‹ La bataille de Navarin (1827) d'après les documents inédits des archives impériales RussesChapitre 39 sur 75 · L ( ORGANISATEUR » DE LA FLOTTE DE LA MER NOIRE · texte numérisé non relu

L ( ORGANISATEUR » DE LA FLOTTE DE LA MER NOIRE

« Votre zèle exemplaire pour les intérêts de l’Europe et les soins incessants que vous avez donnés à l’organisation de la flotte de la mer Noire viennent d’être mis en lumière par un brillant succès.

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Cette flotte, armée et commandée par vous a soumis Anapa. Elle à aussi contribué tout particulièrement, sous votre commandement personnel, à la prise de Varna qui jusqu'alors ne connaissait pas la force des armes russes. » (Tiré du rescrit impérial adressé à l'amiral Alexis Samouilovitch Greigh.)

En destinant à l’escadre de Ja Baltique commandée par l’amiral comte L. P. Heyden les immortels lauriers de Navarin, la Providence réservait à la flotte de la mer Noire ceux non moins glorieux des campagnes rivales de 4828-1829. La bataille de Navarinaun lien étroit avec les événements militaires des deux années suivantes. À côté des preux du 8/20 octobre 1827, ilest impossible de ne pas mentionner celui qui commanda en chef la flotte de la mer Noire dans la guerre qui prit fin à Andrinople, comme celle de 1877 a pris

fin sous les remparts de Constantinople.

Le 20 octobre 1775, le héros de la bataille de Tchesma, le vice-amiral Samuel Karlovitch Greigh, reçut une marque particulière de la faveur impériale. Il fut informé que son fils nouveau-né, filleul de la Grande Catherine, était nommé enseigne dans l’armée russe, C’est cet « enseigne au berceau », Alexis Samouilovitch Greigh, qui devait plus tard, par une disposition de l'infinie Providence, inscrire son nom dans les fastes immortels de notre flotte de la mer Noire.

À dix ans. Alexis Samouilovitch passa .

lieutenant et fut ataché à l’état-major de son père. Cet enfant heureusement doué pouvait, sans rougir, porter le glorieux uniforme d'officier de marin russe. L'année où 11 fut promu lieutenant, il avait déjà navigué au loin, et, trois ans après, à bord du Mstislaff il prit part à un combat avec un corsaire français.

En Angleterre et durant ses voyages de long cours, le jeune officier s’adonna avec une ardeur infatigable à l'étude des sciences nautiques et à la pratique de Îla marine. Ses brillantes facultés naturelles, ses connaissances acquises, son strict attachement au devoir et son zèle dans le service attirèrent bientôt sur lui l’attention générale. Aussi à quatorze ans le lieutenant Greigh fut-il nommé capitaine en second. Quelques années plus tard.

Alexis Samuelovitch commandait le vaisseau de ligne Rétvizan, quand eut lieu la descente qui aboutit à la prise de la citadelle deGueldern et à la capture de la flotte hollandaise. Dans cette affaire il prit la

frégate Vychektot, ce qui lui valut d’être,

sur la désignation mème de l’empereur Alexandre Pavlovitch, nommé chevalier de l’ordre de Saint-Georges de quatrième classe.

En 1801, le capitaine de nremier rang

Greigh fut fort occupé comme président de la commission pour l’amélioration du fort de Cronstadt. Bientôt après il siégea à côté d'amiraux chargés des services dans le « Comité pour la réforme de la flotte ». On appréciera suffisamment l'importance de cetile nomination si l’on se rappelle les paroles de l’empereur Alexandre Pavlovitch relativement à l’institution du comité. Il devait faire passer la flotte « d’une existence imaginaire àune existence réelle ». Sa Majesté désirait établir nos forces navales et tous les services annexes sur les bases les plus conformes à l’état actuel des flottes qui tiennent le premier rang en Europe, en réglant l'importance de la nôtre sur les revenus et la.

population de la Russie. Il désirait aussi, tout en constituant une partie considérable de la défense nationale, que notre marine ne füt pas, par son entretien, une charge .onéreuse pour le pays. Le tzar

reconput la nécessité d’instituer à cet effet un comité spécial, dans le rescrit impérial qu’il adressa au comte Vorontzoff, nommé président du comité. Dans son emploi de membre du comité, Greigh montra la même compétence et oblint le même succès que dans ses fonctions précédentes. !

On comprendra facilement que, peu après, le gouvernement ait envoyé le jeune capitaine commander à Cortou une .

escadre composée de deux vaisseaux de ligne et de deux frégates. Cette campagne .

dura depuis le commencement de 1865 jusqu’à 1808. Les circonstances politiques amenèrent, par la suite, l'envoi d’une escadre nombreuse dans la Méditerranée avec des troupes de terre sous le commandement de l’amiral.D. N. Seniavine.

Le jeune Greigh, attaché à état-maijor, fut le bras droit du commandant en chef, Il

prit part avec la tête de colonne à l'assaut

de Ténédos, poursuivit les vaisseaux turcs près des Darnanelles, se trouva à l'affaire d'avant-garde qui eut lieu dans le voisinage du mont Athos et obligea les Turcs à brûler trois vaisseaux à Monte-Santo.

En 1812, A. S. Greigh, devenu contreamiral, fut chargé de missions diplomatiqèes dont l’importance ne fut pas moins appréciée en Europe qu’en Russie, ainsi que le prouve la lettre autographe de la reine Caroline de Naples suppliant l’amiral d'aider de son influence à la réintégration de la famille royale dans les États dont elle avait été dépouillée.

Pendant la guerre de 1843, l'amiral fut à la tête de la flottille à rames employée au blocus et au siège de Dantzick. Il eut aussi sous ses ordres les batteries dirigées par les officiers et commandants de marine. Le 2 mars 1816, on le nomma commandant en chef de la flotte et des ports de la mer Noire. |

En tête de ces pages consacrées à la mémoire d'Alexis Samouilovitch, nous avons placé comme épigraphe un extrait” du rescrit impérial adressé à l'amiral. Ce document caractérise d’une façon si complète et fait si bien ressortir les services rendus par Greigh comme commandant de la flotte de la mer Noire qu'il nous dispense de rien ajouter. Les résultats des transformations opérées de 1816 à 1828 se manifestèrent avec éclat au cours de la guerre russo-turque pendant laquelle la flotte forma Ja principale base des opérations, précéda l’armée le long de la côte Rouméliote, détruisit des vaisseaux sous les murs des forts et se rendit utile à beaucoup d’autres points de vue. C’est assez pour justifier le titre d’organisateur de la flotte de la mer Noire, donné à Greigh dans le rescrit impérial. D'un autre côté, la prise d'Anapa est considérée à bon droit par les écrivains militaires russes et

étrangers, comme un événement considé-’ rable, d'autant plus que, dans cette impor- ‘tante affaire les marins de la mer Noire ne se distinguèrent pas seulement par des faits de guerre maritimes (capture de vaisseaux, protection des bords du Danube, blocus de la Roumélie, croisière le long de la côte d’Abasie, etc.), mais aussi sur la terre ferme, en faisant des travaux de siège, en disposant des batteries, etc.

L'héroïque coup de main du Faucon (1) et des dizaines d’autres exploits audacieux accomplis par les marins de Ja mer Noire pendant le siège d’Anapa restèrent cé-

1. Le 9 mai, le canot le Faucon, portant 25 hommes et 10 petits canons, sous le commandement du lieutenant Voukotitch, aperçut ancré dans la baie de Soudjouk-Kalé un grand vaisseau à trois mâts. Le Faucon s'en approcha à une portée de pistolet et fit feu de tous ses canons; ensuite Voukotitch sauta dans une chaloupe avec six matelots et aborda le navire ennemi qui avait à son bord trois cents hommes bien armés. Il les fit prisonniers et prit le commandement du vaisseau.

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lèbres à jamais dans les annales de notre marine. Mais, quelque brillants que soient ces faits d'armes, lhistorien militaire leur préférera les dispositions du commandant en chef ; ces combinaisons profondément méditées, qui, à cause de cela même, furent, malgré l'insuffisance de nos moyens d'action, couronnées d’un si éclatant succès. Rappelons-nous que par la prise d’Anapa nous avons anéanti un nid de bandits, un repaire de brigands où, réunis dans une religion commune et dans un commun amour du pillage, le Turc et le Circassien s’entendaient pour répandre la terreur parmi les populations paisibles..….

La coopération de Ta flotte, sous le commandement personnel de l'amiral Greigh à la soumission de Varna est, dans l'histoire de la campagne turque, un autre épisode glorieux pour les marins de

la mer Noire. La destruction de la flot-

tille ennemie sous les murs de Varna, la prise d’Inadia (1), les travaux insuffisants des marins sur le rivage, soit qu'ils ou-

1. Voici, d'après le rapport du commandant du détachement, comment sé termina l'affaire d’Inadia. Le 16 août, la frégate la Duligente, le sluop la Diane et le canot le Rossignol se réunirent à la frégate le Raphaël et au brigantin Élisabeth, qui se trouvaient en croisière près du détroit de Constantinople. Quittant le sloop {a Diane à la hauteur d'inadia, pour ne pas être surpris à l'improviste par la flotte turque, le détachement se rendit le lendemain au point du jour avec tous les autres navires dans la rade d’inadia. Aussitôt les batteries ouvrirent le feu, néanmoins chacun des vaisseaux occupa la place qui lui avait été fixée. Le Raphaël se plaça en face de la principale redoute; la Diligente à une portée de mitraille entre les deux batteries qui étaient armées de 2 canons de fort calibre. Le brigantin et le canot jetèrent l'ancre à l'endroit même où devait avoir lieu le débarquement. À 10 heures les frégates firent taire les forts, et les autres vaisceax obligèrent l’ennemi à évacuer. l'endroit où l’on se proposait de débarquer un détachement de 370 hommes, commandés par le chef du détachement en personne, le capitaine de premier rang Kritzky, s’enlacèrent sur le rivage et se dirigègèrent vers la redoute située sur une hauteur. À michemin ils rencontrèrent l'ennemi en nombre imposant ; après une décharge de mousqueterie, le détachement attaqua à la baïonnette, culbuta en quelque

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vrissent de périlleuses tranchées, soit qu'ils disposassent des batteries, leurs opérations en mer sous le canon de la

instants l'ennemi et le poussant devant lui, fit irruption dans la redoute dont il s'empara. Ce fort, entouré d'un fossé large et profond, était défendu par 9 canons. Le voyant pris, les Turcs abandonnèrent aussi les autres batteries qui agissaient contre la frégate la Diligente. Sansleur laisser le temps de se reconnaître, Kritzky se jeta sur la batterie qui tirait contre le Raphaël et qui constituait la plus forte défense d’Inadia. Placée dans une position très avantageuse, ayant cinq obusiers de gros calibre et quatre de douze livres, pourvue à l'intérieur de fortifications qui en faisaient une sorte de citadelle, cette redoute aurait pu opposer une sérieuse résistance même à un détachement plus considérable, cependant elle fut occupée sans coup férir par suite de la stupeur que l'audace et la soudaineté de notre attaque avaient causée aux Turcs. La citadelle consistait en une tour hexagone à trois étages qui contenait de la poudre, du matériel de guerre et diverses provisions. Profitant de la panique de l'ennemi, Kritsky se hâta d'en finir, d’autant plus que, au dire des espions, le corps d’Omar se trouvait à peu de distance et que celui-ci avait sans doute été déjà averti de l'attaque d’Inadia. On chargea immédiatement sur les vaisseaux douze canons de cuivre. On encloua tousles autres; on détruisit le matériel ét les fortifications. Enfin on prépara l'explosion de la tour. A la nuit, le détachement revint vers les vaisseaux et la tour sauta en l'air.

fin sous les remparts de Constantinople.

Le 20 octobre 1775, le héros de la bataille de Tchesma, le vice-amiral Samuel Karlovitch Greigh, reçut une marque particulière de la faveur impériale. Il fut informé que son fils nouveau-né, filleul de la Grande Catherine, élait nommé enseigne dans l’armée russe. C’est cet « enseigne au berceau », Alexis Samouilovitch Greigh, qui devait plus tard, par une disposition de l’infinie Providence, inscrire son nom dans les fastes immortels de notre flotte de la mer Noire.

À dix ans. Alexis Samouilovitch passa

lieutenant et fut ataché à l’état-major de son père. Cet enfant heureusement doué pouvait, sans rougir, porter le glorieux uniforme d’officier de marin russe. L'année où il fut promu lieutenant, il avait déjà navigué au loin, et, trois ans après, à bord du Mstislaÿf il prit part à un combat avec un corsaire français.

En Angleterre et durant ses voyages de long cours, le jeune officier s’adonna avec une ardeur infatigable à l'étude des sciences nautiques et à la pratique de la marine. Ses brillantes facultés naturelles, ses connaissances acquises, son strict attachement au devoir et son zèle dans le service attirèrent bientôt sur lui l’attention générale. Aussi à quatorze ans le lieutenant Greigh fut-il nommé capitaine en second. Quelques années plus tard.

Alexis Samuelovitch commandait le vaisseau de ligne Retvizan, quand eut lieu la descente qui aboutit à la prise de la citadelle deGueldern et à la capture de la flotte hollandaise. Dans cette affaire il prit la frégate Vychektot, ce qui lui valut d’être, sur la désignation même de l’empereur Alexandre Pavlovitch, nommé chevalier de l'ordre de Saint-Georges de quatrième classe.

En 1801, le capitaine de nremier rang

Ensuite il adressera une sommation à Ibrahim et se meltra en marche.

La flotte égyptienne est en vue. Ce matin j'y ai compté dix-neuf vaisseaux.

Les vaisseaux restés au dehors, l'Écho et l'Actéon, ont reçu de moi l’ordre de ne laisser les Turcs opérer aucun débarquement à Modon. Il faut, qu'ils se trouvent tous à Navarin. N'est-ce pas aussi votre avis ?

M. Canning m'a informé que les comtes Guillerainot et de Ribeaupierre viendraient à Navarin. S'il arrive quelque chose, je vous en ferai part. Il me semble qu'ibrahim est axrivé ; j'ai remarqué en plus un grand mouvement autour de sa tente (c’est peut-être bien une maison) à Modon.…

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