‹ La bataille de la MarneChapitre 70 sur 102 · SOLDATS · texte numérisé non relu

SOLDATS

La 6° armée vient de soutenir pendant cinq jours entiers, sans aucune interruption ni accalmie, la lutte contre un adversaire nombreux @&

les pertes par le feu, les re dues à la privation de sommeil et parfois de nourriture, ont dépassé tout ce que l’on pouvait imaginer : “vous avez tout supporté avec une vaillance, une fermeté et une endurance que les mots sont impuissants à glorifier comme elles le méritent. * Camarades, le général en chef vous a demandé, au nom de la patrie, de faire plus que votre devoir : vous avez répondu à son appel au delà même de ce qui paraissait possible. Grâce à vous la victoire est venue couronner nos drapeaux. Maintenant que vous en connaissez les glorieuses satisfactions, vous ne la laisserez pas échapper. Quant à moi, si j’ai fait quelque bien, j’en ai été récompensé par le plus grand honneur qui m’ait été donné dans ma longue carrière : celui € punir commandé des hommes tels que vous. C’est avec une vive émoion que je vous remercie de ce que vous avez fait : car je vous dois ce vers quoi étaient tendus depuis quarante-quatre ans tous mes efforts “et toutes mes énergies : la revanche de 1870.

. Merci donc à vous et honneur à tous les combattants de la 6° armée I

Signé : MAUNOURY.

Claye (Seine-et-Marne), 10 septembre 1914.

; Par décret en date du 18 septembre 1914, le général Maunoury était élevé à la dignité de grand-croix de la Légion d’honneur avec cette citation :

. MauNoury, général de division, quarante-huit ans de services, deux campagnes, une blessure. Grand-officier du 11 juillet 1912 : son calme et son habileté de manœuvre ont permis à ses troupes de supporter, pendant les quatre journées d’une lutte opiniâtre, l’effort d’une notable partie de l’armée allemande et ont facilité ainsi le développement des opérations des armées alliées, qui ont entraîné la retraite de l’ennemi.

- Et le Journal officiel du 1 octobre 1915 devait publier la citation du général Gallieni :

- GALLIENI, général gouverneur militaire et commandant des armées de Paris.

… Commandant du camp retranché et des armées de Paris, et placé ous les ordres du commandant en chef, a fait preuve des plus hautes ités militaires :

x ën contribuant par les renseignements qu’il avait recueillis à déterminer la direction de marche prise par la droite allemande ;

. En orientant judicieusement, pour participer à la bataille, les forces mobiles à sa disposition ;

- En facilitant par tous les moyens en son pouvoir l’accomplissement de la mission assignée par le commandant en chef à ces forces mobiles.

Le soir du 10, les avant-gardes atteignirent la ligne : Vaux, Parfond, Thury, Cuvergnon, Bargny, Rouville, Ormoy, Rosières.

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Déjà les troupes avaient sous les yeux le spectacle du champ de bataille, et celui, plus terrifiant encore, du pays tel que les Alle mands l'avaient traité dans leur avance et surtout dans leur retraite. C’est la colère au cœur que les soldats rentraient dans les bourgs et les villages brûlés, pillés, souillés, et qu’ils apprenaient les forfaits déshonorant une invasion qui se croyait victorieuse. Les docu 4 ments officiels eux-mêmes laissent percer les sentiments contenus : « Que de ruines, que de morts, que de blessés, la division ren contre à Étrépilly, Trocy, ne -Manœuvre, os en-Multien |: Mais s’il y a beaucoup de fatigues, d’ennemis point, ou à peu près, | jusqu'aux environs de Soissons. Et l’on est si heureux de la marche en avant |» .

Doublement heureux; car à l’aile gauche notamment, après l'offensive des Allemands le 9, après le terrible bombardement qui avait accompagné le décrochement des corps de droite dem l’armée von Kluck, on croyait que la bataille était perdue et, depuis lors, les annalistes l’ont répété de bonne foi. « Le 9 septembre au soir, à écrit un officier de la 14 division, après cinq jours et cinq nuits de lutte, décimés, harassés, affamés, cernés de tous côtés, nous nous sommes couchés sur la terre nue, n’ayant plus au fon a de nos âmes que la résolution de nous faire tuer le lendemain matin afin d'accomplir l’ordre reçu : Là où l’on ne pourra plus avancer, on se fera tuer sur place. Le 10 à l’aube, nous avons repris nos armés et, la bouche sèche, le cœur gros, nous sommes repartis vers l'ennemi. Il n’y avait plus d’ennemi : il était en retraite. » Le lieu- tenant Roussel, du 262, aura la même impression : « Nous croyions la bataille perdue », dit-il. Au 7 corps, 35€ régiment, après la cons: tatation si nette du lieutenant Jansen, le colonel écrit : « Cet officier avait vu juste. Mais nous, trompés par le bombardement qui suivit, par les feux de bivouac, nous battions en retraite jusque ve 4 heure et, le 10, nous ne poursuivons qu'à 14 heures, ayan perdu plus de vingt-quatre heures. » |

Ces faits, qui se multiplient à l'infini sur tout le front, som nécessaires pour expliquer la lenteur relative de la poursuite. Ajou tons que l'initiative de la retraite prise par von Kluck, après soi coup de boutoir final, lui laisse naturellement du temps pour décro cher son armée.

La pluie se met à tomber et alourdit encore la marche en avant: En plus, il faut tenir compte de l’alignement avec l’armée anglais qui, comme nous allons le voir, hésite encore. Enfin, les munition commencent à manquer. Le ministre de la Guerre, M. Millerand; l'a dit en propres termes, à Bourg, en décembre 1917 : « Le 17 seps

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manquer à nos canons et qu'il fallait sans délai porter de 13 000 à - 100 000 par jour, pour commencer, la fabrication des obus de 75. Trois jours plus tard, le 20 septembre, le ministre réunissait à - Bordeaux les représentants de l’industrie, etc. »

C’est dans ces conditions que l’ensemble des armées françaises - s'ébranle à la fin de la bataille de la Marne et commence la large progression qui va balayer en partie le sol national.

+ A gauche, l’armée Maunoury, exécutant ses ordres, se met en mouvement à partir du 10 à midi. Les instructions du haut commandement lui prescrivent, comme on l’a vu, de travailler le plus rapidement possible à envelopper par le nord-ouest l’armée von Kluck et de la coincer en la rejetant sur l’armée britannique qui, elle, a précisément pour instructions de la prendre par le sud.

En somme, la bataille des communications et la bataille de l’articulation continuent de la même manière qu’elles se sont engagées sur la Marne. Seulement, par la retraite des Allemands, tout est reporté vers le nord. L’axe de la nouvelle bataille sera l’Aisne, comme celui de la bataille précédente était la Marne ; et l’angle sera déterminé par le cours de l’Oise comme il l'était précédemment par le cours de l’Ourcq.

Les chgagements de la poursuite seront discontinus jusqu’au 22 et même jusqu’au 29 septembre. C’est seulement alors que le - haut commandement français ouvrira une nouvelle phase de la … guerre par l’Instruction générale adressée aux armées de l’Aisne : “ « Renoncer à des attaques générales qui usent les troupes sans - résultat sérieux ; procéder par attaques locales exécutées en accu- “ mulant les moyens d’action sur les points choisis. » Et même, c’est - à la date du 29 que se reportera l’Instruction décisive : « L’offensive ne doit plus être poursuivie que si elle doit donner des ré- - sultats importants. » Jusqu’alors, le sort de la manœuvre de pour- - suite devait rester en suspens, tout en observant, qu’à partir du - moment où l’on se heurte aux falaises de l’Aisne, ce n’est plus la

bataille de la Marne qui s’achève, c’est la bataille de l’Aisne qui commence.

… Pour nous conformer à la situation géographique et aux faits … militaires, nous adopterons comme date de séparation entre les : deux batailles, le 13 septembre soir. Dès ce moment, en effet, les engagements qui ont lieu sur la rive nord de l’Aisne ont déjà le

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caractère d’une contre-offensive allemande ; ou plutôt ce sont des étreintes tactiques au cours ‘desquelles la ligne du front oscille avant de se fixer. C’est à cette date aussi qu’a lieu le changement, dans le haut commandement allemand ; la décision est prise dans la journée du 12 et von Falkenhayn dit, dans ses Mémoires, qu’il reçut le 44 au soir, à Luxembourg, les fonctions de chef de l’étatmajor des armées en campagne à la place du colonel-général von Moltke. Enfin, c’est à la date du 14 que l’armée de von Heeringer entre en ligne, apportant ainsi, aux armées allemandes de l’Aisne, un renfort qui, avec les troupes venant de Maubeuge et de Bel-. gique, avec les corps provenant du centre et de l’est, les conso-. lide de telle sorte qu’il devient désormais impossible de briser leur front solidement retranché.

L'enjeu de la poursuite était le massif de Coucy-Laon. L’ennemi" resterait-il sur le territoire de la France aux portes de Paris, ou. bien serait-il rejeté dans les Flandres et sur la Meuse? telle était, l’angoissante question qui se posait dans l’esprit des états-majors. Quand nous avons indiqué les raisons géographiques de la bataille de la Marne, nous nous sommes attachés à mettre en relief. l'importance vitale pour la France de ces trois gradins qui, depuis la Fère jusqu’à Provins, forment l’épaisse bordure méridionale de l’ancien golfe de Seine. En s’appuyant sur la ligne de Provins- Vitry-Saint-Dizier, le général Joffre s’était adossé au dernier. gradin ; par la poursuite, il avait libéré d’abord le gradin Soissons- Bazoches-Reims-Sainte-Menehould ; maintenant, il s’attaquait au, gradin de l’Aisne, c’est-à-dire au quadrilatère la Fère-Saint-Gobain- .Coucy-Laon : s’il en chassait l’ennemi, l’armée française n avait. plus devant elle que la plaine des Flandres jusqu’à la mer. Le général Joffre avait une compréhension très nette de la portée stratégique de ce suprême effort. Car, malgré la fatigue extrême. imposée à ses armées, il ne songe pas à les arrêter un instant. IL entend exploiter à fond sa victoire. Et, pourtant, il se rend compte. aussi de la difficulté du terrain auquel il va se heurter. Il est de” toute évidence que les chefs allemands ont compris l'importance du massif de Laon-Coucy qui les maintient à proximité de Paris et qui, couvrant la Belgique, éloigne la guerre du sol allemand. Ils feront donc les plus grands efforts pour garder cette position Sim puissante déjà par elle-même. Aussi Joffre a décidé, non pas seu-« lement de l’attaquer de front, mais, en même temps, d’essayer de la tourner. ; Il lattaquera de front par le sud et il confie cette mission à l’armée britannique secondée par un « détachement » de l’armée

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Fre anchet Fr te composé de la cavalerie Conneau et du 8e corps (général de Maud’huy); il la tournera par l’ouest, et il Bnñe cette mission à l’armée Maunoury et un peu à l’armée d’Amade ; en fin, il la tournera par l’est et il confie cette mission à l'armée Fränchét d’Esperey qui, de Reims, s’efforcera de gagner Rethel et la Belgique pour couper au court et surprendre, si possible, les armées allemandes en retraite sur Namur et la Meuse.

À Rien n’est plus simple, plus clair, plus sensé que ce plan. Il dérive de la nature des choses ; mais maintenant, il faut passer à l'exécution.

… L'armée du général Maunoury, échelonnée encore le 10 au matin, “ace à l’Oureq, de Lagny à Nanteuil-le-Haudouin, a pour rôle de “prolonger la bataille d'angle en remontant; c’est comme une “équerre qui, de la Marne, serait traînée sur le sol jusqu’à la Somme. L’angle de l’équerre sera porté progressivement de

“piègne à Noyon et à Péronne de façon, dès qu’on aura trouvé le “terrain libre sur les derrières de l’ennemi, à attaquer face à l’est “pour tenter l’enveloppement. Cependant, cette même armée Maunoury ne perdra pas de vue ses liaisons avec l’armée britannique : celle-ci, qui constitue, en partie, la branche horizontale de l’équerre, prendra part à l’ensemble du mouvement ; mais, à son tour, elle “aura soin de maintenir ses liaisons avec HR Franchet d’Es- Derey qui, se saisissant du couloir d’Amifontaine, s’efforcera de tourner, par l’est, le formidable massif.

… Maunoury se met donc en mouvement. Au début, tout paraît relativement facile.

… Ne pouvant suivre la marche de tous les régiments durant cette “manœuvre si intéressante, nous relèverons en particulier celle de “Jun d'eux qui fait partie de l’aile gauche, chargée spécialement de Je manœuvre d’enveloppement. C’est le 35€ régiment (colonel de

Hac-Mahon), appartenant au 7 corps, 14 division. En le suivant

+ à pas pendant la poursuite, nous nous ferons une idée juste de

la façon dont les choses se présentent sur l’ensemble du front.

à Le 9 septembre, le régiment bivouaque dans ses tranchées au chemin creux du Bas-Bouillancy. Il reste sur ces positions jusqu'au 10 à une heure ; ox il bat en retraite jusqu’à Chèvreville. “C'est alors seulement, qu’à 13 h. 45, la 14° division à laquelle il

appartient reçoit l’ordre de prendre la tête et de se porter en “avant. Le 35e est accolé au 47 régiment d’artillerie, un escadron

… de cavalerie prend la tête et la poursuite commence. La division

Nanteuil à Crépy-en-Valois, de Crépy à Compiègne, et de Com-

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