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connu jadis la « guerre des conseils » ; maintenant, c'était la « guerre
des bureaux ». Tous les officiers d'état-major qui publient leurs mémoires ou leurs souvenirs parlent des chefs avec le plus parfait dédain. Hentsch, quand il va décider du sort de la re armée et de toute la bataille, ne voit même pas von Kluck, le chef ; il arrange tout avec von Kubhl, un subordonné ; de même quand il s’agit de von Hausen, de Wurtemberg et même du kronprinz. Il est remarquable que Ludendorff prend lui-même ce ton dans ses Mémoires. Il reste un chef d'état-major, et c’est à ce titre qu’il le prend de haut avec tous les autres généraux, y compris Hindenburg. La conduite du grand état-major allemand pendant la guerre, c’est le « délire de la plus mesquine technicité ».
Il résulte, de ces dispositions, une absence constante de liaison entre le haut commandement et les chefs des armées particulières. Ce n’est pas seulement l’éloignement et les difficultés matérielles qui créent cette « interruption » dans le courant, c’est le manque de coordination morale, Les chefs d'armée finissaient par prendre le parti d’agir par eux-mêmes plutôt que de passer éternellement sous les fourches caudines de ces « jeunes présomptueux ».
A ce sujet, von Kluck, von Bülow, von Hausen, Baumgarten-
Crusius, le kronprinz, tous s'expliquent dans les mêmes termes : en l’absence d’une haute direction générale, il n’y avait plus qu’à se « débrouiller », chacun pour son compte. Or, ces commandants particuliers de chacune des armées, nous les connaissons, nous les
avons vus à l’œuvre, C’est, d’abord, von Kluck, impétueux, ima-
ginatif, ambitieux. Son mémoire justificatif, la Marche sur Paris nous permet de pénétrer jusqu’au fond et au tréfonds de son esprit et de son âme. Farei de citations littéraires, bourré de fausse
sentimentalité et d’allégations suspectes, lil découvre un homme
glorieux, panachard, menteur audacieusement, en un mot, le vrai reître allemand de 1914. Que de tels hommes aient pu arriver aux plus hautes charges militaires et qu’ils aient survéeu
moralement à une défaite dont la responsabilité leur incombe
tout entière, c’est une des choses qui ne sont possibles qu’en Alle- , (| P q
magne et qui servent à établir, pour l’observateur, la connexité.
étroite existant entre l’esprit de tromperie et le caractère natio-
nal, Un peuple qui aurait le cœur droit et le coup d’œil juste
n’admettrait pas une seule minute qu'un général battu par sa faute le prit d’un tel ton, Dès 1914, von Kluck commence à « plaider » en accusant. Ses ordres pour la retraite préparent
déjà son dossier : on peut suivre ces étranges manifestations.
psychologiques sur le terrain,
F Vo on Bülow, dont le nom avait été mis en avant lors de la succession de Schlieffen, est le grand adversaire de von Kluck : Fa caractère plus digne, de nature plus fine et plus pondérée, il représente la vieillé tradition militaire avec la tenue, les prin- -cipes et la circonspection des classes élevées. Le mémoire justificatif de von Bülow respire le sang-froid et la dignité. D’après son action militaire pendant les courtes semaines de son commande- -ment, Bülow apparaît comme un soldat averti, mais un peu hésibant, pessimiste, inquiet, appelant toujours à l’aide et peut-être “aussi, grâce à sa haute situation familiale, tirant à lui la couverture. Si on l’eût cru, on eût ralenti le mouvement dès le début, on eût mieux apprécié les forces de l’adversaire, on eût plus solide- “ment maintenu les liaisons entre les diverses armées : mais peutê e aussi se fût-on attardé dans les plaines du nord et eût-on “manqué ce coup de Paris qui faillit réussir et qui était la seule chance sérieuse dans cette guerre intentée à l’univers. Quoi qu’il en soit, Bülow vit clair à la fin de la bataille de la Marne. Seul ï vit clair ; seul il s’avoua à lui-même la défaite imminente et il sut se D her à temps.
Le faisant, il se sauva lui-même et sauva en outre von Kluck. elui-ci ne le lui pardonnera jamais. En l’absence de tout haut Hütmendement, la première phase de la manœuvre en retraite Î fut confiée à Bülow, et c’est lui qui, en somme, la conduisit à bonne fin. Mais, sans doute, son esprit timoré portera, devant l’histoire allemande et devant l’histoire militaire, la responsabilité d’avoir mlisé la manœuvre occidentale dans la guerre des tranchées. En renonçant à l’espace, la guerre de conquêtes s’ensévelissait de ses propres mains.
- Von Hausen, qui commandait la IIIe armée, — l’armée saxonne, = est un chef médiocre et un pauvre homme : : vénéral « pas- dechance » s’il en fut. Il a publié, lui aussi, un mémoire justificatif “qui n’est qu’un reflet des explications de von Kluck. Aussi nul dans les exposés et dans les commentaires que dans les mamœuvres et les combats, ce Saxon n’est pas un Witiking. - Ludendorff fait cas du prince Albert de Wurtemberg, comman- “dant en chef de la IVe armée. Il dit, en deux mots dont il ne faut pe as exagérer la portée élogieuse, « qu’il possède un tempérament ilitaire plus accentué que les deux autres princes héritiers ». £ | C'est dire ce que valent, comme commandants en chef, le kronprinz d'Allemagne et le kronprinz de Bavière. En fait, et de l’aveu même des plus respectueux courtisans, ces personnalités prin- “cières encombraient l’armée. Si l'autorité annoncée par de si
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