LA BATAILLE DE NAVARIN T
qu'une simple croisière pour vaincre l’obstination de la Porte, ajoutait : « J'ai même proposé aux puissances (à la France et à l'Angleterre) de transformer la croisière projetée, pour le cas où elle n'atteindrait pas le but désiré, en un blocus effectif du détroit des Dardanelles, blocus qui pourrait être complété du côté de la mer Notre. »
En effet, le commandant de cette flotte dans la mer Noire, l’amiral Greigh, avec le zèle et l’activité qui l'ont toujours distingué, avait déjà tout préparé pour le départ des forces navales placées sous sa direction, et se tenait prêt à quitter Sébastopol au premier ordre venu de Pétersbourg.
Cependant l'énergie du gouvernement russe ne mollissait pas. Malgré les ambiguités du protocole de Londres, elle réussit à provoquer de la part de l’Angleterre une déclaration très catégorique qui dissipait toute équivoque. À la vérité,
cette déclaration vint non de Londres, mais de Stamboul où Stratford Canning avait été transféré de Pétersbourg, précisément pour prouver à la Porte la persistante sympathie du cabinet britannique.
Néanmoins le 1° septembre 1827, cet ardent ami des Turcs ne laissa pas de répondre comme suit aux questions posées par Codrington : « Quoiqu'il ne convienne pas de prendre des mesures hostiles, et que les gouvernements alliés désirent éviter tout ce qui pourrait conduire à la guerre, cependant, en cas de nécessité, le débarquement des renforts turcs doit être empêché par la force et, si tous les autres moyens ont été épuisés, d coups de canon. » Ainsi est pleinement justifiée l’audacieuse initiative du commandant de l'escadre anglaise, sir E. Codrington se postant avec trois vaisseaux de ligne au feu de l’île d'Hydra pour arrêter, au besoin, par la force, toute la flotte turco-
égyptienne. L’escadre française se trouvait alors à Milos ; celle de la Russie n'était pas encore arrivée (1)...
Les événements marchèrent vite sous l'influence fascinatrice de l’empereur Nicolas. Il est hors de doute que cette in-.
fluence entraîna à la suite du tzar russe les deux alliés de celui-ci. Pour assurer l'unité des opérations, on donna le commandement en chef des trois flottilles au vice-amiral Edward Codrington -qui se trouvait être plus ancien en grade que ses collègues. Le commandant de l’escadre anglaise n'était pas seulement un bon marin dans le sens banal du mot. C'était un homme remarquable, tant par son expérience et l'étendue de son savoir que par la noblesse de ses sentiments, l'élévation de ses vues, la modestie, la douceur, la droiture et l’énergie de son caractère (2).