‹ La bataille de SalamineChapitre 171 sur 325 · Hérodote, VII · texte numérisé non relu

Hérodote, VII

LE désasthè; de sépias 205

d'une immense mare d'huile, ne pourrait soupçonner de quelles méchancetés est capable cette mer, quand, fouettée par Eole, elle se démène en furie. Tandis que le vent Hellespondias ' souille sur elle avec fracas, les vagues affolées, écumantes, fuient les côtes de Thrace et de Troade et traversent le peu profond archipel à une vitesse incroyable, grandissant, se dressant plus haut à chaque pas, pour aller se briser en déluge d'écumes, en colonnes fantastiques, avec mille bruits assourdissants au pied des côtes abruptes et inébranlables de la Magnésie, de l'Eubée et des Gyclades, qui, elles, paraissent submergées sous la charge furieuse de ces blancs escadrons. Ces rudes étésiens, qui donnaient aux Corcyréens le prétexte de ne pas renforcer la flotte confédérée de leurs soixante trières, arrêtées, disaient-ils, malgré leur bonne volonté, au cap Malée, furent de tout temps la grande école du marin grec. Au moment où les plus gros paquebots hésitent à quitter le port, il s'élance de gaieté de cœur dans ce tourbillon des vents et des flots sur sa légère sacolève, résistante de coque, haute des joues, fendant bravement les vagues ou s'élevant sans péril sur leur crête. Elle est gouvernée d'une main sûre, sa voile gonflée en ballon lui donnant l'équilibre nécessaire. Il n'en était pas de môme, comme nous venons de le dire, pour la trière, presque plate de ventre, qui, surprise par la tempête, avait peu de chances de se tirer saine et sauve du danger. Sa membrure se disloquait aisément, l'eau pénétrait de toutes p;irts, et le navire était engloutie Sa charpente n'était pas

1. Le nom du vent, la route des épaves, la plupart allant s'échouer sur des points de la côte situés plus au sud que le mouillage de la flotte; ce dieu Boréas, à qui va toute la reconnaissance des Grecs, prouvent que le vent qui détruisit les navires perses, eut son point de départ entre nord-nord-est et nord-est, voire est-nord-est, et il ne fut pas franchement lest comme pourrait le faire supposer le terme ixT^XKiirr.î dont Hérodote se sert, VII, 188.

2. V. le récit d'un naufrage . Ov. Métam., XI, v. 480 et s. Non seulement la trière redoutait les assauts de la tempête, mais elle supportait mal un long séjour à la mer; elle fatiguait, faisait eau, et après un temps assez court, elle avait besoin dètre radoubée... V. Thuc, Vil, 12, où Nicias se plaint de l'état de sa flotte. Quant à Xer.xùs, il avait fait, comme on se le rappelle, radouber quelques jours avant le naufrage à Dorisque.

200 LES DÉBUTS TRAOIOrES

assez solide pour affronter les furcins de la mer. Avec ses bords bas et percés d'ouvertures, avec ses formes minces el effilées, et sa cale peu profonde, elle ne pouvait supporter les assauts des vagues, ni même les secousses d'une mer houleuse. Les vents retenaient la trière au port, sinon sur la grève'.

Celles des divisions perses qui avaient amarré à la côlo curent le temps de hisser les navires sur le rivage, malgré Timpétuosité des premières attaques de Borée, qui dans ces parages sont les plus dangereuses, ce qui fait dire aux matclols de l'Archipel dans leur langage pittoresque : « Navigue avec un vieux Nord et un jeune Sud ». Mais les trières qui étaient pour ainsi dire en l'air, furent emportées par le vent et la rage de la mer démontée, et jetées les unes conlre les autres et toutes ensemble sur les rochers de Kasthanéc, de Sépias, d'Ippni, de Mélibœa, et les abords du mont Pélion", tandis qu'une autre partie, assaillie par les vagues, fut écrasée par des paquets de mer, et navires et équipages disparurent engloutis. Trois jours le vent souffla en tempête, et on n'entendait que les mugissements de la mer en furie. Dans celle calamité, périrent plus de quatre cents trières ^ une grande quantité de transports et de navires auxiliaires, une partie considérable des équipages, et beaucoup d'argent de la flotte. La mer rejeta longtemps des coupes d'or et d'argent et d'autres objets précieux des riches épibates perses que les habitants de la cote de Magnésie ramassaient. Les amiraux, craignant, en cette occurence, une attaque subite des Tl>essaliens. enhardis par l'étendue du désastre, qui pourrait mettre en péril l'existence même de la flotte sauvée sur le rivage, firent entourer le camp des trières d'une muraille improvisée avec les épaves rejetées sur la côte \ Les forces navales du grand roi diminuèrent sensiblement. La flotte grecque tenue au courant par ses vigies du nord de l'Eubée réapparut à Artémision".

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