‹ La bataille de la MarneChapitre 16 sur 102 · SOLDATS · texte numérisé non relu

SOLDATS

Sur les mémorables champs de bataille de Montmirail, de Vauchamps et de Champaubert qui, il y a un siècle, furent témoins des victoires de nos ancêtres sur les Prussiens de Blücher, notre vigoureuse offensive a triomphé de la résistance des Allemands. Poursuivi par ses flancs, son centre rompu, l’ennemi bat en retraite vers l’est et le nord par marches forcées. Les corps les plus redoutables de la Vieille

Prusse, les contingents de la Westphalie, du Hanovre, du Brandebourg se sont repliés en hâte devant nous. Ce premier succès n’est qu’un prélude. L’ennemi est ébranlé, mais il n’est pas battu d’une manière définitive.

Vous aurez encore à supporter de rudes fatigues, à faire de longues marches, à combattre dans de rudes batailles. Que l’image de la Patrie souillée par ces Barbares soit toujours devant vos yeux. Jamais il n’a été plus nécessaire de tout lui sacrifier. En saluant les héros qui sont tombés dans les combats des derniers jours, mes pensées se tournent vers vous, les vainqueurs de la prochaine bataille. En avant, soldats ! Pour la France |

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Signé : FRANCHET D’ESPEREY,

| Cet ordre du jour, destiné à éclairer le soldat et À répandre jusque dans les rangs le sentiment de la victoire, devait être lu dès la première heure, le 9 septembre.

La manœuvre décisive vue du côté français et du côté allemand,

Nous voici arrivés au point précis où, dans le temps et dans l’espace, le sort de la bataille de la Marne se décide : il s’agit de la crise à la jonction du massif et de la plaine. Qui est maître du

massif deviendra maître de la plaine : c’est la logique des choses.

Or, la maîtrise du massif va être assurée par la chute de Montmirail.

Mais, au moment où nous abordons l’historique sincère de cette partie de Ja bataille, le lecteur doit être averti qu’il a à se mettre en garde contre certaines erreurs et légendes, même très séduisantes, qui se sont accréditées au sujet de ces événements. Dans sa hâte de savoir, l'opinion a accepté des explications, ou prématurées ou partiales, ne correspondant que bien vaguement à la réalité. De bonne foi, chaque chef s’est cru exclusivement vainqueur ; chaque soldat, chaque civil, chaque curé, chaque maire a développé l’idée de la bataille telle qu’il se l'était faite du haut de son clocher ou du fond de sa cave. Le journalisme, comme un photographe ou phonographe fidèle, a tout noté pêle-mêle. Parmi ces notations (non négligeables, tant s’en faut, mais par trop localisées) les plus ingénieuses, les plus émouvantes se sont répandues et elles sont maintenant enracinées dans le souvenir. La légende a pris le pas sur l’histoire, et l’histoire est obligée de compter avec la légende. Actuellement encore, dans les exposés officiels, certaines erreurs persistent.

Il est à peine croyable, mais il est exact que la véritable manœuvre qui força la victoire aux marais de Saint-Gond n’a été ni exactement relatée, ni pleinement mise en lumière. Cette manœuvre est celle de la droite de Franchet d’Esperey, telle que nous venons de l’exposer : à savoir l’orientation À L'EST ordonnée dès la nuit du 7 au 8, pour le 10€ et le 1 corps.

L'origine du mouvement remonte aux ordres du grand commandement. Datés, les premiers du 7 et les seconds du 8, ils ont été admirablement exécutés par Franchet d’Esperey et Foch. Ce sont ces ordres et nuls autres, c’est cette manœuvre et nulle autre, qui ont produit « l'événement ».

Il convient donc de la rappeler ici, pour que le lecteur ait l’intelligence complète, la vue exacte des choses telle que l'avait le haut commandement français, au moment où il donnait ces ordres décisifs.

Profiter de la rupture du front causée par la retraite de von

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Ki ; # et manœuvrer, par la droite de la 5° armée, pour prendre de flanc l’armée Bülow et lui couper la retraite si possible, tout est là. Une fois ceci décidé et exécuté, la bataille de la Marne est gagnée. Or r, cette opération dérivant de la conception générale de la ba- + te aille reste incontestablement à l’acquis du haut commandement. C’est, d’ailleurs, une vue de simple bon sens et qui s’inspire de a réalité des faits. Mais le génie et le bon sens, à la guerre surtout, ‘à confondent. Le sentiment de la réalité dans les initiatives - décisives, le coup d’œil, en un mot, c’est par quoi Napoléon est __« le dieu de la guerre ».

- Nous allons donc reprendre cette résolution magistrale en son

pas que l’on puisse trouver, dans la création des grandes œuvres L militaires, quelque chose de plus précis, de plus naturel et de plus impressionnant.

Dès le 7, l’ordre général n° 7 établit que la conception existait ol l'esprit du haut commandement ; mais ce n’est encore qu’une . simple indication, un « garde à vous » adressé aux chefs d'armée Mitérensés : :

. La 5° armée accentuera le mouvement de son aile gauche et emploiera ses forces de droite à soutenir la ® armée. Cette dernière s’efforcera de tenir sur le front qu’elle occupe, jusqu’au moment où l’arrivée des … forces réservées de la 4° armée sur sa droite lui permettra de participer

… au mouvement en avant.

La

Le rôle de la droite de la 5° armée ayant à se porter à l'appui de la 9% armée commence à s’esquisser : rien de plus. Cette manœuvre en effet n’est pas encore au premier plan. On admet … que la %® armée, bientôt renforcée à droite, brisera la résistance . adverse et se portera, d'elle-même, par un vaste mouvement offen- - sif, à la rupture du front ennemi.

Ce qui n’était qu’une indication le 7, devient un ordre formel le le 8: des faits nouveaux se sont Dis la connaissance de ces “faits est parvenue au général Joffre ; il voit clair dans la volonté . de l'ennemi et dans sa propre Sté et, alors, 1l dicte l’Znstruction - particulière n° 19 dont les articles 2 et 3 contiennent toute la subs- tance de la manœuvre.

II. — Il paraît essentiel de mettre hors de cause l’extrême droite

allemande avant qu’elle ne puisse être renforcée par d’autres éléments

… que la chute de Maubeuge a pu rendre disponibles. (Suivent les ordres,

à la 6€ armée et à l’armée britannique, cités ci-dessus.)

II. — La 5° armée couvrirait le flanc droit de l’armée anglaise en dirigeant un fort détachement sur Azy-Château-Thierry.

: germe et la suivre dans son exécution et dans ses effets : je ne pense

À sa droite, la 5° armée continuerait à appuyer l’action de la ge armée à en vue de permettre à celle-ci le passage à l'offensive ; Le gros de la

5e armée marchant droit au nord, refoulera, au delà de la Marne, les forces qui lui sont opposées.

Il n’est plus question dû mouvement par la droite de la 9 armée et en liaison surtout avec la 4 armée ; on se préoccupe exelusivement du mouvement de cette même % armée par sa gauche et en liaison avec la 59 armée. La manœuvre est cette liaison même; il appartient aux chefs des deux armées de l’exécuter.

Nous allons voir, par l'exposé des résolutions prises dans le camp allemand, à quel point les ordres donnés aux armées françaises répondaient aux nécessités du moment.

Nous avons dit l’état d’hésitation et d'émotion inquiète qui était, celui du chef de la IIe armée allemande, Bülow, dès le 7 dans la soirée. Il avait vu disparaître de sa droite, au cours de cette journée, le IIIe corps et le IXE corps qui avaient rallié l’armée von

-Kluck en repassant la Marne. Sa droite était donc sans protection et sans liaison, sauf par les deux divisions de cavalerie de Richthofen, entre Montmirail et la Marne, alors que l’armée britannique et l’armée Franchet d’Esperey pénétraient dans le vide ainsi créé sur son flane. Il se reportaif, d’autre part, à ses instructions qui lui ordonnaient de pousser à fond l'offensive de rupture déjà commencée sur la route n° 51, en direction de la Seine.

Fallait-il poursuivre, en effet, cette offensive malgré le grand

péril que courait sa droite, ou bien valait-il mieux se prémunir

contre ce péril grandissant de minute en minute? Nous avons vu

Bülow se décider à constituer un crochet défensif sur le Dolloir et .

jusqu’à Montmirail avec la cavalerie Richthofen et la division

von der Borne. Il se donne ainsi un Jour, non sans se dire pourtant 4 que si cette protection improvisée venait à céder, sa position deviendrait soudainement des plus délicates. La précaution une

fois prise, il se décide à suivre ses instructions et, selon les propres

termes de son Mémoire justificatif : « ordre est donné à la gauche

de la IIe armée de continuer ses attaques vers le sud ».

Voici les raisons qui déterminent Bülow : d’abord il sait que

l'exécution du grand plan allemand dépend, en définitive, du succès de sa propre offensive. Un seul espoir, c’est de rompre le front de Joffre sur la route de Sézanne, et à la trouée de Mailly, où du moins sur l’un de ces deux points, Si l’on réussit, la bataille change de face. Maunoury est rejeté dans Paris ; l’armée hritannique et l’armée Franchet d’Esperey n'ont plus qu'à s'enfuir sur Prowins,

SR ete à Dir A DORE dé 20 er

Ex ATARI DES DEUX MORINS A LA MARNE 65

les débris de son armée sur Troyes et au delà, tandis que Langle “de Cary et Sarrail cernés en seront réduits soit à s’enfermer dans # erdun, soit à se rabattre sur la frontière suisse. Un tel gain éven- - tuel vaut que l’on risque beaucoup.

D. Et, sur les lieux mêmes, les choses ne se présentent pas si mal. “Depuis trois jours que la bataille est engagée, Foch n’a pu faire sauter le verrou qui l’enferme au droit de la ferme Chapton. L’offensive allemande a maintenant une occasion admirable de passer sur le corps de la division marocaine et d’enlever Sézanne, succès qui déciderait de tout. Par le centre des marais de Saint-Gond, la . valeur du corps incomparable de la Garde est un gage de victoire finale. Enfin, à l’est de ces mêmes marais de Saint-Gond, toute l'armée saxonne est entrée en ligne et le fléchissement du 11 corps français permet d’espérer que l’on pourra, dans la journée du 8, se rendre maître de Fère-Champenoise et de la trouée de Mailly. L'armée saxonne est décidée à vaincre : on a évoqué devant elle les” - souvenirs glorieux de Gravelotte et de Mars-la-Tour. Von Hausen à pris la résolution d’attaquer à la baïonnette et de passer coûte que coûte.

… Ilest vrai, les réserves manquaient à la IIe armée : mais l’on avait reçu avis que Maubeuge se rendait et que le chemin de fer jellait amener à toute vapeur le VII corps de réserve rendu libre par la capitulation de la place ; en plus, le haut commandement allemand, à limitation du haut commandement français, se déci- dait à emprunter des troupes à ses armées de l’est ; des renforts | venus de Lorraine étaient en marche sur l’Aisne. FRA XVe corps ‘appartenant à la VII armée (von Heeringen) avait déjà pris le train, lui aussi, pour venir servir de réserve stratégique à l’armée du nord.

Toutes ces raisons déterminent von Bülow à persister et à

appel à von Hausen pour frapper ensemble, dans cette journée 8, le coup qui devait en finir avec l’armée Foch. On met donc le feu au ventre des deux armées. Non seulement c’est l’offensive, mais c’est l'offensive désespérée. Von Hausen télégraphie à Moltke

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matin avec toutes les troupes. Les ailes des II et IVe armées, en liaison avec nous, attaqueront de concert. Le Q. G. de l’armée st à Châlons. »

. Les choses étant ainsi dans le camp allemand, on comprend lle surprise lui ménage le simple changement d'orientation ns les deux corps de droite de l’armée Franchet d'Esperey, T. I. x)

Regardez attentivement la carte et considérez la situation des deux. armées opposées autour de Montmirail le 7 au soir : à l’ouest, le « crochet défensif » de Bülow est aligné de Montmirail à Chézy ; le. reste de l’armée Bülow descend vers l’est de Montmirail à Bannes. Bülow, évidemment, n’a pensé qu’à se protéger par sa droite face à l’ouest, tandis que sa gauche attaque face au sud. Si son point. d'appui est brisé à Montmirail, et si l’agresseur, ayant passé le. Petit Morin à Courbetaux, Boissy-le-Repos, le Thoult, s'oriente à l’est, c’est-à-dire prend la route de Champaubert et non la route de Condé-en-Brie, qu’arrivera-t-il? De toute évidence, le « crochet. défensif » sera cerné entre l’armée britannique et la 5° armée, tandis. que les corps de droite de celle-ci se portant sur Vauchamps, Champaubert, Montmort, prendront par le dos l’armée de von Bülow e même l'armée de von Hausen, s'ils peuvent pousser jusqu’à Bergères-" lès-Vertus. Tout dépend donc de ce succès de Montmirail que nous avons vu se dessiner en faveur de l’armée française dans la soirée du 8; et tout dépend surtout de l’orientation à l’est, une fois le Petit Morin franchi; or, voici précisément que le 108 corps passe“ la petite rivière et aborde le plateau de Vauchamps au cours de cette journée du 8. Franchet d’Esperey a le sens profond du résul tat que doit produire cette belle manœuvre, puisqu’il l’annoncera à ses troupes par le bulletin dicté dans la nuit du 8 au 9, 4

Or, c’est sous le coup d’une telle menace déjà esquissée, que, le« même jour 8, au matin, Bülow a donné à sa gauche l’ordre de foncers sur la route n° 51 et sur la route de Bannes à travers les marais de Saint-Gond, et, d'autre part, avec le concours des divisions prêtéess par von Hausen, de foncer à la trouée de Mailly, tandis que von Hausen doit foncer de même à Fère-Champenoise, à Lenharrée, à Connantray. Assaut redoutable, assurément, mais court d’haleine, s’il en fut. Que Foch tienne seulement durant cette journée du 8,. et, dès le 9 au matin, le sort de la bataille, basculant autour de « l'événement » de Montmirail, se prononcera contre von Bülow et contre von Hausen. Pour ne pas être enfoncés ou tournés, ils n’auront qu’à déguerpir sans perdre une minute, de même que von Kluck déguerpira, au même moment, en dépit de sa « victoire » de Nanteuil-le-Haudouin.

Foch sait tout cela. Il voit clair dans l’obscurité apparente des événements. Il sait que Franchet d’Esperey, lui donnant la main, s’avance pour tourner la route n° 51 et pour prendre à revers son principal adversaire. On lui demande de tenir, 1l tiendra.

Cette journée du 8 sera rude : il ne se fait aucune illusion. L’ennemi est décidé à tous les sacrifices pour saisir une circonstance

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nique. Si Foch doutait, il lui suffirait de prêter l’oreille à la terrible rafale d’artillerie qui retentit sur tout son front dès les prelueurs de l'aube.

soldat a pu dormir à peine, étendu sur la boue crayeuse, le “e wide, car dans la plupart des divisions, les vivres ne sont pas arri “a: A la 5° armée, la certitude de la victoire, confirmée par la marche en avant sans coup férir, donne du cœur et des jambes. 1 ais ici, à peine jour, la mort recommence sa sinistre besogne ; au-dessus des marais de Saint-Gond un brouillard s’élève et cache C ss artilleries et ces infanteries qui, pas à pas, s’infiltrent et dévalent

e partout.

2 bataille de Fère-Champenoise, le 8. La retraite du 11° corps.

ment étant resté à Pleurs. Conformément aux instructions qu’il Due et sentant tout le prix d’une offensive en liaison avec la > armée, il donne l’ordre d’attaquer sur tout le front. Mais, il est venu ; car l’ennemi a pris l’initiative et voici que, dès 3 h. 30, D énbtre formidable s’abat à la partie la plus sensible de son pre ropre front. C’est l’armée saxonne qui, selon la volonté et l’ordre > ses chefs, s’est levée et en pleine nuit, dans le silence et l'ombre, ] s'est jetée à la baïonnette sur les régiments français de première gne encore endormis.

Ainsi la journée du 8 va commencer dans le désordre d’un engaement de nuit qui provoque une sorte de panique. Une poche se zreuse dans le front de Foch au droit de la route de Mailly.

- Pour expliquer comment cette poche sera contenue dans la suite e la journée, il faut suivre, de gauche à droite, les événements ui se succèdent avec une dramatique rapidité. C’est la gauche ui sauvera la droite et c’est le massif qui sauvera la plaine. La artiè est étroitement liée dès maintenant : disons donc le sort de be aille de Foch, d’ouest en est ; c’est dans ce sens et à rebours a marche du Ml que Poux s’éclaircira.

Maroite, la 5° armée travaille déjà en communauté de vues avec ? armée. Nous venons de voir le 10€ corps (général Defforges) ir à partir du 8 au matin, en liaison intime avec la 42e division zér \éral Grossetti) ets *efforcer de déborder, en direction de Bannay, 3 forces ennemies engagées vers Saint-Prix et Soizy-aux-Bois ». > mouvement a pour objet de dégager la route n° 51. La 42e divini qui a bivouaqué, le 7 au soir, autour de la ferme Chapton doit,

Le temps est orageux, la matinée lourde, la pluie menace ; le

… Foch a son quartier général à Plancy, son poste de commande-

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de son côté, dès la première heure du 8, marcher droit au nord de cette route, de façon à enlever, si possible, Soizy-aux-Bois et à aborder franchement le talus des Grandes-Garennes. Ce double mouvement lié sera secondé, à droite, par celui de la division marocaine, attaquant au nord de Montgivroux en direction du. signal du Poirier.

On a annoncé à la 9 armée que les Allemands sont en retraite . devant l’armée britannique et la 52 armée : mais ici, rien de tel. Les contacts sont étroitement maintenus avec des avant-postes ennemis fortement constitués et qui ne manifestent aucune velléité de s’en aller. « Au jour, dit un document de toute autorité, on est face à face, sous les armes, prêts à reprendre l’attaque. »

Nous avons indiqué à quel point les dispositions sont, en effet, . les mêmes dans les deux camps : Foch a donné l’ordre d’attaquer, et Bülow, qui est à Montmort, a donné l’ordre d’attaquer. Dans cet étroit couloir, les deux partis vont s’étreindre.

Dès 3 h. 30, les canons de la 42€ division et ceux du général Humbert avaient commencé un tir préparatoire sur Soizy-aux-Bois, Botrait, crête du Poirier et Oyes. Mais l’ennemi avait répondu à la même heure ; dès la pointe du jour, on voit les soldats allemands essayer de s’infiltrer par tous les débouchés des bois, jusqu’à Montgivroux et Mondement. À

La contre-attaque française est prête et la 57€ brigade de la t 42e division (colonel Tronchand), en étroite liaison avec le colonel « Éon de la division marocaine, s’élance par les bois de la Branle, f d’une part, le bois de Saint-Gond de l’autre sur Soizy-aux-Bois, où le capitaine Henrion du 77% entre le premier : l'ennemi est bousculésur tout le front. Appuyée par l'artillerie de la 51€ division de réserve qui s’est avancée sur Charleville, la 42e division force décidément les Grandes-Garennes ; elle s’enfonce bravement dans ce. mauvais pays, gagne le Petit Morin et, toujours en liaison, par les Culots, avec le 10€ corps, elle monte jusqu’au talus de Saint-Prix. Done, de ce côté, les Grandes-Garennes sont franchies, c’est-à-dire. que le verrou de la route n° 51 est tiré par les Français et au profit de l'offensive française.

A droite, la division marocaine (brigade Blondlat) s’est avancée selon les ordres, dès la pointe du jour : le régiment Fellert sur Oyes, le régiment Cros entre Oyes et le bois de Saint-Gond. On se retranche tout en progressant. A 5 h. 50, le colonel Éon, commandant la 36€ brigade et les troupes d’attaque, arrive à proximité du village d’Oyes. À 6 h. 30, par un vigoureux assaut, l'infanterie enlève le signal du Poirier. La liaison est assurée par Soizy avec la

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42e division qui progresse sur Saint-Prix. À 7 heures, Oyes est pris. E. Beau début de journée : la manœuvre prescrite pour débarrasser la route 51 réussit donc à la fois à droite et à gauche.

Mais voici que, des hauteurs de Baye, un feu violent d’artillerie … Jourde tend, devant les troupes, un barrage terrible. Et, de partout, - on signale les troupes ennemies se rassemblant pour une contre- “offensive. À ce moment, les événements malheureux qui se produisaïent à droite de l’armée, à la trouée de Mailly, attiraient presque

. Résumons en deux mots ce qui se passe dans la matinée à la “route n° 51 : à gauche de la route, le 10€ corps et la 42 division se sont avancés jusque sur le Petit Morin. ainsi la manœuvre par la … liaison des deux armées est, de ce côté, bonne voie d’exécution ; sur la route elle-même, la division marocaine s’est avancée jusqu’à - Soizy-aux-Bois, signal du Poirier, Oyes, Reuves, mais elle est arrêtée. Les choses vont bientôt se gâter, surtout de ce côté. Car l’exécution des ordres de Bülow est commencée. Il fait un effort suprême et #6 veut enlever la route coûte que coûte.

… Ce qui se passe à l’aile droite de la 9% armée complique malheu-

reusement, et de beaucoup, la situation déjà assez nt as

baïonnette et de surprendre les défenseurs de Fère-Champenoise t de la trouée de Mailly. Nous avons dit la liaison de l’armée . saxonne avec l’armée Bülow vers Écury-le-Repos et montré ces

“de cavalerie, elle-même péniblement accrochée aux villages qui arrent la trouée.

. Donc : du côté ennemi, le groupement von Kirchbach (2e divide la Garde, 329 division, 23e division de réserve), troupe errie, résolue à vaincre ou mourir ; on a répandu dans les corps, le matin même, des proclamations qui font connaître au soldat la

0 renforts sont promis : en effet, la 22e division de réserve sera étée dans le combat au cours de la journée.

Du côté français : un seul corps, en première ligne, le 11€, n’ayant

our s'appuyer à sa droite que la 9% division de cavalerie. Il est

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le succès.

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70 LA BATAILLE DE LA MARNE Te AT vrai qu'il a reçu, le 7 dans la journée, l'appui de la 18e division # %œ corps, venue de Nancy par voie ferrée. Mais cette force, très appréciable, connaît mal les lieux et la situation; elle n’a pas la moindre idée de ces rudes combats se livrant pied à pied sur ce terrain aveuglant et glissant à la fois.

Et puis, ce qui explique tout, en deux mots, l'ennemi a résolu d'attaquer par surprise, décidé qu’il est à tout sacrifier pour obtenir

Donc, à 4 h. 30, sans préparation d’artillerie, sans coups de fusil, dans un silence impressionnant et en une résolution farouche, une masse d'hommes sort des bois, saute sur nos avant-postes, tombe sur la troupe à peine réveillée, la massacre, et se précipite en avant, tête baissée, n’ayant qu’un but unique, indiqué par les chefs : l'artillerie, les canons !... |

Le succès de l'offensive allemande est relaté en ces termes par les documents ennemis :

L'attaque des trois divisions du groupe de droite de la IIIe armée, en liaison avec la gauche de la ITIe armée, eut un plein succès : la 29 division d'infanterie de la Garde prit Normée dans un combat contre des parties du %® corps français (la 18° division).

La 32° division d’infanterie, dépassée par le 100€ régiment de grenadiers de réserve, pénétra dans Lenharrée par une audacieuse attaque à la baïonnette et fit, dans une lutte acharnée, soit au centre du village « soit au cimetière, de nombreux prisonniers du 11€ corps ; puis marcha « sur les hauteurs au sud du village, et s’'empara de nombreuses mitrail- « leuses et de 22 canons, on alla même jusqu’à dire 30, mais 7? seulement « purent être, par la suite, amenés à l'arrière.

Plus à gauche, la 23° division de réserve prit d’assaut les lignes « ennemies sur la ligne Haussimont-Sommesous. Après un dur combat, elle avança en luttant âprement dans une contrée accidentée avec. l’aile droite à Montépreux et la gauche sur Mailly. L’audacieuse attaque. à la baïonnette fit une impression visible sur la division de réserve ennemie (60€ division de réserve) qui gardait la trouée. De nombreux prisonniers le reconnurent.

Les trois divisions du groupe de droite continuèrent ainsi l’attaque jusqu’à midi. Ils poussèrent jusqu’au sud de la Vaure ; la 2 division « d'infanterie de la Garde, des deux côtés de la voie ferrée allant à Fère- Champenoise, la 32° division d'infanterie sur Connantray, la 23€ division de réserve s’emparant de Montépreux et des bois à l’est de cette . localité (1).

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Voici donc que la victoire se prononce pour les Allemands. Fère- Champenoise a succombé à 10 heures et demie ; il est midi : ils ont

(1) BAUMGARTEN-CRUSIUS, loc. cit., et colonel-général baron VON HATRRES Souvenirs de la campagne de la Marne en 1914.

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LL RENE. du côté français, dans cette même matinée du 8. Nous comprendrons comment les choses se sont pas ées et quelles ressources, malgré les apparences fâcheuses, restaient au général Foch.

. Celui-ci avait ordonné de faire des reconnaissances dès la pointe . du jour. Le 11€ corps (général Eydoux), qui tient le front de ce côté, disposait, outre de ses deux divisions Radiguet et Pambet, # la 18 division (Lefèvre) qui, la veille au soir, était arrivée jusqu’à % Je où elle avait bivouaqué. Il est en liaison, à sa droite, avec la division de réserve (Joppé) qui est venue en aide à la 9 divine. on de cavalerie ; et avec cette même division de cavalerie (de PE Espée) qui, FE depuis trois jours, garde la trouée. Nous avons 5 que les troupes de la Garde {2€ division) et les troupes saxonnes, à 7 au soir, s’étaient affalées dans les petits boqueteaux de la PE - fertonne, n’en pouvant plus, accablées par le tir des canons fran- qais.

Le bivouac avait été pris du côté des Français sur des positions ‘à oran: un demi-cercle à partir de Mailly et Poivres par Somme- sous, Haussimont, Vassimont, Lenharrée, Normée, Écury-le- … Repos, Morains-le-Petit, he -AUX- “Pisndhes, Bannes et le Mont- | Août, autour de Fère- chat Grande étendue de terrain pour une troupe qui avait déjà supporté de très dures journées. . Cette forme en éventail faisait que, si un point crevait, tout était - en péril. On voit très bien, à l'examen de la carte, que le point de direction de l'offensive semi-circulaire allemande est Salon, au sud de Fère. Si l'ennemi, en descendant de toutes parts des buteurs, . arrive en ce point, ha trouée est tournée et le chemin d’ Arois-20e È Aube est ouvert.

… L'ordre d’attaquer avait été donné au 41€ corps pour la journée ‘du 8 à la pointe du jour. Un premier échelon partait de Gourançon pour se porter sur le front de Fère à 4 heures du matin. + s, en arrivant à proximité de la ville, il se croise avec des éléments d'infanterie des 21€ et 18e divisions qui, surpris au petit SEEN dans les bois au sud de Morains-le-Petit et Écury-le-Repos, | repliaient en désordre. Nos avant-postes, culbutés devant + - avaient cédé ; la 35° brigade (colonel Janin, 326, 66e et 290€), décou- verte, fut attaquée au bivouac dans les bois entre Fère et Normée. Des feux violents de l'artillerie de la Garde poursuivaient les élé- . ments épars et foudroyaient les villages. En vain, on se bat à Lenharrée, à la Grosse et à la Petite Ferme ; la fissure 8 élargit ;

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les infanteries ennemies progressent dans les bois qui entourent Fère.

Attaque à revers de Grosse et Petite Ferme, écrit le général Moussy sur son carnet ; fusillade, canonnade, fuite des 291°, 2932, 65e, de ma cavalerie qui reflue en désordre dans mon artillerie. Recul à 7 heures et demie, puis à 9 heures dans les bois, ligne Mont-Août-Puits…

On ne parvint à arrêter le mouvement de recul à l’ouest qu’à la ferme Saint-Georges et à la lisière nord-nord-ouest des bois d'Œuvy (34° brigade Guignabaudet), tandis que l’on s’organisait très sérieusement sur la Maurienne et sur la crête nord de Gourgançon. C’est le barrage à la limite extrême : s’il fléchit, l’ennemi entre à Salon. Fère avait été évacué à 9 heures et occupé par l’ennemi à 10 heures et demie (1).

A la trouée même, la 60€ division de réserve avait été emportée dans le mouvement de retraite. A la gare de Sommesous, le lieutenant-colonel Guibert se fait tuer à la tête de son régiment, le 247€, qui contre-attaque à la baïonnette. La trouée ne peut pas tenir si. elle est attaquée de flanc. La 9 division de cavalerie cède à son tour du terrain et elle se concentre sur Mailly. Les coteaux de la Vaure continués par ceux de la Maurienne, Sainte-Sophie, Connantre, Saint-Georges, Gourgançon, Semoine, Mailly, constituent la ligne de défense suprême de ce côté. Autour de Fère-Champenoise, le demi-cercle s’est renversé.

Il est midi. La chaleur est torride. L’orage menace. Au cours de la retraite, les régiments ont perdu des canons, des mitrailleuses, des convois ; des hommes en grand nombre ont péri ou se sont égarés, d’autres ont été faits prisonniers. Les sous-officiers et les officiers ont succombé aux points où l’on a tenté de résister. Et le sort de la 9 armée, le sort même de la bataille dépendent de cette trouée de Mailly, de cette route n° 771

Foch lui-même a dû replier son poste de commandement de Pleurs à Plancy. Il a le sens profond de ses responsabilités ; mais il a aussi la connaissance exacte de la situation générale et de ses propres ressources. Évidemment, il n’y a qu’une solution : non seulement tenir, mais contre-attaquer. L’ennemi était déjà très fatigué la veille au soir, de nombreux indices et des observations précises signalaient qu’il préparait sa retraite. C’est son suprême

(1) Voir les beaux livres de M. LE Gorric, les Marais de Saint-Gond et la Marne en feu, qui contiennent mille données précises et des documents pleins d'intérêt, notamment la défense du drapeau du 32 par les 200 hommes du sergent Guerre, près de Fère-Champenoise.

à Le à fa es de RC PT: F ETAT as LR . a RE c PER BRÈCHE DES DEUX MORINS A LA MARNE 73

Pix. Selon le mot du général Dragomiroff : « I1 pleut dans mon Reamr, mais il pleut dans le sien ! » Foch se retourne donc vers son % corps.

— Le 9 corps (général Dubois) combattant au centre, ainsi que 2 nous l'avons dit, faisait toit ou pente, le dos appuyé à la route n° 51 - et à la division marocaine. Il était dans la situation suivante : Mon- - dement-côte de Montgivroux-ligne des marais de Saint-Gond- Coïzard-sud d’Aulnizeux-Bannes.

Heureusement, Foch n’ignorait pas qu’il y avait une autre . ressource dont il commençait à pouvoir se servir. Comme la bataille se dégageait à l’ouest, certaines des troupes opérant de ce côté …— pouvaient peu à peu devenir disponibles. Alors, sa manœuvre - consisterait, par le jeu des lignes intérieures, à se servir de ses troupes 4 de l’ouest, soulagées par l'intervention du 10€ corps, et en les retirant successivement du massif, à les constituer en force offensive dirigée contre le flanc de l’ennemi avançant sur la plaine. En considérant avec sang-froid l’ensemble de la situation, il est amené à cette solution si simple et qui n’est que la suite de % « manœuvre d’orientation à à l’est » commencée dès le 7 au soir : verser l’ouest dans l'est he au fur et à mesure que l’ouest se dégagera. à Telleest la conception qu’il a de son action à cette heure critique : . tenir par tous les moyens locaux à la courbe de la trouée de Mailly (ligne de la Maurienne) et consolider d’abord cette ligne, en l’ap- … puyant sur le toit du 9 corps. Cependant, par-dessous, faire glisser - d'ouest en est des poutres de soutien, empruntées à ses troupes de | ganche de façon à caler d’abord la cinrhe qui a fléchi, ensuite le toit au fur et à mesure des besoins. Ainsi le massif sauvé sauvera pro- . gressivement la plaine.

Manœuvre de Foch sur la poche de Fère.

A la 17e division (général Moussy), le reste de la nuit du 7 au 8 avait été calme quand, à 4 h. 30, on est surpris par l’afflux, dans 14 lignes de la 17% division, d’éléments de troupes du 11e {corps battant en retraite et venant de la direction de Morains-le-Petit. … La 52e division de réserve, qui était sur le flanc droit de la 17e di- « vision, suit même le mouvement de recul et le général Moussy est - obligé de le suivre à son tour.

.… Le général Dubois, averti à son quartier général de Saint-Loup, donne l’ordre de s’arrêter partout, de se retrancher, la face tournée | vers l'ennemi venant du nord-est et il fait tonner son artillerie, s premières précautions une fois prises, il avertit le comman-

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