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CHAPITRE VIII

LA MARCHE EN AVANT DE L'ARMÉE BRITANNIQUE ET DE LA D® ARMÉE AU SUD DE LA MARNE, LE 7

L'armée britannique passe le Grand Morin. — Les ordres de Franchet d’Esperey. L’ennemi a quitté le terrain. Le crochet défensif de Bülow. — La cavalerie, les 18° et 3° corps poussent sur le Grand Morin. — Le 1° corps entre dans Esternay. Il arrive aux portes de Montmirail. — Le 10° corps en liaison avec l’armée Foch. Les combats pour la route n° 51 et la contre-offensive » allemande.

Nous avons dit l’état d’esprit du maréchal French craignant, dans la journée du 6, de tomber dans un piège tendu par les Allemands. Par contre, le général Joffre, ayant une pleine connaissance de la retraite de l’armée von Kluck, avait, par une instruction datée de 21 h. 40, le 6, fait connaître que l’action de l’armée britannique pourrait être utilement dirigée « plus au nord ». Cet ordre de Joffre étant arrivé fort tard dans la nuit, French a réfléchi sur l’observation faite dans les états-majors depui midi et confirmée par toutes les reconnaissances, que la retraite allemande s’accentuait vers le nord. Il était même arrivé à cette conviction que la retraite allemande était l'effet, non d’une manœuvre, mais . « d’une véritable panique ». ;

Ce nouveau sentiment du commandement anglais tenait, sans doute, à ce que les avions révélaient, qu’une fois le rideau de cavalerie franchi, on ne voyait plus de « gros » ennemis nulle part. En fait, pourtant, il ne s'agissait pas d’une panique, mais d’une manœuvre : on aurait quelque surprise si on sous-estimait l’ennemi. Un avertissement en sens contraire venait, d’ailleurs, au. maréchal French du fait que ses renseignements lui apprenaient. que les deux armées françaises opérant à sa droite et à sa gauche étaient engagées en des combats extrêmement durs et avec des forces paraissant supérieures. |

De l’ensemble de ses réflexions, le maréchal tira la conclusion, cette fois formelle, que l’armée britannique devait marcher immé-"

lie iatement et prendre un contact étroit avec l’ennemi. En consé- . il donna l’ordre, dans la nuit du 6 au 7, de diriger la marche générale sur le Grand Morin et de forcer le passage du cours d’eau avec toute la rapidité possible dans la journée du 7. - La cavalerie s’étant mise en mouvement pour éclairer les routes, l’armée anglaise s’ébranla.

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| L’armée britannique passe le Grand Morin,

AG h. 45, le signal de marche était donné. Le 4er corps, tenant la Poite, Donait la main au corps de cavalerie Conneau et à l’armée Franchet d’Esperey ; son mouvement avait une importance toute particulière, puisqu'il s’agissait de tomber dans le flanc de l’armée M: Bülow découvert, dans la nuit du 6 au 7, par le repli annoncé par le radio de von Kluck. à 10 h. 45 du soir : « Le IXE corps se retire bee nuit dans la région à l’ouest de Montmirail, en liaison avec le IIIe corps, vers Boitron (nord de Rebais). »

… Le général Douglas Haïg donne l’ordre d’avancer sur la ligne — Mauperthuis-Dagny. C'était bien la direction de La droite à la Ferté- Gaucher, comme l'avait indiqué le général Joffre. Celui-ci, d’ailleurs, avertissait Franchet d’Esperey d’avoir à se tenir à la hauteur - de French. En s’élevant ainsi vers le nord-est, French débordait “ ja cavalerie de Richthofen, concentrée à Beton-Bazoches. Von — der Marwitz et Richthofen ne peuvent plus tenir : ils ont prévenu le haut commandement allemand qu’ils n’ont qu’à se retirer au - nord de la Marne en faisant sauter les ponts.

Les troupes anglaises trouvent donc le terrain libre devant elles ; elles avancent sans trouver de sérieuse résistance, ce qui les étonne un peu.

w … À 8 heures, les aviateurs ont constaté le vide; Joffre, averti, . prévient aussitôt Maunoury et Franchet d’ Heperey.

F2 st ligne Mauperthuis-Dagny est franchie allégrement. Et, deci vant, toujours le terrain vide ! C’est trop beau ! Le sentiment d’un traquenard, d’un piège, flotte encore dans les esprits. Un oflicier … du corps de cavalerie Conneau (4e division, général Abonneau), - qui est en liaison sur ce point avec l’armée britannique, témoigne … de cette impression répandue partout :

— Avec une étonnante facilité, on aborde les villages et les bois où l’on L | croyait rencontrer l’ennemi. Tout est vide : à peine ramasse-t-on quelques rares retardataires. Nous sommes très surpris. Quant au

général, il l’est plus encore que nous et ne cesse d'affirmer : « C'est un 4 raquenard. C'est un traquenard ! Messieurs, ils nous attirent dans un

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traquenard... » Nous apprenons que l'armée anglaise, du moins à de ses divisions de cavalerie, est bien à notre gauche.

Comme nos alliés sont vêtus de kaki, nos patrouilles, les pre pour des Allemands, ont tiré plusieurs fois sur eux. Les Anglais trouve cela très amusant et très sportif. Au cours des nombreuses me et pointes que je fais au cours de l’après-midi, mon attention se porte sur un régiment d'infanterie anglaise. C’est la première fois que nous rencontrons la « misérable petite armée ». Ils marchent d’un joli pa long et souple, tout en sifflant leur fameux air : Z£s a long way to Tip. perary. Quand je passe, ils sifflent la Marseillaise. Ce sont de grands € forts gaillards. Ils laisseront d’eux, à tous ceux qui les rencontreront une réconfortante impression de solidité et d’allégresse hardie (1).

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Les contacts sont donc exactement maintenus de ce côté, entre les deux armées, comme l’a voulu Joffre. Mais la situation réciproque ne paraît pas très nettement éclaircie. Soit à cause de l’état de fatigue du corps de cavalerie Conneau, soit parce que l’idée d’un « traquenard » hantait aussi les esprits, le 1er corps anglais ayant atteint, au nord du Grand Morin, la ligne Rebais- Pinebard, reçoit soudainement l’ordre de stopper et même de se replier. Mais Haig intervient vigoureusement auprès de ses dvi sionnaires Lomax et Munro, et il leur démontre la nécessité. d’une action immédiate. Malgré l’épuisement des chevaux, à brigade de cavalerie d’Aldeshot s’élève jusqu’à Choisy. En arrière, à Montcel, près de Frétoy, trois escadrons du 1% dragons de la Garde allemande, restés en surveillance sur le terrain, sont attaqués par le 9% lanciers et le 18° hussards anglais (brigade de Lisle) qui, après un combat assez vif, les mettent en fuite (2).. L'avant-garde arrive à deux milles de Rebais que l’on trouve. abandonné par l’ennemi. Mais on reste toujours au sud du Petit | Morin | |

Dans les deux autres corps de l’armée britannique, l'attitude” est à peu près la même. Au centre, la 7€ brigade enlève Coulommiers après une courte résistance. Au fur et à mesure que l’on avançait vers le Petit Morin, la région plus boisée paraissait plus dure et plus inquiétante : « La marche en avant fut d’abord lente et cirs, conspecte » (Hamilton). Et l’armée s'arrêta enfin devant les col=. lines au sud du Petit Morin.

Avec les quelques avancées qui se produisirent pendant la null le maréchal French donne, comme ligne générale de son armée, le 8 au matin : 3 corps : la Haute-Maison (à peu près à mi-chemin |

(1) Capitaine LaAnGeviIN, Cavaliers de France, 1914, p. 165-168, (2) Lord Ernest W. HAMILTON, Les sept premières divtsions anglaises, p. 84.

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