‹ La bataille de la MarneChapitre 77 sur 102 · FIN DE LA POURSUITE : LES ARMÉES DE DROITE · texte numérisé non relu

FIN DE LA POURSUITE : LES ARMÉES DE DROITE

Le 10% corps et la % armée entament la poursuite et s'arrêtent devant les monts de Champagne. — La 4 armée poursuit l'ennemi jusqu’à la ligne Souain-Servon. — L'armée Sarrail et les armées de l’est. — La poursuite s’achève.

Nous avons dit plus haut dans quelles conditions la retraite des armées allemandes du centre, devenue inévitable, avait été réglée d’accord avec Hentsch à l’armée von Bülow d’abord, puis s’était propagée à l’armée von Hausen, dans la journée du 9 septembre.

Dès le début de l’après-midi, les mouvements prescrits par les états-majors à Montmort (IIe armée) et à Châlons (IIIe armée) avaient reçu un commencement d’exécution. De l’ouest à l’est, protégés par des arrière-gardes, les corps d’armée se repliaient vers la Marne : la 13€ division (du VITE corps) se portait vers les. ponts de la rivière entre Jaulgonne et Port-à-Binson, en flancgarde de l’armée von Bülow ; le Xe corps de réserve, rejeté de la route Montmirail-Champaubert par Franchet d’Esperey, se re-. pliait sur Damery ; le X€ corps et la 14€ division (du VIII corps). quittaient la région nord des marais de Saint-Gond, se portant sur Épernay ; la Garde s’engageait sur la route de Fère-Champenoise à Vertus ; à l’est de cette route, les trois divisions saxonnes de von Kirchbach, 32e, 23e de réserve et 24° de réserve, reprenaient à leur tour la direction de la Marne. Dès la soirée du 9 et; la nuit du 9 au 10, l’armée von Bülow repassait la Marne.

A la IIIe armée, les troupes avaient commencé leur retraite un. peu plus tard, vers le soir, « dans un état d’épuisement mquiétant », selon l’aveu de von Hire lui-même.

Nous avons dit également comment les manœuvres prévues a le camp français par le général Foch s'étaient trouvées facilitées, du fait de ce décrochement des troupes allemandes. A l’heure où il sentait partout ce fléchissement devant lui, le général Foch préparait ses ordres pour le lendemain 10 septembre.

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__ «Sur tout le front de l’armée où l’ennemi a paru céder, écrivait- il, l’attaque sera prise avec la dernière énergie dès 5 heures : le 41e corps contre le front Sommesous-Lenharrée ; la 42e division contre le front Lenharrée(exclu)-Normée ; le 9% corps contre le front Normée(exclu)-Écury-Morains ; le 10e corps contre le front | Étoges-Villevenard en direction de Colligny-Bergères », c’est-à-dire que ce corps prenait à revers la retraite allemande au nord des 5 de Saint-Gond.

- Nous savons, dès maintenant, que la marche en avant de l’armée française va suivre les colonnes ennemies, mais ne les bousculera pas dans leur retraite ; celle-ci va s’accomplir en ordre, grâce à la prudence de von Bülow qui, d’une part, s’est décroché à temps et, . d’autre part, recherche le maintien de ses liaisons avec von Hausen et la possibilité de retrouver celles que von Kluck a inconsidéré- Bnent perdues.

Le 10° corps et la % armée jusqu’aux monts de Champagne.

: Voyons comment va s’exécuter la marche en avant. Commencons par l’ouest. C’est à l’ouest, en effet, que le ciel s’est dégagé ; l'offensive de Franchet d’Esperey a rejeté partout la droite de von -Bülow et pénétré très avant dans le trou qui sépare la IIe armée de la re armée. L’alarme ayant été donnée par Bülow dans son radio “de 1 heure de l’après-midi, adressé à von Kluck : « IIe armée se replie aile droite à Damery », le champ de bataille s’était vidé.

. Dés la réception de l’ordre du général Foch, le général Desforges, commandant le 102 corps, fit exécuter à ses trois divisions la manœuvre prévue sur les derrières de l’armée de Bülow, face à l'est : la 51° division de réserve devait déboucher de Saint-Prix et de Baye, la 20€ division de la lisière à l’est des bois de Baye; la 19 division devait couvrir le mouvement au nord en barrant le débouché de Montmort. L’ennemi ayant évacué la région, le mouvement s’exécuta sans difficulté ; la 19 division atteignit Étréchy ët la 20e Vertus, mais la 54€ division de réserve, en liaison avec le Æ corps accroché à Pierre-Morains, se trouva elle-même arrêtée par des arrière-gardes dans les bois à l’est de Colligny, de sorte qu’à Je nuit tombante, cette division se trouva en seconde ligne et la 20€ division côte à côte avec le 9% corps.

.… Le % corps avait continué dans la nuit et jusqu’à l’aube du 10 la manœuvre que le général Dubois avait montée le 9 à 4 heures du soir. La brigade Simon (de la 17e division Moussy), rejetant les fractions ennemies qui se repliaient de bois en bois en tiraillant,

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avait atteint à minuit la ferme Nozet et, comme la retraite allemande se précipitait, avait poussé sans arrêt jusqu’à Morains-le- Petit qu’elle avait occupé. Le général Moussy, prévenu de cette

avance si rapide, avait atteint Fère-Champenoise, à 5 heures. A son

tour, le général Dubois, devançant le gros des troupes, se porta le long d’une route bordée de cadavres et de blessés de la Garde,

sur Fère-Champenoise, où les rues étaient jonchées de tant de dé- … bris de bouteilles que la circulation y était extrêmement difficile. On y ramassa un butin considérable et 1 500 prisonniers. Bientôt le général Foch arrivait lui-même à la gare de Fère-Champenoise | pour féliciter le 9 corps et donner ses instructions afin d’amener | le soir les têtes des colonnes de l’armée sur la Somme et la Soude. :

Je voulais pousser tout de suite sur Morains, a raconté le maréchal 3 Foch, mais le colonel Coffec s’interposa : « Vous n’y pensez pas, mon * général. La route est prise d’enfilade derrière la crête par l’artillerie # boche. C’est à peine si l’on est en sûreté dans la gare. — Va donc pour « la gare ! » Le toit flambait au-dessus de nous pendant que nous piochions nos cartes. Des poutres craquaient. On n’y faisait pas attention. Les troupes, c’est comme des vibrions : ça ne demande qu’à valser, mais il faut leur donner le mouvement, l’impulsion, régler la danse. Gros travail. Je n’en pouvais plus à la fin de la journée. J’ai dormi, cette nuit-là, d’un sommeil de plomb. Et pourtant, c'était à la mairie « de Fère, pleine d’allées, de venues, au milieu d’un bruit infernal, sur un. vieux matelas qu’on avait étendu pour Weygand et pour moi dans une« pièce sonore comme une cloche. À minuit, on me réveille pour m’an-« noncer que le grand quartier général venait de me faire grand-officier de la Légion d’honneur. « Bien | Bien ! » dis-je. Et je repique du nez sur ma paillasse, Une demi-heure après, nouveau réveil en fanfare : « Mon.

général, le grand quartier général vous envoie des cigares et des couvertures, » Ça, par exemple, ça valait mieux qu’un grognement. On grelottait par ces nuits de septembre et, depuis huit jours, nous n’avions. pas touché une miette de tabac (1)!

Cette nuit-là, la 17€ division tenait les bois à l’est de Morains le-Petit, la 52e division de réserve bordait la Somme d’Écury Normée, la division du Maroc, quittant les débouchés des marais, occupait Bannes et Aulnay, en liaison avec le 10€ corps. i

A la droite du corps Dubois, la manœuvre de la 428 divisio (Grossetti) avait eu surtout, avons-nous dit, ur effet moral, d la soirée du 9; cette division tant attendue avait débouché ve 6 heures du soir du front Linthes-Linthelles, en direction de Pleu Connantre et s’était arrêtée à la nuit sur le front Pleurs-cote 104 un kilomètre ouest de Connantre ; son artillerie avait seule ét

1 Charles Le Gorric, la Marne en feu, p. 128,

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