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sans avoir, pendant toute sa retraite, laissé un canon, une vue de munitions ou un cheval entre leurs mains. S Hi.
Telle est la thèse. Elle ne fera plus que se répéter en se compliquant au fur et à mesure que des objections se produisent, jusqu’à la fin. Von Kluck déclare qu’il était vainqueur. Il refoulait Maunoury dans Paris. L'ordre de retraite l’a surpris. Cette retraite eut pour cause, affirme-t-il, un grand succès remporté par la 5° armée française sur la Marne, c’est-à-dire sur la Ie armée. Toute la faute est à Bülow et au grand quartier général.
Suivons, cependant, l’action de chaque corps, de gauche à droite, de la bataille des communications à la bataille d’'articulation. A l'extrême droite, von Kluck avait entassé l’élite des forces nouvelles qui arrivaient sur le terrain. Il cherchait, évidemment, à constituer une masse de manœuvre de ce côté avec la 6€ division (du IIIe corps), qui intervient le 8 au soir près de Cuvergnon, et aussi avec la 4e division de cavalerie ; enfin et surtout avec le IXe corps parvenu seulement, le soir du 8, à proximité de la Ferté- Milon-Mareuil. Mais ces troupes allemandes qu’il pousse lépée À dans les reins, ou arrivent trop tard, ou arrivent exténuées. À Quels sont les résultats réels? Hermann Lührisch s’est posé la “ U question : à l’ambulance de Rosoy-en-Multien, il interroge les blessés qui arrivent sur le résultat de l’assaut du 8 au soir, vers 4 Acy et Betz.
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J'apprends, par un camarade de régiment de la 1 compagnie, la fin de l’assaut. A environ 7 heures et demie, il avait cessé, l’ennemi chassé hors de sa position. Mais le restant du régiment était trop épuisé et, pour cette raison, il fut retiré, la nuit, de la hauteur conquise et ramené à Boullarre, c’est-à-dire éloigné du champ de bataille.
| Cela ne donne nullement l'impression d’un succès. Or, voici | maintenant le récit d’un artilleur du IVe corps, le lieutenant . Hermann Richter (7 division), qui se bat sur le plateau de Trocy. | | Ces artilleries si puissantes et qui doivent décider du sort de la
bataille ont-elles, plus qu’on ne l’a à l’extrême droite, le sentiment de la victoire ?
Il est environ 11 heures du soir (dans la nuit du 7 au 8). Depuis hier
5 heures de l’après-midi, nous n’avons rien mangé. Exténués, affamés,
nous mangeons quelques bouchées de pain de soldat et nous buvons
\ un coup de vin rouge. Puis le sommeil, dont nous sommes privés depuis quarante-deux heures, s'empare de nous.
î 8 matin. — Notre but de tir est Étrépilly. On dirait que la bataille
devient plus dure encore aujourd’hui qu’hier.. Nous apprenons qu’Étré-
pilly, occupé par nous, a été surpris, cette nuit, par les turcos et que . tous ceux de nos gens qui ne se sont pas enfuis ont été massacrés cette . nuit par les noirs. Quelques minutes plus tard, les obus de la 6€ bat- terie tombent sur les maisons d’Étrépilly… Je viens justement de - découvrir des mouvements de troupes sur la route d'Étrépilly à Trocy, . quand les obus, passant au-dessus de nous, nous font involontairement . tourner la tête. Et là, à l'extrémité gauche de la 4e batterie, un mélange - de fumée, de métal, de parties de corps humain, des cris désespérés… Le téléphone nous apprend que deux canons sont détruits, tous les . servants tués ou blessés. Voilà encore un hurlement au-dessus de nos têtes, au milieu des canons de la 6€ batterie. L’après-midi (toujours
du 8 septembre), je remarque que les masses ennemies se dirigent
au loin vers Étrépilly, vers le sud, donc en retraite. Devons-nous
avancer? Je vais au poste de commandement et je pose la question au . général : « Devons-nous changer de position? — Gardez-vous-en bien! - Nous avons uniquement pour devoir de tenir la position à Trocy.. » Quatre «obus explosent encore et, cette fois encore, deux canons mis hors de - combat, la plupart des hommes tués ou blessés. Et, à la tombée de la - nuit, un des canons demeurés indemnes est encore endommagé. De sorte que, par ordre du commandant, la batterie est retirée de la ligne - de feu. Le capitaine von B.…., d’ordinaire si plein d’entrain, est consterné en voyant les débris de sa fière batterie. Ce tableau d’horreur ne veut pas me quitter quand je me couche, le soir, sur la terre nue, sans avoir rien mangé.
Non ! ce ne sont là mi des sentiments, ni des âmes de vainqueurs. Aussi ne faut-il pas s'étonner du découragement de cet officier lorsque, après une nuit d’insomnie, il écrit, le 9 au matin, « qu’il est encore sous l'impression de la terrible journée du 8 ». D'une façon générale, les récits de la journée du 8 septembre sont abrégés ou supprimés par la censure sur les carnets de route ou les « lettres
. de soldats » publiés en Allemagne. Malgré tout, il n’en est pas un où . ne respire un profond découragement.
. Pour le IT corps qui se bat à Acy-en-Multien, l'officier Kietzmann . du 4% régiment d'infanterie résume en ces quelques lignes son | impression :
- A Acy, se déroula une bataille dans laquelle nous nous trouvâmes
sous le feu des obus ennemis et où nous eûmes beaucoup à souffrir.
… 7-9 septembre. — La bataille dura sans interruption, même pendant . Ja nuit. Nous eûmes de lourdes pertes causées par les obus. Notre artil-
- lerie n’était pas à la hauteur de l’artillerie ennemie qui nous était opposée.
- Le IVe corps de réserve est engagé depuis le début de la bataille, - Il est maintenu en avant du Plessis-Placy. Rien d'étonnant à ce - qu’il ait énormément souffert. Il est à bout de forces.
. Mais voici un officier particulièrement intelligent, Alfred Wirth,
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qui voit clair et observe non seulement Je point de la bataille où il combat, mais ce qui se passe autour de lui et qui remarque le mouvement ennemi qui va décider du succès de la journée.
8 septembre. — À 6 heures, le duel d’artillerie reprend. Violent feu d'infanterie nous prenant par le flanc. Vers midi, arrivée des têtes de colonnes du corps de Brandebourg (c’est le IIIe corps). L’après-midi, on entend de sourds craquements derrière nous, si profonds que la terre semble en trembler. Nos pionniers font sauter les ponts de la Marne pour empêcher les forces ennemies de nous attaquer dans le dos.
Celui-ci comprend. C’est la « bataille d’articulation » qui progresse et il se rend compte, très clairement, qu’à partir de ce moment, l’armée est en danger d’être cernée par le sud, donc par la Marne. Si un simple capitaine fait ce raisonnement, comment l'état-major ne le ferait-il pas?
En avant, continue Alfred Wirth, le combat est violent, mais il est favorable particulièrement à l’aile droite où les gens du Schleswig- Holstein ont participé.
On voit bien que ce succès lui paraît secondaire comparé au danger qui vient de la Marne. D'ailleurs, le spectacle qu’il a autour de lui n’est pas fait pour le réconforter :
Des parties de mon ancien bataillon reviennent de la ligne de feu : leur marche est pesante et fatiguée. Les yeux, enfoncés dans les orbites, ont les bords noircis ; ils regardent avec un sérieux effrayant droit devant eux, et c’est à peine si quelques paroles tombent de leurs lèvres ; leurs uniformes sont sales et déchirés, leurs visages couverts de poussière et de sueur, l’un d’eux est éclaboussé de sang. Je cherche la fin de mes provisions et je les leur donne. Ils s’en saisissent avidement.…
Revenant à l'observation qui l’a frappé dans la journée du 8, le capitaine Wirth note :
Il semble que du sud un adversaire vienne vers nous. On envoie contre lui une division brandebourgeoise…
Cette note est décisive. Il s’agit, nous l’avons vu, de la 5e division (du IIIe corps) jetée à l’articulation de Trocy. L’ennemi, venant du sud, voilà bien, aux yeux des combattants eux-mêmes, la bataille d’articulation qui se complique ; c’est le vrai péril devant lequel la Ir armée est obligée de se dérober. D’ailleurs, elle s’y décide sans retard et c’est ce que nous allons voir bientôt.
Ces témoignages le prouvent : au fur et à mesure que l’on
Er LA DRAMATIQUE JOURNÉE DU 8 SEPTEMBRE 37 .. Cr » L
- approche de la Marne, la bataille prend, pour les soldats eux-mêmes, . son véritable aspect : avec un succès précaire à droite, une sérieuse - menace se lève à gauche. Si les courages sont un peu réconfortés par les bruits favorables qui circulent sur l’échec des Français dans leur tentative d’enveloppement vers Nanteuil-le-Haudouin, on voit avec appréhension une autre tentative menaçant l'aile
- gauche vers Varreddes et Château-Thierry.
Le lieutenant Wilhelm Harloff, du 90€ régiment d'infanterie (Kaiser Wilhelm), nous donne le récit des émotions d’un officier
. appartenant à ce IX® corps qui, transporté et ballotté d’un bout à . l’autre de la bataille, manqua tellement à von Bülow sans devenir - d’une utilité sérieuse pour von Kluck. On mit ses effectifs sur les
3 dents pour les amener à pied d'œuvre au moment où il n’y avait
. plus qu’à battre en retraite. C’est ce qui provoque, chez notre jeune - officier, la réflexion suivante où il y a à la fois de la gloriole et de : l’'amertume :
- Les marches fournies par la 1% division du 1% au 10 septembre n’ont … jamais été nulle part égalées. Tout comme en 1870, nous avons mérité … le nom de « kilometer division », la division des kilomètres. Le colonel - général von Kluck avait ordonné que le IX® corps qui, jusqu’à présent, - avait été à l’aile gauche de la Ire armée, marchant le long du front en . arrière, aurait à se rendre à l’extrême aile droite pour la défendre contre
les tentatives françaises d’encerclement. Nous partimes donc, le 7 sep-
tembre au soir (des environs d’Esternay) pour une des plus grandes marches de toute la guerre. Après quatre heures de marche, on bivouaque . à 11 heures, un peu en arrière de Fontenelle, à Gillauche (près des fermes . du Soudan incendiées au cours de la bataille de la Marne). Nous étions … tellement fatigués que c’est seulement après un bon bout de temps - que l’on s’aperçut que l’on était installé, avec ces messieurs de la … 12° compagnie, sur un même tas de fumier. On nous réveilla à 3 heures - trois quarts et on se remit immédiatement en route. Dès qu'il fit jour … (le 8 septembre), nous fûmes pris en surveillance par un grand nombre … d’aviateurs ennemis sur lesquels on tira, maïs en vain. (Ce sont ces 4 aviateurs qui signalèrent ce qu’ils appelaient « la retraite générale alle- - mande » au commandement français.) À 11 heures, on traversa la ville - très jolie et admirablement située de Château-Thierry, qui avait des . traces du bombardement allemand. À une heure, excessivement fati- … gués (en effet, vingt heures de marche l), on fit une courte halte en plein … champ. Puis il fallut continuer sous la poussière et la chaleur. A 6 heures . et demie seulement, une autre courte halte, mais celle-ci sous une pluie … torrentielle, près de la Ferté-Milon. Malheureusement, ce ne fut pas encore le bivouac ; comme il y avait de la cavalerie française dans les k environs (raid du corps Bridoux au delà de Lévignen, signalé ci-dessus), - on dut encore se remettre en route, à 10 heures du soir, pour aller L- prendre le repos dans un champ d’ailleurs assez voisin ; mais, à 3 heures