Niebuhr, ibidem, p. 383 et s
3. Sej^ce, The a>icient empires of llie East, llérodotos, v. I-III. Lomion, 1883.
4. Nitzsch, Ueber Herodols Quellen fur die Geschichle der Perserlcrieye . Rcinisches Muséum V. XXVII, 1872, p. 226 et s.
5. Delbriick, Die Perserkrierje und die Burgunderkrief/e, Berlin, 1887.
6. A ce propos il faut noter que ce n'est pas à Iléroilote qu'on pourrait dire qu'il était « un homme qui n'est jamais sorti de chez lui et qui s'en rapportait
UOCL'MliNTS ANCIENS O
des forces do l'empire perse-; iUiiii rexjiosii des préparatifs du «•randroi, il suit la uiarchc de ses armées d'étape en étape, la route de sa flotte le long du littoral asiatique et européen; il détaille la conception stratégique du commandement perse; il — étudie l'organisation de la défensive grecque, la manière dont elle a été conçue, développée, modifiée. H fait ressortir les physionomies saillantes dos grands chefs des deux parties adverses, et il détermine la supériorité de l'action navale sur un théâtre de guerre où presque toutes les grandes voies stratégiques étaient maritimes ou commandées par la mer.
Hérodote a écrit un livre étonnamment amusant, mais celui qui ne saurait y trouver que des anecdotes étonnantes, se ferait un grand tort, car des pages de son œuvre se dégage une foule d'enseignements. Il nous fait connaître, et c'est là son grand mérite, un monde que, malgré les sources secondaires, malgré les fouilles, malgré les recherches des savants, nous aurions très peu connu sans lui. Tâchons donc de pénétrer chaque fait qu'il nous décrit et pesons bien nos termes avant démettre un avis.
Certes, Hérodote, s.up-eertains points, ne satisfait pas pleinement la curiosité moderne, mais quoi qu'il en soit, il lève ïe^ rideau sur un monde militaire et naval duquel, sans lui, nous ne saurions rien de précis. C'est lui qui, le premier, nous montre le tableau merveilleux des exploits de ces phalanges et de ces escadres et nous fait sentir l'elTet des sages institutions militaires d'une législation prévoyante, le résultat du travail incessant des cités grecques. Tout y était organisé d'après une science de la guerre qui établit des méthodes et des règles. Rien n'était laissé au hasard. C'est l'organisation de la force. Elle constitue le rempart derrière lequel la civilisation pourra se développer à son aise, à l'abri de l'assaut de la barbarie asiatique.
L'écrit d'Hérodote est le premier chapitre de l'histoire militaire et navale, et il est curieux que ces pages qui nous
au témoignage des autres » (Lucien, De la manière d'écrire riiisloire, 3") : o-j Tcôv viaTO'.'/t'.Siw/ t;;, oùô' o'o; t:;7tî'jîlv |j.dvov toî; ir.xfyiXo'ji:.
parlent, les premières, de ces laits, nous montrent la stratégie, la tactique, l'organisation des troupes, les constructions navales, que nous savions dans un état embryonnaire aux temps homériques, comme ayant déjà fait un pas de géant '.
Hérodote, traitant les choses militaires et navales, n'est pas prodigue d'explications techniques. Le citoyen grec, son contemporain et son lecteur, est très familiarisé avec le glossaire nautique et la technologie militaire de son temps. Il ne tient qu'à le renseigner sur ce qu'il ne connaît pas. II décrit l'équipement des contingents barbares et il se contente de signaler, par un xaxà tov xpoTiov tôv 'EXX-z^v.xôv, toute partie de leur armement faite à la manière grecque. En général, d'ailleurs, chez les anciens, l'exposé des campagnes est suc-
1. Dans une récente étude sur la tactique grecque à l'origine de l'histoire n)ili taire, publiée dans la Bévue des Études Grecques (toni. XXV, n° H 3-114), le colonel Arthur Boucher, l'auteur du très intéressant ouvrage UAnabase commentée par un soldat (Berger-Levrault, 1913), émet l'avis que l'histoire militaire ne commence réellement qu'à la guerre du Péloponèse. Cependant les armes et la tactique grecques au début du v siècle ne différent pas de celles de la fin du même siècle. Lance, casque, bouclier, cuirasse, comme la massive et homogène phalange, sont en plein usage tant à Platées qu'à Sphactérie, Sjracuse ou Cyzique. C'est avec Epaminondas seulement et surtout avec Philippe et Alexandre que la tactique entre dans une nouvelle ère. Mais déjà elle avait fait un pas de géant avec Miltiade et les stratèges d'Hérodote. Le père de l'histoire nous donne un tableau très net de ce qu'avaient produit les institutions militaires des cités helléniques, qui dataient du vi« siècle, et montre comment la nation était en état de repousser l'envahisseur^ en Grèce et en Sicile. Ce sont les guerres médiques et les guerres de Gélon et de Théron contre les Carthaginois qui ont consacré le triomphe de la phalange et lui ont assuré un long avenir. La guerre du Péloponèse a été précédée de tout un siècle de l'histoire militaire la plus remplie de grands faits accomplis par des armées minutieusement organisées, comme nous le démontre en particulier la promptitude de la mobilisation de l'armée Spartiate à la veille de sa rencontre avec Mardonius (Hérodote, IX, 10-11). L'aperçu, en fait, ne diflere pas de ce que Xénophon relate dans sa " République des Lacédémoniens » sur l'organisation de cette armée.
Ajoutons encore : au moment où en 4 79, les Lacédémoniens, ne parvenant pas à enlever le camp retranché des Perses en Béotie (Hérodote, JX, 70), invoquaient le secours des Athéniens, passés maîtres dans l'art poliorcélique, ceux-ci avaient déjà une vieille réputation dans la tactique des sièges (Thucydide, I, 102, 2). C'est par les guerres médiques que s'ouvre réellement pour nous l'histoire militaire.
cinct. ïllucydide lui-mèinc, incomparable narrateur des choses de guerre, ne s'étend pas trop en détails, et on ne pourrait guère citer, en somme, que VAnabase, — journal de marche et de combat, — qui soit une page d'histoire militaire comme nous la concevons aujourd'hui. En tout cas, chez Hérodote, à cùlé des considérations psychologiques, les questions d'armements, la nature et la perfection des instruments, les engins employés, la technique des évolutions, les circonstances physiques le préoccupent constamment. Avec une véritable maîtrise il nous fait comprendre la raison profonde de la victoire des Grecs, qu'une longue éducation nationale a préparés à affronter les plus grands périls pour la cité. Malgré son esprit profondément religieux, qui à chaque événement veut voir la volonté divine prédisposant des choses humaines, il n'omet pas de signaler l'infériorité de l'armement perse et sait faire comprendre que la victoire a sa cause dans la bonne organisation, l'entraînement, le moral rehaussé des troupes.
L'étude des faits navals de la seconde guerre médique aide efficacement à la tâche de la critique qui se propose de donner une idée exacte de la valeur de cet écrivain. Elle prouve qu'Hérodote dépeint les événements comme ils devaient se passer, d'après les règles imposées à l'action militaire sur mer par la nature môme des constructions navales des anciens et par la tactique qui en découlait.
Cependant, plus d'un, dans nos temps de recherche et de critique, a formulé la question : Hérodote connaît-il bien les choses militaires et navales qu'il décrit ?()n lui a imputé le défaut d'intelligence dans les choses militaires; on a dit qu'il n'a 'pas le goût des batailles, qu'il n'a pas l'expérience personnelle de la guerre ', qu'il n'éprouve jamais comme historien l'enthousiasme belliqueux d'un Froissart ■.
1. llauvettc, Ih'vodole, liislorien des (/uerres médic/ues, p. 499.
2. Miinro [Journ. of Hell. SI. V, XXll, 1902) va jusqu'à dire : « Hérodole a compilé pi'lc-mrlc une masse d'anecdotes, mais toul lectem- aUenlif doit voir qu'il a peu d'idée des opérations dans leur cnsemlile. » I.'auhnir des disscrla-
C N. Rahos, Lu /lalait/e île Salamhn'. î
» Li:s SOLHCliS
Quant à l'expérience personnelle, nous n'avons pas à insister. Nous savons qu'Hérodote, qui appartenait à une famille noble et riche ', a joué un rôle politique dans les dissensions intestines de sa ville natale Ilnlicarnasse. qu'il a pris une part active à l'œuvre politique poursuivie par son oncle, le poète Panyasis, qu'il a été banni et s'est réfugié à Samos, jusqu'à sa rentrée à Halicarnasse; qu'il a séjourné à Athènes, et participé à la colonisation de Thurii on Grande Grèce. Il a ceint peut-ôlre l'épée contre le tyran Lygdamis -, troisième successeur delà reine Artémise.
Le renversement de Lygdamis fut violent ; il est tombé sous les coups de tyrannicides, à ce qu'on peut déduire d'une inscription d'Halicarnasse ^ Si ce que Suidas avance * est vrai, Hérodote a présidé une révolte à main armée et fut un homme d'action avant d'être un écrivain. L'expulsion violente de Lygdamis est en tout cas aussi authentique que la participation d'Eschyle à la bataille de Salamine. Quoi qu'il en soit, Hérodote, vivant à une époque agitée, pendant laquelle les cités se transforment en forteresses et les plages avoisinantes se couvrent de trières, cet esprit curieux et sagace, qui parcourt le monde pour apprendre du nouveau, serait-il ignorant des choses militaires et navales de son temps? n a l'd'il averti et minutieux du militaire, et il va jusqu'à signaler de quel côté les soldats de tel contingent portent l'épée, et si c'est un sabre, un cputclas ou un acinaque. Aucun détail n'échappe à son coup d'œil exercé. D'après ce ([ue nous savons, Hérodote est le premier prosateur qui nous donne une terminologie technique, les éléments d'un vocabulaire militaire et naval que nous regrettons de ne pouvoir leproduire ici. Bornons-nous à quelques exemples qui dénotent une connaissance exacte des expressions du langage
lions sur la bataille de Salamine, publiées dans Vllarmonie d'Athènes, 190:», p. 442 et s., refuse à Hérodote rintelligence des choses militaires.