E.schyle, Perses, v. 422 et s
320 LA BATAILLE DÉCISIVP:
du détroit, où les Grecs nalurcllemont, devraient s'efforcer de refouler l'ennemi, en prosentant un front sur toute la largeur du détroit, tandis qu'eux et leurs adversaires étendaient tous les deux leurs lignes de la cote de Salauiine à la côte d'Attique, et appuyaient leurs ailes sur les deux rives du détroit, selon la conception de Diodore.
Mais son récit, pour peu que l'on soit iijitié aux choses des trières, est un véritable paradoxe maritime. Ni Grecs, ni Barbares ne pouvaient se laisser aller îi une tactique fantaisiste. Si vraiment Héraclion était situé au pied d'Aegaléos, la ligne grecque, selon Diodore, devait s'étendre de la côte de Salamine à la côte d'Attique ; par conséquent, si les Grecs ne voulaient pas voir leurs ailes débordées par l'onnorai, ils devaient s'appuyer sur ces deux côtes. Mais si leur ligne pouvait s'appuyer facilement et en toute sécurité sur la côte amie de Salamine, garnie de troupes athéniennes, de quelle manière pourrait-elle s'appuyer sur la côte d'Attique occupée par l'armée du grand roi ?
Non seulement, elle ne pouvait pas toucher à ce rivage, mais elle était obligée de se tenir à quelque distance de cette côte dangereuse. L'arc était, comme nous l'avons déjà indiqué, l'arme à laquelle les Perses excellaient, et il n'était pas à dédaigner. Il obtenait des résultats très satisfaisants à deux cent cinquante pas, et les bons archers se comptaient par milliers dans l'armée barbare. D'un autre côté il ne faut pas oublier que les trières de cette époque n'étaient ni pontées, ni catapbractes : rien ne couvrait les rameurs contre les flèches qu'on pouvait leur envoyer d'un endroit plus élevé, contre un tir plongeant. Cet amas de cbairnue qu'offraient les dos de la chiourme, courbés sur les rames, ou les poitrines que découvrait chaque mouvement de la nage à la renverse, présentait une merveilleuse cible aux adroits archers de Babylone et d'Iran, et quand les llcches emportaient des mèches d'étoupe enflammées, comme celles qui ont rapidement détruit les murs de bois de l'Acropole ', le jeu devenait plus dangereux encore. La preuve de la
1. Hérodote, VIII, 52. Voir, p. 57, la gravure représentant les rameurs dans la trière non pontée.
supériorité des troupes, occupani la cote, sur une marine privée d'armes de jet sérieuses, c'est le fait qu'après sa victoire même la flotle hellénique n'a aucune prise sur la côte occupée par les Perses, en sorte que ceux-ci font filer devant elle, et tout lo long de la côte d'Attique, de lourds gaouls phéniciens, hourques d'un tirant d'eau beaucoup plus important que celui des trières, pour servir au transport des matériaux nécessaires à la construction de la digue ; elles ne peuvent même pas s'opposer aux travaux d'endiguement du chenal, parce qu'elles sont obligées de se tenir hors de portée des troupes occupant la côte, à une distance que nous devons compter au moins à cent cinquante mètres du rivage. On aurait à opposer les mêmes objections à toute opinion admettant une ligne perse appuyant sa gauche sur la côte de Salamine occupée par les hoplites grecs, et peut-être par les archers crétois, dont parle Ctésias, mandés à la suite d'un conseil d'Aristide, qui, de son exil ne cessa pas de s'intéresser aux choses de la ville.
Mais, si vous êtes obligé de laisser entre l'extrémité de votre aile gauche et la côte un vide de plus de cent mètres, il est certain que l'ennemi en profitera pour y faire glisser une partie de ses navires, navires que les bas-fonds eux-mêmes n'effrayent que très peu, et ainsi vous serez débordé et enveloppé. Ce fut le cas de l'aile gauche de la flotte chrétienne à la bataille dite de Lépante. Agostino Barbarigo, son commandant, dans la crainte d'une pareille éventualité, pousse, tant qu'il le peut, son extrémité gauche vers les lidi des lagunes de Missolonghi, Il se flatte ainsi qu'il ne reste plus de passage aux Turcs entre lui et la terre. Mais le vice-roi d'Alexandrie, Mehmed-Schirocco, qui commande en face de lui l'aile ottomane, dispose de galiotcs d'un tirant d'eau plus faible que les galères. 11 peut donc passer, et il en profite. Il les fait avancer, et elles glissent entre lîarbarigo et la côte élolienne. L'aile chrétienne est cernée, et l'héroïque vénitien tombe sous les coups des inlidèles. Il ne faut rien moins que la bravoure de Christophe Canale et de (Jiiirini, jointe au coup d'oeil de don .luan, pour sauver l'armée.
La flotte hellénique livrant hiitaille dans les détroits, pour parer à réventiialité d'être débordée cl enveloppée par l'ennemi dans une rencontre en haute mer, il est plus que probable qu'elle chercha à réaliser des dispositions plus conformes aux exigences de la situation, que celles que Diodore impute aux généraux grecs. Celui-ci ne parvient jamais à comprendre leur tactique; il est toujours obsédé par l'idée que les forces grecques, numériquement inférieures, ne pouvaient réduire celles de l'adversaire, qu'en l'obligeant, par le choix d'un champ de bataille propice, à former un front restreint. Ainsi, il donne des récils fantastiques et imagine des conditions topographiques qui n'ont aucun rapport avec la réalité. De la bataille de Platées, il trace le tableau le plus fantaisiste \ attribuant la victoire à ce que les Perses ne purent déployer leurs lignes, et qu'ainsi la majeure partie de leurs troupes ne prirent pas part à la bataille. Rien de tout cela n'est vrai \ et Mardonius passa avec toutes ses forces l'Asopos, ne laissant en arrière qu'une réserve sous Arlabase, et trouva devant lui une plaine immense où l'armée grecque en trois tronçons était en train d'évoluer sur Platées où devait s'opérer la jonction. Jamais armée ne fut moins favorisée par le teri-ain. Elle fut débordée de tous les côtés, mais l'admirable phalange de cinquante mille soldats de Pausanias, — ilotes dans les rangs, — brisa le front des Perses, et donna la victoire^
Hauvette, lui aussi, proclame l'impossibilité de s'appuyer sur les deux côtes à la fois. Comment supposer, dil-il, commentant Diodore', que les Grecs aient pu avoir l'idée de livrer bataille en
1. Diodore, XI, 30 : txîTà 5s xaûta ex tt,; 'JTroJOî'.x; ]j.s'C£ïTpaT0T:£5s'jjav z\; i'tepov TÔrov siOcTÛTi-pov xpô; tt,; ô)vOay£p-f, vivcT.v. r;/ yip jx ij.èv twv ôc^iwv vsoJao^oî lhJ/t^XÔ?, èx 5- Tojv îCojv'juojv ô 'Atwxoî T.o-ixixrj; ' TOv ck à'/à [j.ijov TÔTTcv eTzz'.yv/ T, ffpaT0~£8eta, •:t£'f payi-iî vT, xr, ■■s-jszi xal xa"; xojv xôzwv àa-f aXeia;; • xqTî [xàv oùv "EÀÂT,atv ï|j.çpôvaj; ^ouXeuffsjjiévon; ■koWt. ffuvsêiAexo irpôç tt,v vcxt^v t, xwv xôirtov ffTcVO/o)pt'a • où yip T,v £iti ■noX'j [if,xo; ■Jtapcxx££v£'.v xT|V œâXxyva xwv n£p3'â)v ■ ô'jsxè à/pr^Txouî £*vat suvÉ- 6aiv£ xiç TtoXXiç [X'jpiâÔaî xôJv papêdpwv. Stô-jp o'. Tzspï xov Ilaujavîav xai 'Apt(jX£ÎôT,v 6appTiJavx£î xoï; xôtto'.; xpof|yov xr,v 5ijva|j.iv b\^ xr,v [j.â/T,v.