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demain de la bataille de la Marne. 1e ce 1 apparaît bien comme un fantôme — un Pa —u ÉE à signer les ordres préparés par les états-majors. Le kronprir raconte aussi la visite que lui fit Moltke : « C'était un konraoh " risé S’imaginant que l’armée allemande était battue et fuyait en com plet désordre, il faisait des efforts surhumains pour retenir ses larmes. Il nous disait ne savoir comment arrêter cette reculade... Je n'ai revu qu’une fois le général von Moltke après ces événements pénibles. C'était au quartier général de Charleville. Il avait déjà été relevé de son commandement. Je le trouvai vieilli et brisé, installé dans une petite chambre à la préfecture, courbé sur ses cartes d’état-major. C’était navrant | » |
Von Kubhl, chef d’état-major de von Kluck, puis du groupe d’armées du prince Rupprecht de Bavière, est lui aussi « représen= tatif »; c’est l’officier de bureau : travailleur acharné, intelligence appliquée ; d’ailleurs modeste, volontairement dans i’ombre, sans panache et sans gloire, mais menant tout, tandis que les autres, les princes, paradent au premier plan. 1
Toute la guerre est conduite, de l'arrière, par ces anonymes orgueilleux, par cette coterie de ronds-de-cuir, par cette francmaçonnerie de fonctionnaires en uniforme qui se tiennent et que: personne ne tient.
J’emprunte à une notice très précise le tee d’un de ces hommes de l'arrière-plan qui sont tout, qui font tout : il s’agit de l'officier général qui, à l'heure où j'écris, mène encore l’Allemagne nationaliste, le général von Seeckt. Celui-ci, pas plus que von Kubhl, pas plus que von Lossberg, ne commande pas : à
Le général von Seeckt représente une des physionomies les plus frap= pantes de l'Allemagne contemporaine. Grand et svelte, élégant et désinvolte, le teint rouge, les cheveux blancs, la moustache taillée court, le monocle à l’œil, son nom était peu connu du grand public, mais on l’appréciait fort en haut lieu. On le considérait, avec Ludendorff et avec le général Lossberg, comme l’oflicier le plus remarquable de l’armée: Seeckt sur le front russe, Lossberg sur le front ouest, c’étaient les seuls hommes qui pussent se permettre de critiquer les plans du tout-puis: sant quartier-maître général. Organisateur énergique et prévoyant, aimé des ofliciers pour sa courtoisie toujours bienveillante, Lossberg allait défendre au nom de tel ou tel maréchal les secteurs les plus menacés par les offensives franco-anglaises, la Somme, l’Artois, les Flandres Quant à Seeckt, il devint, dès le début de 1915, le chef d'état-major de Mackensen, l’homme le plus populaire d'Allemagne après Hindenburg Malgré sa tête martiale et son brillant uniforme de hussard, Mackensen ne passait pas pour un génie militaire. Mais il connaissait bien ses ofliciers et ses soldats, et il pouvait, disait-on, accomplir un excellent
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impéné étrable e, glacial même, Seeckt n’était pas un nerveux
ent comme Ludendorff. Il savait mieux tenir compte des réa- ‘Ti
tsar Ferdinand de Bulgarie disait de lui : « C’est la tête la plus s' 107
e l'Allemagne » (1). 2H
> type est caractérisé. Et pourtant, il en est un plus marqué 12 ncore, c’est Ludendorff. Ludendorff est l’adlatus d’Hindenburg ; £ de Les aussi son maître. Il crée Hindenburg, va le cueillir dans la À ras ssérie de Hanovre où il fumait sa pipe de retraité, le mène au 03 ro at oriental, lui fait la leçon en route, gagne avec lui la bataille AA,
: ns 1e er la bataille des lacs Mazuriques, etc., monte la gloire a seul homme de guerre vraiment populaire dé l'Allemagne, 54
€ Do à lui de telle sorte qu’on ne peut dire en vérité lequel des ea ‘0 est le mâle dans cet étrange ménage. Hindenburg, bonhomme Ve usé bonhomme), dit dans ses Mémoires : « Nous étions commeun < 4 Ménage heureux. » : SEE . Hindenburg et Ludendorff sont inséparables devant l’histoire, * à victorieux et vaincus ensemble. Hindenburg n’est qu’une figure e (du moins ainsi apparaît-il à lire ses Mémoires) (2). Ludendorff 74€ 44 un « risqueur ». En tout cas, leur union est une énigme... # , l'énigme se résout tout simplement en ces termes : Luden- ds |
of c’est le chef d'état-major type : l'orgueil des bureaux, dédaigneux de tout, même de la gloire. Cet orgueil fit « l’infaillibilité » qui a voulu la guerre : or, c’est cette même « infaillibilité » qui l’a perdue. Voilà l’histoire en deux mots.
‘he de séparatisme, de dispersion, de localisation, — avec je ne ais quoi de slave dans ses mœurs politiques, — en tout cas, pays # achevé, non cimenté, non uni, l'Allemagne a besoin d’une discipline étroite, de rênes fortes, que dis-je, d’un mors d’acier, pour que l’attelage tout factice ne se rompe pas aux premiers cahots. ‘ Son unité est un thème, une théorie pour les académies, les universités, mais non une réalité; elle est apprise, imposée : c’est une contrainte.
Sans cette contrainte , l'Allemagne s’effriterait ; et c’est pourquoi es conquérants de l'Allemagne, je veux dire les Prusieol ont fait 4 > la volonté organisatrice la faculté politique essentielle dans un pays qui ne s’est coagulé que par le fer et le sang. Un général prussien disait en plein Reichstag, à la veille de la guerre : « Il audra encore beaucoup de fer prussien dans le sang allemand
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- (1) Article signé M B. dans Journal des Débats du 7 décembre 1920. + - (2) Voir ie livre si fortement écrit, mais peut-être un peu indulgent, un peu chevaleresque », du général Buar : Hindenburg.
LS pour que s’achève notre unité. » La Prusse représente, io ù ei
une volonté et une violence, mais non une sympathie et un mou: vement du cœur : la dynastie des Hohenzollern était trop RE i vement prussienne pour être véritablement allemande. Si cette discipline nécessaire n’est ni dans la « tribu » dominante, ni dans la famille régnante, où est-elle donc? — Dans les bureaux, dans les administrations, dans les états-majors, répétons le mot : dans lo ganisation.
C’est cette « organisation », ce sont ces bureaux, ces administra* tions, ces états-majors qui ont la pleine et entière responsabilité de la guerre et de la défaite. Ils ont perdu la guerre parce qu’ils n'étaient que des bureaux, des administrations, des états-majors et que l « organisation », ayant débrouillé le chaos des « tribus allemandes, n’était pas parvenue cependant à faire de l'Allemagne un tout.
Or, pour constituer un pays et pour gagner les guerres nationales, les bureaux ne suffisent pas ; il faut un peuple, il faut des hommes:
Un peuple, des hommes, mais cela est le propre des pays libres c’est le fruit et la récompense de la liberté. Les chefs français, les chefs anglais ont été des chefs, ont été des hommes ; leurs états: majors travaillaient, mais à leur place. A l’heure des responsabi lités, ils obéissaient. De même les soldats : ils obéissaient certes® mais aussi ils se battaient pour eux-mêmes, pour leur compte # c'étaient des hommes.
Joffre, Foch, Pétain, Fayolle, Franchet d’Esperey, Mangin, nos glorieux chefs ne sont pas des «chefs d’état-major ». Ils ne se sont jamais subordonnés à la discipline des états-majors. Pensez-vous qu'ils eussent accepté qu’un lieutenant-colonel vint leur donner des ordres et qu’ils eussent exécuté ceux que ce jeune pré” somptueux leur eût dictés !.. Toute la différence est là. C’est par « l’indépendance des caractères » que « l’organisation » a été vaincue.
L'histoire dira sans doute que la bataille de la Marne a été perdue par les bureaux allemands, malgré les avantages incontes tables de la préparation, du matériel, de la supériorité numérique; de la surprise, de la méthode, en dépit même de la capacité tech nique et du courage des officiers et du soldat.
Elle dira que la bataille et la guerre ont été gagnées par la be qualité intellectuelle des chefs français : le bon sens d’un Joffre la sagacité d’un Gallieni, lalacrité d’un Foch, le jugement de d’un Pétain. Elle dira, sans doute, que cette victoire a été, pour