PS
La 5° armée reçoit l’ordre de prendre la poursuite sur Montmirail,
A la 5 armée française, le vent de la victoire a déjà soufflé : . la troupe entre avec une joie, une allégressse intense sur le sentier de la guerre qui ramène dans les parties de la chère France que | lon avait dû abandonner.
On s’est levé de meilleure humeur que d’habitude encore, le 8 sep- « tembre. Non seulement il ne s’agit plus de reculer, mais il faut aller de | l'avant... Des forces nouvelles nous en viennent, une impatience d’être dans l’action. :
Le cauchemar de la défaite était dissipé. C’est la victoire qui là-bas : nous tend les bras et nous appelle, I] faut s’équiper en hâte et se tenir prêts à courir vers elle. Il faut harceler l’ennemi, lui souffler au poil, le … bousculer et le reconduire le plus loin possible, l'épée dans les reins. |
Ces sentiments sont, en particulier, ceux des corps qui opèrent … à gauche de la 5° armée et en liaison avec l’armée anglaise, car : ils trouvent le terrain presque entièrement dégagé devant eux. Il n’en est pas de même de ceux qui opèrent à droite, De ce côté, on . entend, dès la première heure, cette canonnade terrible et qui paraît toute proche. Que se passe-t-il donc? Les chefs seuls le. savent. 6
Le général Franchet d’Esperey avait reçu ou allait recevoir, dans la journée, du grand quartier général, les ordres suivants :
— Ordre général n° 7. — La 5 armée accentuera le mouvement de son aile gauche et emploiera ses forces de droite à soutenir la ® armée.
— Télégramme n° 4097. — La gauche de la 5° armée doit marcher en liaison avec la droite de l’armée britannique qui se dirige vers la Ferté-Gaucher.
— Instruction particulière n° 19. — La 5° armée couvrirait le flanc droit de l’armée anglaise en dirigeant un fort détachement sur Azy,. Château-Thierry. Le corps de cavalerie franchissant la Marne, au besoin derrière ce détachement ou derrière les colonnes anglaises, assurerait d’une façon effective la liaison entre l’armée anglaise et la 5° armée.
On comprend quelle impression faisaient ces ordres colportés de bouche en bouche, des états-majors jusque dans les derniers rangs de l’armée. L’ennemi reculait, on marchaït sur ses talons! On allait passer la Marne dans la journée ! Mais alors, c’était la victoire ! Et cela, subitement, après quelques heures de lutte seulement. On parlait de grands succès remportés par Maunoury sur l’Oureq. Enfin, la grande manœuvre de Joffre réussissait !...
8 on Mnut, Fu sur Ja Lam cette canonnade obsédante. Franchet d’Esperey, bien renseigné, réfléchissait, lui, à l’exécun des ordres du grand quartier général. Pour la gauche, en ection du Petit Morin et de Château-Thierry, cela allait bien, L s. pour la droite, la situation était plus délicate : il fallait venir on aide à la % armée que l’on savait engagée dans de rudes com- >ats sur la route n° 51, laisser un corps en arrière, se heurter au gros de l’armée Bülow chargé de l'offensive qui doit couper en deux armée de Joffre. Comme on le voit, la route de Sézanne reste encore, le 8 au matin, un nœud décisif de la bataille. Le danger serait de perdre l’équilibre en précipitant sans précaution toutes les forces de la 5° armée dans le champ à peu près vide de troupes qui s'ouvre devant elle.
| tetes d’Esperey est homme à se laisser séduire par la ‘che à l’ennemi rondement et sans délai. L’avant-veille, il disait 4 un général d'artillerie qu'il rencontrait à Bserts-le Vote ; Vous ne me connaissez pas? — Non, mon général. — Je suis le
assez de foutre le camp ; demain, nous prenons l'offensive. » Avec un tel mordant, il eût été tenté peut-être de cueillir une victoire acile en marchant droit sur Château-Thierry. Mais il y avait un utre devoir : donner à Foch le coup de main décisif que l’ordre du général Joffre preserivait selon les nécessités d'ensemble de cette heure encore critique. Tout bien pesé, Franchet d’Esperey donne, jans la nuit du 7 au 8, les ordres suivants :
Asa droite, la 5° armée continuera à appuyer l’action de la 9 armée n vue de permettre à cette dernière le passage à l’offensive ; le gros le la 5° armée, marchant droit au nord, refoulera au delà de la Marne es forces qui Jui sont opposées.
Au delà de la Marne, la route Romény, Azy, Château-Thierry, prééd emment affectée à l’armée britannique, est réservée à la 5° armée. armée continuera, à partir de 6 heures, son offensive vers la Marne, chelonnée la droite en avant.
rivière d’Orbais) et pousser ses ; avant- gardes sur Ja rive droite de cette ivière pour en tenir les débouchés vers le nord-est. Elle sera ainsi en esure de s’engager vers le nord ou le nord-est et d'appuyer éven [ ellement, avec le 10° corps d'armée, la gauche de la 9% armée. La che pourra être reprise dans l'après- midi du 9 sur de nouveaux es.
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Done marcher et, en même temps, peser à droite pour délier ’armée voisine : c’est parfait.
A gauche, le 1® corps de cavalerie (général Conneau), en liaison To-Af, 4
général Franchet d’Esperey, commandant la 5 armée. J'en ai
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chevaux sont fatigués et la progression est un peu lente. gauche, la 4 division de cavalerie marche de la Ferté-Gaucher su Bellot et Chézy ; au centre, la & division de cavalerie marche de Saint-Martin sur Montfaucon par Saint-Barthélemy ; à droite, la 10e division progresse de Villiers-les-Maillets sur Montdauphin l'Épine-aux-Bois et Viffort. Le 45e est prêt à être chargé en autobus à Saint-Martin et la Ferté-Gaucher. | L’avance se fait assez normalement dans la matinée. Mais, en» vue du village de Bellot, soudain la colonne que forme la 4e divi= sion de cavalerie (général Abonneau) s’arrête. La brigade de hussards est tenue en échec devant Bellot et, tout à coup, sur læ colonne arrêtée, les obus tombent. Ce sont ces mêmes cavaliers et chasseurs du corps de la Garde qu’a rencontrés devant elle #4
anglaise.
La division, colonne de 3 kilomètres de long, des canons, des cais= sons, des fourgons, hésite. ne bouge pas. Un sifflement strident. Les. projectiles tombent sur la colonne et frappent spécialement l'artillerie. Des attelages sont hachés, les chevaux et les hommes gisent sur le sol. La division se disperse à travers champs, laissant sur la route quelques attelages et des canons. Mais un homme a gardé tout son sang-froid C’est un capitaine d'artillerie. Il met ses pièces en batterie et ouvre le.
‘feu. I1 prend à partie les batteries ennemies, multiplie les coups, les assomme, détruit canons et caissons. Il a le dessus. Nous retrouverons, le soir, les cadavres écroulés autour de leurs pièces. Après quoi, le capi-" taine fait arrêter le tir, rafistole sa batterie, replacer les attelages et, paisiblement, sa besogne faite, il s’assied (1).
Cet incident interrompt la marche de la 4 division et, par suite,« du corps de cavalerie pendant plusieurs heures. Nous avons vu que. le 1e corps d'armée britannique, en liaison avec lui, avait contribué. à la dégager. |
À 15 h. 30, la 4€ division de cavalerie est tout entière rassemblée. vers Fontaine-Robert. La 10€ division progresse par Verdelot ets appuie à coups de canon l'attaque de l’Épine-aux-Bois pris à revers” par le 18 corps ; la 8 division est à Bellot, tandis que la 42 division. reprend la marche sur Vieils-Maisons en suivant le bord du plateau. Sans s’en douter, le corps approche du « crochet défensif » que von»
ülow avait constitué le 7 au soir, avec le IX corps (parti le 8 au matin) et la 13€ division du VIT corps, sur le Dolloir de Chézy
(1) Capitaine LANGEVIN, Cavaliers de France, p. 179.
Rincer sidi) ?
D'autre part, la 4 division de cavalerie accompagne de son feu fractions ennemies qui se retirent par Mont-Cel-Anger et qui s’enfoncent dans la grande forêt : ce sont, probablement, les dernières arrière-gardes de Richthofen. La fissure se fait donc là entre les deux armées allemandes. Ce serait l’heure de foncer pour élargir. Mais il y a comme un temps d’hésitation. Tout le monde, hommes et chevaux, est sur les boulets. À 20 h. 30, la 4€ division prend ses cantonnements à Villeneuve-sur-Bellot et Bellot. A la 10€ division, «demi-tour». « Nous rentrons cantonner à Doucy » (1), c’est-à-dire en arrière même de Bellot. La 8€ division est éreintée et s’affale entre Verdelot et Vieils-Maisons. Ici, comme à l’armée britannique, médiocre journée pour un si grand espoir.
… Les choses vont tout autrement au 18€ corps commandé par un
chef qui est l’entrain personnifié, le général de Maud’huy : partant
e Saint-Martin-du-Boschet, Moutils, Pierrelez, le corps a reçu pour direction l’Épine-aux-Bois, Marchais, Fontenelle. Il est précédé par la division de droite du corps de cavalerie qui éclaire la route. La direction du corps le jette sur l’angle même de la position prise par Bülow à Fontenelle ; devant lui, le 3€ corps bouscule des arrière-gardes. Dans la matinée, la marche s’opère allégrement. Mais, vers midi, les têtes de colonnes des 35€ et 36e divisions rencontrent l’ennemi fortement établi sur la rive droite du Petit Morin entre Marchais et Montmirail.
. La 35 division (général Marjoulet) se porte vers Marchais-en- Brie par la Celle ; la 36 division (général Jouannic) se porte sur le même point en se servant du pont au nord de Montdauphin. Ainsi, Marchais devient le premier objectif de cette journée. Il est évident que l’ennemi entend défendre sérieusement la ligne de Montmirail, le Trembley, Fontenelle. On se trouve, en effet, au point exact où, avec la 132 division (von der Borne) du VII corps, von Bülow entend résister à la fois pour permettre à sa gauche de continuer son offensive à la route n° 51, et à son armée entière de se dérober, si cet effort suprême ne réussit pas.
C’est donc le 18 corps qui est chargé d’emporter cet angle de Marchais-en-Brie-Fontenelle, tandis que le 3 corps s’en prendra à Montmirail, où s’appuie le XE corps de réserve. Après une vigou-
(1) Récit du lieutenant TOURNAIRE du 3% régiment de cuirassiers, dans GINISTY, cit., p. 286.
Rte NE Po 5e
reuse préparation d'artillerie, la 35e division atteint le Petit Morin à Celle et à Vinet, vers 15 heures. La 36€ division qui a occupé sans. difficultés Vendières et l'Épine-aux-Bois se porte sur Marchais, qu'elle eherche à envelopper par le nord. Mais, à partir de! 17 heures, l'ennemi bombarde violemment tout le déploisment du 18 corps par des batteries établies sur le plateau de Fontenelle- Bailly, au nord-ouest de Montmirail. Il faut une énergie extrême“ au chef et au soldat pour traverser la zone de feux. Néanmoins, l'attaque progresse. À la nuit, le 18€ régiment d'infanterie enlève Marchais par une attaque à la baïonnette. Von der Borne dit que, * dans l’obscurité, deux compagnies de son 57% qu'encadrait le 158€
furent enfoncées et que, vu l’impossibilité où il était de se made, compte de la force des Français, il donna l’ordre de reculer jusqu'à. la voie ferrée Montmirail-Artonges. Quant à von Einem, comman-dant le VIT corps, il dit que, peu après le recul des bataillons de. la 132 brigade, vers minuit, l’ordre de Bülow parvint prescrivant” la retraite de la 13€ division et du X£ corps de réserve sur la ligne Margny-le Thoult, afin, déclare Bülow, « d'éviter l’enveloppe-. ment » ({). $
L'examen de la carte suffit pour expliquer ce recul allemand : la ligne de séparation entre les deux armées étant, en gros, la. route de Fontenelle à Château-Thierry et, par la chute de Marchais-en-Brie, Bülow étant aeculé, comme le général Franchet d’Esperey l'avait prévu, à la vallée du Surmelin, la fissure entre von Kluck et von Bülow va devenir un trou béant où la gauche de la 5° armée et toute l’armée britannique pourront se précipiter. Bülow assiste à ce désastre de son quartier général de Montmort.
Nous ne mentionnons que pour maintenir exactement l’emplacement des forces la marche du 4 groupe de divisions de réserve (général Valabrègue) qui progresse en soutien et suit le 182 corps ; les éléments de première ligne partis de Saint-Martin-du-Boeschet arrivent le soir à le Vézier, où s’établit le poste de commandement. Le corps, en progressant, a le triste spectacle de la destrue-= tion générale accomplie par les Allemands, à partir de Montceauxlès-Provins.
8 septembre. — Nous avons été faire le tour du village. L'affaire a été chaude ; de nombreux cadavres restent encore à ensevelir. Cérémonie pour deux soldats du 2282. Nous admirons l’organisation défensive faite par les Allemands. Départ à 10 heures. Il fait chaud. Par-
(14) VON FRANÇOIS, Marneschlacht und Tannenberg, p. 105 et suiv.
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tout sur la route, des traces du combat. Une barricade faite par l'ennemi
gr le nord. Tous les villages sont déserts. Les mobiliers sortis des aisonS, les fossés pleins de bouteilles de champagne vides, un grand
4 teau de Montmirail, Tranchées boches, admirables abris pour mitraïlleuses. Au loin, Montmirail qui brûle. Nous arrivons à Artonges. La ompagnie cantonne hors du village, tant les odeurs y sont pestilentielles. Nuit calme, Vers 3 heures du matin, la pluie.
Le 3 corps (général Hache) prend la marche comme d'ordinaire entre le 18€ corps et le 1% corps. Sa direction est exactement Montmirail, où s’est établi le Xe corps de réserve (von Eben) ; il va donc
jomber exäcteitient sur le terrain que Bülow a préparé comme ngle d'appui de son « crochet défensif ».
… Le corps se met en mouvement à 8 h. 35 : à gauche, la 37€ divi-
E. puis la 6€ division (général Pétain) ; à droite, la 5 division
(général Mangih) ; en avant, la cavalerie explore. Ici, la grosse …
HS c'est l'occupation de Montmirail, Comment $’y prendre? e 32 corps défile en plaine aux pieds du plateau qui le domine à l'est et où l'artillerie allemande est rangée. De 1à haut, cette artillerie balaye la plaine et elle est elle-même inattaquable. S'agit-il d’un combat de positions comme à Esternay? S'agit-il d’un siège ? À 10 h. 15, la 5€ division atteint Foñtaine-Armée et se porte entre Cornantier et Hochecourt où l’on envoie le génie de la brigade et toute l’artillerie divisionnaire. Il faut procéder par étapes. Ordre est donné de n’engager l'infanterie que pour assurer la possession dü pläteau de Montgobert qui fait face au plateau de Montmirail ; inais on se contentera de se retrancher une fois sur cette position. Il faut être én force pour tenter quelque chose. A midi 30, le énéral Hache ordonne à la 37€ division de gagner le plateau de Montgobert et il masse ses artilleries. On monte ainsi jusqu’à ieux et aux Chéneaux. De là, uné rafale à haute volée est irigée par-dessus Montmirail sur les artilleries ennemies dont le ir est réglé par un drachen. Après une longue canonhadé, on à chance de le descendre.
Mais, én somme, on est ärrêté. Nous avons un récit de cette Minite particulièrement pénible à un corps qui s’était élancé plein d'énthousiäsre à à la poursuite de l'ennemi :
. 8 septembre. — En arrivant vérs Villeperdue, nouvel arrêt. L'énnemi occupe les hauteurs voisines qui ont vue sur notre route, Ordre de quitter le chemin et de nous dissimuler dans les bas-fonds. Je pars en
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