‹ La bataille de SalamineChapitre 255 sur 325 · Thucydide, Vlll · texte numérisé non relu

Thucydide, Vlll

en ligne de file, serrent la rive européenne, cinglant vers Sestos. Les Péloponésiens, amarrés sur la cOle asiatique à Abydos, les ayant sentis, appareillent et se forment en bataille. Les Athéniens alors, à un signal donné, portent tous à la fois le cap vers l'ennemi, soixante-seize tiièies contre quatre-vingthuit de l'ennemi déployé d'Abydos à Dardanos, non loin de la ville de Dardanelles actuelle. L'aile droite du Péloponèse est formée de la flotte de Syi'acuse ; la gauclie, de l'escadre du Spartiate Mindarc qui est le chef. Dans l'armée athénienne, la droite est commandée par Thrasybule lui-même, la gauche par Thrasylle. Les Péloponésiens attaquent vigoureusement; débordent la droite des Athéniens et s'efforcent de leur fermer l'issue du détroit, de réduire leur centre et de les jeter à la côte. Thrasybule devinant le projet de Mindare allonge son front vers le sud, prévient sa manœuvre, et c'est lui à présent qui menace d'envelopper l'adversaire. Déjà les deux ailes engagées dépassent le promontoii'e de Kynos-Séma. Mais ce mouvement bardi de Thrasybule découvre le flanc du centre, numériquement inférieur à celui de l'ennemi. D'ailleurs le promontoire se projetant à la mer en angle aigu, empêche les Athéniens de Thrasybule de voir ce qui se passe à leur droite; le centre ne le voit pas davantage. Les Péloponésiens brisent donc le front du centre athénien, et le poussent au rivage, où il combat désespérément sans être soutenu par Thrasybule, ni par Thrasylle, qui déjà avait alfairc à tous les Syracusains. Toutefois, le centre lacédémonien se disperse un peu dans sa rage de poursuite, et enfin Thrasybule averti, fait cesser son mouvement de droite, et, se portant résolument contre la gauche des Péloponésiens, il l'enfonce et court ensuite au secours du centre, tandis que Tbrasylle parvient à repousser les Syracusains. Une chasse générale vers Abydos s'ensuit, Thrasybule prit vingt et une trières, et les Athéniens érigèrent le trophée à Kynos-Séma. Ce récit de Thucydide, qui nous renseigne parfaitement sui' la manière dont se vidaient les querelles entre trières dans les détroits, offre plus d'un point de ressemblance avec ce qui s'est passé dans le détroit de Salamino d'après lléro-

dote. D'abord chacune des flottes adverses prend son point d'appui sur la côte amie. Dans i'ilollespont, c'est devant la côte asiatique et lacédémonienne que se déploie la flotte du Pcloponèse; c'est d'Abydos, de la rive asiatique qu'elle appareille et, battue, c'est encore à Abydos qu'elle se réfugie. La flotte d'Athènes se garde de se détacher trop de la côte européenne, de la Chersonèse de Thrace qui est à elle. Même victorieuse, elle ne se iiasarde pas à la quitter et à foncer sur la côte asiatique pour défaire complètement l'ennemi.

A Salamine, si nous en croyons Hérodote, la flotte hellénique fui déployée devant la côte salaminienno sur laquelle les hoplites athéniens étaient rangés en bataille '. La flotte perse devant la rive attique, la côte occupée j»ar le roi en personne et ses troupes. Les Grecs victorieux ne peuvent rien tenter contre celte côte, d'où Xerxès les menace encore par une digue, et il continue à l'occuper. Les trières grecques ne peuvent même pas empocher les gaouls phéniciens du roi d'avancer dans le détroit en frôlant la côte attique, atin d'amener les matériaux nécessaires pour le yw|j.a! Si la configuration du rivage l'avait permis, i»lus d'une trière barbare s'y serait réfugiée sous la protection de l'armée. Le promontoire d'Aegaléos où l'île de Saint-Georges coupent, peutêtre, en deux les lignes repliées sur eux pendant l'action; mais aussi le cap de Kynos-Sema divise en deux la ligne athénienne. Aux Arginuses c'était pire encore-. Sur un front immense, composé d'une foule de petites unités, véritable poussière, déployé dans ces champs clos qui s'appelaient Ilellespont, Salamine, Krinéos, port de Syracuse, estuaire d'^Airymédon, et où ces flottilles se ménagent toujours derrière elles une côte amie pour refuge ', de pareilles anomalies tactiques n'ont riep de surprenant. Nous verrons d'autres analogies

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