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CHAPITRE III

FIN DE LA BATAILLE POUR PARIS (9 septembre.)

Situation générale et état d’esprit des deux commandements. — La retraite | allemande. Les deux thèses en présence. Caractères de la retraite allemande, — Les ordres de Joffre pour la journée du 9. — Le haut commandement allemand dans la journée du 9 et la mission du colonel Hentsch. — L'armée - Maunoury dans la bataille de l’Ourcq, le 9 septembre. — La journée du 9 . vue du camp allemand. La retraite de von Kluck. s

Situation générale et état d’esprit des deux commandements,

Maintenant que la bataille du massif et de la plaine est parfai-. tement liée et que, de la Marne à l’Ourcq, les raquettes se ren-. voient le volant, mieux vaut suivre Ce jeu sans désemparer. Les événements de l’est vont, en effet, évoluer désormais sur eux-. mêmes : ils sont en rapports de moins en moins étroits avec les événements de l’ouest ; la bataille se prolongera autour de l’Ar-. gonne sensiblement plus longtemps qu’autour du massif de Seine-. et-Marne. |

D'ailleurs, dans le plan allemand, ces deux batailles étaient conçues désormais comme distinctes, l’une ayant pour objet d’enfermer les armées françaises de gauche dans Paris ou de les rejeter au delà de la Seine et de la Loire, l’autre ayant pour objet de. repousser les armées françaises de droite sur la frontière suisse.

D'autre part, à partir du 8 au soir, date à laquelle il devient évi-. dent pour l'état-major allemand que le front de Joffre n’a pas été rompu et ne sera pas rompu, le sentiment d’une retraite prochaine et, par conséquent, la conception de la bataille se transforme du tout au tout. Il ne s’agit plus d’attaquer, mais de reculer. Selon « le renseignement trouvé sur un officier allemand prisonnier, « les attelages des convois sont d'ores et déjà tournés vers le nord ». Rien n’est plus clair. 2

Or, la retraite sera toute différente selon qu il s’agit de telle ou

; AE partie de l'immense armée. Von Kluck et von Bülow, engagés

dans la bataille pour le massif de Seine-et-Marne et pour Paris, ne . l’accompliront pas de la même façon que von Hausen, le duc de - Wurtemberg et le kronprinz engagés dans la bataille de rupture : - et la retraite prendra encore un autre caractère quand il s’agira … des deux armées du prince héritier de Bavière et de von Heeringen qui se battaient à la tenaille de gauche et pour les passages de l’est. Les trois tronçons de la grande armée d’invasion vont avoir des objectifs nouveaux et non prévus dans la manœuvre initiale. : L'armée de droite a échoué devant Paris, l’armée du centre a

échoué devant Verdun, l’armée de gauche a échoué devant Nancy. 3 La première doit être portée à chercher sa ligne d’appui en arrière, à proximité de Paris ; la seconde sera portée à chercher la sienne … à proximité de Verdun; la troisième, obligée d’évacuer le territoire français, la cherchera à proximité de Nancy.

Pour la clarté, il vaut mieux les suivre séparément ; mais, bien entendu, sans perdre un seul instant de vue la solidarité profonde qui les unit et qui unit les armées françaises lancées à leur poursuite.

Quittant. done, pour le moment, l’armée von Bülow et l’armée

von Hausen, le 8 au soir, nous allons lier en un seul exposé et comme celui d’une bataille unique, les opérations de toute l’aile … droite allemande (armées von Kluck, von Bülow et von Hausen) … contre toute l'aile gauche alliée (armées Maunoury, French, - Franchet d’Esperey et Foch). C’est la bataille du massif de Seine- et-Marne qui s’achève.

Observons, qu’à ces heures critiques, où tout paraît encore incer- tain, aucun des deux commandements ne peut se rendre compte exactement de la situation réciproque. Chacun d’eux est obligé de mêler à ses décisions un élément hypothétique. C’est à cela que pensait, sans doute, le maréchal de Saxe quand il disait qu’il y avait, dans l’art militaire, quelque chose de divin.

I1 s’agit, évidemment, de cette sorte d’intuition qui avertit celui qui commande, à défaut de renseignements complets et de calculs entièrement au point. L’atmosphère générale des événements l'enveloppe et c’est elle, en somme, qui fait pencher la balance dans son jugement. L’oscillation des âmes, qui s’est produite dans les deux camps, retentit en lui. Il ne sait pas tout, mais il sait mieux.

Ajoutons qu’un certain laps de temps est nécessaire pour que les effets de la bataille remontent des lieux divers où elle se livre jusqu’au centre qui doit les apprécier, et qu’un certain laps de temps

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