LA BATAILLE DE NAVA'RIN
amicales qui s'étaient formées alors entre la Russie et la France.
D’une tout autre nature étaient à ce moment les rapports entre la Russie et l'Angleterre. La déclaration de guerre avait provoqué dans ce dernier pays une véritable explosion de colère contre la Russie. Cet état de choses réagit fâcheusement sur la situation de Heyden, par suite du turcophilisme effréné du nouveau commandant de l’escadre britannique.
L'amiral russe n'était pas en relations moins tendues avec le chef de l’escadre autrichienne, le comte Dandolo. A Londres et à Vienne, on déclarait hautement qu'en piescrivant à Heyden d’user des droits de « belligérant », la Russie avait non seulement violé le protocole de Londres, mais encore rompu violemment tous les liens établis par cet acte entre les trois puissances contractantes. Comme on Va vu par la lettre de Rigny citée plus
haut, la France, dans cette question, s'était rangée du côté de la Russie. Mais, pour donner satisfaction à une diplomatie chicanière, le cabinet de Pétersbourg revint sur sa première résolution et fit savoir à Heyden que la Russie, dans l’Archipel, renonçait aux droits de « puissance belligérante ».
Cette circonstance ajouta considérablement aux embarras du chef de l'escadre russe. Dès lors son activité militaire fit place à une lutte diplomatique singulièrement ardue et compliquée dont il faut dire quelques mots pour donner une idée exacte de tous les inappréciables services rendus par le plus brave des nombreux héros russes de Navarin.
Pendant que le comte Heyden prenait en secret des mesures de précaution pour le cas d’une rupture entre la Russie et l'Angleterre, la force des circonstances amena deux nouveaux faits qui eurent
pour conséquence de pousser à l’extrème l'irritation des cabinets de Londres et de Vienne, en même temps qu'ils rendirent on ne peut plus difficile la position du chef de l’escadre russe... Le premier de ces faits fut l’ordre donné à Heyden de bloquer les Dardanelles, tandis que l’escadre de la mer Noire sous le commandement de l'amiral Greigh bloquerait le Bosphore. Prise, entre ces deux glorieuses escadres — Greigh avait déjà réussi non seulement à conquérir les immortels lauriers de Varna, mais aussi à procurer à l’armée russe, en Bulgarie, une base solide sur la mer Noire, — la capitale du sultan aurait été bientôt rédutie par la famine à capituler, ce qui eût sans doute hâté le dénouement du sanglant drame et épargné beaucoup de sang russe.
Mais les deux cabinets hostiles à la Russie s’élevèrent avec colère contre cette mesure. Le gouvernement autrichien