‹ La bataille de Navarin (1827) d'après les documents inédits des archives impériales RussesChapitre 46 sur 75 · DU COMTE DE RIBEAUPIBRRE · texte numérisé non relu

DU COMTE DE RIBEAUPIBRRE

Naples; 1-19 janvier 1829.

En arrivant ici, J'ai trouvé un courrier que le ministre-vous envoie, cher Comte, avec des - instructions - dont le contenu est tout à fait conforme à mes sentiments pour vous et peut encore fortifier entre nous cette entente et cette intimité, exigées par les grands intérêts dont nous sommes chargés... Dans ce but, l'em.

pereur désire que nos résolutions, de même que nos actes, saient absolument identiques.

Ges instructions ayant été rédigées pour le cas où je me trouverais encore dans l’Archipel, ee n’est plus un devoir aussi rigoureux de les suivre, maintenant que nous $ommes séparés l’un de l'autre. Néanmoins, convaincu que vous sentez, cher Comte, combien il est nécessaire de conformer vos paroles et vos engagements aux considérations supérieures qui doivent guider la politique de Sa Majesté Impériale dans les délicates circonstances de l'heure présente, je crois ne pouvoir mieux vous prouver les sentiments dont je suis animé à votre égard qu’en vous priant aussi bien,

dans votre intérêt personnel que dans celui du service, de vous entendre désormais avec le comte Capo d'Istria et de donner votre entier assentiment à ses idées. Personne, sans doute, n'est plus en état que lui de vous donner un bon conseil. Il connaît et vos relations politiques avec les différentes puissances eurupéennes et les vœux formés par l'Empereur.

Vous pouvez vous reposer complètement sur lui. Je lui écris à ce propos. Les bons rapports qui existent déjà entre vous deux garantissent le caractère amical des relations que je vous engage à entretenir avec lui.

On m'informe aussi que vous recevrez l’ordre d'établir à Paros vos magasins de vivres et la station de votre escadre. Connaissant votre prudeñce, je suis disposé à croire que vous jugerez nécessaire de ne faire venir que peu à peu de Malte vos vaisseaux et vos provisions, pour ne pas éveiller, par un déplacement trop précipité, les soupçons et les susceptibilités des Anglais,

AU VICE-AMIRAL DE RIGNY

26 janvier 1829... (l'indication du lieu est illisible).

Vous avez reçu déjà, je suppose, la déclaration des trois cours, en date du 46 novembre, que devait apporter... (illisiole) Joubert. Je ne l'ai pas lue. Mais on dit qu'elle ne stipule de garantie que pour la Morée seule et les Cyclades, non compris Candie.

Vous savez qu'il est odonné pour la seconde fois de lever le blocus de Candie.. Tout ce que je puis vous dire, c'est qu’à Londres et à Paris, leconsentement de la cour de Russie à ces mesures à fait un très grand plaisir, comme étant la preuve de la sincérité et de la modération de l’empereur Nicolas. Cette fois, si les Turcs ne cèdent pas, je crois qu'on se fâchera. Mais il paraît qu'on n'est pas disposé à élargir les limites; sous ce rapport les ambassadeurs se sont peut-être donné une peineinutile. Pourtant cela tournera au profit de la situation politique de la Morée et du voisinage. Je le désire. Quant à moi, si j'étais à la place du comte Capo d’Istria, — je souhaiterais un peu moins de ter-

ritoire et un peu plus d'indépendance, c'està-dire un peu moins de vassalité.

DE CAPO D'ISTRIA

Égine, 12-24 décembre 1828.

J'ai reçu tout à l'heure, de Candie, des nouvelles désolantes, qui ont déjà été communiquées à Votre Excellence par l'amiral Mioulis. L'ordre lui a été donné aujourd’hui de mettre la goélette l'Eucharideà la disposition de Votre Excellence. Il agira sous la direction du commandant du Constantin. Il me semble nécessaire d'envoyer sans retard ce vaisseau dans les eaux de Candie. Sa présence seule suffira pour mettre en fuite les navires égyptiens, si même il n’a pas la chance d’en prendre quelques-uns.…

DE KATAKAZI (Particulière).

Malte, 20 janvier, 1er février 1829.

Dans la leltre que je viens de recevoir du comte Nesselrode, il veut bien me laisser jusqu'à un certain point libre de revenir en

Russie ou de retourner dans l’Archipel, mais il ajoute que ce dernier parti serait plus conforme au désir de l'Empereur qui a la bonté de considérer ma présence dans ces contrées comme une circonstance de quelque utilité pour son service.

Sans doute, Votre Excellence partagera en ce eas ma manière de voir. Une communication semblable est plus qu'un ordre, et, quelque pitoyable que soit l'état de ma santé, quelques souffrances que me cause le mal de mer, je dois sans hésitation regagner mon poste.

Mais ici se présentent à moi des considérations d’une tout autre nature, dont j'aurai l'honneur, Comte, de vous entretenir avec la franchise que j'ai toujours montrée dans mes relations tant officielles que privées avec Votre Excellence.

Je vous le dis carrément, Monsieur l'amiral.

Je crains qu'il ne vous soit désagréable de me voir de nouveau à bord de l’Azo/f. En parlant ainsi, je n'ai pas l’ingratitude de penser que dans votre cœur se soit glissé aucun sentiment hostile à mon égard. Mes doutes se fondent uniquement sur des précédents dont l’énumé:ration est pénible pour moi, mais au sujet des-

quels il est nécessaire que je m'explique avec vous.

La divergence de nos vues sur la piupart des choses que vous êtes appelé à décider ici et auxquelles je dois prendre part, ne fût-ce que pour pouvoir rédiger en connaissance de cause mes rapports au ministère ; l'impatience, souvent même la colère avec lesquelles vous avez constamment repoussé mes plus légères observations ; l'obéissance aveugle et la soumission absolue que vous vouliez, me semblait-il, introduire dans un domaine qui échappe à la discipline militaire et qui exige souvent un examen calme et réfléchi ; cette circonstance que j'ai eu le malheur d’être considéré par vous comme un homme dépourvu de toute expérience et de lact en matière politique; enfin l'opinion où vous paraissez être que, dans tout te qui concerne la question d'Orient, je suis un juge partial, — toutes ces causes, prises ensemble, vous poussent à me regarder comme un employé plutôt importun qu’utile. Vous ne vous étonnerez pas, Excellence, de ma triste conviction à cet égard, si vous voulez bien vous rappeler les dernières recherches faites par

ni ©

vous dernièrement dans les archives de votre chancellerie pour vérifier à quel titre je me trouvais attaché à votre escadre et si j'avais le droit de vous exprimer un avis quelconque.

J'en appelle à votre franchise, Comte, persuadé que vous reconnaîtrez la réalité de tout ce que je vous écris et l'embarras non moins réel dans lequel je me trouve entre la crainte de déplaire au ministère et celle de vous ennuyer de nouveau par ma présence dans votre escadre (1).

Page 1