‹ La bataille de SalamineChapitre 271 sur 325 · Voir Julien de laGravière, op. cil., vol. 1, p · texte numérisé non relu

Voir Julien de laGravière, op. cil., vol. 1, p

à travers les lignes ennemies pour se rendre maître d'une mer intérieure ou d'un cours d'eau. Xcrxès ne vise pas au golfe d'Eleusis; tout son effort se porle sur l'île de Salamine, base maritime des Grecs, et côte d'atlache de la flotte hellénique. Il veut cerner et enlever flotte et cauip, il menace même l'île par une digue. La différence est marquante.

Enfin, (juclques auteurs croient de leur devoir de concilier les trois textes qui nous rapportent les dispositions de combat prises par les escadres grecques à Salamine '. D'après celte opinion, la disposition décrite par Hérodote n'est que celle de leur ancrage; celle de Diodore est la formation de combat; et Eschyle ne fait en somme que décrire le mouvement qui a fait passer l'armée grecque d'un ordre à l'autre, de celui de mouillage à celui de combat, de celui d'IIérodole à celui de Diodore. Est-il besoin de démontrer l'invraisemblance d'une pareille supposition? Hérodote indique bien la formalion de combat, il parle de l'appareillage général des divisions grecques et de leur marche en avant contre l'ennemi, de ta contre-attaque des Barbares, de la reculade des Grecs, de l'exploit d'Aminias, de l'engagement général, et c'est mC'mc alors qu'il précise que pendant cette action les Phéniciens avaient en face d'eux les Athéniens, et les Ioniens étaient opposés aux Lacédémoniens. Il n'est pas besoin de bouleverser tous les paragraphes d'Hérodote, et l'ordre que lui-même a établi dans son récit, pour démontrer que Je « xa-;à uiv o/j 'ASr.va'lou; i-txy.-/jx.-o (Po'lv.xc; » ^ ne se rapporte pas au combat, mais bien à un événement antérieur au combat, et qui se place au moment ofi la flolie grecque n'avait pas encore appareillé. Avant de détacher une partie du ch. VIII, 85, et de la transférer quelques paragraphes plus loin, il convient de tenir compte de la façon très étroite dont Hérodole lie ce passage au récit du combat; car rhislorieii après avoir délerminé la position des Ioniens vers lest, ajoute incontinent la manière dont ces derniers se comportèrent dans la lutte : î'.yov TO Txoôs.... tÔv nsioaua. 'Hfisloxà x£0 v aévTO!, auTcôv.... La

i. La Bataille de Salamiiie, v Hannonif », p. .ii9 et s. 2. Hérodote, Vllf, 83.

La veillée des armes- 341

construction même de la phrase indique bien l'intention de l'auleur. Il est beaucoup dans riiabitude d'Hérodote de préciser les postes respectifs des alliés dans la ligne grecque, après avoir signalé le commencement de l'action, quand il pense qu'il y a une raison à cela, comme à Mykale, lorsqu'il veut dire que la gauche est venue aux mains avec les ennemis avant les Lacédémoniens, comme à Salamine où il lui faut indiquer la disposition des forces rencontrées dans le sens de la longueur dans les détroits. Dans la bataille de Ladé au contraire, il donne bien avant l'engagement et d'une façon vague, le détail des dispositions prises. Si ce qu'Hérodote décrit est réellement l'ordre de la flotte grecque avant l'appareillage, tandis que la bataille a été livrée dans une autre formation, au lieu de le confirmer, il aurait signalé comme il le fait pour la bataille de Platées, ce changement si fondamental qui aurait renversé la ligne grecque, transférant sa gauche du nord-ouest et Eleusis, au sud-est et au Pirée, c'est-à-dire adoptant une disposition analogue à celle décrite par Diodore'. Cette disposition toutefois, d'après Diodore place les Lacédémoniens à l'aile gauche, 11 leur faut alors changer de poste en face de l'ennemi !

Hérodote signale bien la place des adversaires pendant le combat, qu'il ne laisse pas à Diodore le soin de décriie, et il ne se borne pas à indiquer seulement la disposition de la flotte grecque le long de la côte avant l'appareillage. Il ne laisse pas davantage à Eschyle le soin de signaler le passage de l'ordre de marche à l'ordre de combat. Dans son récit il n'y a pas de vide du moment de l'appareillage à celui du premier choc commencé par Aminias. Cependant, il y a difl'ércnce manifeste entre la manière dont les trois textes racontent l'engagement. Diodore veut que la flotte grecque postée entre les deux cotes, ait couru vers l'ennemi qui entrait dans le détroit, et que l'amiral grec se soit élancé le premier contre l'ennemi. Eschyle

1. Combien grandes sont lexactitiule et la minutie dLIérodote en pareille matière, c'est ce que démontre assez le VII, 87, dans lequel à propos de la place d'une petite division arabe à dromadaires il explique : 'ApâSio; Si lï/axo; iTc:-ztt2/aT0... ïva [AT, -so&io'.xo t6 ■--■.xùv.

S-i^i LA BATAILLE DÉCISIVE

raconte que « l'aile droite marchait la première en bon ordre; le reste de la flotte suivait » '. Il n'était plus temps d'éviter le combat. « Déjà les proues d'airain se beurtent; un navire grec commence le choc >> -. Il faut avouer que pour la marcbe en avant au moins, Hérodote rapporte les choses diiïéremment. Il y a eu d'après lui une marche en avant générale du front de bataille tout entier, signalé par un très énergique : « A ce moment les Grecs font porter tous les navires en avant » ^] riposte des Perses qui marchent immédiatement contre les Grecs; ensuite le mouvement rétrograde de ceux-ci, et linalement attaque d'Aminias et engagement général. Les Grecs pendant les premières phases du combat, ne se décollent, pour ainsi dire, presque pas de la cote de Salamine ; c'est manifeste chez Hérodote ; ils ne font pas une conversion pour aller former un front enlre Kynosoura et Aegaléos comme le veut Diodore, leur droile n'avance pas la première comme le veut Eschyle ; tout au contraire, elle se trouve sur la défensive pendant toute la bataille. C'est vers la fin que les Athéniens vont la dégager de l'étreinte des Ioniens.

Il faut se résigner à admettre que le plus ou moins de valeur du récit d'IIérodote, qui se donna la mission d'historien de ces guerres, ne dépend nullement de la possibilité de sa conciliation sur tous les points, avec le récit d'Eschyle, généralement admis comme témoin oculaire de la bataille, avec qui, malgré tout, nous aurions une idée très vague de ce que fut cette rencontre. La valeur d'Hérodote est tout ;iutre, solidement ancrée comme elle l'est dans la suite logique dont il fait preuve et dans sa conformité avec la tactique navale de l'époque.

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