‹ La bataille de Navarin (1827) d'après les documents inédits des archives impériales RussesChapitre 7 sur 75 · AVANT L'EXPÉDITION DANS LA MÉDITERRANÉE · texte numérisé non relu

AVANT L'EXPÉDITION DANS LA MÉDITERRANÉE

Au printemps de 1826 se passait à Pétersbourg un événement qui attira bientôt l'attention de toute l'Europe. Le duc de Wellington, envoyé officiellement par le gouvernement anglais pour complimenter l'empereur Nicolas Pavlovitch à l’occasion de son avènement au trône, entamait avec Sa Majesté un entretien depuis longtemps attendu au sujet des affaires grecques.

— Milord, répondit l’empereur au Duc chargé par son gouvernement de décider le cabinet de Pétersbourg à permettre que l'Angleterre prît part à la solution du différend gréco-turc, je suis résolu à marcher sur les traces de mon gloricux frère.

Avant de mourir, l'empereur Alexandre avait pris une détermination formelle :

« Forcer par les armes la Porte à respecter les droits de la Russie, tels que les traités les reconnaissent ». Jusqu’à présent la Russie n’est pas en guerre avec la Porte, mais les relations d'amitié entre les deux puissances ont cessé. Donc sachezle bien : S? honneur de ma couronne vient à être mis en question, j'irai jusqu'au bout, sans reculer d'un pas! »

Envisagéc à un point de vue général, la proposition de lord Wellington de laisser l'Angleterre intervenir dans lasolution de la question grecque rencontrait chez l'empereur de Russie un assez froid ac-

cueil. À l’envoyé britannique comme à l’archiduc Ferdinand d’Este qui représentait à Pétersbourg le gouvernement autrichien, Sa Majesté Nicolas Pavlovitch déclara qu'il avait maintenant l'intention de vider ses propres différends avec la Porte sans l'intervention de personne, et que l'insurrection grecque ne jouait 1ci qu’un rôle secondaire. Il affirma pourtant au duc qu'il était disposé à chercher d'accord avec ses alliés la solution à donner à l'affaire grecque.

La mission diplomatique confiée par le gouvernement anglais à Wellington était d’une importance extraordinaire. La mort de l’empereur Alexandre le Béni avait interrompu les négociations engagées entre les grandes puissances de l’Europe au sujet de l’insurection grecque. La diplomatie, jusqu'alors impuissante à défendre Ja situation, se recueillait dans l'attente des événements. La tournure qu’allaient

prendre les événements dépendait évidemment du caractère personnel et des vues politiques du jeune souverain de la Russie, ainsi que d’un ensemble d’autres conditions qui paraissaient obscures, énigmatiques.

Bien des hommes politiques, convaincus de l'humeur belliqueuse du nouveau monarque croyaient inévitable une guerre entre la Russie et la Turquie. Tel était notamment l'avis du ministre turc Saïd- Effendi. Il déclarait catégoriquement que l'empereur voulait la guerre. Les autres, parmi lesquels il faut citer au premier rang le prince de Metternich, estimaient au contraire que la guerre était impossible.

L’état de nos relations avec la Porte pouvait jusqu'à un certain point autoriser cette opinion. Mais, d’un autre côté, la force de volonté et l’inébranlable fermeté de caractère dont le tzar avait fait preuve donnaient lieu de penser qu’en cas de

nécessité reconnue par lui, il ne s’arrèterait pas à cette considération et déclarerait la guerre à la Porte. Dans ces nouvelles circonstances l'issue de la mission confiée à lord Wellington présentait cependant un très réel intérêt, tout d'actualité.

Comment le nouvel empereur envisageaitil la question grecque? Dans quelle mesure Je danger d’une collision entre la Russie et la Turquie pouvait-il menacer la tranquillité politique des grandes puissances européennes ?

Wellington comprit on ne peut mieux et le fond de sa tâche et le caractère vigoureusement trempé du tzar russe. Aussi, le 4 avril 1826, signa-t-il avec le chancelier Nesselrode et le prince Lieven un protocole qui permettait à la Russie et à l’Angleterre d'intervenir dans le conflit grécoture, et qui plus tard servit de base à la convention de Londres du 6 juillet 4827.

Aux termes du protocole, l’Angleterre et

la Russie s’entendaient pour déclarer en commun à la Turquie que l’humanité leur ordonnait de prendre des mesures immédiates afin de couper court à une guerre exterminatrice et inutile. En mème temps elles invitaient la France et les autres puissances à s’associer à leur déclaration.

Notons ici que d'après le texte même du protocole la Russie ne s’engagait à combiner son action avec celle de l'Angleterre que pour le règlement de la question grecque. Quant à ses autres démèlés avec la Porte, elle se réservait le droit de les vider séparément.

Au cours de son entretien avec Wellington sur les affaires grecques, l’empereur compara la Turquie à un malade incurable. Qu'adviendra-t-il après la mort de cet homme malade, demanda-t-il au duc, et que fera-t-on de l'héritage qu'il laissera?

— Sire, répondit Wellington après avoir

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