‹ La bataille de SalamineChapitre 122 sur 325 · Hérodote, VU · texte numérisé non relu

Hérodote, VU

est corroboré de celui de Thucydide oÀ nous avons exposé les raisons pour lesquelles le chiffre d'Eschyle ne paraît pas soulenable. Quant au nombre des unités des (lottes perses au début de la campagne les textes ne se contredisent guère; il n'est pas de même pour les forces barbares présentes au jour dcSalamine. Si l'on admet le chiffre d'Eschyle, les Perses disposaient de trois fois plus de navires que les Grecs, Exact ou non ce cliilïre, il faut toujours noter qu'une bonne partie de l'armée perse, toute l'arrière-garde, comme on verra, est restée hors des passes et ne participa pas à la bataille, ce qui fait dire avec quelque exagération, à Leake ' que les Perses rangés en bataille de l'îlot d'Ai'pedoni à la côte de Munychie avaient, pendant l'action, leur centre presque en face de Kynosoura. Suivant donc cet avis, des douze cents trières barbares six cents seulement combattirent dans le détroit.

1. Leake, Topoqraphy of Aihens and Ihe demi, Cambridge 1841 ; Appendix sur la bataille de Salamine.

GHAPITIU: V

LES CO.NTINGEMS (iUECS ET BARBARES

Le mode de recrutement. — Epibates et matelots. — Le rôle des ^'uerriers Perses dans les (lottes de l'empire. — Les Phéniciens et les Egyptiens. — Les contingents de TAsie Mineure et des îles. — Les états-majors et les équipages dans les escadres grecques. — La préparation militaire et navale dans les cités helléniques. — Les institutions Fécondes. — Parallèle entre les deux camps.

Le plus vaste et le plus parfait des matériels ne saurait rendre les services attendus, sans un personnel exercé et savant, car enfin, les armes ne sont rien sans une main intrépide et sûre qui les dirige. Pour les rameurs, malgré le nombre considérable d'hommes qu'il fallait mobiliser à cet effet, les difficultés n'étaient pas insurmontables; de sains et robustes paysans qui ne souffraient pas du roulis, pouvaient devenir, après une courte période d'exercices, des rameurs acceptables. Les deux adversaires d'ailleurs avaient des ressources de recrutement immenses, car les travailleurs de la mer fourmillaient dans le littoral très étendu dont ils disposaient. Le nombre relativement restreint des gabiers et des timoniers dont avait besoin la marine à rames, elle le trouvait facilement dans la marine de commerce, ainsi que les capitaines ou pilotes, comme on a autrefois appelé les y:j^tp-7-.'x<. des Grecs. Mais là était toujours la grosse question pour une armée navale parce que tout capitaine ou tout patron de barque ne pouvait pas faire un bon chef marinier de trière. Il devait être sérieusement exercé à faire évoluer et à lancer contre l'ennemi son navire, véritable guêpe, qui risijuait fort de laisser sa vie avec son dard dans le corps de l'ennemi. La vraie supériorité d'une flotte de trières

I i(» LA SECONDE GUERRE MÉDIQL'E

dépendait dans une large mesure de la valeur de ses capitaines, et c'était là surtout la force des marines phéniciennes et grecques. L'ordre de bataille de la flotte perse donné par Hérodote, nous démontre son infériorité en ce qui concerne les épibates, partant les triérarques, chefs militaires dos trières, qui n'étaient pas seulement des nationaiL2L mais aussi des Perses, formant la garnison de chaque navire. {Cela nuisait d'ahonl à l'homogénéité de l'équipage et ajoutait à rinfériorilo des contingents qui n'étaient pas armés à la grecque et qui mettaient pour la première fois le pied sur un bâtiment. Les Perses ne faisaient donc partie de la marine que comme garnison de trière et il est peu probable que, malgré leur vaillance, ils aient constitué une bonne troupe de soldats mai'iniers. Selon une expression de l'amiral Duperré qui a eu à présider au transport des troupes de la conquête en Algérie, et au débarquement de Sidi-Pherouch, les fantassins ont le pied rond et non ce pied carré qui rend les matelots maîtres du pont du navire '. Sur les galères, rambata et pavesadcs étaient gardées par des troupes prises indifféremment aux régiments des arquebusiers et des mousquetaires, et on voyait à bord les officiers, et même le commandant, porter encore leurs éperons. Toutefois, la galère était d'une stabilité supérieure à la trière et la chiourmc était enchaînée. Les malheureux épibates perses, eux, serrés sur les 7tap£^£ip£(Tia!,, pris de mal de mer en face des chiourmcs qui ne devaient pas les aimer trop, ,sc trouvaient dans une situation vraiment peu enviable.

Hérodote se plaît à nous peindre ces vaillants soldats qui avaient donné à Cyrus et à Darius l'Asie, et allaient à présent, partie sur terre, partie sur les agiles trières, donner à Xerxès l'Europe, mais qui en réalité, devaient sombrer piteusement à Salamine. De toute l'infanterie barbare, Xerxès ne confia la défense de ses navires qu'aux Perses, aux Mèdes et aux Saces '-. Ces superbes soldats, coiffés de la tiare, couvre-chef

1. Une rcuiai-quc analogue est celle tle Thucydide (VII, 67) sur l'inaptitude des Acarnaniens, d'ailleurs excellents soldats, coninie épibates.

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