L'A BATAILLE DE NAVARIN
occidentale, envahit les provinces de l’est et vint mettre le siège devant Athènes.
Une petite garnison grecque s’enferma dans l’Aeropole, tandis que d’autres déta- - chements d’insurgés faisaient dans les environs d'Athènes des tentatives désespérées et parfois assez heureuses pour délivrer leurs compatriotes assiégés dans la citadelle. |
Pour €omble de malheur, l'administration centrale de la Grèce n'existait. pas.
Chacun sentait que le gouvernement existant manquait d'autorité et se trouvait impuissant à diriger les choses vers le but voulu. Il eût fallu des hommes plus énergiques, plus capables et plus populaires.
Mais la faveur publique ne pouvait s'arréter longtemps à umélu. Ajoutez ce qu’on voit toujours en pareil cas : des luttes de partis et des intrigues qui souvent n’avalent rien de commun avec l'intérêt national... A la fin, Colocotroni demanda
instamment que l’on invéstit du pouvoir un homme digne de l'exercer. Son choix se fixa sur le comte Capo d’Istria (1). Longtemps le. parti anglais s’opposa à cette nomination de peur qu’elle n’accrût l'influence russe dans les affaires grecques. Pourtant le parti de Colocotroni l’emporta. Le 14 avril 4827 le congrès réuni à Trézène nomma à l'unanimité le comte Ivan Antonovitch Capo d'Istria président ou régent de Grèce pour sept ans. Un gouvernement provisoire composé de trois membres était chargé de diriger les affaires jusqu’à l’arrivée du nouveau président.
Malheureusement le comte Capo d'Istria ne put se rendre à son poste aussi vite qu'il l’espérait. En attendant, le gouvernement provisoire ne tarda pas à
4. Le comte Capo d'istria avait. quitté le service russe en 1822 et s'était retiré en Suisse où il s’occu- . pait déjà comme simple particulier des affaires de sa patrie.
donner la mesure de sa complète nullité.
L'Assemblée législative perdit toute importance, la discorde recommença à régner parmi les généraux, et le’parti anglais, dans la personne de Church et de Cochrane, put agir à sa guise. Il fut décidé qu'on livrerait à l'ennemi une bataille rangée, mais auparavant les Grecs s’emparèrent de la forteresse voisine du monastère de Saint-Spiridion et déshonorèrent cet exploit par le massacre d’ennemis sans défense (un bataillon albanais) qui s'étaient rendus sous promesse d'une capitulation honorable... Disons, pour être justes, que les Grecs commirent cet acte digne des bandes turques contrairement à la volonté des capitaines anglais. Cochrane comprit qu'un glorieux fait d’armes pouvait seul effacer la honte dont les insurgés venaient de se couvrir et ilrésolut de livrer au plus tôt une grande bataille à Reschid- Pacha. Cette affaire, on ne peut plus ris-
quée, « aussi follement conçue que follement exécutée » au jugement mème d’un partisan de Cochrane, l’Anglais Gordon, eut lieu le 5 mai 4827 et se termina par la défaite complète des Grecs ; l’Acropole succomba peu après. .…
A partir de ce moment, la situation des insurgés devint absolument sans issue.
Plusieurs éparchies refusant d'obéir à leurs chefs se soumirent de leur plein gré aux Turcs. La Porte n'avait plus qu’à réduire l’île d'Hydra pour en finir avec la révolte. En conséquence le sultan confia à Ibrahim-Pacha le commandement suprème des flottes turque et égyptienne afin de porter le dernier coup aux rebelles...
Telle était, résumée à grands traits, la triste situation des patriotes grecs, au moment où déjà la flotte alliée approchait du théâtre de la guerre.
Conformément ' aux dispositions qui
avaient été arrêtées, l’escadre russe sous le commandement de l’amiral Séniavine se déploya dans la rade de Kronstadt le 24 mai 1827. L’amiral hissa son pavillon sur le vaisseau /’Az0/ff. Les officiers supérieurs de l’escadre étaient : le vice-amiral Loutokhine à bord du Prince- Wladimir et le contre-amiral comte Heyden à bord du Saint-André. L'escadre entière se composait de neuf vaisseaux à trois ponts, sept frégates et une corvette.
Quelques jours plus tard, le 30 mai, les instructions de l'amiral Séniavine reçurent la sanction impériale. Voici en quoi elles consistaient. Quand l’escadre serait arrivée à Portsmouth l’amiral, après avoir vu au préalable notre ambassadeur à Londres, choisirait lui-même, pour les détacher de l’escadre, quatre vaisseaux de ligne, quatre frégates et deux bricks. Ces navires formeraient une escadre particu-
lière sous le commandement du contre- . 6 N
amiral comte Loguine Petrovitch Heyden.
Les instructions données :à la future escadre du comte Heyden étaient, lorsque le prince Lieven lui ordonnerait de quitter
Portsmouth, de se rendre dans la mer
Méditerranée pour prêter secours et protection au commerce russe dans l’Archipel, en observant une stricte neutralité dans la guerre entre les Turcs et les Grecs. C'était une mission singulièrement restreinte que l'on assignait ainsi à l’escadre. Par bonheur, le changement des circonstances politiques permit bientôt d'élargir dans de notables proportions le rôle qu'elle devait jouer. Aux termes du traité de Londres du 6 juin la flottille russe dut se joindre à la flotte alliée pour protéger les Grecs contre les attaques des forces turcoégyptiennes de mer et de terre.
L'escadre de l’amiral Séniavine était encore dans la rade de Kronstadt, quand tout à coup, le 10 juin à minuit, l'Empe-
reur Nicolas Pavlovitch vint à bord de l’Azof. Par un signal de nuit l’ordre fut donné d’appareiller et bientôt toute la flotte se trouva sous voile. Au lever du soleil, on dressa sur l’Azof l’étendard indiquant que l’empereur commandait en personne la flotte... De joyeuses salves d'artillerie, tirées du fort et des vaisseaux, saluèrent cette nouvelle, et l’escadre, poussée par un vent favorable, se mit en mouvement...
— Où allons-nous? S'agit-il de manœuvres ou d'une expédition lointaine ?se demandaient les marins. — S'il s’agit d’une campagne navale, quelle est notre destination ? Nous envoie-t-on aider les Espagnols en Amérique, comme le bruit en court à Kronstadt, ou combattre à côté des Grecs pour notre religion?
Après les manœuvres sous Krasnaïa- Gorka, on hissa sur l’Azoff le signal du
service religieux. L'empereur y assista.
Puis prenant congé de l’escadre, il prononça ces parolés sacrées pour elle :
« J'espère qu'en cas dopérations milaires, on traitera l'ennemi à la russe ! »
Tel fut le début de l'expédition que couronna le glorieux succès de Navarin….