Id., ibid., S.j
298 LA HATAILL1-; DÉCISIVE
Kynosoiira et Psytialic, devaient se trouver en fait à deux pas des Grecs. Ceux qui nient la possibilité du passage inaperçu d'une (ile de trières voguant à une distance d'un kilomètre et demi, sont précisément ceux (jui admettent que la ligne perse est venue s'appuyer sur Kynosoura ; mais qui de deux est plus l'acilement vu ou senti; celui qui touche la côte que vous occupez, ou celui qui en est éloigné de 1,000 ou de 4,oOO mètres? Côtoyant l'Attique, les navires barbares étaient vraiment beaucoup plus éloignés, se confondaient avec la côte, et le bruit que pouvait produire leur vogue se perdait dans le tumulte des innombrables troupes perses qui avaient envahi le littoral du Pirée à la baie d'Eleusis, ce qui était déjà connu des Grecs renseignés sur la marche en avant de l'armée perse envahissant Mégaride pour aller attaquer les retranchements de risthme. Les Perses ménageaient aux Grecs une surprise ; ils avaient pris dans ce but toutes les précautions nécessaires^ La chose n'est pas tellement rare en guerre, qu'on doive lester là-dessus obstinément incrédule '.
Le y.pucsaXo; opr^'j^ôq, la fuite clandestine, impli(|iie le xvsœa;. D'ailleurs des mouvements préparatoires d'un coup de main n'ont rien de secret s'ils se passent à la lumière. L'obscurité était une condition si?îe qua non. Etait-ce absence de lune ou ciel couvert, c'est ce qu'on ne saurait préciser. La manière dont s'exprime Plutarque, Geo; -avo-éXrivo; eTOXajJi'j/s, donne l'impression que la lune est sortie des nuages pour saluer la victoire des Grecs.
C'est Lôschke qui se fait l'écho de tous ceux qui n'admettent
1. Lors de la guerre de Sécession la marine l'édérale réalisa sur le Mississipi, sous le manteau de la nuit, des passages beaucoup plus invraisemblables que l'irruption des Perses dans le détroit de Salamine. M. Goodwin ne doit pas ignorer ces pages glorieuses de l'histoire de la marine de son pays. Le 4 avril 1862 le cuirassé Knrondelet, grâce à l'obscurité passa à une encablure et quelques brasses des puissantes batteries de l'île n° 10. Deux jours après, le cuirassé PilLsbur;! répétait l'exploit sans être senti malgré sa bruyante hélice. Et en plein jour la flottille de Porter se portant contre Viksburg, échappait à la vigilance de l'ennemi perché sur l'autre bord du fleuve, faisant confondre ses mâts avec la lisière du bois do la rivepardes branches à feuillage épais dont il les avait couverts.
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pas que la tlolte perse pouvait cnlrer dans le détroit en rasant la côte d'Attiquc sans être aperçue ou entendue des Grecs, amarrés à moins de 2.000 mètres de distance'. Cependant, ces sortes de ruses n'étaient pas inusitées chez les anciens, ni impossibles à leurs navires de guerre bas sur Teau, pouvant abaisser leurs mâts et raser de près la côte. Les dernières guerres maritimes d'Athènes et des autres villes de Grèce offrent plus d'un exemple de cette tactique. Xénophon- raconte l'exploit d'un amiral laccdémonien Gorgopas qui, poursuivi par la flotte athénienne d'Eunome, se réfugie sur la côte d'Egine. Eunome, voyant les navires de Gorgopas tirés sur la plage, s'éloigne, la nuit venue, et se dirige sur le Pirée. Gorgopas alors lance ses navires sur la piste de l'adversaire. Ses feux éteints, il est guidé par le fanal de poupe de l'amiral athénien qui ne le soupçonne pas si près do lui et le conduit ainsi à Zoster sur la côle d'Attique. L'amiral athénien procédait au débarquement de ses équipages pour les faire reposera terre, lorsque soudain il entend la trompette Spartiate sonner l'attaque. Son escadre fut dispersée et perdit quatre Irières. Les Lacédémoniens voguant dans les eaux mêmes des navires athéniens avaient pris la précaution de ne pas ramer bruyamment, et au lieu du chant ou des fifres qui rythmaient d'ordinaire la vogue, les kéleustes marquaient la cadence au moyen de deux morceaux de pieri-e '. 11 n'est pas impossible que pareilles précautions aient été prises par les commandants des divisions perses. Mais peut-être aussi le vent souillait-il déjà de l'ouest, comme la nuit suivante quant il poussait les épaves vers le cap Kolias, et éloignait tout biuit des oreilles de ceux qui se trouvaient à Sa lamine '.
1. Liischke, Ephoros Sludien. I. Die SchIaclU hei Salamis. (Neue .lahrbiichcr, t. CXV (1817), p. 2o et s.)