‹ La bataille de la MarneChapitre 45 sur 102 · AA ARS PA · texte numérisé non relu

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L'armée de Joffre, opérant sur la Marne, était de même en grand péril de ce côté. Le kronprinz, venant du nord, s'était jeté d’un élan formidable sur la trouée et nous avons vu que, dans les jour nées du 6 et du 7, peu s’en était fallu qu’il n’eût enfoncé le front français au point de liaison entre les armées de Langle de Cary et Sarrail. z Le général Gérard qui, avec son 2 corps, tenait le côté ouest . de la trouée, avait porté en partie le poids de cette terrible offensive. Il avait perdu Sermaize, tandis que son voisin le général. Micheler, commandant le 5 corps de l’armée Sarrail, perdait Laïimont. Le chemin de Bar-le-Duc paraissait ouvert, et c’est à grand’- . peine que Sarrail était parvenu à le tamponnér dans la soirée du 7. Il insistait auprès de Gérard pour que le 2 corps lui prêtât main-. forte par sa droite, tandis que le général Lefèvre, commandant le corps colonial, insistait auprès du même Gérard pour qu'il Jui prêtât main-forte par sa gauche. De quel côté convenait-il de porter l'effort? Finalement, Langle de Cary, après un moment. d’hésitation, avait répondu à Gérard, qui l’interrogeait, par cette parole pleine de sens : « Veillez à l’est. Assurez votre liaison avec. la 3€ armée. »

Et c’est pourquoi les opérations du 2 corps sont, à partir de ce moment, étroitement solidaires de celles de l’armée Sarrail.

Le 2° corps de l’armée Langle de Cary au massif de Maurupt, le 8 septembre.

Il faut expliquer maintenant ce que l’ennemi préparait contre le point de suture des deux armées pour le 8 au matin. “4

Le duc de Wurtemberg pesait de tout son poids sur cette articulation de la bataille. Son VIII corps avait été entraîné, il est vrai, dans le courant de l’offensive de von Hausen, et il combattait. autour de Vitry-le-François. Mais déjà son VITIe corps de réserve. avait la face tournée vers l’est selon la direction de la « progres « sion inébranlable » sur la Haute-Moselle, et son XVIII corps et son XVIIIe corps de réserve y étaient lancés en plein, pressant ainsi. obliquement sur le corps Gérard. Écrasé sous le nombre, celui-ci avait dû céder à Sermaize et se replier dans le massif de Maurupt. et dans les bois qui couronnent les dernières collines protégeant Bar-le-Duc. Sermaize perdu, c'était Revigny tourné et Bar-le-

Si une armée se défend sur l’ Argonne, elle est menacée d’être tournée à Revigny par un adversaire venant du sud ; si elle se défend sur la Marne, elle est menacée d’être tournée, au même point, par un adversaire venant du nord. ?

E. “en Sninétint: danger. Wurtemberg était résolu à frapper à coups redoublés, le 8 au matin. D’ailleurs, le kronprinz faisait 3 > qu'il n’était plus en mesure de progresser et « qu’il attendait “d'abord l’avance de la IV® armée ». La journée du 8 va donc être, ic i aussi, la journée critique.

Æ général Gérard a ordonné à sa 4€ division de se fortifier sur ’e> cellente position de Maurupt-le-Montoy et de prendre, de là, ‘ SOL 1s le feu de son artillerie, tout ce qui débouchera au nord et au sud de la voie ferrée. La 3e division (général Cordonnier) a prêté ke 72 d'infanterie à la 4° pour défendre Maurupt. Mais, dans la , le 18e bataillon de chasseurs a dû se replier à l’est de Mauupt. Pargny est évacué. La plaine est laissée à l’ennemi. Est-ce la rèche qui s'ouvre? Heureusement des éléments français ont pu larrêter et se consolider sur les premières rampes boisées.

Passaut de cette position. En fait, c’est ce corps et le XVIIIe corps actif (général von Schenck) qui ont le rôle décisif ; le VIII corps : | 1e el (général von Eglofistein), plus à l’ouest, se porte sur iéblemont-Farémont. Nous rappelons que le VIII corps, formant la droite du duc de Wurtemberg, était accroché à la fortune de l’armée von Hausen et luttait la face au sud-ouest, très mal en point d’ailleurs, et ayant affaire au corps colonial et au 128 corps français.

Voici donc trois corps d'armée du duc de Wurtemberg qui, se secondant l’armée du kronprinz, poussent obliquement sur le 2 corps français avec le dessein de tourner Revigny au sud et de x cer la route de Reménécourt-Mognéville-Vassincourt, sur Bar- =Duc. Et n'oublions pas qu’au même moment, le kronprinz atte que droit en direction nord-sud de Laimont à Vassincourt. . tous les corps allemands convergent et enfoncent un épieu form idable au point des forces françaises qui a commencé à plier. à Ornaïn est franchi, le canal de la Marne au Rhin est franchi. s'ennemi va paraître, de partout, sur les hauteurs qui entourent . Du fond de la plaine de Fains, quand on imagine l’apparition r les es allemandes sur toute la circonférence du cirque, on peut # onsidérer Bar-le-Duc comme perdu.

— Sur le champ de bataille, à 4 heures du matin, l’aube d’une jou née pluvieuse et chaude se lève, grise et triste. On se bat L epuis deux jours ; la troupe est épuisée, un peu découragée aussi : parce qu’elle ne voit pas d’issue et qu’elle sent l’ennemi supérieur en nombre et débordant de partout. Gérard a demandé de l'appui

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DA 4 heures du matin, le duc de Wurtemberg lance tous ses éléments disponibles du XVIIIe de réserve (général von Steuben) à

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à droite et à gauche ; mais toutes les forces sont engagées ; aucune n’est disponible. Un seul rayon de lumière dans cette matinée obscure : le haut commandement a promis, pour le cours de la journée, l'intervention du 152 corps, qui arrive de l’armée Castelnau. j

Le 18e bataillon de chasseurs s’étant replié pendant la nuit à l’est de Maurupt, Pargny ayant été évacué et la ligne du chemin. de fer forcée, le général Gérard a donné l’ordre à la 4 division de. tenir Maurupt à tout prix. Maurupt, c’est l’entrée du massif, c’est la maîtrise sur la vallée ; c’est le verrou qui doit fermer la. porte devant la manœuvre allemande s’efforçant de tourner Barle-Duec. « Il est inadmissible, dit l’ordre du général Gérard, que ce. point d’appui, étant donnée sa force naturelle, ne puisse tenir. avec deux bataillons de chasseurs, un bataillon du 128 et les deux. groupes d’artillerie de la division. Le général se tiendra en personne sur les lieux ; si Maurupt était évacué, il le reprendrait coûte. que coûte. Un régiment de la 3 division, le 728, est maintenu provisoirement à Maurupt. » Ces instructions révèlent un sens tactique très sûr ; nous savons, en effet, d’autre part, que, du mouvement tournant ordonné au duc de Wurtemberg, dépend le succès de la manœuvre du ne ER A 7 h. 30, Maurupt est attaqué. 4

Mais Gérard n’a pas que cet unique souci. Au même moment, la poussée allemande pèse sur son centre dans la région d’Écriennes-. Favresse et menace de prendre la route nationale à Thiéblemon Farémont pour tourner, plus à l’ouest encore, le massif de Maurup On n’a que le temps de jeter la 7€ brigade en travers de l’avance ennemie : mais, partout, ce sont des régiments ou des brigades qui tiennent tête à des divisions ; un corps contre trois | 5

À 9 heures et demie, nouvelles de Maurupt. Le village a subi une très violente attaque ; le massif menacé par l’ouest, l’est encore plus par l’est. Si le 5e corps (de l’armée Sarrail) pouvait prendre de flanc l’ennemi; ou mieux encore, si le 15€ corps arrivait et, secondait l'effort héroïque imposé au 2e corps! A midi, un message : « Nous tenons encore le village »; mais le 72e n’est plus sur les lieux. L’ennemi a occupé les pentes de la colline. La 59 bri=. gade va reprendre le terrain perdu... 4

A ce moment, on reçoit une missive du grand quartier généralel « L’ennemi, qui a dû retirer ses armées de droite devant nos armées. de gauche, porte, aujourd’hui, un effort désespéré sur la 42 ar Toutes ses forces paraissent engagées. Donc, la 4° armée doit tenir à tout prix jusqu’à ce que l'effort décisif puisse être produit, à la gauche même de cette armée. » Rien n’est plus clair. Le 2e corps

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Je plus lourd de la charge et de la responsabilité. S'il se laisse en nfoncer, la partie, gagnée ailleurs, peut encore être perdue ici. La

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journée s’avance ; les renforts n’arrivent pas. Et voici que des

atteint Vassincourt. Au Maurupt, la retraite du 72° à provoqué 5 fléchissement général... À 3 h. 30, la fortune tourne : l’attaque s la 59 brigade a réussi; la retraite est enrayée ; les positions srdues sont réoccupées.

|A la fin de la journée du 8, le général Gérard résume cette ter- “rible lutte dans le rapport adressé au général de Langle de Cary : $ e corps tient toujours sur tout le front. Mais les troupes du Maurupt sont à l’extrême limite de la résistance. D’autre part, une “colonne ennemie se serait glissée, par la vallée de la Saulx, à Jest de Cheminon, menaçant la droite du 2 corps d’armée. Le

£ ér éral Gérard demande avec instance l’intervention immédiate du

e corps d'armée (1). Avec ses effectifs réduits, ses régiments dis- + o qués, sa lutte aveugle dans les bois, il n’était pas fier... Il l’eût été s’il eût pu apprécier la grandeur da service que, en tenant au M aurupt, le 2 corps venait de rendre au pays.

- A leur point de vue, les Allemands pouvaient se croire en bonne voie. Le XVIII corps de réserve était entré à Mognéville et ce n'était qu’à la fin de la journée qu'il y avait trouvé les chasseurs, “le 112€ d'infanterie appartenant au 152 corps qui arrivait. Une contre-attaque de la 2% division française avait été bousculée à Vassincourt et rejetée dans les faubourgs de Bar-le-Duc jusqu’à L obert-Espagne et Véel: la plaine de Fains était menacée. En même temps, le XVIII corps allemand avait occupé Maurupt-le- D. (115€) et s’était glissé à Cheminon-la-Ville (118).

— Sur le reste du front, les affaires avaient été, il est vrai, moins satisfaisantes pour les Allemands : le VIII corps de réserve, après avoir franchi la voie ferrée à Blesmes, n’avait plus rien fait : il wait échoué nettement devant Favresse et avait perdu beaucoup

(1) « Après avoir causé avec le général, je me rendis auprès des batteries installées à proximité du village de Maurupt- le-Montoy. Ce n’est pas dans les patteries que l’on court le plus de dangers. Je ne Grois pas avoir perdu, pendant à bataille, plus de deux officiers aux batteries. En revanche, un seul coup de — canon tuait, dans une maison en arrière, le colonel Aubry, du 2% régiment, qui à enait de montrer depuis quinze jours des qualités militaires hors ligne, ainsi que son adjoint le capitaine Armand, officier de premier ordre. Cependant nos

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Allemands ; mais nous tenions toujours ferme sur les hauteurs qui roll l’'Ornain. » Général Bon, Billets d'un mutilé. Les journées de la Marne. l'Le général L... fut blessé par le même obus. V.-R. DEVILLE, Carnet de route d'un leur, p. 112.

bruits fâcheux commencent à circuler : l’ennemi, à droite, a

cédaient peu à peu le terrain. Blesmes, Sermaize avaient été enlevés.

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la direction principale, entretenaient ses espérances. Mais s’il eût

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de monde sans oser même s’en prendre au village. Nous avons an tableau extrêmement expressif de cette journée dans un carnet de route allemand :

Mardi 8 septembre. — À 5 h. 45, les canons nous donnent le bonjour … (à la ferme de Tournay, à proximité de la voie ferrée et de Reims-la- Brûlée). Le bataillon se poste en avant par-dessus la voie et la route, la compagnie se déploie vers les hauteurs. Ma section (15° division de réserve du VIII corps de réserve) passe devant la compagnie de mitrail-. leuses n° 30. Sur nous siflent les balles venant de gauche. Deux avions allemands explorent toute la position ennemie. Nous essuyons un feu. terrible d’artillerie, des obus à balles, Les hommes prient tout haut. La 3e section se retire ; le régiment n° 30 a beaucoup de pertes et nous arrive par bonds. Je n’entends plus de l’oreille gauche. Je ne peux plus penser, mais Liens ferme mon chapelet ; j'essaie de prier et je suis hors | de sens. Les nerfs me refusent le service, je ne puis plus bouger. C’est ainsi que nous passons toute la journée ; la nuit, nous nous retranchons … plus loin et recevons du riz. Mon estomac n’est plus en ordre; je souffre (1).

Quant au VIII corps, qui faisait la jonction avec l’armée von. Hausen et qui était engagé dans les combats livrés par celle-ci pour Vitry-le-François et la trouée de Maïlly, nous avons dit sa. situation le 8 au soir. Elle n’avait rien de reluisant. Il avait eu toutes les peines du monde à déboucher sur le terrain.

Dans l’ensemble, Wurtemberg continuait à se déclarer satisfait. Ses succès en direction de Revigny, Bar-le-Duc, c’est-à-dire de 2s

vu les choses dans leur réalité, il eût trouvé plutôt des raisons de. s'inquiéter. Attaquant avec trois corps le seul 2e corps du général. Gérard, il l’avait fait plier, oui, mais, sur aucun point, il né l'avait enfoncé. Ses troupes avaient à peine franchi la voie ferrée et,” si elles avaient débordé de quelques kilomètres à l’est, le massif de“ Maurupt n'avait pas cédé, et c’était un pieu solide où s’accrochait la défense française. Et le kronprinz, qui comptait sur l’avance du duc de Wurtemberg pour avancer de son côté ! Et la fameuse ma-. nœuvre de la « progression inébranlable » qui dépendait de même mouvement | On progressait, mais si peu! Et le but étaï si loin ! Succès à l’est avec, comme partout, échec à l’ouest. Mais quoi ! on était engagé, il fallait aller jusqu’au bout. L’adversaire paraissait à bout de souffle ; le 9, on occuperait Bar-le-Duc ; alors, on aurait le terrain libre devant soi. En route pour les 80 kilo-.

(1) Journal de campagne d’un officier rhénan, communiqué par M. DE Dame PIERRE.

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