Moitke, Der Russisch-Türkischer Feldzug
à la plus inébranlable fermeté le porta à restreindre dans les plus étroites limites les malheurs de la guerre. Les inquiétudes des nations voisines devaient être proportionnées à l'importance des moyens d’attaque et à l'énergie de la résistance turque... » — « La tranquillité de l'Europe, »
déclarait avant la guerre le mémorandum anglais en réponse au manifeste russe,
. «peut être troublée par La mise en mouve-
ment d’un nombre considérable de troupes.
Pgr suite, la guerre peut provoquer de fortes secousses et devenir le point de départ d’une longue suite de conflits! »…
Telle est dans ses traits généraux la caractéristique de notre expédition de 1828.
Eo lisant ces lignes, on pourrait croire toutefois qu’elles s'appliquent non à l’année 1828, mais à l’année 1877. Les mêmes causes ont engendré les mêmes résultats.
Avec l’aide de Dieu, cette identité que nous signalons dans le début des deux
guerres, se retrouvera aussi dans leur déuouement.
L'ouverture des hostilités eutpour elfet naturel de compliquer singulièrement la - situation déjà difficile de l’escadre russe dans l’Archipel. Malgré les mauvaises dispositions du gouvernement anglais, elle avait encore dans sir Edward Codrington un allié sûr, — le seuf. Malheureusement le 21 juin, cet unique et sincère ami des Russes et des Grecs reçut ses lettres de rappel. Peu après il remettait son commandement à sir John Malcolm, connu comme partisan de la traditionnelle politique turcophile des cabinets tories. Les lettres de Heyden insérées dans l’Appendice révèlent le profond chagrin que lui causa le . départ de son ami. Pour tous les Russes, comme pour les Grecs, le déplacement de Codrington était un coup extrêmement sensible, presque insupportable. Chez lé commandant de l'éscadre russe d’autres soucis .
devaient naturellement se joindre au regret qu'il éprouvait, en voyant s'éloigner un ami hautement apprécié. Avec une rare perspicacité Heyden avait prévu depuis longtemps déjà, non seulement que le rappel de Codrington était inévitable, mais aussi qu’il serait l’indice d’un changement de la politique anglaise pouvant entraîner de fâcheuses conséquences pour notre escadre dans l’Archipel. La nouvelle attitude du cabinet de Londres à l'égard de la Russie risquait de rendre d'autant plus difficile la position de Heyden, que tous les magasins de son escadre se trouvaient à Malte entre les mains des Anglais. Aussi, peu après avoir reçu la dépèche du 21 mars, reconnut-il la nécessité de chercher en temps utile un autre lieu d’entrepôt et même de fortifier l'accès de certains ports de l’Archipel. Pour lieu d’entrepôt, il choisit l’île de Paros et il se décida à for-
fier les ports de Candie et de Rhodes.
Ces précautions furent approuvées par le gouvernement. Mais afin de leur ôter tout caractère de défiance vis-à-vis de l'Angleterre, le comte de Ribeaupierre se mit en rapport avec Pozzo di Borgo, ambassadeur russe à Paris, et celui-ci engagea le gouvernement français à établir aussi à Paros un entrepôt pour son escadre.
Comme on le voit par les lettres de Pozzo diBorgo insérées dans l’Appendice, le cabinet de Paris déclina la proposition russe sous des prétextes administratifs, mais 1l se montra tout disposé à appuyer le bien fondé de la mesure projetée par Heyden. En général le gouvernement français observait alors, comme :il le fait aujourd hui, tout en manifestant des sentiments de très belles sympathies pour la Russie.
Voulant prouver mieux encore à la Russie qu'il était prêt à ne rien négliger pour l’exécution du traité de Londres, il
résolut d'envoyer en Morée un corps de troupes assez considérable sous le commandement du général Maison, afin d’obliger 1brahim-Pacha à quitter enfin ce pays qu’il avait complètement ruiné. Voici pourtant ce que Codrington, écrivait à Heyden à ce propos : « Vous ne devez pas oublier que la Russie est un grand épouvantail pour une foule de Français et d’Anglais; c’est à ce point qu’ils craignent de voir votre bon empereur dévorer vivante toute la Turquie avec les os et la chair. Là est, si je ne me trompe, le mot de l’énigme: c’est ce qui explique pourquoi notre gouvernement a consenti à l'occupation de la Morée par une armée française si considérable. Ribeaupicrre a de la sorte un jeu difficile! »
Effectivement, on considérait en Angleterre cette mesure si décisive prise par le gouvernement français comme une mesure de précaution au cas où les puissances
occidentales interviendraient dans la guerre pour mettre des limites aux « conquêtes » de la Russie. La lettre déjà mentionnée de Pozzo di Borgo prouve cependant que l'initiative du projet d’occupation appartenait à la Russie cllemême.
Et, de fait, le gouvernement russe accueillit cette mesure avec reconnaissance. N’ayant aucune arrière-pensée de « conquête » ; s’en étant formellement défendu dans la dépêche adressée, le 15 février, aû prince Lieven, le gouvernement russe n'avait lieu de soupçonner dans l'occupation de la Morée aucune intention malveillante et il la salua avec joie comme la vraie garantie d'une prompte délivrance pour la malheureuse contrée. Les événements jusifièrent cette noble confiance. Le 28 août Ibrahim quitta la Morée. Et l'expédition du général Maison ne servit qu'à consolider les relations