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Il ne s’agit pas de diseuter le point de vue de von Hausen accusant spécialement son voisin von Bülow. Chef particulier, ignorant de la situation générale, empruntant son récit à celui de von Kluck non moins partial et intéressé, il ne peut avoir une vue complète des choses ; visiblement, il n’a pas même pris la peine … de s’instruire du véritable sens des opérations et de la situation … exacte de part et d'autre, depuis Amiens jusqu’à Lunéville. Il plaide sa cause, sa propre cause, en l’isolant. Mais ce qui importe, c’est de voir, dans son récit, comment la décision de battre en retraite arrive jusqu'aux quartiers généraux et comment elle est
qu'il s'agissait de persévérer et de mettre obstacle à tout mouvement de retraite. « Cet officier n’a Jamais eu qualité pour approuver ou ordonner de la part du grand quartier des mouvements de retraite des armées ; il n’aurait pu, du reste, recevoir de pareils pouvoirs. Le grand quartier n’a jamais ordonné un mouve- … ment de retraite qui ne fût fixé formellement. L’officier envoyé a, du reste, nié plus tard avoir donné un tel ordre de la part du quartier général à aucun commandant d'armée. Quand il arriva au quartier général de la I"® armée, les ordres | de retraite étaient déjà donnés par le commandant de cette armée. (Toute la ques- | tion est là : c’est von Kluck qui a été battu le premier et c’est ce qui résulte . comme on l’a vu, de notre propre enquête. (p. 29.) Le commandant de la Ire armée présente les faits d’une façon différente. Les événements qui se sont passés au quartier général de la Ire armée n’ont pas été éclaircis à l’époque et. ne le seront jamais en raison de la mort de l'officier dont il s’agit. « « Le commandant de la IIe armée n’a jamais nié avoir donné lui-même l’ordre … de retraite de sa droite, en raison des événements. A cette époque, le grand quartier n’était pas en situation d'intervenir d'aucune façon. La bataille était en. cours ; les réserves du grand quartier général étaient, il est vrai, en route, mais » non en place. Une intervention dans les événements du combat aurait été précipitée ; elle ne pouvait avoir lieu qu’en connaissance de la situation de l’ensemble. » D Il est intéressant de rapprocher de ces affirmations la lettre de Tirpitz qui donne l’état d’esprit du grand quartier général à ce moment : « Ici, on est toujours dans un grand souci ; on dit que la I"® armée a voulu avoir sa propre victoire | et n’a pas pensé suffisamment à la situation de l’ensemble. » (C’est donc encore | la responsabilité de von Kluck qui est en cause.) Von Tappen ajoute, qu'aujourd'hui, avec les enseignements de la guerre de tranchées, le trou de 15 kilomètres entre les deux armées aurait pu, à son avis, être bouché. La nouvelle du repli de la IIe armée et de la poursuite de l’ennemi n'arrive à Luxembourg que le 9 à midi. On prépare les ordres en vue d’une retraite éventuelle ; mais on ne les envoie pas (preuve de ce que nous avons dit au suje des hésitations du grand quartier général) et, le soir, le grand quartier général n’a pas mis en question l’idée d’une retraite générale ; bien plus, les IVe et Ve armées et, si possible, la IIIe doivent agir offensivement. Dans cette situation tendue aux deux flancs, le vainqueur serait le plus tenace. Hentsch arrive Luxembourg le 10 à midi ; c’est, dit-il, le rappel du ZX® corps qui a causé le trou entre les deux armées et nécessité la retraite (donc responsabilité de von Kluck). Avant de prendre, d’après ce rapport, des décisions vitales, Moltke veut se rendre compte personnellement de la situation ; il part le 11 de bon matin et visite les Ve, IVe et IIIe armées. Z! donne l'ordre de retraite générale du quartier général de la I11° armée à Suippes. 11 voit ensuite Bülow à Reims, et ne fait, que confirmer ses décisions. /l rentre malade à Luxembourg. Dès le 13, Stein les remplace et, le lendemain, Falkenhayn prend la direction des opérations.
É terprétée par eux. Ils ne reçoivent ni un ordre général, ni une ”. tire quelconque ; des bruits se répandent, des radios sont surpris, des replis locaux sont constatés : un lieutenant-colonel va d’armée en armée « muni de pleins pouvoirs »! Et la chose est décidée ! Ou plutôt, tout le monde s’abrite derrière une décision . qui na même pas été formulée par écrit... Et voilà ce fameux haut D allemand, auquel un peuple entier a confié sa . destinée et par la volonté duquel des centaines de milliers de vies ont été sacrifiées !
L Von Hausen donne naturellement la situation comme exééllen ts … à sa propre armée, le 8 au soir. I ne tient aucun compte du succès de la contre-attaque de Foch sur Fère-Champenoise : c’est à peine … s’il fait allusion au rappel, par Bülow, de la 2e division de la Garde … qui découvre sa propre aile droite et à la retraite du VIII corps - qui découvre son aile gauche ; et il montre son armée reprenant l'offensive le 9 dans la matinée jusqu’à cette heure fatale de + 1 h. 20 de l'après-midi où son quartier général reçoit, à Châlons, « aussi inopmément que mal à propos », le télégramme sans fil ainsi conçu : La IIe armée commencera - marche en arrière droite R Damery.
—. Kircheisen ajoute seulement qu’on prit aussitôt, à la IIIe armée, les dispositions pour la retraite, non sans glisser cependant ces … quelques mots qui indiquent tout ce qu’il a sur le cœur :
… C'était la fin. Bien que la situation fût excellente sur le front, il fallait tenir compte de cet ordre. C’est le cœur gros que le chef de la IIIe armée, . qui depuis quelques jours était très malade du typhus, donna également l’ordre de la retraite. La IIIe armée, jusqu'alors victorieuse, commença sa marche sur les positions indiquées par le grand quartier général. L’état- -Mmajor allemand n’a malheureusement, plus tard, rien fait pour noce à la légende qui s’est formée peu à peu, disant que c’était la faute l’armée saxonne et de son excellent chef si nous avions perdu la bataille
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Ê- Cette légende se répandit, en effet, de telle sorte que l’on attribua -à l'empereur Guillaume ce propos : « Ce pauvre von Hausen, il ne lui reste plus qu’à se faire sauter la cervelle, »
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Fin de la bataille des marais de Saint-Gond, le 9 septembre,
% L'état d’esprit dans les hauts commandements allemands étant, : maintenant, mis au clair, nous n'avons qu’à suivre sur le terrain l'application de ces étranges et vacillantes volontés pendant la journée du 9.
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Cette journée prend, naturellement, un caractère très différent, selon qu’il s’agit de Bülow ou de von Hausen. Bülow sait, dès le matin, qu'il se bat pour la retraite, tandis que von Hausen, n’ayant guère reçu que des radios obscurs dans la matinée, y va bon jeu, bon argent jusqu’à 1 h. 20. Les faits se subordonnent à ces dispositions si différentes de chacun des deux chefs.
L'armée Bülow, ayant perdu Montmirail et décidée à se replier
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LA CRISE SUPRÊME AUX MARAIS DE SAINT-GOND (9 septembre — 5 heures.)
vers Champaubert et Épernay, est toujours sur la route 51 le 9 au matin. Elle conserve aussi une position assez forte aux marais de Saint-Gond. Comment va-t-elle se décrocher ? |
Nous avons dit d’autre part, que le haut commandement français entend’se servir de son succès sur le massif pour dégager la plaine. Il emploie à cet effet, des deux corps de droite de la 5€ armée, le 1€ corps (général Deligny) et le 10€ corps (général Defforges) qui, tous deux, ont reçu l’ordre de venir en aide à l’armée du général Foch. Nous avons vu le 1 corps exécutant cet ordre et, après un mouvement vers le sud-est autour du ru de Margny, collaborant,«
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| LA CRISE SUPRÊME AUX MARAIS DE SAINT-GOND 149 Se | | par une attaque de flane sur l’armée Bülow, à l'offensive de la 9e armée par la route n° 51. C’est ainsi que le massif commence à tomber sur la plaine.
Au même moment, le 10€ corps (général Defforges), qui opère - à droite du 1® corps et rattaché en partie au 1€ corps, en partie - à la 9% armée, participe a fortiori à ce même mouvement. Ainsi, … Foch, solidement appuyé et consolidé, commence la journée du 9 D à sa gauche en tenant tête, d’abord, à la droite de l’armée Bülow eten la refoulant ensuite.
… Suivons donc les combats de la route 51, tels qu’ils sont livrés : peer le 10€ corps et par les forces qui lui sont jointes. En deux mots, de ce côté, la manœuvre du général Foch, tendant à dégager È la route 51, se traduit par l’ordre donné à la 42e division (général | Grossetti) "7 faire un vigoureux à droite en arrière de la division . marocaine et de se porter sur le front Linthes-Pleurs. C’est la | D de la veille qui recommence, c’est-à-dire que Foch se % prépare à donner un coup de pointe de gauche à droite à travers - les marais de Saint-Gond pour crever la poche que fait l'offensive - ennemie dans la région de Fère-Champenoise. C’est « le clou de la … journée ». Nous y reviendrons. En réalité, la 51e division de réserve - seule relèvera la 42€ division ; car le 10€ corps reste très occupé sur la route n° 51.
. Mais, au même moment, Bülow, pour se décrocher, ordonne, . comme nous l’avons vu, à ses corps de droite, X€ corps et 14€ divi- - sion (celle-ci au sud d’Étoges), d'attaquer avec toutes leurs forces . sur la route n° 51 ; de telle sorte que l’on peut croire, dans le camp
. français, que rien n’est fini et que tout recommence : d’autant plus
- qu’une canonnade extrêmement violente retentit sur tout le front … etrend le terrain, autour de la route 51, pour ainsi dire inabordable - jusqu’à une heure avancée de la journée.
… Malgré tout, le 10€ corps, aidé par la savante manœuvre du é 4er corps, n’en accomplit pas moins entièrement la mission qui lui - a été confiée. Dès la première heure de la matinée, le général Def- Res laissant la 19% division à la disposition du 4er corps, donne - l’ordre à sa 20€ division et à la 51€ division de réserve de pousser, pis vite que possible, une vigoureuse offensive sur le front Bannay-Baye : on franchit les Grandes-Garennes et le défilé de | Soizy- -aux-Bois est dégagé. La 20€ division déboucherait du front
… le Thoult et Corfélix à 5 heures et demie et attaquerait aussitôt
sur l'axe Bannay-Champaubert : la 51e division déboucherait x ensuite, à 7 heures, au nord des Grandes-Garennes (Corfélix, Soizyue aux-Bois), pour attaquer sur l’axe le Reclus-Baye. Pour plus
épaves de la retraite ennemie : matériel, blessés, prisonniers Cap-
de sûreté, on organise définitivement le plateau de Charleville.
Au moment où cette offensive se développe autour du Satet 4 de la Pommerose, l’ennemi, par une canonnade intense, arrête le 2e d'infanterie (mort du colonel Poncet de Noailles, commandant le 47€ d'infanterie) ; en même temps, une fusillade nourrie part de … la ferme de Belin et du bois à l’est de le Thoult. Ces feux combinés empêchent la 40€ brigade de déboucher sur le Thoult et Bannay.
Cependant, le 12 corps, comme nous l'avons dit, progressait à … gauche sans difficultés. La 19€ division qui lui est rattachée a traversé le Petit Morin et a trouvé la rive nord évacuée par l'ennemi à l’ouest de le Thoult. Il est 11 h.30 ; il faut en finir avec une résistance qui commence à paraître moins sûre d’elle-même. Le général commandant la 20€ division (général Rogerie) donne l’ordre à la 40€ brigade de franchir le Petit Morin à le Thoult, et de se rabattre sur l’aile droite de l’ennemi par les Petites-Censes et Bannay : c’est : le mouvement identique à celui que prononce à sa gauche le 1er corps. La 39 brigade contiendra l'ennemi à Corfélix et le reste des troupes débouchera sur les Petites-Censes, tandis que lartillerie divisionnaire, s’installant au nord du Petit Morin, prendra | le Xe corps allemand d’enfilade dans la direction de Baye et Champaubert. Un dur combat d’artillerie s’engage avec les dernières … batteries ennemies couvrant la retraite et tirant à la volée.
Enfin, à partir de 18 heures, le X€ corps allemand (von Emmich} | fléchit sur tout le front du 108 corps français. Les Culots et Corfélix sont franchis par la 39 brigade. A la 40 brigade, le 2€ régiment, … après avoir passé le Petit Morin, gravit les pentes nord en formation | échelonnée, la droite en avant. La 19 division a jeté son artillerie … entre Vauchamp et Fontaine-au-Brou. C’est donc le terrain ouvert … et la 20€ division débouche à son tour sur les Petites Censes et « Bannay.
Voilà que Champaubert devient le nouvel objectif. A partir de | ce moment, on constate partout la retraite de l’ennemi. Le 2e et . le 47e pénètrent dans Bannay à 18 heures et demie. La 19 division, s’étant rabattue à l’est par le bois de le Thoult, tient sous son feu la route de Champaubert. On ramasse des arrière-gardes et les
turés en grand nombre, tout indique que cette retraite a été singulièrement précipitée. 1
De même, malgré la violente attaque de Bülow sur la route 51 » dans la matinée, vers Saint-Prix et Oyes, la 51€ division de réserve, ; substituée à la 42e division, a progressé pendant toute la journée et a fini par s'emparer de Baye à la tombée du jour. Champaubert est
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plaine a pleinement réussi : la IIe armée allemande, menacée sur son flanc droit, a cédé sur l'objectif principal de la bataille, la É route 51 ; elle est battue, et ce qu’elle sauve ce ne sont siens - de l’aveu de son chef, Bülow, que les débris et la ruine d’une armée.
% pe sa gauche, à la route 51. Il sait que l'ennemi est battu précisé-
. Je trouve toujours devant lui. Il faut encore demander un effort 4 à des troupes épuisées ; on ne réalisera le succès final qu’à force de | ténacité et par un incomparable esprit de sacrifice. Heures ter- - ribles qui trempèrent, une fois pour toutes, l'âme des soldats, des - chefset du pays !
2 ps. Le plan de Foch, pour cette minute suprême, est de pousser toute son armée d'onest en est pour enfoncer la poche qu’a faite, la 24 veille, dans son front, la IIIe armée allemande au sud de Fère- Champenoise. C’est pourquoi il prescrit au 10€ corps, comme nous venons de le dire, d'attaquer au nord des marais de Saint-Gond, à + la 51€ division de réserve de prendre à partie le front Saint- Pt Baye, cependant que la 42e division, ainsi dégagée, devra, pour 43 h. 45, attaquer, en partant de D linliees l’éperon qui, de Linthes, se dirige vers Connantre. En même temps, le 9% corps (général Dubois) marchera en force vers Fère-Morains-le-Petit, et le 11° corps, fonçant au sud d'Œuvy, poussera face à l’est. A l’extré- mité orientale, la 6€ division de cavalerie débarquée vers Brienne, “ et formant avec la ® division de cavalerie un nouveau corps, fera pression sur l’ennemi face au nord et l’encerclera dans la région ausud de Fère.
“È N'est-ce pas une des plus belles et claires conceptions d’une - bataille tactique, d’une bataille qui doit être décisive, et cela à la | fin d'une étreinte épuisante quand il semble que tous, chefs et 4 ne, doivent être à bout d’efforts et d'imagination ?
“4 Comment cette belle pensée se réalise-t-elle sur le terrain ? Suïiz Eu les alternatives de cette journée dans les documents de chaque
corps et jusque dans les carnets de route.
La sanglante journée du 9 se lève dans une brume épaisse, une
. brume opaque et chaude où l’on dirait que l’évaporation du marais
. remplit l'atmosphère et la rend plus étouffante. L’éclair des coups
- de éanon la perce dès la première heure du jour et les corps
donc entouré de partout. La manœuvre de liaison du massif à la
Le général Foch suit avec une attention extrême ce qui se passe
ment à la jonction de son armée et de la 5° armée, et pourtant, il :
catê à Co PL Ge d 193 % $ = à Æ TR > IF > , 710 SS 00 : 4 | = « SSS ;
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