances l'avaient exigé (1).

Ainsi renforcé, le général Maunoury était prêt, pour conquérir Je victoire le 8, « à consentir à tous les sacrifices ».

Les alarmes de von Kluck. Trilport-Varreddes : la 8° division. | Les III° et IX° corps jetés dans la bataille de l’Ourcq.

Dans le camp allemand, l’arrivée de la 169 brigade d’infanterie du Ile corps à Étavigny le soir, et le succès de sa contre-attaqué sur la 61€ division de réserve, avaient mis du baume dans le cœ® È on affirmait et l’on pensait peut-être que l’on pouvait tenir, mai tenant, la ligne Étavigny-Lizy « d’une manière absolument inébranlable ». Ce sentiment était-il sincère ? k: Von Kluck veut masser ses cinq corps au nord de l’Oureq sl

rie] si l'ennemi accentuait sa menace sur Paris, avait prescrit de requérir à titn temporaire tous les véhicules de la capitale, y compris les taxis-autos. P

(1) Commandant Henri CARRÉ, «la Véritable Histoire des taxis de la Marne Revue militaire française du 14° août 1921.

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É ée du 8 : c’est donc qu'il en a besoin et qu’il estime, par nséquent, que la journée du 7 lui a été contraire. Jugeons-en ): 24 lui-même, par son ordre du 7 au soir, cité ci-dessus, et s radios pleins d’alarmes.

E 6 5 septemire, 22 h. 45 (au G. Q. G.). — Le 1Xe corps se retire cette auit & dans la région ouest de Montmirail, en liaison avec le IIIe corps s Boitron.

L Dre, 10 À. 10 (à Bülow). — Les Ile, IVe et IVe de réserve ivrent un combat difficile à l’ouest de l’Ourcq inférieur. Où sont les L et IXe corps? Quelle est la situation chez vous?

7], septembre, 11 h. 15. — L'intervention des III et IXe corps sur

C Ou y est de nécessité urgente. L’ennemi se renforce d’une façon impor- . Prière de mettre ces deux corps en marche vers la région de la -Milon et Crouy.

* si 11 À. 20. — Où se trouve le IIe corps de cavalerie? Penant l’attaque de l’ennemi, le maintien de la coupure du Petit Morin, 4 Ferté-sous-Jouarre et Boitron, est de nécessité urgente.

. Bülow, d’autre part, jette des cris désespérés : mais en vain. « S'il pri écrit Bülow dans son rapport, que le 7 septembre, la te armée rencontra devant elle à l’ouest de l’Ourcq des forces eZ importantes pour qu’il fallt réclamer impérieusement le ne cours des IIIe et IXE corps, peut-être eüt-il mieux valu, dès le Tapie rompre le combat que les trois corps de l'aile droite à outenaient à l’ouest de l'Ourcq et rétablir de nouveau, environ s Château-Thierry, la liaison avec la Ile armée. » © Von Kluck ne veut rien entendre : par des ordres réitérés, 41 b. 15, à 12h. 40, à 1 h. 15, à 2 h. 30, il reprend ses deux corps ot il les garde.

| + Tel est donc le résultat positif des journées du 6 et du 7. Von

5: KI ack lâche complètement la Marne et Bülow ; c’est done qu'il a senti la nécessité absolue d'avoir toutes ses fous à sa disposition su T'Oureq. I faut prendre, en effet, les paroles pour ce qu’elles valent et les faits dans leur réalité. Que pèsent, à côté d’une “à mesu e qui va décider du sort de la bataille de la Marne, les télégrammes gonflés de morgue d’un général battu, battu par sa

faute, qui veut se faire passer pour victorieux ?

7 Au point de vue général, le résultat est plus frappant encore. Il “est vrai, la manœuvre d’enveloppement, telle que l'avait conçue Joffre, n'a pas entièrement réussi. Par contre von Kluck, en retirant précipitamment ses troupes qu’il avait fait avancer précipitamment, a produit un vide dans lequel l’armée britannique et

" | à # "4 FA ve 246 LA BATAILLE DE LA MARNE

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l’armée Franchet d’'Esperey vont se jeter allégrement. C’es st rupture du front allemand entre von Kluck et von Bülow si ce e ne recule pas aussi vivement que son collègue vient de le faire et si von Bülow recule, c’est la rupture entre lui et von Hausen tandis que celui-ci en est encore à travailler à la rupture du français : en un mot, c’est le plan allemand culbuté et la port ouverte à la manœuvre finale de l’armée française. :

Il nous reste à dire un dernier mot de la bataille de la 69 armé en quittant la région de l’Ourcq et en descendant au sud de Marne. |

Nous avons exposé le rôle de la 8 division française (de Lar tigue), installée, dès le 6, autour de Chessy, en mesure de pénétrer, en direction de Couilly, comme une pointe dans le flanc de l'ennemi: un pas en avant et elle commande la route de Coulommiers à Meaux. Von Kluck croit qu'il a affaire à l’armée britannique € par crainte de ce mouvement, il ordonne le recul de sa gauche « de Varreddes sur une position plus favorable ». Mais la marche de la 8e division est subordonnée, en réalité, à l'avance de l’armée britannique. Elle reste donc l’arme au pied, toute la matinée, autour de Chessy ; dans la journée, elle se met en mouvement et passe sur la rive droite du Grand Morin ; ses brigades s’avancent en colonne, vers Quincy-Ségy et de Condé-Sainte-Libiaire jusqu’à Couilly. Mais elle ne prend pas le contact avec l’ennemi. E Déjà, en effet, celui-ci n’est plus là : le IIS corps est remonté au nord de la Marne ; le terrain se trouve libre des gros, nous le savons, jusqu’à la trouée de Rebais. Cependant les divisions de“ cavalerie de von der Marwitz font rideau et, le soir du 7, 9% division est à l’est de Trilport, sa 29 à Pierrelevée.

La & division française interroge ses voisins de droite, les éléments de l’armée anglaise : ils doivent atteindre Maisoncelles“ sur la route de Coulommiers à Meaux. Que font-ils? Ils n’avan-. cent pas. La division avance lentement et bivouaque le soir, à proximité de cette même route, en avant de Quincy-Ségy et de Couilly. Par ce simple mouvement, Meaux est tourné. Si le contact avait pu être pris avec l’armée britannique, le poids de journée de Varreddes, le lendemain, eût été singulièrement allégé, ;

ror ms

Quelle n’a pas été, en effet, même sur ce point, l'angoisse de VO Kluck, dans cette journée du 71 Vers midi, son aile gauche (von. Trossel) a été tellement malmenée par le feu de l'artillerie

Een” LA tte pu Te SEPTEMBRE SUR L'OURCQ 247

V k, de la direction de Meaux que, pour la soutenir, il donne, à 4 h. 15, de Vendrest, un ordre général ainsi conçu :

>. Le IVe corps de réserve et le Ile corps sont engagés dans une dure à aille sur la ligne de Betz à Varreddes, au nord de Meaux. L’adver-

se aire se renforce au nord de Meaux et menace notre aile gauche en la “#4 pi renant de flanc par un violent feu d’artillerie lourde venant de la direction de Meaux. Le Ille et le IXe corps partiront immédiatement... la division de gauche du IfTe corps par le chemin le plus court jusqu’à Fe. s Une brigade d'infanterie de cette division devra être mise en marche sur la route de la Ferté-sous-Jouarre en direction de Trilport avec l'artillerie lourde du IIIe corps et un peu de cavalerie. Cette brigade de avra réduire l’artillerie anglaise par une artillerie de flanc. Couverture reconnaissance direction Coulommiers où l’ennemi est annoncé et vers le Grand Morin. Liaison avec le Ile corps de cavalerie qui devra * également aujourd’hui avec de l’artillerie disposée en flanc dans la son de Trilport (contre l’artillerie ennemie au nord de Meaux).

$ Les trois autres divisions, aux ordres du général von Lochow, par les routes les plus directes en direction de la Ferté-Milon-Crouy.

- Von Kluck voit donc sa bataille d’articulation compromise autour du pivot de Varreddes : la 8 division française et l’armée - anglaise, qui atteignent presque la route Meaux-Coulommiers et > canonnent bien au delà, le menacent dangereusement. IL faut . parer au plus tôt par ton immédiate, vers Trilport, d’une divi- sion du IIIe corps et du corps de cavalerie von der Marwitz. On le - tente, mais que d’incertitudes pour la nuit et le lendemain |! | … Quand, le soir venu, von Kluck et son chef d’état-major von . Kuhl préparent, à Vendrest, les ordres pour le 8, la situation leur 4 . apparaît peut-être un peu dégagée vers le nord où on leur a signalé - les routes libres, mais elle reste menaçante vers Nanteuil où se - rassemblent, leur dit-on, de fortes masses de troupes, La conver- —… sion enveloppante de l’aile droite allemande n’a pas été assez marquée. Les IIIe et IX® corps arriveront-ils?

. Ce soir même, la 6€ division (du IIIe corps) atteint Charly, mais à le IXE corps, engagé dans la bataille d’Esternay, n’a pu atteindre , ne la coupure du Dolloir, au sud de la Marne : on le fouaille pour qu'il fasse des prodiges de vitesse.

De ce déplacement de 80 000 hommes, von Kluck et von Kuhl Déttendent, sinon la victoire, du moins le salut. Commencent-ils à réaliser que les armées allemandes du front occidental sont au penchant de leur ruine et que la défaite sera un fait accompli au cours de cette journée du 8?

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