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4 c’est celui de von Kluck te -même, le téméraire disciple e Schlieffen, l’impétueux marcheur de l’aile droite. Ruminant dans s8 D aite il explique que le haut commandement allemand eût “dû, dès les premières affaires de la Somme, arrêter, en avant de Paris, la course à l’enveloppement ; il s'exprime en ces termes :
—. La Ir armée continua sa marche en avant, selon les ordres reçus “(le 28 août) en vue d’un glissement des trois armées de droite un peu ‘q en direction ouest. Dans ce glissement, la Ire armée devait avancer l’ouest de l'Oise, prenant sa direction vers le secteur de la Seine, Rouen-
jantes (c’est-à-dire l'enveloppement de Paris), avec mission d’anéantir les forces ennemies pouvant s’y trouver, de les jeter, autant que posle, sur la Seine inférieure et de se saisir du passage de la rivière. But uisant, assurément, mais impossible à atteindre avec la proportion es forces de l’aile occidentale de l’armée allemande. La force réelle de l’aile occidentale s’opposait à des manœuvres s’étendant aussi loin... ; #1 Une stratégie plus ferme et plus retenue eût dû imposer au grand quartier
général un temps d'arrêt pour reprendre haleine, attendre l’arrivée de sieurs divisions venant de Lorraine, occuper le secteur de la Marne, puis couper Paris par les rives de la Marne et la rive droite de la Seine et attaquer le front nord-est de Paris avec toute l’artillerie lourde des Te et IIe armées. Dès que la 1r° armée se fût trouvée reposée et que de grandes forces fussent arrivées de Lorraine, que les corps actifs encore employés au service des étapes eussent été remplacés par des troupes de landwehr et de landsturm, que la brigade laissée à Bruxelles eût att eint le front, alors la guerre de mouvement eût repris ses droits, Lest vrai que l’adversaire se fût, pendant ce temps, rétabli et renforcé, qu’il eût gagné ainsi une plus grande liberté de mouvements ; mais cela à été un mal moindre que les avantages obtenus.
4 EVon Kluck réclame, après coup, juste le contraire de ce qu'il a la lui-même. En 1914, il ne songeait qu’à courir de avant pour l'enveloppement de l'aile gauche ennemie. Le système qu’il préconise, maintenant, eût eu des effets imprévus qu’il ne s’agit pas le discuter ici, mais en tout cas, c’était la ruine de tout le plan allema nd. Les armées de l’est arrêtées devant Nancy et les armées de l'ouest arrêtées au nord de Paris, qu’eût dit von Schlieffen, qu’eût ; le « grand Punique »? C'était la guerre de position substituée % guerre de mouvement et les armées opérant en Lorraine, soudainement diminuées, présentaient leur flanc à notre force de est déjà victorieuse.
- Nentreprenons pas de reconstituer une autre guerre que celle
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374 LA BATAILLE DE LA MARNE mou: | qui fut la conséquence du système de Schlieffen appliqué à la lettre | par von Moltke et par von Kluck lui-même. Laissons le général battu ratiociner sur les causes de sa défaite. Il suffit d’avoir établi que, de l’aveu du principal intéressé, la manœuvre allemande échouait devant Paris, faute de réserves et faute d'effectifs suffsants. La manœuvre de Joffre tournant l'ennemi au lieu d'être tournée par lui s’esquissait à peine que, déjà, la conception géniale allemande s’écroulait, même aux yeux de ceux qui l’exécutaient.
C’est donc bien du fait de la manœuvre française prescrite par l’Instruction générale du 25 août qu’un pareil résultat est obtenu, même avant que la bataille se fût engagée sur l’Ourcq et la Marne. Mais il fallait la bataille elle-même pour mettre le sceau à la supériorité de la manœuvre française.
La bataille de la Marne est la conclusion de la manœuvre française.
La bataille de la Marne est donc un troisième acte.
Ce troisième acte est la conséquence logique des deux premiers. L’ennemi arrive décontenancé et à bout de forces sur l’immense ligne concave où Joffre l'attend. 3
Nous avons montré, au cours de l’exposé, que la manœuvre allemande s’était transformée d’elle-même non pas une fois, mais deux fois à la veille même de la lutte. L’échec de la « tenaille de l’est »
avait amené von Moltke à renoncer à la manœuvre d’enveloppement À
ere
par les deux ailes dès le 3 septembre. Il propose pour but nouveau « à ses lieutenants la manœuvre de débordement d’une aile, de façon à rejeter toute l’armée française sur la frontière suisse. Et puis, le 5, « comme il s'aperçoit que des forces s’amassent autour de Paris, comprenant qu’il serait extrêmement dangereux de tourner le dos à ces forces et de les laisser sans surveillance, il change encore se manœuvre in extremis. Il ordonne à von Kluck de faire le guet devant la capitale tandis que von Bülow et von Hausen se précipi-« teront sur le centre français pour essayer de le rompre vers la trou de Sézanne et la trouée de Mailly et que le duc de Wurtemberg et le kronprinz chercheront à rabattre la droite française sur les. camps retranchés de l’est ou sur la frontière suisse.
La bataille était disloquée, sinon perdue, avant d’être livrées Il s’agissait, en somme, d’un coup de désespoir qui ne pouvait plus compter, pour réussir, que sur le courage et l’abnégation du soldat allemand. I] s’agissait d’une offensive en trois tronçons, aussi mal préparée que possible. Ici encore, la manœuvre de Joffre agissai avant la bataille.
à D inoxe SUR LA BATAILLE DE LA MARNE 375 ÉUn certain nombre de conséquences se produisent et se livrent à sa observation. En premier lieu la bataille de la Marne n’est | pas uniquement la bataille de l’Ourcq. Une des plus cruelles D ustices de la légende que l’on a prétendu imposer à l’histoire, . c’est de né tenir aucun compte, ni des batailles du centre, ni des batailles de l’est. Dans notre récit, nous nous sommes efforcés . de remettre à leur place et à Len les admirables vertus des chefs et des soldats qui ont combattu, non seulement sur l’Ourcq - et aux marais de Saint-Gond, mais à re: à Montmirail (où - la bataille fut réellement gagnée), à la route n° 51, à Fère-Champenoise, à Vitry-le-François, à la trouée de Mailly, à Maurupt-le- Montois, à la Vaux-Marie et, au delà, à la trouée de Charmes, à la Mortagne, au Grand-Couronné. Ces parties de la bataille sont non moins importantes, non moins épiques que les rudes combats de È l'Ourcq et des marais de Saint-Gond. La dernière manœuvre alle- - mande se proposait pour but de réparer dans le centre et dans » l’est ce qui avait échoué à l’ouest. Si le front français eût été brisé en l’un de ces points, la manœuvre finale allemande obtenait une victoire tout de même décisive, puisque l’armée de Joffre eût été coupée en deux ou trois tronçons.
… Donc, il faut considérer la bataille de la Marne dans son ensemble. … Iln’y a pas un de ses épisodes qui ne soit d’une portée décisive. Le général en chef seul pouvait la conduire sur tous ces points à la fois et ressentir, à chaque instant et pour chacun des points, l’an- * goisse de la responsabilité qu’il portait.
Causes de la défaite allemande : indiscipline, manque de liaison,
4 Autre considération : la bataille de la Marne fut perdue du côté allemand non seulement par mauvaise manœuvre stratégique, mais par manque de liaison et, disons le mot, par manque de discipline.
L’immensité du champ de bataille, la variété des terrains sur lesquels elle se livrait, la puissance encore inessayée des armes et
… des méthodes tactiques, la prodigieuse innovation de l’emploi des
“ avions soit pour les reconnaissances, soit pour le réglage de lartillerie, l’usage multiplié de moyens de transports nouveaux et, en particulier, du réseau des voies ferrées permettant de « puiser les réserves dans les corps combattants », tout faisait un devoir unique aux chefs et à leurs subordonnés de se serrer en quelque sorte,
… coude à coude, les uns contre les autres et d’assurer l’union la plus étroite des esprits et des choses.
C’est ce qui se produisit dans le camp français. Or, c’est précisé-
Pr NEe NN Dr: ARE LP SEM USE
L ai es
ment le contraire de ce que nous observons dans le camp allemand.
D'abord, de l'avis de tous les Allemands, responsables ou non, le grand quartier général est trop loin du front, à Luxembourg; Moltke n’a aucune connaissance de visu de la réalité. On peut se demander s’il s’est rendu sur le front une seule fois avant sa tournée désespérée du 11 septembre. Tous les chefs des armées reconnaissent qu'ils ne communiquaient avec lui que par des radios parfois en clair et surpris par l'ennemi, parfois en chiffres et difficilement compréhensibles. Entre le grand quartier général et les chefs d’armée, l'unité de vues n’était nullement assurée. Aussi la discipline intellectuelle n’existe que pour la forme. Ceci est un point capital et nous en dirons tout à l’heure la raison profonde.
Entre les divers chefs d’armée, l'entente et les liaisons ne sont pas mieux assurées. On constate partout un désaccord fondamental. Kluck est en rupture déclarée avec Bülow. Son livre est un long réquisitoire contre son camarade d’attelage et celui-ci, dans son propre mémoire, le lui rend bien. De même le livre de von Hausen, ceux de von Tappen, de von Kubhl, du kronprinz, etc. Le haut quartier général tremble devant ses subordonnés, surtout quand il s’agit de von Kluck, du kronprinz et, ainsi que l’ont révélé von Tappen et von Ruith, du kronprinz Rupprecht de Bavière. Bülow se plaint sans cesse et tire à lui la couverture. A diverses reprises, on met von Kluck sous ses ordres et von Kluck ne décolère pas.
lement, celui-ci n’en fait qu’à sa tête et, au mépris des ordres
:, il passe la Marne pour enlever la victoire à son partenaire, quitte à reprocher au grand quartier général de ne l'avoir pas Sclairé sur la véritable situation. Il en est de même partout. Les sous-ordres en font autant, von Quast, von Kirchbach, par exemple. Les livres publiés par les chefs eux-mêmes démasquent les sourdes intrigues et les laides querelles qui grouillaient au fond de ces coteries d'état-major. Au début de la bataille, von Hausen, nous l’avons vu, se permettait d’enjoindre à Guillaume, « le maître de la guerre », de ne pas pénétrer dans son camp. Voilà done où en était cette discipline allemande tant vantée!
Assurément la médiocrité du grand chef allemand, le colonelgénéral von Moltke, explique beaucoup de choses (1). Mais pourquoi l’avait-on choisi si médiocre? Sans doute parce que les coteries n’en eussent pas supporté un autre. On avait alors songé à Bülow, à Falkenhayn, à Hindenburg. On ne recourut à Hindenburg, mis
(1) « Il n'était pas préparé à cette situation et n'avait jamais pensé l’occuper »: (von Stein). 3
Je us rien de plus démonstratif, à ce sujet, que ce qui se ass > dans les commandements allemands, à partir du 8 septembre au soir, et quand il fallut bien s’avouer à soi-même que les troupes or mmençaient à fuir et qu’on était battu.
€ + un point sur lequel j'ai cru devoir insister ; car, outre son Ee êt dramatique, il présente un intérêt te de premier
dre. À quel moment précis la retraite a-t-elle été ordonnée? Par
- t-elle traîné pendant plusieurs jours encore, avec des reprises x D. et mal coordonnées, une sorte d’indécision qui trompa ième le vainqueur?
Æ grand responsable de la perte de la bataille, c’est von Kluck :
dl ent de rester entre la Marne et l'Oise ; ensuite, pour parer à la ace d’enveloppement si Maunoury se glissait par ses derrières Le. ’à Château-Thierry, il décrocha brusquement ses forces proetées en avant et les rejeta sur son aile droite de façon à se conérver une porte de sortie vers le nord ; mais ce mouvement brusqué et non combiné ouvrit dans le front allemand, entre son armée et celle de son voisin Bülow, un trou béant par où les Pné s ennemies se glissèrent. Dès È 8 au soir, l’aile gauche de ülow dégarnie pliait et, dès le 9 au matin, von Bülow, renseigné ur le mouvement de l’armée anglaise et de la 5e armée « dans la Sure », comprenait, avec une vive intelligence du champ de alle, que les armées allemandes n’avaient plus qu’à fuir vers e nord, si elles voulaient échapper à la destruction. Tel était le sultat de la manœuvre de Joffre : von Kluck devait être battu oit à gauche par Maunoury soit à droite par French et Franchet l'Esperey. Dès le 8, von Kluck avait perdu sa propre bataille à far reddes ; il y a comme un aveu un peu trouble de ce fait dans e que von Kluck dit, dans son récit, au sujet de l’avance de armée britannique vers la Marne : « L’avance des Anglais vers à Marne se manifesta, le 8 septembre, dans le cours de la matinée, ar des forces considérables marchant au nord du Grand Morin...
+3 L couverture du flanc et du dos de l'armée ne semblait pas d’une écurité suffisante. » En effet : il n’y avait plus de sécurité du Lout. Contre ce mouvement de flanc de la 8 division d’abord et les pou ensuite, von Kluck jette tout ce dont il dispose. Mais i fera-t-on croire que les troupes qu’il envoie (une division et Brigade sur plus de 40 kilomètres), épuisées par trois jours de
i l’a-t-elle été? Par suite de quelles circonstances la bataille
abord il attaqua sur la Marne contre les ordres qui lui prescri-
combat, suffisent pour protéger le dos et le flanc de l’armée contre 1 l'offensive de l’armée anglaise et de l’armée Franchet d’Esperey? Donc, d’après le propre récit de von Kluck, et comme le comprennent très bien von Kuhi}, son chef d’état-major, et Hentsch, envoyé du grand quartier général, l’armée n’avait plus qu’à déguerpir.
Pourquoi le haut commandement français retarda-t-il le communiqué de la victoire?
Donc, la bataille de la Marne est perdue à l’ouest dès le 8 au soir, nous ne nous lasserons pas d’insister sur ce point capital.
Mais comment paraît-elle se prolonger jusqu’au 11 et même au 12? Comment se fait-il que le vainqueur lui-même, le général Joffre, n’apporte pas immédiatement cette déclaration joyeuse qui est attendue avec tant d’impatience par le pays?
Suivons le texte des communiqués français :
8 septembre, 15 heures. — A l'aile gauche, les armées alliées, y compris . les éléments de la défense de Paris, sont en progression continue depuis les rives de l’Ourcq jusque dans la région de Montmirail. L’ennemi se replie dans la direction de la Marne.
8 septembre, 23 heures. — Les Allemands, ayant franchi dans leur” mouvement de retraite le Petit Morin, se sont livrés, en vue de protéger “ leurs communications, à de violentes et infructueuses attaques contre celles de nos forces qui occupent la rive droite de l’Ourcq. Nos alliés les Anglais poursuivent leur offensive dans la direction de la Marne.
9 septembre, 15 heures. — A l’aile gauche, bien que les Allemands aient renforcé leurs troupes, la situation demeure satisfaisante. L’ennemi se replie devant l’armée anglaise.
9 septembre, 23 heures. — A l’aile gauche, toutes les tentatives allemandes pour rompre celles de nos troupes qui se trouvent sur la rive droite de l’Ourcq ont échoué. L'armée anglaise a franchi la Marne. L’'ennemti a reculé d'environ 40 kilomètres. É
10 septembre, 23 heures. — A l’aile gauche, les troupes anglo-fran çaises ont franchi la Marne entre la Ferté-sous-Jouarre, Charly et: Château-Thierry.
11 septembre, 15 heures. — Ainsi que nous l’avons annoncé, une bataille est engagée depuis le 6 septembre sur le front s’étendant d’une façon générale de Paris à Verdun.
Suit un exposé général de la bataille, exposé qui se termine ainsi :
La situation générale s’est donc complètement transformée depui quelques jours, tant au point de vue de la stratégie qu’au point de vue tactique. Non seulement nos troupes ont arrêté la marche des Allez mands que ceux-ci croyaient être victorieuse, mais l’ennemi rec devant nous sur presque tous les points.
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SA 4 même jour, à 23 heures, le communiqué indique tous les
é éléments de la victoire :
Progrès au nord de la Marne dans la direction de Soissons et de » Compiègne, fuite de l’ennemi, prisonniers, butin, etc.
Et finalement à la dernière heure (20 h. 30) de ce 11 septembre, - à jamais illustre, le coup de clairon de la victoire, le message télé- . phoné de Joffre :
4 "OUEN ee NÉ AR ta RAA RUE RE PORT CRE
La bataille qui se livre depuis cinq jours s’achève en une victoire :
- incontestable. La retraite des Ire, IIe et IIIe armées allemandes s’accentue - devant notre gauche et notre centre. A son tour, la IVe armée ennemie . commence à se replier au nord de Vitry et de Sermaize. 1 Partout l’ennemi laisse sur place de nombreux blessés et des quan- . tités de munitions. Partout on fait des prisonniers. En gagnant du . terrain, nos troupes constatent l’intensité de la lutte et de l'importance
- des moyens mis en œuvre par les Allemands pour essayer de résister à .
notre élan.
La reprise vigoureuse de l'offensive a déterminé le succès. To. | officiers, sous- officiers et soldats, vous avez répondu à mon appel. Vous
. avez bien mérité de la patrie!