Cartault, La IrVere Alhénieiine. Introduction
LES CONTINCK.NTS 140
l'Hellène jusque chez lui pour l'engager à sembarquer, pour le séduire par le miroir brillant de ses flots bleus. On ne saurait reconstituer la physionomie du peuple grec, on ne comprendrait pas son histoire, sans approfondir sa vie et son action maritime. Les Grecs sont avant tout un peuple de marins. Leur sanctuaire d'Apollon, surgissant du milieu des flots, était salué de loin par eux dans leurs courses infatigables sur les routes maritimes, comme de nos jours est salué, de leurs barques légères, par les intrépides marins de l'Archipel, courant les mêmes voies, le drapeau bleu et blanc qui flotte sur le campanile de la Yierge de Ténos. A la vérité, il y a en Grèce des conditions géographiques exceptionnelles ; les Grecs vivent pour ainsi dire sur un élément indéfinissable qui participe à la fois de la terre et de la mer. Une fois initiés dans Tart nautique par les Phéniciens, les Grecs devaient vite les surpasser et à la fin les écraser commercialement et militairement *.
Sparte, Athènes, ainsi que les petits états doriens, achéens. ou ioniens, ont une organisation militaire et navale presque identique'. Malgré les nuances de race, d'éducation ou de langue, l'homogénéité ne fait pas défaut comme dans la flotte barbare. Tous ces contingents helléniques, le même idéal les guide, et personne n'est traîné à la lutte malgré sa volonté ou contre ses sentiments ■. La préparation à la guerre dans ces
1. Les comédies d'Aristophane, bondées d'expressions nautiques, d'une foule d'allusions et de métaphores prises dans la vie des matelots, pièces vraiment faites pour un auditoire de marins, prouvent combien essentiellement marins étaient les peuples hellènes au v« siècle.
2. A cet entrain, à cette spontanéité des troupes grecques, Hérodote oppose le large emploi du fouet dans les armées barbares. Le grand roi ne se gène pas pour avouer qu'il conduit ses troupes à toui)s de fouet (VIL 103). Le percement du canal d'Athos (ib. 22), le passage de l'Hellespont (ib. 56), le combat des Thermopyles (VU, 223) fournissent des exemples. Les idées grecques sur la spontanéité des sentiments des troupes sont résumées par le tacticien de la Bibliothèque Ambrosienne déjà cité. » Bien s'informer, dit-il, si les troupes sontde levée récente ou aguerries ; quelle est la qualité des armes, la disposition du peuple à la guerre imminente » Eine Griech. geschrift. p. 9] : e-Séva-. xaXtlî... to <sto±-zijKi:i, •f, vîôXîviTov r, rîzîipaaî'/ov -oaî'uo'j • f.-zj. tov /aOo-irAijaôv xal t>,v toû Xaoij -sôOït'.v si; "zàv -ooxst'jLîvov T:o/,£aov.
150 LA SFXONDK GUKMRR MÉDIQL'E
polits élats était parfaite, résultat des sages institutions longuement et patiemment appliquée^. Par un frappant exemple, UéroJotc nous montre la véritable grandeur ' de l'organisation de la guerre en Grèce. Dans une seule nuit, Sparlc mobilise cinquante mille comballanls, — c'est la veille de Platées, — et le matin, ils sont déjà en route vers la frontière. La machine de guerre était admirablement montée. On peut voir dans Xénophon, u Aaxîoa', uovuov -oA'.T^ia », le détail de ses rouages. Aristagore, dans son entretien avec Cléomènc % vingt ans avant la seconde guerre médique, parle comme d'une chose irréfutable, de la supériorité des Grecs sur toutes les autres nations dans les choses militaires. Des guerres incessantes entre les villes, avaient, du reste, merveilleusement aguerri ces petits peuples, et développé chez eux l'esprit et l'ai-t militaire, comme seul, le tableau des guerres intestines du Japon du dernier siècle, peut nous en donner une idée ; les luttes acharnées et longues entre les Daïmios et les Samouraï du Sogoun et du Mikado, ont formé ces nouvelles générations nipponnes si belliqueuses, qui ont étonné le monde de leurs exploits.
Pour la marine hellénique, les guei-res entre Eginc et Athènes furent la grande école do l'ait militaire sur mer. Anciennement déjà, les Grecs sont un peuple de navigateurs et de guerriers. Dès le temps du siège d'Ilion, ils ont une marine assez considérable pour leur permettre une grande expédition outre-mer, et l'époque myoénéenne a ses conquêtes de mer •'. Mais c'est surtout leur contact avec les Phéniciens qui achève leur éducation navale. Artabane, le sage conseiller de Xerxès, a une juste idée de cette capacité maritime des Grecs. « Sire, tu marches contre un peuple beaucoup plus dangereux que les Scythes, et qui est réputé de premier rang tant pour les choses navales que pour les choses militaires »,