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CHAPITRE II

LA BRÈCHE DES DEUX MORINS ET LA BATAILLE DE FÈRE-CHAMPENOISE, LE 8 SEPTEMBRE

| Marche de l’armée britannique du Grand Morin au Petit Morin. — La 58 armée reçoit l’ordre de prendre la poursuite sur Montmirail. — Le 10 corps rattaché

. à la ® armée. La route n° 51. — La manœuvre décisive vue du côté français et du côté allemand. — La bataille de Fère-Champenoise, le 8. La retraite du 11° corps. — Manœuvre de Foch sur la poche de Fère. — La bataille de Fère-Champenoise vue du camp allemand.

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Si von Kluck est battu dès le 8 au soir, ce n’est pas seulement parce que Maunoury lui oppose une résistance acharnée, c’est . parce que, selon les ordres de Joffre, l’armée anglaise et la 5° armée s’avancent dans la « fissure » creusée, par le retrait des corps de larmée von Kluck, entre l’armée de celui-ci et celle de Bülow. Nous avons dit que la tête de la bête allemande aboyait, au nord, sur Nanteuil-le-Haudouin, mais que la gorge était découverte entre Meaux et Montmirail. Les deux armées alliées se jettent donc en ce point, et c’est ce qui va forcer tout le corps à reculer.

Mais un vide s’est fait entre le front allemand et le front des armées alliées dans la région des deux Morins. Les Allemands de von Kluck se sont décrochés, ils ont repassé la Marne et ils n’ont … pas été suivis, l’armée anglaise n’a pas allongé le pas ; elle aura, le lendemain, à marcher pendant une journée entière pour rejoindre les gros ennemis. C’est cette journée, celle du 8, que von Kluck, avec son tempérament de risqueur, essaye de mettre à profit pour battre Maunoury. Il est de toute évidence que si l’armée anglaise qui opère au sud de la Marne avait pu marcher sur les talons de von Kluck et si, seulement, elle s’était alignée sur la Marne entre Meaux, la Ferté-sous-Jouarre et Charly, dès la journée du 8, von Kluck eût été coincé dans l’étroit espace qui lui était laissé entre Betz et Charly.

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Marche de l’armée britannique du Grand Morin au Petit Morin, le 8 septembre.

Nous avons dit avec quelle insistance le général Joffre, averti de la situation périlleuse où la manœuvre de von Kluck allait | mettre le général Maunoury, agit, dans la mesure de son pouvoir, : auprès de l’armée britannique pour qu’elle se porte, sans une minute de retard, sur le flanc gauche de von Kluck au nord de la Marne. Les instructions dans le même sens se renouvellent et se précisent d’heure en heure depuis le 7 au matin :

— La continuation de l’attaque anglaise favorisera l’action de la 5e armée. Il y aurait intérêt à orienter l’action britannique plus au : nord en appuyant, à sa gauche, la 6° armée. -

— En voue du 8 : Forces britanniques chercheront à prendre pied : successivement au delà du Petit Morin, Grand Morin et Marne.

— Le 8 encore : L’armée britannique a pour mission d'attaquer en flanc les forces opposées à la 6° armée.

En flanc, rien de plus précis : il s’agit de rabattre l’armée von Kluck sur l’armée Maunoury et de la saisir dans cet angle. Et à coups redoublés, pendant le cours de cette journée du 8 :

— Ne 4263 : Il y a intérêt à ce que l’armée britannique prenne pied le plus tôt possible au nord du Petit Morin et de la Marne pour empêcher l'ennemi de s'arrêter derrière ces obstacles.

— N90 4343 (à 15 h. 30) : Il est indispensable que les forces britanniques débouchent au nord de la Marne dès ce soir. Les forces qui lui sont opposées se portent contre la 6€ armée. ,

— Instruction particulière n° 19 : Les forces anglaises, franchissant la Marne entre Nogent-l’Artaud et la Ferté-sous-Jouarre, se porteront sur la gauche et les derrières de l'ennemi qui se trouve sur l’Ourcq.

Cependant, au matin du 8, l’armée britannique n’avait encore fait aucun progrès décisif. Elle avait bivouaqué sur la ligne suivante : sa gauche, 3 corps (général Pulteney), à la Haute-Maison ; son centre, 2 corps (général Smith Dorrien), à Aulnoy et enwvirons ; sa droite, 1% corps (général Douglas Haïg), à Chailly et Jouysur-Morin. En deux mots, elle était à cheval sur le Grand Morin, sa gauche en avant, mais sans autre ennemi devant elle que quelques arrière-gardes de cavalerie et quelques bataillons de chasseurs. Car von der Marwitz, qui opérait devant l’armée anglaise et se trouvait le 7 au soir avec ses 2e et 9% divisions à l’est de Trilport et à Pierre-Levée, avait fait savoir qu’il se retirait, demandant s’il fallait faire sauter les ponts de la Marne. A 11 h. 20, von Kluck ordonne de préparer la destruction des ponts.

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xallieni et de Maunoury, et malgré les instructions si précises de Joffre, pesait les risques d’une marche trop aventureuse, non sans CC comprendre d’ailleurs, la gravité du moindre retard à une heure si

critique : ;

La question primordiale était de savoir comment donner appui à la 6° armée si fortement engagée, puisque, maintenant, la liaison était fermement assurée avec la 5° armée à ma droite. Mais, je ne pouvais pas douter que les passages de la Marne devant mon aile gauche, entre Changis et la Ferté-sous-Jouarre, seraient fortement gardés et que notre avance sur ce point n'’irait pas sans difficultés. Une grande masse d'artillerie lourde allemande était signalée dans la boucle de la rivière, ès de Varreddes. |

Tout bien pesé, et sachant que, de ce côté, la 8° division franise abritait sa gauche, French conclut que « la meilleure aide Hi pût apporter à la 6° armée était de franchir aussi rapidement e possible le Grand Morin, le Petit Morin et la Marne ». Il faut

psychologie de ce al « Le cours de la Marne au point où je voulais la franchir est orienté nord-est ; après le passage, l’armée FR se trouverait donc presque directement sur la ligne de retraite de la Ie armée allemande qui était au contact de Mon. noury au delà de l’Ourcq. » Rien n’est plus clair cette fois : French a compris qu’il s’agit de coincer von Kluck, si possible dans la journée du 8, sur la rive droite de la Marne. Si von Kluck eût pu lire dans la pensée de cet adversaire qu’il raille si Jlourdement, le rire se fût figé sur ses lèvres, car ce que les Anglais se proposent de faire, ils le font. French prend donc sa décision ; il se sent plein delire A l'officier détaché près de lui pour 1 expliquer la marche de la & division française, il dit : « Bonne marche ! Je vais donner l’ordre d’avancer (1). »

- Je donnai donc mes ordres, raconta-t-il lui-même, pour une attaque générale sur le Petit Morin, le 8, de bon matin... Je trouvai Haig à la Trétoire (nord de Rebais) ; aux abords du village, la 4° brigade, appuyée par des batteries de campagne, forçait le passage du Petit Morin. Je revois fort bien la scène, ajoute le vieux soldat d'Afrique, en pleine joie de l’action : nous étions sur un terrain élevé, coupé de ravins rocheux, semé de buttes sablonneuses. À nos pieds s’étendait le village, que l'ennemi arrosait copieusement d’obus et, au delà, la ligne du Petit Morin, avec ses bords boisés et rapides, avec la solide position d’arrière- garde que l’ennemi avait établie sur la ligne opposée.

(1) Duc pE DOUDEAUVILLE, Au service de la patrie.

Re , de son côté, be les demandes instantes d'agir de

suivre son raisonnement, parce qu'il nous fait pénétrer dans la

Cette position ennemie, c’est-à-dire la ligne de la Marne d Changis à la Ferté et la ligne du Petit Morin de la Ferté à Ville neuve, était tenue par Marwitz et par Richthofen, ce dernier sur le Petit Morin et sous les ordres de Bülow. Von Kluck crut devoir, à 11 h. 20, pour parer au danger imminent, jeter sur la Marne, de la Ferté à Nogent-l’Artaud, une brigade d’infanterie (général Kraevel), une brigade d’artillerie et sa réserve d’armée de Montreuil-aux-Lions (un régiment), toutes ces troupes prises au IXe corps, et, il ajoutait : « Préparer la destruction des ponts de la Marne et les détruire en cas de nécessité. Dépêche sur le résultat. ».

Cependant, French explique à Douglas Haig, avec une grande précision, le rôle de l’armée britannique. « Des combats très rudes, lui dit-il, sont engagés entre la 6° armée et deux corps et demi allemands (bientôt cinq corps et demi). Notre rôle est de venir à l’aide des Français en traversant la Marne entre la Ferté et Nogent. La 5° armée marche avec nous. »

Douglas Haig se met en route dans l’ordre suivant : à droite, la {re division avec objectif Sablonnières et Hondevilliers, à ne la 2e division avec objectif Boitron.

Mais, aussitôt que le corps s’ébranle, il se trouve en présence de Mevnaton du terrain telle que l’a réalisée le 1 corps de cavalerie allemand (von Richthofen). La rive sud du Petit Morin est vide de troupes, mais aux passages, gués ou ponts, des mitrailleuses sont dissimulées derrière des bâtiments ou des bois; et, du haut des collines sur la rive nord, des batteries d’artillerie canonnent sur les routes les troupes qui s’avancent. Après une courte résistance, les mitrailleuses se dérobent ; parfois, elles se laissent prendre comme si elles étaient d'avance sacrifiées : le 4 corps anglais a devant lui la division de cavalerie de la. Garde.

L’artillerie anglaise, dont la puissance étonnait dès lors l'ennemi, se mit à tonner sur toute la vallée du Petit Morin. Au 1® corps, la cavalerie de la 17e division cherche un passage en amont de la Trétoire ; elle le trouve à la Forge, et tourne ainsi l’ennemi (1). Le forcement de la petite rivière peut être tenté.

Sous les ordres du général Maxse, en liaison avec la cavalerie française qui opérait plus à droite, toute la {re division aborde la rivière sur un large front, prenant pour point de direction Bassevelle. À 9 heures, la cavalerie française faisait savoir qu’elle occupait les hauteurs de la rive nord au-dessus de Bellot. Appuyée par

(1) Lord E. W. HAMILTON, Les sept premières divisions anglaises, p. 86.

ce. . à. He" « AE 17 ton Tes. a - D M ve € TEL x ee L . ; - es r ;

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DE | 26e brigade anglaise, la cavalerie française avec son artillerie réduisit au silence les dernières batteries allemandes. Mais elle “avait été arrêtée devant Bellot par l'artillerie lourde tirant de la rive droite.

- Le Petit Morin fut franchi vers 11 heures : 250 prisonniers furent iturés aux chasseurs de la Garde ; même succès un peu plus en ‘aval, à Orly, que le 2e corps occupa. Tout cela encourageait beau- . coup la troupe qui faisait groupe autour des prisonniers allemands et ramassait les casques et autres souvenirs.

A 11 heures, sur la rive nord, on prit de nouveau contact avec les postes allemands dans des bois touffus couronnant le ravin et, - après un combat assez rude, la route se trouva dégagée. Deux bri- gades de canons de campagne et une brigade d’obusiers soutenaient

l'offensive et progressaient avec elle. Une fois la rivière franchie, Lomax a ordre de prendre la route qui monte vers Hondavilliers et Bassevelle, tout en surveillant ce qui vient de l’est. On avait

appris, en effet, que de la cavalerie allemande occupait la route

Montmirail-la Ferté. L’ennemi, en un retour offensif sur Boitron,

dispute le village. Une compagnie s’engage vigoureusement et l'ennemi lève le drapeau blanc.

Nous capturons huit mitrailleuses de la division de cavalerie de la

- Garde, dit un témoin. Un bataillon de la Garde allemande y fut entière-

ment détruit. Quatre cents prisonniers. Je trouve que les positions de

l’ennemi sont bien préparées, avec de forts abris pour les canons très ingénieusement établis.

Au centre britannique, était le 2 corps (Smith Dorrien). Il part

de la région de Doue. French vient rejoindre son lieutenant

vers le milieu de la journée. Mais la 3e division a de la peine à

déboucher d'Orly, après un engagement assez vif au passage à niveau.

Le 3 corps (Pulteney), opérant à l’extrême gauche en liaison avec la & division d'infanterie française est plus heureux. Il marche droit devant lui et descend vers la Marne en infligeant des pertes importantes à l'ennemi. L'approche de la Marne stimulait l’ardeur

. des troupes. Cependant, on apprit que quelques éléments ennemis se trouvaient dans le bois entre Lizy-sur-Ourcq et la Ferté-sous- Jouarre et qu’une puissante artillerie lourde, établie dans cet angle de l’Ourcq et de la Marne, canonnaïit toute la région. Nous avons dit ce que représentait, pour von Kluck, ce nœud de Varreddes, seule protection effective de sa gauche et sa seule ressource sérieuse, à cette heure, pour «la bataille d’articulatoin », Nous avons

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