‹ La bataille de la MarneChapitre 92 sur 102 · RRNER ARE LA D MILLE DE · texte numérisé non relu

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quelques mois pour vaincre la France, puis une suite Ps ès relativement faciles sur l'Angleterre désarmée et sur la Russie, fûtce au moyen d’une révolution ; ce plan était la raison déterminante de la guerre ; il était listroment suprême de la politique supermondiale telle que l’avaient adoptée froidement l’Allemagne et ses chefs. Or, la bataille de la Marne, en anéantissant la RE 4 naison stratégique, renversa le système politique. |

Ce résultat acquis, ni cette guerre, ni cette politique n avaient plus de sens. Militairement parlant, les armées de l’agression soudaine n’avaient qu’à s’enterrer dans les tranchées dont Bernhardi et tant d’autres avaient dit « qu’elles seraient leur tombeau » Politiquement parlant, l’ascendant prestigieux de l'Allemagne : soit auprès de ses alliés, soit auprès des neutres, était perdu. La | politique de suprématie conçue par Bismarck, la Weltpolitik prônée par Bülow échouaient. Successivement, les pays que l'Allemagne … menaçait dans leur indépendance et qui n’osaient lever la tête, aliaient la relever, se grouper, s'organiser, entrer dans la lice lun après l’autre. Joffre donnait au monde le temps de se ressaisir et lui rendait la foi dans le succès.

En deux mots, la Marne jetait le colosse à terre et permettait de prendre sa mesure. ne

Nous avons dit les efforts faits par la propagande des états majors allemands pour cacher le véritable caractère et la portée de cette défaite irréparable ; nous avons vu quel trouble fut jeté dans la superbe du haut commandement, trouble dont la pre- 4 mière manifestation éclatante fut le remplacement du généralissime von Moltke. Il est facile de deviner aussi lébranlement | produit dans le gouvernement. L'empereur, si vain et de si. médiocre ressource, sans comprendre peut-être, plia les genoux; . il commença de pressentir qu’il y allait non seulement du sort de son pays, mais du sort de la dynastie. Il n’avait pas le ressort . d’un Frédéric II. Dès Liége, l'instinct de la conservation l'avait . averti et il s'était séparé des « monteurs de la guerre » par cette dure parole adressée à Moltke : « Et c’est pour cela que vous. m'avez brouillé avec l'Angleterre ! »

Que dit-il à ses généraux après la Marne? Nous ne le savons pas. encore ; mais le kronprinz a fait connaître, par une lettre publique, . le sentiment éprouvé par lui sur les conséquences de cette bataille : il se prononça, assure-t-il, pour la paix immédiate, même au prix.

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… de sérieux sacrifices. Il affirme avoir écrit cette lettre, à son confi-

- Vous le savez, longtemps avant la guerre, j’ai cherché à agir sur notre diplomatie pour qu’elle trouvât les moyens d’échapper au danger tou- - jours grandissant de la guerre. Si nos hommes d’État avaient obtenu - ce résultat, l’Allemagne serait en plein développement. L’ordre intérieur était respecté, notre industrie et notre commerce florissants, notre législation sociale améliorait la situation des classes ouvrières ; l'empire n'avait qu'à suivre ces voies pour se consolider dans le progrès moderne. Vous vous rappelez sans doute notre conversation après la bataille | de la Marne, perdue par la faute et le désarroi de notre haut commandement. Le plan de Schlieffen, déjà entamé dès la mise en marche des armées, se brisä définitivement sur la Marne. Aussi, dès l’automne de 1914, je vis clairement que la guerre ne pouvait plus être menée, par les voies militaires, à une fin victorieuse. J’ai assez souvent exprimé mon 6pinion sur ce point. Il n’y avait plus autre chose à faire que de tâcher d'arriver à une paix immédiate. Si ce vœu qui fut le mien dès lors et que vous avez connu, de conclure, le plus 16t possible, la paix avec la France, avait été réalisé, dussions-nous faire des sacrifices que, pour moi, j aurais consentis, alors l’ Allemagne aurait épargné d'énormes pertes humaines et finalement l’anéantissement du pays lui-même par la défaite finale, et aussi pour la France le résultat eût été, sans doute, plus heureux que celui qu’elle a obtenu (1)...

Tout prétendant au trône abonde, il est vrai, en ce genre de - sagesse rétrospective. Mais le gouvernement allemand lui-même . eut, un instant du moins, la claire vision que la partie était perdue, et les Mémoires de l'ambassadeur américain Morgenthau établissent, d’une façon irréfutable, que des démarches officielles furent faites dès la fin de 1914 par l'ambassadeur Wangenheim pour que le président Wilson voulût bien s’entremettre et ouvrir … les premiers pourparlers de la paix. « Il ne chercha pas à me dissimuler, écrit M. Morgenthau, que la grande poussée était avortée et que tout ce que ses compatriotes pouvaient espérer était une pénible guerre d’usure se terminant par une paix blanche (2). » Si ces démarches n’eurent pas de suite, c’est que le gouvernement allemand se remit peu à peu et que le parti militaire se ressaisit lui-même et reprit la haute direction, non seulement des affaires militaires, mais aussi des affaires politiques générales. Il jouait son va-tout ; il se refusa à jeter les cartes sur la table. Trois fois au moins, au cours de la guerre, la question se posa

(1) Lettre du kronprinz au capitaine de cavalerie Arnold Rechberg, son ancien officier d'ordonnance publiée dans la Tägliche Rundschau (Lokalanseiger du 14 octobre 1919).

(2) P. 162-167 de la traduction française.

“LA BATAILLE DE : LA MARNE devant les conseils du gouvernement en phase s’il ne v it pas mieux mettre fin à la guerre, et trois fois les généraux ri pa |

dirent : « Il faut continuer ! » Falkenhayn, Hindenburg et. Ludendorff renouvelèrent trois fois cette faute suprême. Que sur ces k têtes altières retombe le sang versé! i

Voici, pour ce qui concerne les temps de la bataille de la PE. l'avis formulé par Falkenhayn, successeur de Moltke. Tout l’esprit | de la coterie des états-majors est dans cette consultation :

Le général von Falkenhayn ne laissa subsister aucun doute chez le directeur de la politique de l’empire sur son appréciation tout à fait sérieuse de la situation militaire générale. Il donna les explications nécessaires, tant au chancelier de l’empire qu’au secrétaire d’État des Affaires étrangères, von Jagow.

En même temps, il concluait qu’il n’y avait aucune raison de douter d’une fin satisfaisante de la guerre, mais que l’époque de la terminaison de la guerre était rendue tout à fait incertaine par les événements de la Marne et de Galicie.

L'intention d'obtenir par la force une décision rapide, qui avait été jusque-là le principe du haut commandement allemand, était anéantie…. On ne pouvait pas rattraper le temps perdu et irremplaçable et l’on ne pouvait que difficilement atténuer l’influence exercée PAR LA RETRAITE DE LA MARNE sur le renforcement, chez les puissances centrales, de la volonté de continuer la guerre.

Et il était sûr qu’il ne serait pas complètement possible de guérir les quelques plaies visibles dans les armées des deux empires centraux (sans parler des énvisibles)… Il fallait donc prendre son parti de la possibilité que le plan de l’Angleterre, plus clair chaque jour, de gagner la guerre en affamant et en épuisant l’Allemagne, se continuerait. (Les militaires acceptaient donc sans hésiter ces perspectives si dures au peuple allemand...) Il fallait décidément compter avec une durée de la guerre beaucoup plus grande qu’il n’avait été et qu’il n’était encore admis en général... On ne pouvait encore prévoir comment les puissances centrales s’en tireraient, mais tout allégement de la pression qui s’exerçait sur elles de tous côtés devait toutefois être de la plus grande importance (cela veut dire qu’il fallait trouver un moyen de faire une paix partielle), et cela était très désirable, « que ce fût dans l’est ou dans l’ouest, peu importait » (1).

En un mot, le grand état-major, à cette heure critique, eût préféré à tout une paix partielle ayant pour résultat de diviser les » ennemis, Il ne croyait plus à une victoire prochaine; il doutait, même de la victoire à une date éloignée. Mais pour ne pas s’avouer ! vaincu, il acceptait sans sourciller la perspective des souffrances intolérables dont allait être accablé le peuple allemand. Cette

(1) Le Commandement suprême de l'armée allemande, 1914-1916, par Erich VON FALKENHAYN, traduction du général Niessel, p. 18.

e dé spérée, “ dr Fra qu’on ie continuât UE a 7 Pour ne pas se perdre, il perdait le peuple et le pays. Sn kde delir ant res, Dieu Achivi..

Lo particulariame allemand et l’automatisme des états-majors. É: 4 L La guerre des bureaux,

D Nous en venons ainsi au problème essentiel de cette guerre, à : 1 ce fond caché qui devait causer la défaite allemande et qui fut : révélé, en somme, dès la bataille de la Marne. L’échec du plan des ét ats-majors et de la doctrine de Schlieffen prouva que c'était à cause de sa foi dans cette coterie et dans ce plan que l'Allemagne RU: entière s’était jetée sur la France à la suite de l’empereur et du re parti militaire. RURE Cette guerre fut donc, en vérité, la guerre des « faiseurs de plans », la guerre des états-majors, la guerre des bureaux. Elle ‘apparaît comme l'erreur et le châtiment d’un peuple sans volonté

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qui, au nom d’une fausse discipline et en raison du caractère exclu- & à sivement matérialiste de sa politique et de son « organisation », ” E s'était abandonné aux mains des bureaucrates, des pédants et 714

des traîneurs de sabre. ff MAN «

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Creusant plus profondément encore, nous dirons que deux raisons surtout causèrent la perte de la bataille de la Marne et, Dore la perte de la guerre : 19 l’automatisme mécanique des

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administrations et 2° le particularisme essentiel des peuples alle- CHEN mands ; ces deux raisons, en se combinant, déterminèrent la faiblesse suprême de ns et des armées, et causèrent l’omnipo- ë e

tence irresponsable des états-majors. sus.

. Cette leçon domine toutes les autres : elle seule explique que, | 6 dans cette guerre, l'Allemagne n’ait pas compté un seul grand général et qu’elle n’ait connu, en fait, que des chefs d'état-major distingués. Or, on ne gagne pas les victoires avec des plumitifs : il | y faut des hommes.

… Que l'empire allemand n’ait pas été foncièrement constitué, ni | bâti à chaux et à sable, à l'heure où commençait la guerre de 1914, 4 cela ne fait aucun doute. Toute l’histoire d'Allemagne le démontre | “et je m'en tiendrai, pour la phase ultime, à la déclaration du prince de Bülow, dans les jours qui ont précédé la guerre : « Dans l'histoire de l'Allemagne, l’union nationale est l’exception, la règle est le particularisme. Cela est vrai du présent comme du | passé. » NE - » De cette règle, suivons l’application aux choses de la guerre, soit

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