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Cher amiral, Godefroy (courrier de cabinet) vient à l'instant de m'apporter la nouvelle de la déclaration de guerre et des instructions que j'ai l'honneur de vous envoyer, amiral.
En les lisant, vous reconnaîtrez sans doute que votre souverain agit avec toute la discrétion possible et que nos relations au sujet du blocus resteront ce qu'elles étaient. Mais je tâcherai de ne pas donner un seul sujet de jalousie ou de mécontentement aux vaisseaux alliés qui bloquent conjointement avec nous les ports de la Morée. J'ai ordonné à M. Svinkine de s'entendre sur tout.avec le capitaine Parker qui, je suppose, commandera votre blocus et de suivre en tout ses désirs et ses dispositions. J'espère, amiral, que vous m'approuverez.
Les nouvelles arrivées de Modon portent que la peste y sévit et qu'Ibrahim, fuyant le
danger, s'est installé sur un vaisseau de guerre à Navarin. Peut-être cette circonstance favoriserait-elle le succès d’un dernier ultimatum envoyé en commun par les trois amiraux. .
Les Français s’attendent d’un instant à l'autre à voir descendre en Morée les troupes expédiées de Toulon. Comme ïls ne s’en cachent pas et qu'un commissaire spécial fait des achats de vivres, il faut supposer que le débarquement est une affaire convenue avec les autres puissances. Pourtant le comte Capo d'Istria n’en sait rien, ce qui, naturellement, le place dans une position gènante et désagréable.
DE BROARDWEK A HEYDEN
Manhy-Lodge, près d'Eksmonthe, 25 mai 1882.
Cher Comte,
Pour vous montrer dans quelle mesure j'ap- précie votre amitié et votre souvenir, je réponds à votre lettre sans pèrdre une minute. Et vraiment je ne saurais décrire le vif plaisir avec lequel j'ai reçu de vos nouvelles. L'affaire
de Navarin est par elle-même de nature à intéresser particulièrement quiconque a suivi avec une certaine attention la marche des relations européennes. Cet intérêt s’accroît encore de la part que vous avez prise à la bataille. Les lauriers que vous avez moissonnés ne constituant pas pour moi la moindre circonstance de ce brillant combat. Pour comble de joie — vous êtes revenu sain et sauf. Dès le commencement j'ai été ravi que mes compatriotes eussent affaire à vous comme chef d’une division de la flotte combinée. A partir de ce moment, j'ai été fermement convaincu que, pour ce qui était du bon accord entre les chefs — tout irait bien, du moins dans les escadres russe et anglaise. Dieu veuille que l’accord continue à régner aussi entre nos cours, mais comme les choses de ce genre dépendent de l'influence pernicieuse de Metternich et de toute cette engeance du cabinet, je me console par la pensée que, du moins, notre amitié ne souffrira des brouilles politiques des cours, ni du temps ni de l'absence.
Adieu, mon cher ami depuis près de trente
“ans. Croyez à la bien sincère estime de votre ami très dévoué. *
DE RIGNY À CODRINGTON
Conquérant, 1er juin 1828.
Cher Amiral, quoiqne voilà quatre mois déjà que je ne recois pas une ligne du ministre de la marine, pourtant, paraît-il, je suis moins lié par mes ministres que vous par les vôtres J'ai peur que les hésitations de votre cabinet n'éloignent le but. Du reste, les Russes devanceront la diplomatie.
DE RIGNY A CODRINGTON
Conquérant, près Modon, 10 juin 1828.
Cher Amiral, je vois qu’à Paris on est disposé à attendre, pour blâmer la Russie, qu'elle ait transgressé ses promesses, mais votre ministère paraît plus inquiet. Entre nous, c’est lui-même qui a tort. J'apprends d'Égypte que Méhémet-Ali, qui avait commencé par mépriser les menaces de blocus, a mis de l’eau dans son vin. Il laisse entendre qu'il
compte bientôt revoir son fils et laisser 1à les Grecs.
DE RIGNY À CODRINGTON
Paros, 3 juillet 1828.
Je suis arrivé hier. Le comte Heyden m'a communiqué les ordres qu’il a reçus de sa cour. Il en ressort que le cabinet de Paris ne juge pas l’exercice des droits de partie belligérante incompatible avec le respect du traité, — pour autant que les résultats de la position prise par la Russie ne violent pas les conditions du traité et ne vont pas au delà de la satisfaction à donner aux prétentions émises par le cabinet de Pétersbourg. Il est évident toutefois que de nouvelles instructions doivent nous être envoyées, soit par la conférence de Londres, si l’accord s’est maintenu, soit par nos gouvernements s’il asurgi quelque divergence d'opinion relative à une question en effet très complexe. Je n’ai encorerien, sauf qu'on me confirme mes anciennes instructions, tant qu'on ne se sera pas entendu à Londres sur la ligne à suivre ultérieurement... Dans les documents que vous communiquera le
comte Heyden, vous remarquerez une décla-
“ration du cabinet russe aux puissances mari-
times concernant le blocus et les vaisseaux neutres qui est fondée sur le traité conclu entrelui et nous en 1801. IL suit de là que nous qui ne sommes parties belligérantes, n'avons pas le droit d'arrêter les neutres; nous ne sommes pas en guerre, nous n’ayons pas fait la déclaration d'usage. Mon avis sur ce sujet nest pas ébranlé par les instructions du 16 octobre : elles ne créent pas un droit et je ne pouvais prendre de dispositions positives pour arrêter aucune espèce de vaisseaux neutres. Les arrêter par des paroles, — très bien : mais si un vaisseau de guerre, autrichien ou autre, me demandait « de quel droit » ? — je nesaurais que répondre.