‹ La bataille de SalamineChapitre 141 sur 325 · Hérodote, Vil · texte numérisé non relu

Hérodote, Vil

3. A ces quatre commandants généraux perses, Hérodote donne ordinairement le titre : ol axpaxr.yoi xoG vjcjti-ico'j atoaToû (Vil, 191 et passim).

i. Ibid., 98.

LES GliANOS cin:KS IG5

moindro (li'>cision sans qu'elle iVit approuvée des généraux de toutes les villes confédérées. La guerre de Crimée nous oiïre l'image exacte des difTicultés de ce genre de coopération. Canrobert et lord Raglan en ont su quelque chose. Le conseil qui entourait lùirybiade n'était pas l'état-major docile qui secondait reffort du souverain perse '. 11 faut reconnaître malgré tout, que ces chefs hellènes, isolément considérés, étaient admirables, et une fois sortis des minuties et des rivalités fatales des conciliabules, et mis à la tôle de leurs troupes, se montraient des capitaines habiles et zélés.

Cette défectuosité fut peut-être une des causes pour lesquelles l'esprit qui régnait au quartier général grec était exclusivement défensif. C'est en vertu de ce môme état d'esprit que, dans les opérations sur terre, on laissait plus tard Mardonius passer le Sperchios, sans l'inquiéter, sans rien entreprendre contre lui, malgré que les voies par mer aboutissaient à ses lignes de retraite ; on ne se soucie même pas d'occuper les points stratégiques afin d'entraver la deuxième invasion d'Athènes. 11 est vrai que Pausanias peu après inaugure une stratégie plus hardie en franchissant le col du Cithéron et en forçant Mardonius à sortir précipitamment d'Attique; mais c'est avec Cimon, avec Agésilas, que commence la grande stratégie préludant à l'offensive à outrance d'Alexandre.

Les confédérés laissent l'ennemi reprendre haleine et souvent, tout est à recommencer. Ils manquent de cette qualité essentielle que Napoléon définissait « l'inspiration de ne jamais laisser se reposer ni les vainqueurs, ni les vaincus ». Thémislocle, par deux fois, ne réussit pas à les faire sortir de cette passivité.

1. On ne sanrait prétendre qnavi sein du conseil des navarques barbares, il n'existait pas de querelles entre tant d'éléments disparates. C'était comme dans le camp de don Juan entre Espagnols, Génois, Vénitiens, pontificaux et chevaliers de Malte. Il ne pouvait pas en être autrement. Les paroles de la reine Artémise contre certains des alliés, les accusations des Phéniciens contre les Ioniens le démontrent. Suivant une tradition enregistrée par Hérodote (VIll, 87t la reine Artémise coulant à Salamine le vaisseau de Damasithymc assouvissait une vieille haine contre lui. Mais quoi qu'il en soit, tous coiirbaient la télé devant le roi; il n'y avait qu'une seule volonté qui dominait tout.

166 LA SECONDE r.UERRF. MKDIQUE

Les Irois grands commandements des armées conslituant les ailes et le corps de bataille, qu'on avait institués dans la flotte perse en vue d'un grand engagement n'existent pas dans l'armée hellène; toutefois ramiralissime commande la droite et le général athénien la gauche. Les Athéniens, les Lacédémoniens avec quelques alliés forment les ailes, le reste des confédérés occupent le centre sous leurs généraux respectifs ; chaque ville a son général. Nous ne possédons pas les noms de ces stratèges, excepté celui de l'amiral de Corinthe, Adimantos, grâce à ses tracasseries envers Thémistocle, et celui de Thémistocle luimôme. Quelques noms très rares d'ofTiciers nous sont parvenus. Le général lacédémonien préposé à la direction des opérations maritimes, était, avec les restrictions dont nous avons parlé, le commandant en chef réel de l'armée navale des alliés et pas un des mouvements de la flotte n'a jamais été accompli en dehors de ses ordres. Malgré tout, Euryhiade, fils d'Euryklide n'était pas de sang royal, tandis qu'à la tète des armées de terre, Sparte avait placé ses deux rois, l'un à l'Isthme, l'autre aux Thermopyles. C'est que les Spartiate?, tout en ne voulant pas se dessaisir du commandement général de la marine, faisaient moins de cas de celle-ci que de l'armée de terre, à l'intervention de laquelle ils souhaitaient que fût dû le succès final; et ceci s'explique aisément, puisque Sparte était une puissance continentale, et que dès lors, un succès maritime aurait profité surtout à Athènes. Euryhiade a eu le mérite de savoir écouter et ménager les Athéniens; d'ailleurs Thémistocle'lui môme s'adresse à lui comme à un chef général, dont pas un instant il ne songe à contester la haute investiture. Dans la flotte de la Sainte Ligue à Lépante, comme dans la flotte hellénique de Salamine, le commandant en chef n'amène avec lui qu'un petit nomhre de navires nationaux; les grands contingents dans la flotte des alliés Hellènes, appartiennent aux Athéniens, comme dans la flotte de la Sainte Ligue aux Vénitiens. Mais le chef de ces derniers, Sébastien Veniero n'est qu'un rude soldat irascible et querelleur, et il indispose contre lui don Juan, à l'enconlre de Thémistocle qui est un grand politique et un persuasif interlocuteur qui

LES -ORANDS CAIEF^ K»/

cliarme et subjugue de ses arguments éloquents le chef que les alliés Doriens ont voulu imposer à tous les Uellènes confédérés'. Cette prépondérance jalousement revendiquée par les Doriens a écarté le roi de Syracuse de la coalition. La cause de Tabstention de Gélon, suivant la tradition enregistrée par Hérodote, se trouve dans ce que Sparte et Athènes ont refusé le commandement en chef à Gélon, qui, lui-même le refusait aux Lacédémoniens. Les Svracusains, tout en admettant une pareille tradition, représentent leur tyran disposé à aller malgré tout secourir la Grèce, avec 200 trières et 20.000 hoplites, mais l'attaque formidable des Carthaginois l'obligea à se borner à défendre la Sicile ^

De la cohue des nombreux chefs des deux camps, deux grandes figures se détachent : celle de Xerxès, le prévoyant mais malheureux chef, victime d'un système vicieux et pourri, mal secondé par ses sous-ordres ; celle de Thémistocle, le plus grand homme de son temps, d'un rare courage politique et militaire, dune adresse et d'une ténacité à toute épreuve, le premier citoyen d'une ville puissante laquelle, par la tournure que Thémistocle a su imprimer lui-même aux destinées de la guerre, devient la force principale de la coalition.

Le grand roi, héritier d'un immense empire et d'une grande gloire militaire, fils de Darius et petit-fils de Cyrus par sa mère Atossa, n'a pas un vain nom de chef; c'est la volonté dirigeante, c'est le vrai généralissime de l'armée barbare de

1. Hérodote Vlll, 2. 01 v^p aû^.aa/0'. oJvt l^asav, v ar, ô Aâvtwv tvîjxovcJt,,

2. On sait que d'après le témoignage formel d'Aristote {Poétique, 23), la bataille d'Himère gagnée par Gélon sur les Carthaginois a été livrée en même temps que celle de Salamine. Quant à la prétendue entente entre la Perse et Carthage, c'est seulement Diodore (XI, 1) qui signale l'existence d'un traité prescrivant l'action commune des deux empires. D'après un fragment d'Ephore (frag. Hisl . ffi'ec, t. I, p. 264), conservé par le scoliaste de Pindare, des envoyés Perses et Phéniciens auraient apporté à Carthage l'ordre du grand roi d'armer contre la Grèce, de débarquer en Sicile et de là dans le Péloponèse. Pindare, dans les Pythiques (l, 73-80 , rapproche les deux attaques simultanées. Aristote cite aussi les deux batailles comme livrées le même jour, mais non comme le résultat d'une entente dans un but commun. Quant aux ordres du grand roi, Carthage était un état tout ù fait indépendant de lui.

terre et de mer. Ce roi, malgré ses défauts et ses infortunes, est une grande physionomie militaire et politique. D'ailleurs, il n'était pas sans histoire avant de passer en Europe. Deux ans après son avènement, cinq ans avant la seconde guerre des Perses contre la Grèce, il avait conduit en personne une campagne assez glorieuse, celle d'Egypte ', qui, soumise par Cambyse, révoltée contre Darius, fut complètement réduite par Xerxès. Ce fut aussi une grande guerre pour laquelle ont été utilisés les préparatifs de Darius, en dehors de ceux que Xerxès fit lui-même ^ L'expédition de Marathon précéda son avènement au Irône. Fatalement, cet épisode de frontière ouvre la grande lutte inévitable que le grand roi ne peut d'aucune manière prévenir. Il prend alors toutes les précautions militaires possibles, sans cesser d'espérer aplanir le terrain par son action diplomatique. Mais il se heurte à la fierté des grandes villes de la Hellade qui ne lui permettent pas les succès politiques qu'il a eus en Asie-Mineure. Les forcer alors à courber la tête devient la raison d'être de l'empire perse, et il marche contre elles. Malgré un effort inouï, il sombre, aux prises avec un nouveau monde, avec une civilisation qui a su organiser la force et faire la guerre, sur terre selon les principes d'une nouvelle science militaire, sur mer, avec une marine nationale, intrépide et dévouée. De ces forces, Xerxès a une juste notion, ce qui fait grand honneur à ce monarque asiatique qui n'est pas aveuglé de sa propre puissance. Il sait apprécier l'ennemi, et dire de lui que les Perses n'auront plus à redouter personne dans le monde le jour seulement où ils auront été victorieux de tels adversaires ''.

Xerxès ne fut pas un dégénéré comme on a voulu le prétendre '', sous l'induence de ce qu'Eschyle fait croire de lui

Page 1