‹ La bataille de SalamineChapitre 301 sur 325 · Frits von Ostiiii, Kaitlhavli. Leipzig. t'JOii · texte numérisé non relu

Frits von Ostiiii, Kaitlhavli. Leipzig. t'JOii

Iriérarqucs, sous un dais ricliemcut broJé, au milieu des fleurs, les châles à franges d'or couvrant la poupe et traînant dans Teau. C'est le moment où son vaisseau attaque le malheureux Damasithynic. La mer agitée, la confusion de ce fouillis de vaisseaux engouffrés dans le détroit est de loute vérité. Au premier plan les navires des Barbares dans un affreux pêle-mêle, et un peu plus loin les trières grecques donnant en ordre, c'est la partie la plus réussie de cette saisissante conception. Des navires perses désemparés, panlelanis ou chavirants, des équipages épouvantés et ballant la chamade, des sinistrés les mains crispées sur les épaves ensanglantées. Quel élan, quelle vie, quelle vigueur de coloris ! La fière silhouette de Thémistocle sur la capilane d'Athènes se dessine admirablement, au milieu des épibales aux cuirasses étincelantes se préparant à l'abordage. En dernier plan, au fond, au pied du mont d'Aegaléos, on entrevoit Xerxès abattu sur son trône, enveloppé d'un nuage de douleur et de terreur, au milieu de son état-major consterné également. On ne regarde pas ce tableau sans émotion; enfant de (Irèce, le peintre y mit toule son àme '.

M. F. Gormon cependant, fit mieux encore, dans sa belle toile « Les Vainqueurs de Salamine » quj^a figuré au Luxembourg jusqu'en 1898, et qui nous semble remarquable par la grâce de l'invention, le choix des formes, Tefl'et pittoresque de l'ensemble. Par un trait de génie, M. Gormon sut enlever la première place au navire pour la donner à l'homme. Il nous met face à face avec cette vaillante jeunesse qui remporta la victoire, et qui reconquiert mainicnant son sol natal dans un délire d'enthousiasme qui nous fait Iressaillir nous-mêmes pour peu que nous ayons du cœur. Les trières ayant accosié au rivage si désiré de TAttique, les guerriers sautent lestement à terre, ou plutôt se jettent dans les bras des mères, des épouses, des

1. Présentée à l'exiiosilion interiinlidimle luarilimc de IJurileaux en 190". cette magnifique toile décorative eut h' iivàtxd prix le même jour où son auleiir quittait ce monde au Pirce. Voloiiakis lut un grand peintre de marines, qui na pas encore sa place dans les fastes ilr 1 Art, son œuvre étant impitoyableuient dispersée. La bataille de laissa a également trouvé en lui son pojntre. I,a toile de S<'l)oenbnm, si chère au vieil Habsbourg, est de Volonakis.

enfants, des parents. Tonte la population athénienne est là ; vieux et jeunes, ayant quitté Egine, Trézène et Salamine, ont devancé la flotte et vont au devant des héros qui leur reviennent après avoir battu et poursuivi l'ennemi. L'allure niarr tiale, entonnant le péan, ceux-ci avancent à présent d'un pas cadencé, faisant, de leurs jarrets de fer, trembler le sol jonché de lauriers, marchant vers la ville immortelle qu'ils vont faire renaître de ses cendres! Quelle scène pleine de vie! Oh! les beaux visages grecs, les vigoureux alhlèles, les armes élincelanles. I.cs hoplites, pentacosiomédimnes ou chevaliers avancent, fralernisant avec les rameurs pauvres thèles, mais également défenseurs de la patrie ; les longues trompettes sonnent l'attaque comme le jour de l'effort suprême. VA cette scène avec un art admirable, le peintre sait la nuilti|)lier en faisant sentir que ce n'est là qu'un épisode mille fois répété le long du rivage de Phalôre et du Pirée, oîi de tous les côtés les subtiles trières courent déposer sur la grève le flot des guerriers au milieu de la foule délirante. Le même mouvement et le môme transport se dessinent dans la brume lointaine. Et les détails aussi ne sont pas moins heureux, (^e vieux guerrier, au premier plan, chargé de son bulin, riche caban et acinaque qui sait de quel prince iranien ou indou ; ce superbe taxiarque achevai, son fier coursier stylé d'après l'hippique de Xénophon, ou les frises du Parthénon. et qui parîiît conduire le péan; ce vieux loup de mer dont les muscles d'acier imprimaient à la trière la vitesse d'une flèche ; ce jeune hoplite blessé à la jambe, mais qui serait mort plutôt (|ue de ne pas regagner triomphant Athènes en ce jour, et qui s'avance, appuyé sur un compagnon d'armes et sa femme, laquelle, tout en serrant contre son sein son enfant, legarde son époux d'un d'il de lierté et d'amoui' inelVables ; ces divines vierges d'Athènes courant au devant du cortège, des palmes à la main, agitant des sistres et de petits tambourins à grelots; tant d'autres charmants détails font de ce tableau un chef-d'œuvre, et prouvent une fois de plus les allinilés qui existent entre l'a me française et la Grèce immortelle.

La littérature et la poésie modernes furent également éprises de ce beau sujet, cojnmc jadis Plirynicus et Eschyle, et un des plus grands poètes ([iii ont jamais existé, sut évoquer par des accents sublimes son souvenir, le jour où il souhaita le réveil d'une race, courbée alors sous le plus aiïreux des jougs, et qui répondait bientùf aux vanix du poêle par une lésiirrection miraculeuse, et des actions d'éclat dignes de lliéroïque journée de Salamine.

Tant que les sociétés humaines sauront honorer les vertus civiques et l'amour du pays, tant qu'elles sej^qnt peuplées de cœurs généreux, les vers de lord Byron ' les feront tressaillir d'enthousiasme, et vibrer des mâles et saines émotions du patriotisme qui élèvent et purifient l'âme. F]lles continueront d'aller s'asseoir, avec le j)oète, près du tombeau de Thémistocle, pour entendre la vague du glorieux détroit, qui meurt à ses pieds, lui murmurer les grands souvenirs; elles continueront de rêver avec lui aux héros de Salamine !

1. Lord BjTon, Giaour, » A fragment of a turkish taie >>, p. 1. Il faut lire dans son texte anglais, et en entier le Giaour, pour goûter toute la saveur de cette mâle poésie, dont ces quelques vers laborieusement traduits donnent à peine une idée :

Nul souffle, nul sillon sur le miroir de l'eau, Là où gil l'héroïque Athénien au tombeau : Monument éclatant au bout de la presqn'ilo D'où son salut s'adresse au nautonier habile. Qui, joyeux du retour, et debout à son bord. Ramène son navire, et regagne le port.

l'ays, que le héros sauva jadis en vain.

Un Tliémislocle. un jour. |>araitra-l-il enfin ?

Approche, lâche esclave, amoureux de tes chaînes. Connais-tu celte mer, cette île, cette ruine ? C'est la mer, la cité, le roc de Salamine '. Aux armes, Pirccs I Debout. Tds du héros, du sage Allons briser les fers du honteux esclavage '. Debout I Debout '. marchons '. Allons reconquérir 1 Ce sol dont le renom ne peut jamais périr !

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