CHAPITRE XI
LA BATAILLE DE L’ARGONNE (6 et 7 septembre.)
Le rôle de l’armée Sarrail. — Les projets de Moltke et les ordres du kronpi inz. — Le terrain de la manœuvre, L’Argonne et la place de Verdun. — La situa tion de l’armée du kronprinz et de l’armée Sarrail le 6 au matin. — La bataille pour la trouée de Revigny le 6 septembre. — Rôle de l'artillerie à la 3° armée et notamment au 6 corps. — L'objectif de Moltke et le coup d’œil de Joffre e dans la bataille de l’Argonne. — L'armée Sarrail le 7 septembre : la Vaux Marie et la trouée de Bar-le-Duc — L'armée du kronprinz les 6 et 7 sep: tembre. — Rattachement de la bataille de la Marne à la bataille de l'Est. |
Le rôle de l’armée Sarrail.
Une des missions les plus délicates confiées par le général Joffre aux armées françaises engagées depuis le plateau de l’Ourcq jus squ'aux Vosges, était celle qui incombaiït à la 3e armée. Elle était comme un nœud robuste, rassemblant autour de Verdun tout les chaînes de la défense française. Mais la situation de la 3e armée était telle que, pour assurer la liaison des deux parties du vaste engagement, si elle avait l'avantage de manœuvrer dans la région des places fortes, elle était contrainte d’opérer sur un terrain pa ticulièrement difficile : l’Argonne.
L’Argonne, avec Verdun à son extrémité nord, faisait, il est vrai, une avancée, une «dent » en pleine chair allemande. Mais si l’enne mi, négligeant momentanément le camp retranché, s’enfonçait dan: le territoire français, la place pouvait se trouver exposée, très e flèche et, peut-être, isolée. |
En un mot, pour garder ses contacts avec les armées de b: raine et avec la place de Verdun, la 39 armée était obligée de se maintenir, le plus longtemps possible, le plus au nord possible: Mais pour garder, d’autre part, ses liaisons avec la grande armée de Joffre opérant sur la Marne, elle était obligée de s’allonger ver le sud, jusqu’au cours de l’Ornain. #
Le dilemme de la manœuvre de la 3° armée se résume en cette
Le FER Sarrail, par une se compréhension de son devoir 2 ticulier, tend à les restreindre au minimum. On a beaucoup discuté, depuis, sur ce point précis et sur ce que l’on a qualifié ordre d'abandonner Verdun ». Il est assez naturel que, sur les eux, on ait eu une tendance à attacher plus d'importance aux onsidérations particulières, et, qu’au centre, on se soit laissé onduire surtout par les considérations générales. Je le dis, — une ïs pour toutes, — presque toutes les polémiques relatives à la jerre viennent de ce désaccord : vue particulière insuffisamment nseignée sur la situation générale. Heureusement, à l’heure décive, c’est-à-dire à la bataille de la Marne, c’est l’esprit d’entente li prédomina. Le chef avait confiance en son subordonné, et lui-ci finit toujours par exécuter les ordres du chef. Je tâcherai exposer avec équité certaines divergences intellectuelles qui se mt, de beaucoup, exagérées par la suite et de dire, en toute ncérité, les raisons communes de la commune victoire.
L est assez naturel que les états-majors qui n’avaient pas assisté ux défaites de la Sambre et de la Lorraine annexée, ceux surtout i avaient vu l'ennemi fuir à la journée d’Étain et, bientôt après, 1x combats de la Meuse, ne se soient pas rendu compte, d’abord, 5 raisons qui avaient dicté au général Joffre l’Instruction du D et les ordres pour la retraite générale. Ils se sentaient cas de défendre le terrain pied à pied, notamment à Verdun 4 autour de Verdun. C’est la première pensée que manifeste le éral Sarrail en prenant possession de son commandement, ‘début même de la grande retraite stratégique, le 30 août. Mais, s le 31, il lui est prescrit d’arrêter l'offensive qu’il médite et de nformer son mouvement à celui de l’ensemble des armées. Il La conception du grand quartier général est que la 3e armée plus, pour le moment, à faire barrage entre l’Argonne et Ver- 1, mais qu'elle aura à se replier pour se préparer, de concert bc la 4 armée, à reprendre la lutte plus au sud. On tenait compte, üilleurs, des dispositions nettement offensives du général Sarrail ; 3 Instruction du 1 septembre lui prescrivait de « s’arrêter, faire face à l'ennemi et de saisir toute occasion pour lui infliger
2ChecC », | she s’est effectuée sans de trop sérieuses difficultés, i, sous les ordres assez mous du kronprinz, s’étant montré
308 LA BATAILLE DE LA MARNE wi FER peu mordant, et la 3% armée s’est trouvée, le 5 au soir, sur ls p tions suivantes : A
La 7 division de cavalerie, qui est chargée de la Liaisbal} +14 l’armée de Langle de Cary, opère dans la région de Laimon A sa droite, se trouve le 5€ corps (général Micheler), s’allongea de Noyers sur l’Isle-en-Barrois par Laheycourt- Louppy-Villott | les arrière-gardes à Triaucourt, Vaubécourt et Beauzée-sur-Ai ire Plus au rt le 6° corps (général Verraux) cantonne à Sai André- Hémbäreodrt Marais-Hargeville. Enfin, en relation aw la place de Verdun, le groupe des divisions dé réserve est camp D autour de Souilly. À ‘
Si l’on considère les voisinages, la situation est la suivante. A sud, le 5 corps est, en somme, séparé de la 4° armée (de Langle di Cry); dont le 2€ corps est à Cho par une fissure d'environ vingt kilomètres, qui n’est couverte que par la 7€ division de ce valerie. Au Let les liaisons sont parfaitement maintenues am la place de Verdun. À Pest, une distance de 40 kilomètres enviro sépare l’armée du général Sarrail de l’armée du général de Cas telnau, et c’est là comme un trou béant fait pour tenter l'ennemi étant donnée la position tout à fait saillante de la « dent de Ve dun », relativement à Sainte-Geneviève et au Grand-Couronné, Castelnau, à ce jour même, se défend péniblement.
C’est dans cette journée du 5 septembre que le général Sarrai a reçu l’Instruction générale, pour la bataille de la Marne, ordon nant de prendre l’offensive. Les ordres, qui seront modifiés encoi au fur et à mesure des événements, sont les suivants :
La 3° armée comprendra les 5e, 6e, 15€ et 212 corps d’armée (1), le 65e, 67, 75° divisions de réserve, la 7 division de cavalerie. Le 15° corp qui fait mouvement par voie de terre a reçu l’ordre de se porter, pa Gondrecourt, Houdelaincourt, sur Dammarie-sur-Saulx, qu'il s Re cera d’atteindre, le 6 septembre, en fin de journée. Il sera rattac à l’armée, le 6 septembre.
Le 21° corps d'armée aura ses éléments combattants transportés pe voie ferrée dans la région Joinville-Vassy, les 5, 6 et 7 sept matin ; après débarquement, le 21° corps d'armée doit se porter dar la région Montiérender-Longeville. Il relèvera de la 3° armée au poir de vue du fonctionnement des services, mais il sera initialement al disposition du commandant en chef... k
La 3° armée, dont la mission est d’opérer à droite du groupe p cipal de nos armées, se repliera lentement en se maintenant, si pe
(1) Le 21° corps fut ultérieurement, comme nous l’avons dit, rattach l’armée de Langle de Cary et non à l’armée Sarrail. +
LEE LS dE SE ee E nd Le RE 2 EE TRES SR Le SR MS LE PRES LES LA BATAILLE DE. L'ARGONNE 309
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», sur es flanc de Ponnerit, et dans une formation lui } permettant, à | de repasser à l'offensive face au nord-ouest.
Voil à donc, à la fois, les forces de la 3 armée, sa mission et le errain où elle est rassemblée : elle constitue l’extrémité est du | + mouvement de l’armée Joffre ; et le relie, d’une part, avec rdun, et, d’autre part, avec les armées opérant dans l’est. Elle sur l’Argonne, une courbe allongée depuis Revigny jusqu’au mp retranché de Verdun. Sans abandonner tout à fait la surlance de la Woëvre et des débouchés de Metz, elle a Ja face urnée vers l’ouest, et elle peut, d’un instant à l’autre, tomber Je flanc de Puce allemande, si celle-ci s’aventure Rs au sud. pee occupe une ligne extrêmement allongée ; sa droite n’est > que de divisions de réserve ; sa gauche a toutes les peines a De à rejoindre la 4 arméé à la trouée de Revigny, et, ifin, ses arrières sont singulièrement exposés, si l'ennemi a So e armée dans Metz et tente de se glisser par le Rupt-de-Mad. mi n mot, Sarrail a les avantages, mais aussi les inconvénients > Ja situation extrême qui lui est assignée et du voisinage de erdun qui l’attire tout en le protégeant.
rojets de Moltke et les ordres du kronprinz.
Le sort de la 3e armée va dépendre des projets de l’ennemi et de ir exécution.
Bien entendu, personne, dans le camp français, n’a pu deviner ansformation profonde que vient de subir le plan général alle- Da On ne connaît encore ni l'effet de la défense de Castelnau t de Dubail dans l’est, ni l’effet de l'attaque sur l'Ourcq; on ne nnaît rien du rôle nouveau qui vient d’être attribué, par les sti uctions générales allemandes du 5 au matin, aux deu armées pu de Wurtemberg et du kronprinz. La connaissance que nous s maintenant de ces instructions éclaire tout à nos yeux; Le états-majors français en étaient réduits à l'incertitude « hypothèses, au fur et à mesure qu’ils voyaient les événes se développer devant eux.
Dai, une bataille de rencontre allait s'engager. Mais tandis E ÉSarail tendait à prendre l’ennemi par le flanc et au nord, 4 i se donnait pour objectif de couper et d’envelopper l’armée il par le sud, c’est-à-dire par la trouée de Revigny. Il se faita iinsi une sorte de « balancez vos dames », ayant pour résultat ne pas opposer exactement les forces aux forces. De part et
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d'autre, il allait y avoir surprise : mais elle serait bien plus 1 ed table, dans ses suites, pour les armées françaises que pour les arm: allemandes : car, si le plan allemand réussissait, la grande arm | de Joffre était coupée et Sarrail isolé et enveloppé: la bataille d Marne, gagnée à l’ouest, était perdue à l’est avec des conti de la plus haute gravité. |
Tout ceci va devenir très clair par l'étude des ordres de Moltk du 5 au matin, qui s'appliquent en même temps à la IVe armé (duc de Wurtemberg) et à la Ve armée (kronprinz) : 4
c) Un refoulement de toute l’armée française contre la frontit r suisse en direction sud-est n’est plus possible. !
e) ….Les IVe et Ve armées sont encore en contact avec d'inportsil forces ennemies. Elles doivent s’efforcer de les repousser continuelle ment vers le sud-est. Par cela même, la voie sera ouverte à la VIe armé sur la Moselle, entre Toul et Épinal. Il n’est pas encore possible d’envi sager si une action conjuguée avec les VIe et VII armées en cet endroï permettra de repousser sur la frontière suisse des forces ennemie importantes. Le rôle immédiat des VIe (kronprinz de Bavière) @ VIIe armées (von Heeringen) est toujours de retenir les forces ennem es se trouvant devant leur front. L'attaque sur la Moselle, entre Toul e Épinal, en masquant ces deux places, est à exécuter le plus tôt possible …
g) En conséquence... Les IVE et Ve armées, par une progression branlable, doivent ouvrir aux VIe et VIIe armées le chemin sur le Haute-Moselle. Droite de la IVe armée, en direction de Vitry; droi de la Ve armée, Revigny. Le IVE corps de cavalerie éclaire les fronts des IVe et Ve armées.
Ces ordres généraux sont traduits par le kronprinz * ordres particuliers datés de Varennes, le 5, à 8 heures du sur 1 x-@1 ont été trouvés à Nettancourt sur un officier allemand. Ms : place, ils n’en acquièrent que plus de précision et d’autorité, 0 ordres (Ve armée, n° 167) donnent pour objectifs, le 6 : au VIecorp Revigny ; au XITI® corps : Mussey-Varney-Fains ; au XVI corpse Bar-le-Duc ; au IVe corps de cavalerie : l'exploration sur la lignt Dijon- Besahçon: -Belfort. >
à la grande « NET », qui consistait à écraser l’armée français ou à la rejeter tout nine sur la frontière suisse, et il en mont une sensiblement plus courte, avec, seulement, les IVe, Ve, VIe VII armées : elles reçoivent l'ordre: d’avoir’à’se trouves r'assem blées, en fin d'exécution, sur la Haute- Moselle.
C’est leur but commun. Il s’agit, pour la IVe et la Ve a de s’avancer par une « progression inébranlable » vers cet object
Frs. BATAILLE DE L'ARGONNE se 311
6 Due et, d’abord, sur la trouée de Revigny et sur Bar-le-Duc, de façon à « ouvrir aux VIe et VIIe armées le chemin de la Haute- M oselle ». Alors, tous ensemble auront à se rameuter autour des noces Castelnau et Dubail pour les bousculer sur la frontière suisse. De là découlent les ordres donnés aux corps de la Ve armée, et, en particulier, la mission confiée au corps de cavalerie d’explorer 3 “la ligne Dijon-Besançon-Belfort. Cette mission éclaire la prodipee aberration du haut commandement allemand. En somme, . c’est l'objectif des quatre-vingts kilomètres qu’on assigne à la cava- - Jerie du kronprinz et, consécutivement, à ses gros. FE: . On pense donc encore qu’il n’y a qu’à courir; on pense encore - que l’armée française n’offrira aucune résistance. Le major Bir- . cher, auteur suisse bien renseigné, homme compétent et avisé, . ne peut en croire ses yeux. Ayant pris connaissance, dans l’un - des fascicules de notre Histoire de la Guerre, de cet ordre du 6, … ilécrit : « Le corps de cavalerie doit avoir reçu l’ordre d’aller … enreconnaissance de Saint-Mard-sur-le-Mont vers Dijon-Besançon- . Belfort. On peut à peine supposer que ces données empruntées à … des sources françaises reposent sur la réalité. Une reconnaissance - pouvait à peine parvenir au delà du plateau de Langres et ne us avoir, au plus, pour but que Bar-le-Duc-Joinville.. » Le judicieux Dfibber raisonne sur les données du bon sens. Mais le kronprinz et le grand état-major concevaient en pleine chimère. Que dirait-on de nos chefs s’ils avaient donné à leurs armées des objectifs tellement illimités?
Ê Il n’en est pas moins vrai que l’armée Sarrail allait avoir affaire - à une offensive d'autant plus énergique qu’elle se proposait un but plus éloigné et que cette offensive combinée avec celle du duc de Wurtemberg allait devenir une menace terrible pour la liaison - de l’armée Sarrail avec l’armée de Langle de Cary. La trouée de * Laimont- -Revigny, défendue seulement par une division de ca- …— valerie, devenait, de ce côté, l'enjeu de la bataille. Joffre avait - mille fois raison de veiller à ses liaisons.
L | Le terrain de la manœuvre. L’Argonne et la place de Verdun.
Pal
Avant d’aborder le récit des dures journées du 6 et du 7 à … l’armée Sarrail, il est nécessaire de rappeler, du moins dans ses lignes générales, la configuration du terrain : car elle est si parti- … culière qu’elle fournirait, à elle seule, une explication des évé- nements.
É L'Argonne n’est, en somme, qu’une Champagne surhaussée.
rt pr sitint :
Dans les vieilles formations géologiques, elle fut le dos de terrains : Jjurassiques d’argile et de silex, sur lequel s’appuyèrent les alluvions de la Champagne humide. Elle s’incurve en demi-cerele et abrite ainsi, de loin, le bassin de Paris. Pour entrer dans celui-ci, il faut franchir les défilés de l’Argonne. Mais si une armée vient du nord, si elle a passé l’Argonne au défilé de Grandpré, et si elle fait nappe en Champagne, elle ne sera jamais en sécurité tant que l’Argonne sera occupée militairement : car cette ligne ferme la parenthèse contre les envahisseurs qui se heurtent, d'autre part, au massif de Seine-et-Marne.
Telle est, en somme, la conception « géologique », si j'ose dire, de la bataille de la Marne : attirer l’ennemi dans les Champs Catalauniques et le boucler entre le camp retranché de Paris à l’ouest et le camp retranché de Verdun à l’est. Donc, une armée qui vient du nord et qui a franchi le défilé de Grandpré s’expose à ce péril. Elle coule en plaine, où elle ne trouve pas d’obstacle : mais les hauteurs restent occupées et, de ces hauteurs, une attaque de flanc lui sera toujours redoutable.
Observons qu’une troupe qui se cantonne précisément sur PArgonne est, par contre, très exposée. La parade qu’on peut lui opposer est celle-ci : profiter de la marche en plaine pour la cerner à la fois à l’est, à l’ouest et au sud. A l’est, une plaine s’ouvre, c’est la Woëvre : elle est commandée par Metz et une armée sortant de cette place peut se glisser jusqu’à Saint-Mihiel. A l’ouest, une plaine s’ouvre, c’est la vallée de l’Aire, adossée à l’Argonne. Elle conduit tout droit à Bar-le-Duc, qu’elle tourne. Bar-le-Duc et Saint-Mihiel sont à peu près au même parallèle. En se tendant la main, deux armées qui occuperaient ces deux villes auraient contourné l’Argonne par le sud et y auraient enfermé tout ce qui s’y serait attardé. Il est vrai qu’il reste le camp retranché de Verdun. Mais une place forte de cette importance, sans relation avec le dehors et sans armée de soutien, est condamnée fatalement. Le principe d’une bonne défense de l’Argonne et de Verdun réside donc en cette loi unique : garder les contacts avec la place, oui, mais ne pas s’y laisser enfermer.
Ceci dit, l’Argonne présente, au point de vue tactique, pour une bataille défensive, des avantages incomparables. Il faut connaître ce pays informe, désordonné, tout en détours, en chausse-trappe, en versants boisés, parfois coulants, souvent à pic, pour se faire l’idée des difficultés qu’un pareil terrain présente à l’envahisseur. Celui-ci est visé et dominé de partout. C’est une perpétuelle embuscade contre lui, et, s’il marche rapidement par la plaine pour
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* des Fes et du camp retranché, une offensive La ee peut - tou ner, alors qu'il prétend tourner. Revigny et Bar-le-Duc ont bien tentants ; mais il faut les atteindre. Une marche concenrique des quatre armées d’invasion vers Neufchâteau, c’est une conception extraordinairement séduisante ; mais, il y a « la dent e l’Argonne » : il faudrait d’abord arracher la dent. É Le e choc brutal des deux offensives se produit le 6 septembre, ès la première heure. Le kronprinz fonce avec ses corps disposés Eèche, et un peu-trop échelonnés les uns derrière les autres, a cavalerie en avant, vers la trouée de Revigny. Sarrail, es armée tendue en barbe depuis les forts de Verdun jusqu’à Revigny, entend lui barrer la route et se réserve de tomber sur son flanc au cours de cette offensive téméraire. - Que l’on considère l’une ou l’autre des deux armées, le sort de la jataille est fortement influencé par la proximité du camp retranché t de la place de Verdun. En effet, le kronprinz ne peut se lancer u rendez-vous qui lui est assigné sur la Haute- Moselle,sans prendre ju masquer Verdun : l’enlever de haute lutte, il ne faut y songer ; là voiler, c’est fixer, à distance du champ de bataille, des troupes lont le ASE se fera sentir au fur et à mesure que l'offensive ’allongera vers le sud. Et si, par contre, on néglige de prendre > telles précautions, la Fa est assez Rite et assez bien munie Jour menacer dangereusement les arrières au moment où la tête era engagée au loin.
. Telle est la véritable utilité des places fortes et des camps reranchés : s’ils sont gardés, non seulement par une garnison intéjeure, mais aussi par une force extérieure libre de ses mouvements t ne conservant avec la place que des attaches très élastiques, es routes de pénétration de la région sont dominées de telle sorte u'il est extrêmement difficile à l’ennemi de s’y engager. Ayant oujours la préoccupation de ses arrières, il est gêné dans tous ses c ouvements ; ses lignes s’allongent, sa sécurité diminue, ses Orces s’amincissent et, conséquemment, ses résolutions sont hfficilement réalisables.
-Disons-le en deux mots. Il est à peu près aussi difficile de masjuer une place que de la prendre. En cela, l'exemple de Verdun endant toute la campagne est de la plus haute portée. L’offenve allemande fut empêtrée d’un bout à l’autre de la guerre par | souci de telle ou telle place : Anvers, Maubeuge, Verdun, comme, | ans doute, l'offensive française eût été empêtrée par le souci de |
Le 0 FOR Metz où de Thionville, st elle ne se fût pas portée immédiatemen au delà du Rhin, ce qui était son véritable objectif. |
Ainsi, l'intortence décisive de la place de Verdun apparaît même quand on en était encore à la guerre de mouvement. Il es permis de se demander si le haut commandement allemand n’eût pas eu intérêt à commencer la guerre par la ruée sur Verdun qu'il dut entreprendre plus tard. Il y eût sacrifié sans doute des forces considérables : mais il eût rompu, peut-être, cette puissante barrière de l’est sur laquelle Joffre appuyait tout son système, soit offensif, soit défensif. Quoi qu’il en soit, il va devenir de plus en plus évident, par l’exposé des raisons qui ont amené l'échec du kronprinz, que c’est la force de cette barrière de l’est, trouée de Charmes, Grand-Couronné, Verdun, qui a sauvé le pays.
La situation de l’armée du kronprinz et de l’armée Sarrail, le 6 au matin.
La Ve armée allemande était ainsi composée : VIe corps (gé néral von Pritzelwitz) : 11€ division (von Webern) et 128 division: (Charles de Beaulieu) ; XZZLE corps (général von Fabeck) : 26€ division (von Urach) et 27e division (von Pfeil) ; X V2 corps (général von Mudra):33e division (Reitzensteln) et 34€ division (Heinemann) ; VIe corps de réserve (général von Gossler) : 11° division de réserve (Suren) et 12e division de réserve (Lüttwitz) ; Ve corps de réserve (général von Gündell) : 9% division de réserve (von Guretzky- Cornitz) -et 10€ division de réserve (von Wartenberg); Ve corps général von Strantz) : 9 division (von Below) et 10e division (Kosch) ; l'armée comprenait, en outre, le 2 groupe de lande (général Franke), composé de la 45° brigade (von Bosse), d la 43e brigade (von der Lippe), de la 9% brigade bavarois (Kiessling), de la 53e brigade (von Osswald) et de la 14€ brigadl (Saenger) ; la 33° division de réserve (général Bausch) ; le 4€ corps de cavalerie (général von Hollen), composé de la 3e division de cavalerie (von Unger) et de la 6e division (comte von Schmettow)
Le gros des troupes se trouvait, le 6 septembre au matin, de la région de Givry-en-Argonne-Triaucourt-Sommeilles et défilait au pied de l’Argonne à une distance respectueuse. Le kronpri donnait pour objectif général à ses troupes de choc Bar-le-Duc : à son extrême droite, il avait pris la liaison, par son VIS corps, avec le XVIII corps de réserve (von Steuben), de l’armée du duc de Wurtemberg, et il comptait sur un vigoureux coup de maim de d corps en direction de Revigny.
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s tout de suite que la place dé Vorchus ne fut ni surprise, tin imidée par lés premières manifestations de l’ennemi. Le Coutanceau s’y attendait; on était prêt. Le canon réndit au canon, dès le 4, du côté d’Haudiomont ; la défense moe oc :cupa des positions que l’on avait eu le LEE d'installer et e perfectionner. L’artillerie de la place balayait au loin toutes routes. Le kronprinz se trouva dans l’obligation d’établir des rces importantes en surveillance devant ce front immense. Le IE corps de réserve, parti de Montfaucon, et toute la landwebr isponible y furent employés dans la région de Saint-André-Avo- Jurt (VIe de réserve) et entre Avocourt et Consenvoye (landwehr). Par at au Ve corps de réserve qui, après avoir combattu le 22 août Boismont, à Bazailles et à Joppécourt, avait suivi le mouvement e | armée vers l’ouest, 1l s’était arrêté avant le passage de la Meuse ses deux divisions reçurent mission de surveiller la place, entre Romagne et Consenvoye, sur la face nord.
Il reste donc au kronprinz, pour l'offensive vers le sud, les corps livants pour lesquels les ordres partent le 5 septembre à 8 heures 1 soir. Le IV corps de cavalerie (général von Hollen), avec ses 2et 6° divisions, doit pousser son exploration de Saint-Mard-sur- Mont, sur la ligne Dijon-Besançon-Belfort, éclairant les fronts >s IVe et Ve armées ; le VIe corps (général von Pritzelwitz) a rdre de foncer sur Revigny par Laheycourt et Villotte; le (ILE corps (général von Fabeck) doit, de Triaucourt, s’avancer rs Lisle-en-Barrois et Villotte et s'emparer des ponts de Mussey, ar ney et Fains ; enfin le XVIe corps (général von Mudra) est argé de s'emparer de Bar-le-Duc.
» Cette marche en direction du sud-est, cette disposition en triangle s + posée par la conformation des lieux et les ordres de Moltke. >uisqu’il s’agit de progresser à tout prix vers Bar-le-Duc, l’armée | sa mais comme il faut parer à une sortie éventuelle de rdun, elle s’agglomère. Ainsi se produit ce singulier échelonnedes corps et cette espèce de resserrement dans un étroit cour qui ne permet pas le débit normal de la puissante armée du onprinz. Disposant au total de la valeur de plus de sept corps pre ée et ayant ainsi la supériorité numérique sur Sarrail, il ne jamais en mettre plus de trois en ligne ; les autres s ’eibarsent entre eux, mélangent leurs convois et en viennent à come en se tournant le dos.
rrail paraît avoir eu une vue très claire des avantages que lui it, à ce point de vue, la situation de l'ennemi. Son ordre du 4
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disait déjà : « La 3° armée continuera son SE EC vers we prête à frapper dans le flanc gauche de l'ennemi qui menacerait À l 4e armée. » ‘à Sans perdre le contact avec Verdun, la 39 armée s’est établie sur Beauzée-sur-Aire et Vaubécourt, occupant ainsi cette position de flane qui était à la fois conforme à la volonté du général en chef et à la conception particulière du général Sarrail. La cavaléll Ï était prête à surveiller l’un ou l’autre revers de ces collines tour mentées. En effet, la situation se compliquait à l’est, du fait qu’un corps allemand (le Ve) était signalé cherchant à s’insinuer dans le Woëvre. Si l’armée de Sarrail voulait éviter le risque d’être tournée elle devait avoir l’œil de ce côté et se maintenir en forces à proximité de la place. En raison de cette situation extrêmement déli-" cate et complexe, la place elle-même devait nécessairement prendre part à la bataille.
Ainsi, Verdun restait une préoccupation singulière pour les deux chefs. Le kronprinz l’attaquait pour se couvrir contre une sortie de la place et Sarrail réclamait de tout son pouvoir cette sortie. La bataille qui se livrait pour les voies du sud se trouvait, par une sorte de paradoxe, accrochée, d’abord, aux débouchés du pay En un mot, le kronprinz qui courait en avant était saisi par le talon, au moment où il s’élançait.
Le général Coutanceau, gouverneur de Verdun, avait, au début de la guerre, pris son dpositif « face à l’est » entre Haudiomon et Ornes, avec trois régiments (164, 1652, 166€), dix batteries et. environ sept cents pièces (à tir lent) pour toute la place. Il avait reçu ensuite la 72e division de réserve (143 et 144 brigades de chacune trois régiments à deux bataillons) que le général Ruffey prit bientôt sous ses ordres pour la bataille de Virton; le 24, le général Maunoury avait pris également sous son commanidemetlé les trois régiments actifs, pour le combat d’Étain. Il ne restait au gouverneur de Verdun que 13 bataillons territoriaux pour 41 kilo= mètres de front. Mais la retraite de la 3 armée autour du camp. retranché allait avoir pour conséquence la rentrée des effectifs dans. la place et même leur renforcement. Dans la journée du 2 sep-« tembre, le général Joffre prescrivit au général Sarrail de remettre” à la disposition du gouverneur de Verdun les régiments actifs de la place et la 728 division de réserve, enfin de renforcer la garnison. d’une brigade de réserve ; la 108€ brigade (de la 54e division des réserve) fut ainsi détachée à Verdun, 4 Le général Coutanceau n’était pas sans inquiétude au sujet d l'intervention que l’on réclamait de lui. II avait sa be
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D La BATAILLE DE L ARGONNE ; 319
Dp garder Verdun ; un article du service des places l’autorisait consacrer toutes les Fe dont il disposait à la mission qui lui e Rte : il jouissait d’une indépendance relative à l’égard de à 3° armée et il arguait de cette situation particulière. Mais le énéral Sarrail, sentant combien sa propre situation devenait périlleuse, obligé qu’il était de combattre depuis la place elle-même squ’à Revigny, prit sur lui de donner au général Coutanceau un rdre formel : « L'intervention des troupes de la garnison de erdun pourrait être absolument décisive dans les circonstances présentes. Je vous ordonne de mettre tout en œuvre pour que cette iction se fasse sentir demain le plus tôt possible dans la direction Nixeville-Rampont-Ville-sur-Cousances (vers le sud-ouest). » La place entrait donc dans la bataille.
‘4 En résumé, au moment où la bataille allait s'engager, c’est-à-dire lans la nuit du 5 au 6, les forces dont disposait le général Sarrail ccupaient partie la plaine, partie les hauteurs, dans l’ordre suivant : e © corps (général Micheler) de Noyers à Lisle-en-Barrois, en laison à sa gauche avec le 28 corps (général Gérard) de l’armée de Bangle de Cary ; à sa droite, le 6e corps (général Verraux) de Rem- Jercourt-aux-Pots à Saint- André, à cheval sur l’Aiïre ; et, en rela-
ions de réserve du général Pol Durand. A l’extrême droite, les roupes de la garnison de Verdun (728 division de réserve) proloneaient le mouvement. Le quartier général de la 3€ armée était à ig ay-en-Barrois.
Le 5 septembre, à 18 h. 30, Sarrail donnait au 5e corps l’ordre 'attaquer sur Laheycourt-Villotte avec une brigade installée en 24 défensif face à l’ouest et au 6° corps sur Nubécourt-Somlaisne ; deux divisions de réserve devaient appuyer, à Souilly, éroite du 6® corps; une autre se tiendrait en réserve à Chaunont-sur-Aire, la 54€ division de réserve à Rembercourt-aux-Pots : 7e division de cavalerie serait dirigée sur Lisle-en-Barrois ; enfin, a 72 division de réserve sur Souhesme-la-Grande.
a bataille pour la trouée de Revigny le 6 septembre.
D’après les ordres donnés respectivement, pour la même heure, ans les deux camps, la bataille s’engagera donc dès l’aube, le septembre.
Le kronprinz part à fond de train en direction de Bar-le-Duc ; Pemmenant que ses troupes combattantes, il laisse ses convois à à traîne à la hauteur du camp retranché. Apercevant le mou-
ion directe avec Verdun, à Souilly, le groupe des 65€, 67e et 75e divi-