‹ La bataille de Navarin (1827) d'après les documents inédits des archives impériales RussesChapitre 62 sur 75 · DÉ HEYDEN À CODRINGTON · texte numérisé non relu

DÉ HEYDEN À CODRINGTON

A bord de l’4z0/ff, 8-15 avtil 1828.

Cher et digne Amiral, votre aimable lettre d'hier et le précieux cadeau qui y était joint, -

me pénètrent d’une reconnaissance qu'aucune parole ne peut exprimer. Heureux de votre amitié, fier de votre estime, je conserverai dans mon cœur les preuves que vous me donnez de l’une et de l’autré. Vous m'’associez avec grandeur d'âme et bonté, cher Amiral, à votre gloire militaire en me gratifiant de cette même étoile devant laquelle le croissant a pâli.

J'en ornerai ma poitrine avec orgueil.

DE RIGNY A CODRINGTON

(Sans date.)

… Le cabinet russe fait de grands efforts pour décider Londres et Paris à accepter les propositions du 29 décembre en ce qui concerne le traité, et en ce cas ses griefs particuliers contre la Porte ne donnent pas lieu à une action séparée de celle qu’il poursuivra en commun avec les puissances pour faire exécuter letraité.

Capo d'Istria demande instamiment des * secours. De Paris on ne m'a encore rien écrit à ce propos. Néanmoins je lui ai fourni quelques barils de poudre, attendu qu'il ne lui res-

tait plus une charge. Heyden a reçu, paraît-il, des instructions dans ce sens. Le général Guilleminot me fait savoir que la conférence de Londres à fixé l’isthme de Corinthe comme limite, mais cela a été fait avant le manifeste russe. Il n’y a pas de doute que ce manifeste ne soit excessivement habile; la sottise des Turcs y a aidé. Pourtant, il ne faut pas oublier que les griefs particuliers invoqués par la Russie sont le résultat du traité du 6 juillet et non de celui d’Akkerman; par conséquent, nous ne pouvons rester indifférents aux nouvelles difficultés et aux demandes que la Russie fonde sur elles. .…. |

DE RIGNY A CODRINGTON

Trident, Milo, 4 avril 1828.

Cher Amiral, je comprends tout l'embarras de la position dans laquelle vous place le silence de vos ministres. Vouset moinous avons ce désagrément que nos actions peuvent être critiquées par le public. Heyden peut faire ce qu'il veut : la presse russe ne l’attaquera pas. J'avais envoyé à Corfou, supposant que les

trois représentants y étaient déjà réunis. Le comte Guilleminot m'informe, à la date du 31, qu'il estencore seul et n’a pas reçu (exactement comme moi) un seul mot de nos ministres.

J'en conclus que Londres et Paris sont arrivés à s'entendre peut-être, mais ne savent pas encore au juste ce qu'ils veulent entreprendre. A mon avis, la note du comte Nesselrode est franche; elle propose même des mesures assez judicieuses, mais!!!

La déclaration de guerre de la Russie à la Turquie, si elle a eu lieu, vise probablement des griefs particuliers ; il faut avouer que Jes Turcs ont fourni aux Russes une arme contre eux ; ils comptaient évidemment que la France et l’Angleterre resteraient à l'écart, pour le moins. Tout cela doit finir par quelque chose!

DE RIGNY A CODRINGTON

Conquérant, 5 mai 1828.

D'après mes nouvelles de Paris, Metternich travaille en Angleterre vos ministres pour les amener à annuler le traité. Les cabinets de Londres et de Paris ne semblent pas être du

même avis sous ce rapport. La question de savoir si la Russie a de son côté violé le traité en formulant vis-à-vis de la Turquie des réclamations particulières, est diversement jugée.

— Chez vous on est porté à la trancher affirmativement. Chez nous on dit que, tant que la Russie n'a pas laissé inexécutée quelqu’une des conditions du traité, il ne faut pas se hâter

de la condamner. Personnellement, je suppose

que lord Wellington cherche un prétexte pour

répudier l'héritage de Canning. En ce qui me

concerne, Le cabinet se réfère à ses instructions

précédentes, c'est-à-dire que je dois, sans inter-

venir dans les opérations militaires, empêcher l’arrivée de renforts turcs en Morée. A Paris,

on est convaincu que les ministres décideront

de s’en tenir au traité.

DE RIGNY À CODRINGTON

Conquérant, près de Modon, 10 juin 4828.

Hier j'ai rencontré la Diligente, elle amène de Toulon à Égine un agent français qui fera connaître son caractère officiel après l’arrivée de votre agent et qui se présentera aux Grecs

avec mieux qu'un titre diplomatique — avec de l'argent. À ce qu'il semble, votre ministère a quelque peine à agir d’une façon semblable, sous ce rapport je l’approuve. Car, au bout du compte, tout cet argent peut se convertir en subside aux Russes. Quant aux sommes qu'ils donnent eux-mêmes, — ils sauront bien se les faire rendre en traitant avec les Turcs... Mais en France la philantropie est si à la mode, que nos ministres ont dû lâcher cinq cents mille francs pour n'être pas forcés de donner des millions.

DE RIGNY A CODRINGTON

Conquérant, Vourla, 19 mai 1828.

Il paraît qu'un malentendu s’est produit à Modon à propos d’une corvette turque arrêtée par le Zrident, au moment même où se montrait l’escadre russe. Le capitaine du 7rident a suppoosé qu'après avoir Jeté les vivres à la mer, 1l pouvait laisser aller la covette, pensant que les Russes s'en empareraint. C'est ce même vaisseau que la Warspite a déjà une fois empéché d’entrer. Il est revenu à la Sude ayant à

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