‹ La bataille de la MarneChapitre 46 sur 102 · RS · texte numérisé non relu

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Tous les espoirs se terlaint donc sur la journée

L'armée Sarrail dans la journée du 8. Vassincourt et la Vaux-Marie.

- Avant de voir s’ouvrir des horizons nouveaux, il faut poursuivre, | par l'étude des combats de la 3° armée française contre l’armée d kronprinz, le récit de cette journée critique du 8 septembre. (général Sarrail) sur le terrain difficile qui relie Verdun à la trouée

de Revigny. Elle formait comme un immense croissant adossé à | 2 De et dont une pointe était Verdun, l’autre Bar-le-Duc. Si 2e croissant eût pu se refermer, il eût emprisonné l’armée du kronaz dans le vaste cirque où Joffre l’avait attirée. Mais Sarrail, … qui combattait sur un front de près de 70 kilomètres, était loin d’avoir la force nécessaire pour enserrer l’ennemi. C’était lui qui, fau contraire, était menacé RP PRES

. ou que la trouée de Revigny livrât passage aux armées à kronprinz et du duc de Wurtemberg et la rejetât elle-même rs le nord. Appuyé sur l’Argonne, Sarrail avait, sans doute, une g grande force puisqu'il tenait les terres Re mais, derrière rgonne, la Woëvre commençait à livrer passage à me. colonnes ennemies et, si celles-ci suivaient le Rupt de Mad, elles pouvaient venir jusqu’à Saint-Mihiel prendre à revers la pointe méridionale Ce croissant. Selon les vues du grand quartier général, le vérie péril était là pour Sarrail. A la rigueur, on eût pu relâcher les D acte avec la place de Verdun qui, bien munie et bien com- : iandée, était en force pour se défendre. Mais, à tout prix, il fallait les maintenir au-dessus de la trouée de Revigny avec l’armée de Langle de Cary et le 2° corps (Gérard). Sur ce point, d’ailleurs, les ordres du général en chef étaient formels :

. Ordre n° 4180, 7 septembre : La 3° armée ne doit pas se laisser couper - de la 4, mais se tenir en liaison avec la droite de cette armée qui, ellemême, assure la liaison avec la droite de la 9% armée.

Ordre n° 4375, 8 septembre, 20 heures : La 3° armée ne doit pas se laisser couper de la 4° armée. Cette prescription est essentielle. Elle est : lonc autorisée à replier sa droite au besoin.

Ces derniers mots indiquent que, si c’est nécessaire, la 32 armée peut rester au besoin sans liaison étroite avec le camp retranché de Verdun. C’est le fameux ordre tant discuté comme une vo-

- Nous avons dit la situation dans laquelle combattait la 3e armée

Le danger était double pour son armée : ou d’être coupée de

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lonté manifeste « d'abandonner Verdun ». Il s ’agissait, de toute évidence, d’une disposition momentanée ou, plus exactement, d’une simple éventualité. Avant tout, ce qui importait, pour s’opposer au rôle que le plan de Moltke assignait à l’armée du kronprinz, c'était de ne pas laisser celle-ci arriver à Bar-le- Duc (1).

Le haut commandement a, d’ailleurs, paré à ce péril en détachant de l’armée de Chstelnan: le 15€ corps qui, comme nous l'avons vu, est arrivé dans la journée du 7 et est venu s’établir dans la ue de Fains pour barrer la route à l’ennemi. :

Quant au péril qui pourrait surgir pour Sarrail d’une interven- É tion de l’ennemi dans son dos, c’est-à-dire du côté de la Woëvre, le haut commandement y pare également, dans la mesure du pos-. sible, en retirant une brigade de la place de Toul :

Ordre n° 4366 : La 3° armée est avisée de l’envoi par la 2e armée à 3 Commercy d’une brigade tirée de Toul et destinée à opérer contre les forces ennemies signalées en Woëvre.

(1) Ce point est visé avec une grande précision par le général Tanant (alors : colonel et chef du 3° bureau à la 3° armée) dans sa déposition devant la Commission de Briey : « D’après ce que j’ai lu dans les journaux, j’ai eu l’impression. que, dans sa déposition, le général Sarrail avait dit que l’ordre de battre en retraite lui prescrivait d’aller jusqu’à la ligne de Joinville... Je ne me rappelle pas à la lettre les instructions envoyées, mais nous avons tous eu l’impression. que l’ordre donné n’était pas une obligation; c’est-à-dire que la ligne fixée était une ligne que nous n’étions pas obligés d’atteindre; c'était une ligne qu'ils ne nous était pas permis de dépasser.

LE PRÉSIDENT. — Mais le mouvement de repli de l’armée de gauche avait laissé entre l’armée Sarrail et l’armée de Langle de Cary un trou de 25 kilo-… mètres. |

LE GÉNÉRAL TANANT. — Sept à huit kilomètres au plus.

LE PRÉSIDENT. — Même ainsi ce serait déjà beaucoup. D'ailleurs, il sembll que ce trou a subsisté pas mal de temps. n:

LÆE GÉNÉRAL TANANT. — Un jour ou deux... La seule obligation de la 3° armée était d'empêcher ce trou de se produire.

LE PRÉSIDENT. — Justement; mais, pour cela; il fallait qu’elle se repliftl £ conformément aux instructions reçues et qu’elle obéit, elle aussi, au mouvement général de retraite. ]

LE GÉNÉRAL TANANT. — Le 15° corps a été envoyé pour boucher le trou.

LE PRÉSIDENT. — Oui, mais quand le grand quartier général a vu que le général Sarrail préférait rester en l'air plutôt que de se replier. 74

LE GÉNÉRAL TANANT. — Je ne le crois pas : car le 15° corps a débarqué Ie 6 septembre à Ligny-en-Barrois. Donc les ordres le concernant ont été envoyés au plus tard le 3 ou le 4 septembre (en réalité dès le 2). Or, le 4 septembre, le quartier général de la 3 armée était à Vaubécourt et nul ne songeait alors au trou qui allait se produire entre les 3 et 45 armées. C’est mathématique. »

Et il est permis d’ajouter : c’est lumineux. Sans la prescience et l’autorité du F haut commandement, le « trou » s’élargissait, le kronprinz passait et la manœux à allemande réussissait. Comme le dit et le répète le maréchal Joffre dans sadéposition : Il faut voir les ensembles.

é Fe DE LA BATAILLE DE L’ARGONNE 209

Tout compte fait, Sarrail voyait sa force se consolider peu à peu. - Mais le kronprinz était résolu à en finir tout de suite, de concert avec l’armée du duc de Wurtemberg. Il savait qu’il n’avait plus une minute à perdre. A cette date du 8 au matin, la grande bataille … était arrivée à un point critique. Si l’on n’avait pas gagné Bar- Je-Duc, ce jour même, la manœuvre de la « progression inébran- - Jable » échouait ; il serait trop tard, sans doute, pour y revenir les jours suivants.

. Ce coin de la grande bataille de la Marne présente un caractère … spécial : il s’agit du rôle respectif des armées de campagne agissant -à proximité des places fortes, et des places fortes appuyant les « armées de campagne. Le kronprinz ayant négligé Verdun filait … vers le sud, comme von Kluck, négligeant Paris. Mais de même - que Paris avait jeté Maunoury dans la bataille, de même Verdun

—… Langle de Cary, comme le danger pour French eût été de se … laisser couper de l’armée de Paris. La différence consiste en ceci : … von Kluck, comprenant de bonne heure qu’il ne passerait pas, s’est … retourné contre Paris, tandis que le kronprinz s’est attardé sur «Bar-le-Duc. Il sera obligé de lâcher, lui aussi, mais plus lente- - ment, et il s’accrochera plus longtemps au terrain. Finalement, Verdun comme Paris sera sauvé. Mais l'Allemagne sera chlixée dy revenir, un jour ou l’autre. Verdun deviendra le clou de la guerre. Avoir manqué Verdun sans avoir gagné Paris, c’est, de toute évidence, la faute capitale du haut commandement alle- mand.

Pour le moment, le kronprinz considère à peine Verdun; il ne … voit qu’une chose : filer vers le sud. Comment ne passerait- Fr pas? … Il occupe déjà Revigny et, pour franchir les quelques kilomètres qui le séparent de Bar-le-Duc, il dispose, en somme, de trois corps … de l’armée du duc de Murtbents (VIIIe de réserve, XVIII et … XVIII de réserve), de la IVe division de cavalerie, de quatre — corps de sa propre armée (VIe, XIIIe, XVIe, VIe de réserve). … Tout cela s’engouffre, comme dans un entonnoir, par les routes … venant de Châlons, de Sainte-Menehould, de Varennes. Sarrail ne Atos: outre le 2 corps de l’armée de Langle de … Cary qui combat avec lui, que de deux corps actifs : 5e corps, … 6° corps, et de la 7€ division de cavalerie ; cependant le 158 corps arrive ; en outre, le groupe de divisions de réserves du général Pol Durand, retenu, il est vrai, en partie pour la défense de Verdun, x - 208 3 À 14

y avait jeté les divisions de réserve qui combattaient avec Sarrail.

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est aussi à sa disposition. Mais, surtout, il a Verdun! Verdun est une vigie puissante qui, de partout, surveille la plaine et qui peut, à l’heure opportune, agir de ses artilleries ou de sa garnison sur les derrières ou le flanc de l’ennemi. Telle est la véritable mission des places fortes. Au point de vue de l’art militaire, cette bataille de l’Argonne est une leçon qu’il y a lieu de comprendre et d’étudier avec soin.

Nous avons dit comment le kronprinz, étroitement resserré … dans le couloir entre Argonne et Aisne, a échelonné ses corps les uns derrière les autres en direction de Bar-le-Duc, et comment la place de Verdun a agi utilement sur ses communications dans les journées du 6 et du 7. Quoiqu'il touche au but, il ne l’a pas atteint. Mais il pense que, pour la journée du 8, avec l’intervention du duc de Wurtemberg, il passera. En tout cas, pour plus de sûreté, il monte en même temps un autre projet. Il s’agit de la fameuse | surprise ménagée depuis aa par le haut commandement allemand.

En vue de seconder l'offensive vers le sud, on a préparé une offensive subsidiaire qui, débouchant dans le dos de Sarrail par la trouée de Spada, forcera la Meuse à Saint-Mihiel et viendra jeter … sa force dans celle de l’armée du kronprinz, par Chauvoncourt et Pierrefitte. Mais il faut aller au-devant de ce courant et lui ouvrir . la voie : le nouveau projet du kronprinz est donc de dédoubler « son offensive et de la porter, en partie, sur la Vaux-Marie-Pierrefitte, pour, précisément, faire le chemin à ces forces auxiliaires. à

La manœuvre du kronprinz sur l’Argonne pour cette journée. difficile se présente donc ainsi : tandis que sa cavalerie (IVe corps) et ses deux corps de droite (le VIe et le XIII) appuyés sur l’armée du due de Wurtemberg, continuent la « progression inébran- « lable » sur Bar-le-Duc, son corps de gauche, le XVI, fait un àgauche dans la direction de la Meuse vers la Vaux-Marie et Ram-. bercourt-aux-Pots. Cependant le Ve corps (von Strantz) arrivera par la trouée de Spada, tentera de forcer les passages de la Meuse | au sud du fort de Troyon, réduisant l'obstacle que présente ce. fort, et menacera Verdun d’un complet encerclement. C’est mettre “ beaucoup de fers au feu à la fois. ;

Contre cette manœuvre compliquée, mais des plus dangereuses si elle réussit, Sarrail agit avec une présence d’esprit et une déci-sion remarquables ; en la conjurant, il la retourne contre un. adversaire qui, s’il ne réussit pas, perdra infailliblement l’équi-

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D pour attaquer simultanément par Es deux pointes u croissant. À la pointe méridionale, son 5 corps, qui a pour mison de maintenir la liaison avec l’armée de Langle de Cary, a çu une brigade de la 29% division du 15€ corps ; une autre briade est envoyée au 6® corps, une troisième brigade du même LS® corps est aiguillée sur Vassincourt ; la 30€ division, toujours lu 452 corps, est répartie de Fains à Cible: prête à opérer à Quest et au nord, en réserve d’armée. Un moment, une liaison > fortune a dû être établie entre les deux armées près de Cheinon, par l’envoi de deux régiments de cavalerie. Heureusement, 15e corps (général Espinasse) a, nous l’avons dit, envoyé deux illons de chasseurs, deux escadrons de hussards et un groupe artillerie sur Couvonges pour combattre avec les éléments de

erdu dans la soirée du 7. Le général Carbillet, qui commande 1 brigade du 15% corps, débouchant sur le terrain, songe Pabord à reprendre Vassincourt le 7 au soir. Mais, après entente vec le 5° corps, l’attaque est reportée à 4 heures du matin, le 8 ept empre.

“ De très bonne heure, le 8 ren l’armée du kronprinz | rche à percer entre le 5€ et le 6€ corps, c’est-à-dire entre Musse : et Fains. Le 15€ corps va donc porter son effort sur ce point our consolider toute cette partie du front. À 4 heures du matin, ne brigade du 5 corps, de concert avec la brigade Carbillet, rerend Vassincourt. Le front du 5 corps s’étend alors de Vassinourt à Lisle-en-Barrois, passant par Neuville-sous-Orne, Boisugné, Louppy, Villotte-sous-Louppy. Front extrêmement étendu t q i a, en plus, la lourde tâche de couvrir Bar-le-Duc. Il est ‘A que le corps se sent désormais étayé par le 152 corps qui, peu peu, se développe sur la ligne de front. A droite, la liaison 'ête lit par la 17 brigade placée provisoirement sous les ordres #6 COrPS.

Le D. porte son effort maximum juste à cette jonction. out est prêt pour le recevoir ; mais il a l’avantage de l'initiative à la supériorité du nombre. Vers 6 heures du matin, le mouvement de l'ennemi se déclenche entre Contrisson et Vassincourt. La Een abandonne Vassincourt et se replie sur Mussey. Neu- *sous-Orne est perdu par le 46° régiment. Et voilà que le corps, ignorant du terrain, paraît vouloir s’en tenir à pror définitivement la plaine durent Bar-le-Duc. A midi, il com-

x ache du 5 corps qui sont à Vassincourt. Mais Vassincourt a été 2

(du 15€ corps) pousse ses avant-gardes à Mognéville, ses gros à

mence à s’y fortifier et à s’y creuser des tranchées. C’est alors que: le général Sarrail, dans une vue claire de la situation, prescrit au général Espinasse de prendre sous son commandement toutes les troupes qui se trouvent sur la rive sud de l’Ornain et d’attaquer. droit au nord, avec toute sa 308 division, l'ennemi qui, par un. mouvement tournant, tente de sortir du bois des Trois- Fontaines + et de s’acheminer par le sud-ouest vers Bar-le-Duc. | La contre-offensive générale a lieu à 15 heures. La 30€ division

Couvonges, Beurey, Tremont, et garde la ligne de la Saulx. Pendant toute la journée, le 46€ régiment a livré de violents combats. dans la région de Neuville-sous-Orne. Trois fois il est repoussé, trois fois il est ramené sur Vassincourt par son chef, le colonel Malleterre. Malgré le feu violent de l’ennemi, il restera sur l’Ornain aux approches de Vassincourt et gardera le débouché de Mussey. Sur le reste du front, entre Neuville-sous-Orne et la. ferme Sainte-Hoilde, l'ennemi paraît figé : c’est es les événements de la gauche du kronprinz se font sentir jusqu'ici.

On commence à avoir le sentiment que l’ennemi est contenu | et qu’il ne passera pas.

Mais il faut faire plus, le repousser. Toutes les dispositions } sont prises méthodiquement pour en finir dans le cours de l'après-| midi. À 14 heures, le général Sarrail a dirigé de ce côté une partie. de sa 7€ division de cavalerie. La 17€ brigade se prépare à entrer en action par un tir puissant de son artillerie. La 18e brigade est: renforcée de deux batteries de 155, deux batteries d’artillerie de: campagne du 15€ corps, et enfin appuyée par la 58 brigade (29e di= vision du 152 corps). À 18 heures, ce tir systématique, effectué sur le Bois-Petite et la Grande-Bouloie, a mis hors de cause une batterie allemande de 77 qui, établie au nord de la ferme Sainte= Hoilde, laisse six canons sur le terrain. La 29e division (15e corps): déclenche alors l’offensive d’infanterie sur Vassincourt, où elle surprend les Allemands (11 heures du soir). Elle en est repoussée quelque temps après ; mais elle s’installe aux portes du village, sur la croupe entre Mussey et Vassincourt : l’affaire est à reprendre le lendemain.

La ligne de bivouac des deux corps (15° et 5€) de ce côté cb soir, à cote 184, bois Bugné, ferme Sainte-Hoilde, crête est de Louppy-le-Château, Villotte-devant-Louppy, Lisle-en-Barrois.

En somme, la ligne n’a pas fléchi. Non seulement le kronprinz n’a pas passé, mais il est rejeté partout. Il n’a même pas approché des portes de Bar-le-Duc.

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Le 6e corps (général Verraux) forme le centre de l’armée Sarrail. pet Ja gauche de l’armée (5e et 158 corps) a plutôt à subir la manœuvre d’enveloppement, c’est le 6° corps qui doit parer à la manœuvre de rupture. .

: D . Nous avons laissé le 6€ corps le 7 au soir sur les lignes suivantes : s en première ligne, les trois bataillons de chasseurs de la 408 division sous les ordres du général commandant la 128 division tenant la ligne : ferme Saint-Laurent, ferme la Vaux-Marie et leur droite à la grand'route de Beauzée ; en deuxième ligne, la 128 division » le front : signal du Fayet, se 309 ; la 107 brigade se reformant a Er de Maratz-la-Grande. Sur la rive droite de l’Aiïre, un fort détachement bivouaque ; c’est la 65€ division au nord du ruisseau e Serancourt et la 40€ division au sud.

. Rendons-nous bien compte : tandis que le 5€ corps (étayé par le 5e corps) se développe en cordon sur une longue ligne oblique de ci heminon à Lisle-en-Barrois, le 6€ corps est tassé dans l’étroit cour des deux rives de VAire. solidement calé au carrefour de la Vaux Mari Érize-la-Petite. Ses lignes sont doublées, car il aura, s doute, à supporter le choc principal. Il a la face tournée vers D ouest. Vers l’est, il se considère comme couvert par le camp retranché de Verdun (fort de Troyon); mais il a dans le dos la “trouée de Spada. D’autre part, se trouvant en liaison à sa droite, € est-à-dire vers le nord, avec le groupe des divisions de réserve “du général Pol Durand, abritées elles-mêmes par la Cousances, il L attend, pour s’engager pi la bataille, que celles-ci aient donné le signal en commençant le mouvement sur les communications de “l'ennemi. C’est, d’ailleurs, l’ordre de l’armée pour le 8 au matin. « L'initiative appartient aux divisions de réserve. » Cela veut dire que Sarrail attaque sur la pointe septentrionale du croissant espère envelopper l’ennemi par le nord.

Quel est donc le rôle du 6€ corps? Opposer une masse inébranle le aux offensives de l’ennemi, empêcher celui-ci de briser le front ruche vers Condé-Génicourt ; seconder le mouvement du groupe e divisions de réserve à drone, et surtout veiller à ce qui se passe dans son dos à la trouée de Spada. Car déjà, on signale des mou- 2 ements suspects de ce côté et le canon tonne sur Troyon. Le : général Verraux exécute ces diverses missions avec une ponctualité parfaite. Il se sert très utilement de la cavalerie du général d’Urbal > division de cavalerie) qui combat auprès de lui : celle-ci fait office de verrou mobile, tantôt poussée à gauche pour « fermer le trou » à Condé-Génicourt, tantôt poussée à droite pour voiler la tr ouée de Spada vers Pierrefitte,

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Quant au corps lui-même, cette Journée d'immobilité passive Ive lui est dure : car il est exposé de partout au feu de l’artilleri ennemie qui l’accable de loin. Cependant, l’infanterie ennemie ne débouche pas ; elle attend visiblement quelque chose. | A cette « offensive d’artillerie », Partillerie du 6€ corps répond énergiquement. Le général Herr a enfin obtenu ce qu’il demandai avec tant d’insistance : des batteries de 155 à tracteur qu'il ni talle aussitôt au sud-ouest de la cote 309. Et, en plus, deux avions. Le voilà donc en mesure de faire, à son tour, beaucoup de mal à l'ennemi : avec ses avions, il a des yeux. Voici que le champ de bataille ennemi s’illumine devant lui :

Au moyen de ces avions, porte le carnet de route que-nous avons déjà cité, le général arrive à faire régler très exactement le tir sur : 4 des avant-trains et colonnes légères de munitions au sud de Pretz-en- Argonne ; 2° une ligne de 12 batteries d’artillerie légère se trouvant le long de la route de Sommaisne à Beauzée ; 3° 5 batteries d’artillerie lourde dans le ravin au sud-ouest de Pretz-en-Argonne ; 4° des batteries lourdes aux environs de « masse d’arbres » (800 mètres au nord de Pretz); 5° 3 groupes de tranchées d’infanterie reconnues l’une vers la cote 285, une autre à mi-chemin entre Sommaisne et la station, la troisième au sud de Beauzée. e

Quel cirque de feu installé ainsi autour du 6 corps ! Mais main tenant on peut répondre et user de l’avantage des hauteurs et de la situation centrale qu’occupe le 6€ corps.

A 13 heures, tir avec les batteries à tracteur sur les colonnes de munitions ; elles se réfugient vers Pretz-en-Argonne, mais tombent sous le feu de l’artillerie divisionnaire. Elles n’osent plus avancer (tant pis si les munitions font défaut au front). A 17 heures, le feu est ouver! sur les batteries et la position ennemies de façon à empêcher le tir de l’artillerie allemande. Le feu diminue : bientôt il s’éteint. Nos observateurs signalent que la ligne d’artillerie légère a été encadrée, que plusieurs caissons ont sauté, que les batteries lourdes ont leur terre plein bouleversé. Malheureusement, il faut se montrer très économe de munitions pour le 120 long. Les bons résultats sont dus à l’extrême précision du tir. Le général Herr s’organise, pour le lendemain, de façon que les centres de ravitaillement soient poussés plus près du front.

En somme, résultats excellents. Le général Verraux écrit : « jour-là, le général Herr sauva la situation avec son artillerie. » On sent que, si on tient, la bataille est gagnée. Un coup de télés phone avec l’armée : Verraux dit les bons résultats de l’artillenes Sarrail répond : « Je vous en prie, tenez, tenez ; nous avançons par la gauche avec le 15° corps. Il faut que vous teniez. » ;

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; pe ul { lui est confié : 10 sur le plateau de la Vaux-Marie qui s’affirme …. comme le nœud de la bataille : trois bataillons de chasseurs avec . Jeurs avant-postes sur la voie ferrée ; relève de la 23€ brigade par “ Ja 24e; 20 Ja 107 brigade sur la hauteur sud-ouest de Maratz-la- Grande ; 3° la 17 brigade avec un groupe d'artillerie du 5e corps - au sud du bois Defuy ; 4° la 40e division au sud du bois de Sérau- … court et la 65 division au nord du bois de Séraucourt (évidemment, - de ce côté, on se prépare pour quelque chose d’obscur, que l’on ” commence à sentir dans le dos); 5° une compagnie à Maratz-la- … Grande, cherchant la liaison avec le 5e et le 159 corps d'armée couvrant Bar-le-Duc (1).

… Comme nous l’avons vu, dans les ordres donnés au 6€ corps, … Sarrail, au début de la journée du 8, comptait sur un mouvement —. dela pointe du croissant au nord, c’est-à-dire du groupe des divi- - sions de réserve, sur les communications de l’ennemi en direction - de Beauzée-Amblaïncourt. Mais le mouvement fut contenu par « la puissance de l'artillerie allemande. Le groupe des divisions de …—. réserve, maintenant sa liaison par Beauzée-Amblaincourt, se fortifia dans les tranchées sur les hauteurs de Nubécourt, et la Le de la | . Cousances. Il se trouvait ainsi en liaison, à droite, avec la 728 divi- . sion de réserve qui, placée sous les ie du Cape Coutanceau, d uit par le plateau de Rampont :

— Dans la nuit du 5 au 6, vers minuit, dit le général Coutanceau, j'avais — été réveillé. C’étaient mon chef d'état-major et le capitaine Pellegrin, de l’état-major de la 3° armée. Ils m’apportaient l’ordre du général . Sarrail de faire le possible pour que la garnison de Verdun attaquât de flanc les queues de colonne du kronprinz, qui défilaient vers le sud . dans la direction de Clermont-en-Argonne, Fleury. J’ai dit aussitôt : ie niet le vrai mouvement à faire. »

Un instant les bois de Juvécourt-Julvicourt avaient été perdus.

- Mais on tenait toujours très ferme devant Dombasle à Sivry-la- Perche.

4 … Je n’ai jamais abandonné ces hauteurs, pas plus que celles de Samo- gneux et Haudrimont, ajoute le général Coutanceau ; j’y avais laissé deux bataillons, Ces deux bataillons (366€), tenant Sivry au sud-ouest, + ont pu, sous les ordres du général Morlaincourt, intervenir avec deux Ki Mbattéries de 120 long et une batterie de 95 du côté de Rechicourt. Nous avons combattu ainsi le 6, le 7 et le 8.

- (1) Voir Lettres du capitaine Vidal de La Blache dans Revue de Paris du 12 janvier 1917.

eut Re se fortifie donc, le soir, sur le secteur capital

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Au fort de Troyon; la manœuvre allemande par la Woëvre.

L’attention du général Sarrail n’était pas seulement retenue. sur toute la vaste étendue du front de son armée combattant face. k à l’ouest ; elle était attirée aussi par ce qui se passait dans son dos, . c’est-à- pes venant de l’est. Une dépêche, reçue à midi, annonçait que le fort de Troyon était violemment bombardé par des pièces de très gros calibre.

Voyons la situation de Troyon : : le fort est au sud de Verdun, à l’un des angles du camp retranché ; il commande au nord le pont de la Croix-sur-Meuse, et cette trouée de Spada, en face de Pierre- fitte, dont Dumouriez signalait l’intérêt : là se trouve le seuil qui . permet de franchir l’Argonne, de sauter de la Woëvre dans le Barrois, c’est-à-dire de la France orientale dans la France centrale. On sent toute l'importance de cette position. Sarrail serait pris à revers si l'ennemi, dont nous allons dire la manœuvre perfde, détruisait la serrure qui ferme cette porte, Troyon.

Le général Coutanceau avait donné l’ordre au commandant du fort de tenir jusqu’à la dernière seconde et jusqu’au dernier. homme, fallût-il se réfugier dans les caves-casernes. Le général Sarrail eut tout desuite le sentiment de la grandeur du péril que lui faisait courir une offensive venant par la rive droite et visant, en particulier, le fort de Troyon. Tandis que Troyon commence à «encaisser » les premiers coups de canon, il jette tout ce qu’il a de troupes disponibles en face de la trouée, c’est-à-dire dans la région. de Pierrefitte. C’est encore la Æ division de cavalerie dont la mobi: lité est utilisée : elle se porte, au plus vite, de l’ouest à l’est de. la bataille. Partant du bois de Trois-Fontaines, elle doit se rendre, sans débrider, sur la Meuse. Il est vrai que, par ce moyen, Sarrail. tend un voile plutôt qu’il ne construit un barrage. Mais la cava-. lerie agit, ne fût-ce que par sa présence : car l'ennemi, se sentant surveillé, ne tentera de forcer le passage que s’il s’est rendu maître. de Troyon.

Or Troyon tient. Nous avons le récit palpitant de la défense de Troyon, de la main même de l’homme qui commandait le fort, Il écrit minute par minute, dépeint la situation des assiégés tapis dans la puissante taupinière, écrasés sous la rafale des obus, et. ne se laissant ni intimider, ni surprendre. {

Troyon couronne une crête aride (cote 244), ayant ses vues au loin sur toute l’Argonne méridionale : vedette décharnée veillant. sur un âpre pays boisé, front chauve au-dessus d’une fourrure

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