‹ La bataille de Navarin (1827) d'après les documents inédits des archives impériales RussesChapitre 8 sur 75 · LA BATAILLE DE NAVAKIN · texte numérisé non relu

LA BATAILLE DE NAVAKIN

entendu cette célèbre comparaison, la question de l'héritage serait facile à régler, s’il y avait en Turquie deux Constantinoples..… Pour ce qui est de la maladie de la Turquie, il ne faut pas oublier qu’elle se meurt déjà depuis quatre siècles.

Le règne de l’empereur Nicolas Pavlovitch constitue une époque dans l'histoire de l'Orient. Avant même de monter sur le trône de Russie, le preux monarque avait su 8e faire la réputation d’un homme énergique, d’un patriote ardent, convaincu de la grande mission de la Russie en Orient et, comme tel, beaucoup moins docile que son frère à l'influence du prince de Metternich. Se fondant sur ces données, toute la diplomatie européenne se montrait persuadée qu’après avoir trouvé dans l’héritage de son frère la question d'Orient, l'empereur Nicolas aurait la décision d'esprit nécessaire pour la faire sortir de la période des hésitations, des con-

ceptions et des demi-mesures qui avaient marqué les dernières années du règne de l’empereur Alexandre I°. Ces prévisions se réalisèrent pleinement. Étant grand-duc, Nicolas Pavlovitch avait vu de près les événements antérieurs. Il avait pu se convaincre (enseignements répétés dont l’histoire de Russie est pleine !) que les ménagements excessifs ont pour unique effet d'encourager l’ennemi, de lui donner à la fois le temps de se préparer à la lutte et l'audace de s’y risquer. En mème temps ils le poussent à des exigences toujours croissantes et finalement incompatibles avec la dignité et les intérêts du conciliateur à outrance. Pénétré de cette conviction, l’empereur Nicolas n'eut pas plus tôt pris en mains les rênes du gouvernement qu'il se hâta de réveiller la question d’Orient assoupie. Les lignes suivantes du célèbre amiral Edward Codrington, commandant en chef des flottes alliées à Na-

varin, caractérisent à merveille l'énergie et l’activité communiquées à notre diplomatie par l'initiative personnelle de l'empereur au début de cette nouvelle phase (1) : « L'empereur de Russie insista longuement sur la nécessité d'intervenir pour pacifier la Grèce et Lépante, » écrit le vainqueur de Navarin. Et quand enfin Canning fut convaincu que la Russie entreprendrait quelque chose seule plutôt que de renoncer à toute action, 1l envoya le duc de Wellington à Pétersbourg et signa le protocole d’avril 14826 qui servit de base à l'intervention effective de l’Angleterre et de la Russie et ensuite à la convention du 6 juillet garantissant le concours de la France. »

De fait, le duc de Wellington, le héros d'Espagne, était à la cour de Russie persona grata. Sa nomination même indi-

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