DU MARQUIS DE TRAVERSEY
Solo Romanchichino, 30 décembre 18217.
L'ingratitude, cher comte, est rarement ‘compatible avec la valeur et le talent. En conséquence, elle n’a jamais pu être votre partage; j'espère que ni moi ni mon fils ne nous montrerons ingrats envers vous. Il doit tout à votre amitié, il ne l’oubliera jamais,
pas plus que son père. Je vous félicite de vos succès, je félicite aussi notre flotte de vous être confiée, avant même le grand événement dont la principale part de gloire vous appartient. J'ai dit et répété à qui voulait m'entendre que notre flotte ne pouvait se trouver en de meilleures mains. Votre nom, votre gloire passeront à la postérité. Il est beau d'avoir, pour les transmettre à ses héritiers, des services comme les vôtres...
J'ai vu votre officier d'ordonnance. Ses récits, les détails qu’il m’a donnés au sujet de votre victoire ont presque seuls occupé les quelques heures de notre entrevue. Après cela, je n'ai plus pu m'intéresser à rien. Je lui porte envie. Il va de nouveau avoir le bonheur de servir sous son valeureux chef et bienfaiteur.… ”
DE LA BRETONNIÈRE (Extrait.
A bord du Breslau, en rade de Toulon, 95 décembre 18217.
Mes officiers, comblés par vous de tant d'amabilités, me chargent de vous transmettre leurs très humbles respects. Quant au
commandant même du Breslau, il n’oubliera jamais, Monsieur l’amiral, la noblesse de vos procédés à son égard. Ma blessure est en bonne voie de guérison, et j'espère dans un mois marcher librement.
* 30 janvier 1828.
: L 4 Veuillez, Monsieur l'amiral, agréer l’expression de toute ma reconnaissance pour le tendre intérêt que vous m'avez témoigné et permettez que je vous demande pour moi une petite place dans votre bon souvenir. Mes officiers, aussi reconnaissants que leur commandant, vous présentent leurs respects. Plus heureux que moi (De la Bretonnière avait quitté son vaisseau par suite d’une blessure), ils auront encore le bonheur de vous voir, et s’efforceront de mériter aussi dans l'avenir votre approbation.
30 août 1898.
Jevous apprends avec tristesse, Monsieur l'amiral, que d’après l’avis des médecins, ma blessure ne me permet pas de reprendre immédiatement la mer et que les eaux sont
nécessaires pour ma complète guérison. Je défère à cet avis parce qu'avant tout il faut recouvrer la santé. Mais c’est pour moi un grand chagrin de quitter le Breslau ; un chagrin d'autant plus vif que je brüûlais du désir de me retrouver avec Votre Excellence sur un nouveau champ de bataille, et que je suis privé de cet honneur.
DU VICE-AMIRAL DE RIGNY
Smyrne, 28 janvier.
Cher Amiral,
Dandolo est arrivé tout à l'heure et m'a remis deux lettres de vous. Je vous en suis très reconnaissant.
Je crois qu’en passant par Malte, un de nos vaisseaux y débarquera une cuisine. Je suppose que vous en avez justement besoin là.
Avant de se rendre à Porros, je voudrais voir quel effet produira à Constantinople la déclaration du 16 novembre. Je n'attends que cela ; mon équipage est presque tout à fait remis ; quant à moi, Je souffre toujours de
rhumatismes…
(Postscriptum autographe.) J'ai oublié de vous écrire que, parti de Paros quarante-huit heures après Guïleminot et vingt-quatre heures après Canning, je les ai devancés tous deux. — Vive l’escadre de Votre Excellence !
DU COMTE CAPO D'ISTRIA
À bord de l'Hélène mouillée devant Pétalidi, 31 août-12 septembre 1828.
… Autant qu'il dépendra de lui, le général Maison conformera sa conduite aux complaisances que vos collègues trouvent convenables d’avoir pour Ibrahim-Pacha. Je dis : « autant qu’il dépendra de lui, » car un plus long séjour de ses troupes au camp de Petalidi devient impossible, vu que les hommes y sont exposés à l'influence du soleil et des nuits humides, dans une localité excessivement marécageuse..… En conséquence, il est dans la nécessité de transférer sans délai son camp ailleurs. Cependant il serait absurde de l'envoyer à Calamatta ou dans un autre endroit, attendu qu’il a débarqué dans le Peloponèse précisément pour obliger les Égyptiens et les Turcs à évacuer les villes de la Messénie. Si même
Ibrahim-Pacha, uniquement parce que les Français s’approchent des lieux qu'il doit quitter, faisait aux amiraux l’injure de douter de leur parole, ceux-ci se croiraient-ils tenus de lui fournir, au moyen de nouvelles conférences et de nouveaux délais, des garanties nouvelles de la stricte exécution de leurs engagements ?
Je vous prie, Monsieur l'amiral, de me pardonner cette observation. Elle m'est inspirée par un sentiment que je ne suis pas en état de vous cacher. Je me trompe peut-être, mais dans tout ce qui se passe à Navarin, je vois les circonstänces s'arranger comme exprès pour ajourner l’accomplissement de Ja bonne œuvre qui, tout en étant visiblement dans les desseins de la Providence, ne laisse pas de contrarier les petites combinaisons et certaines personnalités.
Je ne sais si M. Canning vous a fait lire comme à moi le fameux protocole de Londres, au sujet de l'expédition française. J'espère qu’il en sera de ce document comme des autres sortis de la même fabrique. Ceux de ces articles qui sont conformes à la justice seront
exécutés, et ceux qui tendent à un but contraire resteront lettre morte.
Je reçois les plaintes d'innombrables familles désolées d'apprendre qu’on embarque leurs fils et leurs filles sur Les vaisseaux en parlance pour Alexandrie. Encore une fois, je vous supplie, Monsieur l'amiral, d'employer toute votre influence pour empêcher un scandale pareil.
Ces plaintes ne meurent pas en Grèce, les journaux s'en emparent.
J'espérais vous voir à Navarin, et vous épargner la peine de lire cette longue lettre, mais comme Messieurs les ambassadeurs sont déjà partis, je dois me rendre à mon poste par la route la plus directe. D'un autre côté, mon arrivée à Navarin ne plairait pas à Ibrahim- Pacha. Et je ne veux pas donner à ce monsieur un nouveau sujet de mécontentement.
DE LORD CODRIN GTON
18 novembre, 1828.
Chez mon frère où je réside en ce moment avec lady Codrington, mes trois filles et Harry, il m'a été bien agréable, vous pouvez
en être pleinement convaincu, mon cher ami, de trouver votre lettre et celle fort aimable du prince Lieven. I1ne m'a pas été moins agréable que la lettre de Navarin soit arrivée justement le jour anniversaire de la bataille, alors que, de tout mon cœur, je buvais à votre santé avec les amis réunis pour fêter cette date.
Puissiez-vous vivre bien portant durant de longues années, mon cher Amiral, et jouir des fruits de cette journée qui a été le point de départ de notre amitié. Je souhaite que la même gloire et le même succès accompagnent toutes vos entreprises !
Je voudrais vous donner une idée plus favorable de votre autre collègue‘ qui se fait tant de tort dans votre esprit par ses petites étrangetés. Dans plusieurs questions importantes, je l'ai trouvé si droit que je suissincèrement désolé des faits inexplicables qui semblent rendre bizarre sa façon d'agir. N'oubliez pas que la Russie est un grand épouvantail pour une foule de Français et d'Anglais. C'est à ce point qu'ils craignent de voir votre bon empereur dévorer vivante toute la Turquie avec les os et