‹ La bataille de SalamineChapitre 124 sur 325 · Hérodote, Y · texte numérisé non relu

Hérodote, Y

appels aux lonions, cl avant que les Phéniciens ne disent du mal d'eux nu grand roi à Salaminc. Les Phéniciens ne supportaient que difficilement à leurs côlés ces Ioniens rivaux et haïs, pour l'extermination desquels ils avaient avec si grande ardeur travaillé pendant la révolte de Tlonie. Que dire aussi des sentiments dos Egyptiens envers les Perses? Celait dans celte marine comme dans la marine de la Sainle-Ligue, prête à s'entr'égorger une heure avant sa rencontre avec l'amiralissimo de Selim II, Ali-l\»cha, au large de Lépante, nonobstant la vigilance de don Juan et Tinlluence modéralrice du Pie V, et de son digne amiral Marc-Antonio Golonna.

L'âme de cette grande armée navale qui prétendait fermer la mer aux Grecs, fut le contingent phénicien, élite maritime de ce peuple de vieux Chananéens qui, dans l'histoire est distingué comme le plus foncièrcmont marin qui ait jamais existé dans le monde.

Combien erronée est l'opinion que la puissance phénicienne ne fut qu'une grande marine de commerce. Certes, leur marine marchande était la plus grande, et ses navigateurs les plus habiles et les plus audacieux de leur temps, mais aussi des ports de Phénicie est sortie une marine de guerre formidable, qui s'usa dans de longues luttes contre la Grèce jusqu'aux temps où Alexandre ayant extirpé le dernier vestige de la thalassocratie phénicienne, la marine grecque n'aura plus, de la mer Noire aux bouches du Nil, sinon jusiiu'à Gadès,ni ennemie, ni rivale. De l'invasion asiatique, la marine phénicienne ctait^ l'avant-garde, et elle constitua le danger le plus grand pour l'hellénisme. Les Phéniciens ne demandaient qu'à courir sus aux Hellènes '. Au moment où les généraux perses s'apprêtent à marcher contre Milet, les Phéniciens sont les plus ardents à cingler contre ce boulevard suprême de l'hellénisme en Asie Mineure. Remarquable est la rage avec laquelle les Phéniciens, Milet une fois prise, se jettent contre les villes ioniennes et en général contre les villes grecques du littoral de l'IIelles-

1. Hérodote, VI, 6 ToO ôt vx'jt'.xoO «l'oiviXE; ;jl£v ïiz-j irpo9'j(iÔTaTO'., cruvsTrpa-

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pont et de Propontide '. Periiilhe, Solybrie, By/ance, sont saccagées et incondiécs; puis vient le leur de Prokonèsc et d'Artuqiie. Enfin, ils se tournent contre les villes de la Ghersonèse, pillant loul et c'est à grand'peine que Gyzique échappe à la destruction, en appelant dans ses murs le général perse Oiibare et en faisant sa soumission au roi. A Ladé, ce sont eux qui battent les Ioniens ^ Ce sont encore eux qui jettent sur les plages d'Eréli-ic et de Marathon les troupes de Dalis et d"Artapherno. A la bataille de Salamine, ils reçoivent le choc le plus terrible parmi les alliés, car ce sont eux qu'on oppose aux Athéniens. C'est toujours la même marine qui, anéantie par Cimon. renaît grâce à l'argent des satrapes perses, jusqu'aux jours oij Alexandre s'empare de ses ports et bat devant Tyr son dernier navaique et roi Azelmicus.

La Phénicie de la géographie classique, resserrée entre les montagnes et la mer, s'étend tout le long de la côte, de la petite île d'Arvad à la ville d'Acre. Elle avait pour grands centres maritimes, Schimiom, Phano-Baal, Gébal, Héryte, surtout Sidon et Sour ou Tyr ; mais une série de cités de second ordre, disséminées sur toute la cote, couvrait presque le rivage comme une ville continue, comme un ruban d'abris maritimes. C'était là, au bord de la mer, qu'étaient concentrés les Phéniciens, et c'est de laque ces hardis navigateurs s'élançaient sur la Méditerranée et même sur l'Océan à une époque où les autres riverains de la Méditerranée ne savaient pas se construire un canot capable de les porter à quelques encablures du littoral. Ils étaient les marins savants de la haute antiquité; ils se guidaient sur la petite Ourse et ils savaient tirer parti de l'étoile polaire '. Très grand était l'éclat du prestige dont jouissaient* ces marins avec lesquels allaient se mesurer les Grecs. Toutes sortes de légendes couraient devant eux annon-

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