‹ La bataille de SalamineChapitre 268 sur 325 · Wecklein, op. cit., p · texte numérisé non relu

Wecklein, op. cit., p

lich), Cl semble dire : (^ Vite, tous se présentèrent ». Si toutefois nous avions essayé d'expliquer les vers mot à mot, nous aurions fini par admettre qu'ils signifient la marche en avant de toute la flotte (uàvreç), dont sans doute peu de navires s'apercevaient à peine dans la baie de Salamine, derrière la hauteur de Magoula. Notons bien d'ailleurs que ce mouvement qui devait porter la tlotte grecque de la cote orientale de Salamine à l'issue sud du détroit, en faisant parcourir à la gauche athénienne plus de six kilomètres, en obligeant toute la flotte à une série de marches et de contremarches, n'était pas chose faisable en un seul instanl. Pendant ce temps-là, que faisait la flotte perse? Pourquoi se contentait-elle de garder une disposition désavantageuse, qui rétrécissait son front, landis qu'un j)as devait la porlerdans un bassin beaucoup plus large, l'sùpuywp'la, c'est-à-dire dans les eaux qui se trouvent entre Keratsini et Ambelaki? (^e mouvement imputé à la flotte hellénique aurait nécessité au moins une heure. En pareille occurrence, que devient ce « sur le champ », aù-rUa, si formel et si précis, par lequel Hérodote signale l'attaque des Perses comme ayant suivi sans un instant perdu la marche eu avant des lignes grecques ' ?

Cette disposition ne peut trouver d'appui même chez Diodore, car celui-ci dit formellement que les Perses, voguant contre les Grecs, gardaient d'abord l'ordre -, puisqu'ils avaient beaucoup d'espace autour d'eux; mats ensuite ils sont entrés dans les eaux plus étroites ^ Or, c'est le bassin qui se forme au-delà de l'issue, et entre Keratsini et Salamine qui est spa-

1. 11 faut remarquer la cohésion ahsolue, la couliuuité qui cxistint entre la harangue des généraux, rembarquement, l'appareillage et l'attaque îles Barbares qu'Hérodote appuie de cet énergique ■xW.-z.t. = de suite, immédiatement. Hérodote, VIJI, 84.

2. Diodore, W, 18 : xô [aèv TcpùJTOv TtXéovxsi; ôuTr.po'Jv xt,v xiçiv, l'/ovxe; TzoWry £'jp'j/ti)p(xv • w; 6' si; t6 stevôv TiXGgv T,vayxil^ovTO tûv veûv Tiva; àito xï,; xi^îwî à-oaTriv, xai ttoaôv STToicjv Sdp'jêov.

3. Quant à Eschyle on ne saurait dire le drlroit ([u il dcsigno par ses vers {Perses, 413} : ôj<; Se t:Aï,9o; sv sTv/i'y vîwv r.Opo'.ffx'... (|ui représentent les navires perses passant d'un espace plus large à un plus étroit ; était-ie le détroit Kjnosoura-Pérama ou Kynosoura-Kéramos ?

cieux, et Diodoro, inanifeslemcnt, ne veut pas dirp autre chose que tant que la Hotte perse se trouvait dans ce bassin, elle disposait de l'espace voulu, mais qu'une fois entrée dans le chenal de Saint-Georges, les conditions ont changé.

Il n'est pas aisé de concilier, on le voit, le texte de Diodore avec celui d'Eschyle. Un ne pourrait pas dire que sùpuywoia indique la mer hors des passes que lailolte perse laissait déjà derrière elle. Si ses divisions avançaient, ce serait pour se porter dans un bras de mer plus large. Il est évident que Diodore supposait la bataille comme ayant eu lieu entre Kynosoura et Pérama.

Avec une telle disposition des Perses entre Kynosoura et Kéramos, on comprendrait plus difficilement encore l'assertion d'Uérodote que les Barbares furent engagés dans le combat tandis qu'ils n'étaient pas encore complètement formés. On aurait vu le contraire : Les Grecs en mouvement et venant de tous les points de la rive salaminienne à la bouche du détroit pour s'y former, et les Perses formés déjà dans les passes depuis des heures.

L'expression que les Grecs ont surpris les Perses en train de se former n'aurait pas de sens si les Perses les attendaient entre Psyttalie et Kynosoura. On ne voit pas d'ailleurs l'infériorité tactique créée aux Perses par la dite disposition des Grecs en hémicycle à l'entrée des détroits. Les Perses, formés en colonne compacte, auraient enfoncé aisément le mince cordon des trières obstruant leur route. Quant à la prétendue faiblesse de la formation perse, provenant de la fraction de leurs forces en plusieurs lignes, elle ne constituerait, en réalité, qu'une grosse supériorité pour eux, leur procurant la faculté d'une suite de renforts arrivant à temps sur le champ de bataille. Ce serait l'arrivée successive d'une série de réserves qui, débouchant de deux passes étroites Kéramos-Psyttalie, Psyttalie-Kynosoura, dans un champ d'action beaucoup plus large, auraient l'aisance d'aller porter leurs coups, par leurs navires plus agiles, au point le plus faible de l'ennemi, déjà aux piises ave(; les premières divisions. Les Perses auraient anticipé sur la tactique préférée des Uomains et qui consiste à se

former en colonne de rangs successifs, quatre ordinairement, donl les trois derniers étaienl nommés naves siibsidiariap *. La théorie de ces soutiens successifs mentionnée par Hirlius paraît déjà ancienne, et il est vrai que nous trouvons des formations tactiques analogues même dans Thucydide - dans son récit des combats de Naupactc. Quand il s'agissait d'enfoncer les lignes ennemies, Va formation était toute indiquée, et la manœuvre, pour ainsi dire, infailli])le. comme à Ecnome oii l'armée romaine forma trois lignes précédées dun coin, d'un omholon qui coupa en deux le front carthaginois. La même tactique à peu près fut appliquée par Thegetof à Lissa.

Si les lignes perses, rangées à l'entrée du détroit, étaient battues et repoussées de ce point vers le sud, la poursuite aurait lieu hors des passes et la lutte serait prolongée devant la bouche du Pirée, devant Munychie etPhalère. Or, les sources ne nous autorisent pas à faire de pareilles hypothèses. L'action a eu lieu dans le détroit, et nulle autre part que dans le détroit •'; et elle a duré, avec un acharnement inouï, toute une journée. Pourrait-on imaginer une lutte aussi prolongée entre Kynosoura et Kéramos? Sommairement l'un des deux adversaires serait repoussé elle combat serait transporté sur un autre point, ou dans le détroit, ou hors des passes. Le premier cas n'est pas admissible parce qu'alors les Perses auraient pris l'ordre de chasse et les Grecs l'ordre de retraite, ce qui n'est pas arrivé. Si le second cas se produisait, c'est-à-dire si l'engagement se transportait hors des passes, de quelle manière alors, l'entourage du grand roi aurait-il vu l'exploit de la reine Artémise contre Damasithyme, et y aurait-il attiré l'attention deXerxès '? On distinguait très bien le guidon de la reine ^ d'où il résulte que les choses se passaient à une distance convenable du pied

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