‹ La bataille de la MarneChapitre 39 sur 102 · CHAPITRE VI · texte numérisé non relu

CHAPITRE VI

L'attaque de von Hausen à gauche et l’entrée en ligne du 21° corps français, le 8 septembre. — La journée du 9 dans la région de Sompuis-Vitry-le- François. — Le soldat à l’armée von Hausen et la retraite de l’armée le 9 après-midi. — Liaison pour la retraite entre les armées allemandes du centre le 9 et l’ordre de reprise d’offensive pour le 10 septembre.

La bataille pour Paris, la bataille du massif et de la plaine, n’est qu’une partie de la bataille de France. Nous l’avons dit dès le début et nous espérons avoir donné ainsi la clef de toute la guerre : la victoire de la Marne n’eût pu être gagnée ni même engagée si notre force de l’est n’avait servi de pivot.

D'ailleurs, le grand plan allemand, modifié plusieurs fois, n’en réservait pas moins toujours, et surtout dans sa dernière forme, un rôle décisif à l’offensive de l’est. Les deux dents de gauche étant enfoncées sur Sézanne et sur la trouée de Mailly, la troisième mor-

dait dans la trouée de Revigny.

C’est sur ce point que le grand quartier général allemand compte, en dernière analyse, voir triompher sa manœuvre « géniale » :ila confié au kronprinz, appuyé à droite par le duc de Wurtemberget bientôt, à gauche, par von Strantz, ia mission de rompre, ici, la grande armée de Joffre, de façon à encercler Verdun d’une part et, d'autre part, à rejeter toutes les armées françaises de l’est sur la frontière suisse. Cette partie de la manœuvre importe tellement à ses yeux que c’est de ce côté qu’il prolongera, le plus longtemps possible, sa résistance et qu’il y reviendra sans cesse.

Si l’on y regarde de près, on voit que la bataille de la Marne se rattache, de ce côté, par des fils invisibles à toute la suite de la guerre et même à la victoire finale,

La bataille de Paris étant gagnée au massif de Seine-et-Marne, la bataille de France ne sera gagnée que plus tard à Verdun, ce qui permettra de l’achever dans le nord et de rejeter les Allemands par où ils sont venus.

| N'est-ce pas, d’ailleurs, la chose du monde la plus naturelle, puisque cette frontière est, séculairement, la cuirasse de la patrie ? Mais elle ne pouvait remplir ce rôle en 1914-18 qu’à la condition de n’être pas abandonnée à elle-même. Les forteresses de l'Est . n’eussent pas suffi : en butte à la puissante artillerie moderne, elles - eussent, sans doute, subi le sort de Liége et de Namur. C’est la . présence des trois vigoureuses armées de Dubail, de Castelnau et de Sarrail autour de la ceinture de nos camps retranchés qui a … consolidé cette frontière et qui a fait d’elle la ne de la France.

Entre les armées de l’est et les armées de l’ouest, c’est-à-dire E lhtre la bataille de pivot et la bataille de manœuvre, la 4° armée (Langle de Cary) formait la liaison. Elle constituait, avec l’armée … Foch, « le fond de la poche ». Nous avons dit son ad rôle pen- dant les premiers jours de la bataille : apporter ses réserves à la ge armée à la trouée de Mailly et, en même temps, consolider . l’armée Sarrail sur la trouée de Revigny. Manœuvre à deux faces . extrêmement délicate, puisque la moindre faute aurait eu pour . résultat de scinder la ligne de front au point le plus dangereux. - On comprend assez que les Allemands aient porté leurs efforts de ce côté jusqu’à la dernière minute avec l'espoir de briser la résis-

tance française à la suture.

Nous avons conduit le récit des opérations des armées Langle de

Cary et Sarrail jusqu’au 7 au soir. En reprenant cet exposé et en le continuant, pour ces deux armées, jusqu’à la retraite de - l'ennemi, le 11, nous aurons achevé le récit de la bataille de la Marne et expliqué la triple victoire qui constitue sa magnifique unité.

… Donc, Langle de Cary était engagé à plein le 7 au soir, sa gauche contre l'armée von Hausen pour porter aide à Foch et sa droite contre l’armée du duc de Wurtemberg pour maintenir sa liaison avec Sarrail.

- Par contre, il devait subir, dès le 8 au matin, la double offensive de von Häüsen et du duc de Wurtemberg. De ce côté aussi, cette . journée du 8 allait être la Journée critique. Rappelons, en deux mots, les projets de von Hausen et du duc . de Wurtemberg ; car ces deux généraux, à cette heure, ont encore . ou croient avoir encore l'initiative.

- Von Hausen avait pensé que, puisque Joffre attaquait dans la . région de Paris, le centre de l’armée française devait se trouver - démuni : on ne peut pas être fort partout à la fois ; et il en avait

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