‹ La bataille de la MarneChapitre 32 sur 102 · CHAPITRE V · texte numérisé non relu

CHAPITRE V

LA CRISE SUPRÊME AUX MARAIS DE SAINT-GOND (9 septembre.)

Le plan des Allemands, le 9, contre la %® armée. — Fin de la bataille des marais de Saint-Gond, le 9 septembre. — La manœuvre de Foch contre la poche de Fère, le 9. — Les Allemands attaquent et sont contre-attaqués à Mondement. — Le 9% corps enlève Fère-Champenoise. — Le 11° corps et la ® division de cavalerie à la trouée de Maïlly. — La victoire des marais de Saint-

Gond.

Cette journée du 9 aux marais de Saint-Gond est pleine d’obs-

curité et les récits que l’on en a faits s’en ressentent. Il était extré- mement difficile aux chefs locaux de se rendre compte des résolutions prises dans le camp adverse, où l’on combinait à la fois la retraite et l'attaque à fond.

Il y avait dans ce qui se produisait chez l'ennemi une sorte de contradiction, puisqu'il paraissait se retirer à l’ouest tandis qu’il continuait à attaquer à l’est. On pouvait donc se demander si l’on

n’était pas en présence d’un simulacre, sinon d’un « traquenard ».

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Ajoutez, pour compliquer encore une situation si anxieuse, la fatigue des troupes après cinq jours de combats qui n’avaient été

. qu'un long et sanglant piétinement sur place ; ajoutez la quasiimpossibilité du ravitaillement, la consommation inquiétante des

munitions, l’énervement des projets conçus et inopérants, l’alternative des espérances et des déceptions, et enfin cette vie putride

parmi des marais à demi desséchés, des plaines d’une blancheur éblouissante, la piqûre des moustiques, ces maux grands et petits

supportés avec une ténacité héroïque, mais dont il semblait que l’on ne voyait pas la fin.

A la guerre surtout, c’est le dernier quart d’heure qui décide. Le général Foch le criait à tout son entourage ; il tenait son armée à bout de bras, à force de confiance raisonnée et d’autorité clairvoyante. Tout de même, les heures paraissaient longues et voilà que, au moment où on annonçait, de partout, la victoire des armées

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françaises et la retraite de l’ennemi, ici, il continuait à attaquer et à avancer | Nous avons dit les péripéties de la journée du 8 à la 9e armée. A la tombée du jour, une lueur d’espoir était apparue. A la route n° 51, l’ennemi avait renoncé à ses attaques sur la côte de Mondement-Montgivroux, et ses troupes avaient été ramenées légèrement en arrière, alors que le cours de l’après-midi leur avait été si favorable. A droite, c’est-à-dire dans la région de Fère-Champenoise, l’attaque montée par le général Foch, sous les ordres du général Dubois, avait obtenu un réel succès : l’ennemi était contenu . au sud de Fère et l'offensive de flanc avait dégagé la région des Sommes et sérieusement menacé les communications de l’ennemi. | On avait donc repris courage ; mais on n’en restait pas moins . haletant et inquiet du lendemain, quand la lourde nuit du 8 au 9 septembre s'était abattue sur des régiments éreintés et décimés. Lé commandant de la 9% armée ne s’endormit pas. Ramassant dans son esprit l’ensemble de la situation, il comprit que ses. propres ressources étaient maintenant insuffisantes pour obtenir le succès particulier destiné à se fondre dans la victoire générale. Il avait donc un double devoir : d’abord tenir et, en même temps, . appeler à lui toutes les forces dont pourrait disposer en sa faveur : le haut commandement, afin de réaliser le dessein qu'il avait formulé au général Joffre le 8 au soir : « J’attaque demain. » Ses télégrammes et ses ordres libellés pendant la nuit avaient eu ce double objet : E D'abord sa propre armée : Les corps de la 9 armée doivent s’organiser le plus fortement possible sur les positions qu’ils occupent. | Le 11€ corps, en particulier, s’établira solidement, ainsi que le %œ corps autour de Fère-Champenoise, la 18€ division autour. d'Œuvy. La division marocaine tiendra la côte de Mondement- . Montgivroux et la gardera coûte que coûte. É Ensuite le grand quartier général : On lui demande des renforts urgents. Ces renforts sont en route; ils prendront position à sa » gauche et à sa droite. À gauche : ordre a été donné à la 5° armée de mettre à la disposition de la 9 armée le 10€ corps, qui coopérera « avec celle-ci comme il l’a fait dans la journée du 8. Le général Foch demande done au général Franchet d’Esperey de faire relever. par le 10e corps et la 51e division de réserve la 42e division. (Grossetti), dont il se réserve de disposer pour sa manœuvre sur - Fère. ; | D.

A droite : la 6e division de cavalerie venant de Lorraine débar- « quera vers Brienne au cours de la journée et elle formera, avec la

#æ division de cavalerie, un corps de PRE aux ordres du com-

un de la % armée.

Voici donc que la % armée se reconstitue et doit être prête à recevoir de nouveau le choc de l’ennemi s’il se produit le 9 au matin.

Considérons dans son ensemble le front que forme cette armée : le 40€ corps prend à sa charge la route n° 51 ; la 428 division quitte la route n° 51 où elle a tant et si bien travaillé, pour s’acheminer sur Linthes et Pleurs où elle va servir au dessein du général Foch. Le % corps et le 11€ corps sont jetés en écharpe, à travers la ligne des marais de Saint-Gond et la ligne des Sommes. Ils bloquent étroitement Fère-Champenoise. « Le clou de la journée de demain, écrit Foch le 8 à 22 heures, va être de déboucher par Fère- Champenoise. Par conséquent, reporter dans cette direction les forces disponibles et toute l’activité. » Plus loin, à travers la trouée de Mailly, la 60€ division de réserve appuyée par les deux divisions . de cavalerie s’oppose à tout progrès nouveau de l’ennemi tout en se … préparant à prendre la poursuite, s’il fléchit. Ajoutons que la % armée est calée à gauche et à droite par les deux armées voisines. La 5° armée ne se contente pas de lui avoir . cédé son 10€ corps et l’une de ses divisions de réserve : elle pré-

pare la belle manœuvre de flanc du 1 corps sur les hauteurs de ; Bièvre et sur Champaubert et Baye que nous avons décrite cidessus. De l’autre côté, Langle de Cary, après les beaux combats que nous allons bientôt raconter, est prêt à donner son effort suprême. Ainsi, une concentration se fait autour de la haute figure de Foch. L’ennemi sera chassé des marais de Saint-Gond ou il

4 y périra.

Le plan des Allemands le 9, contre la 9° armée.

N £- Mais quelle est, au juste, la disposition des esprits dans les deux armées ennemies opposées à Foch, l’armée Bülow et l’armée … von Hausen, dans cette journée du 9? Qu’ allait-on faire ? Qu’espérat-on encore ?

… Ce que Foch ne pouvait que conjecturer, nous le connaissons, … maintenant, d’après les révélations des deux chefs allemands qui eurent à prendre parti et à accepter, dès lors, la défaite.

Comme nous l’avons dit, Bülow voit, dès le 9 au matin, que la retraite s'impose ; mais, soit dessein de dissimuler le plus longtemps possible son projet à l'adversaire, soit difficulté de se décro- cher sans précipiter ses troupes dans la panique, il donne l’ordre

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