‹ La bataille de Navarin (1827) d'après les documents inédits des archives impériales RussesChapitre 30 sur 75 · Courrier d'Athènes, du 28 juin · texte numérisé non relu

Courrier d'Athènes, du 28 juin

l'Orient chrétien. Cédant aux perfides conseils du léopard anglais, la France, oublieuse pour un jour de ses intérêts traditionnels, fit à la Russie une guerre difficile, si honorable pour les deux adversaires que l’on a pu dire, comme un illustre général français, « qu'il n’y eut ni vainqueurs ni vaincus ». La France, oubliant qu’elle avait dans la Russic une alliée naturelle, sacrifia des milliers de ses intrépides enfants et des millions, fruit de ses épargnes. Elle ne comprit pas que sa trop confiante intervention aurait pour effet de retarder l'avènement à la liberté et à l'émancipation des peuples de même race et de même religion qu’elle ; de chrétiens ayant la même communauté d’aspirations, capables comme elle de développement intellectuel et moral. |

Le même but n’aurait-il pas été atteint d’une façon plus simple, plus facile, plus

noble surtout, si la France eût continué à | 11.

suivre la politique nationale dont l'énergie fascinatrice du tzar russe lui avait ouvert la voie? Dans l'Angleterre contemporaine, le turcophilisme si haut vanté n’est pas même sincère.

. Malgré les persévérantes réclamations du parti resté fidèle à la politique de Canning, malgré le loyal meaculpa de plusieurs hommes politiques qui comme lord Stratford Redcliff, reconnurent au déclin de sa vie, l’erreur qui les avait poussés soutenir la Porte, en dépit des cruautés abominables commises par la Turquie au mépris de tous les droits de l’humanité et des engagementsinternationaux pris solennellement par elle — jusqu’à présent en- . core les Derby et les Beaconsfeld, les Elliot et les Layard persistent dans la même vôie funeste, et cela dans une question où :

il y va de son honneur et de son prestige, alors qu'elle a dans son histoire la bataille de Navarin que la postérité recon-

naissante placera bien haut dans l’histoire de l'humanité.

L'accueil enthousiaste que les escadres anglaise et russe reçurent à Malte où elles revinrent pour réparer leurs avaries après l'affaire de Navarin(1)attesteles sentiments defraternelle solidarité et de cordiale amitié qu'une estime réciproque et de mutuels services durant le combat avaient fait naître entre les troupes de terre et de mer des deux puissances. En Angleterre pourtant il n’en fut pas ainsi. La nouvelle de limmortelle victoire de Navarin y provoqua des manifestations d’une nature tout autre. Le gouvernement en fut désappointé. |

Lord Winchester écrivait à Codrington, le 20 novembre 1827 : « Cette nouvelle semble avoir causé un extrême étonnement et personne n’en a été aussi

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