DIODORE
Une lacune dans les manuscrits qui nous ont transmis
l'œuvre de Diodore de Sicile nous prive de son exposé des
événements qui précédèrent i'irruplion de la llolte perse dans
les eaux helléniques, et nous enlève une bonne partie du tableau
des guerres médiques que l'auteur a voulu nous donner.
Néanmoins la description de la bataille de Salamine y subsiste
tout entière. Elle n'est pas de Diodore, qui la compilée
d'Ephore, historien du iv^ siècle ', élève d'Isocrate. Ephore ne
parait pas puiser toujours aux mêmes sources qu'Hérodote;
quoiqu'il y ait des soupçons très fondés qu'Ephore se servit en
général du récit des guerres médiques de cet historien -.
Cela ne l'a pas empêché, étant un des historiens venus après
Thucydide, d'imiter ce dernier et d'exclure de l'histoire les
causes surnaturelles ^ On trouve ainsi à juste titre, chez
Ephore, un système fort louable et supérieur à celui d'Hérodote
qui ne pouvait être que de son temps; mais son intelligence
est bien médiocre et souvent dénature les faits rapportés
intacts et clairs par le père de l'histoire, malgré sa scrupuleuse
piété qui voit à chaque instant l'intervention divine. Car, si
Hérodote voit toujours la divinité présider aux destinées
humaines et explique les événements par cette action, il se
croit, d'autre part, la tâche de transmettre scrupuleusement,
après des recherches persévérantes, la vérité sur ces mêmes
1. Ephore, fils lie Déinuphile, de Kyiiié eu Eulidc (400-;)34 avant notre rre), Son histoire universelle comprenait trente livres Jlist. grec. fr. C. Millier, et Ephorus Ciitnaeus, fr. éd. Sleicr).
2. A. Bauer LUe Beniilsuiif/ bei Uiodor, Neiie Jahrbiicher lïir Philologie und P.ïdagogik Supplément, Band X, 1879, p. 281 et s.\ a démontré qu'Ephore dépend d'Hérodote et n'a \ms comme source une valeur particulière.
3. F. 7(1 (lEplinre. dans les Krag. hislor. graoc. t. I, p. Ibli.
événements. Pourvu qu'il nous donne les faits tels qu'ils se sont passés, peu nous iiiiporle s'il voit la main d'uno puissance supérieure, qui de loin dirige-lout, et s'il admet la mauifeslaliou de celte volonté par des signes, des prodiges ou des oracles.
Ainsi, Ephore, la tournure quasi moderne de son esprit mise à part, ne parait pas avoir, si nous on jugeons d'après ses fragments qui nous sont parvenus, beaucoup de qualités. Il ne se soucie pas trop d'aller vérifier dans les sources les faits qu'il raconte, de trier les traditions, d'étudier avec soin les événements militaires, qui souvent paraissent copiés et mal copiés sur Hérodote; pour s'en convaincre il suffit de relire le livre XII de Diodore '. Elfrayé des chiIVres formidables des guerres médiques, et ne comprenant pas le dogme résumant la tactique de la pbalange grecque qui consistait à briser la résistance du front ennemi, Ephore invente. 11 croit expliquer les avantages grecs en imaginant*des méthodes qui n'ont jamais peut-être hanté l'esprit des stratèges. Il suppose que leur système consiste à chercher, toujours à l'aide de la configuration du champ de bataille, à rétrécir le front ennemi, pour l'empêcher de se déployer et d'utiliser sa supériorité numérique; car ce n'est pas seulement à Salamine qu'il fait appuyer la flotte grecque sur les deux côtes opposées, et ainsi, à ce qu'il croit, empêcher la flotte perse de déborder ses ailes; mais aussi à Platées il se représente l'armée grecque livrant bataille entre deux monticules, sur lesquels, sesdeux ailes appuyées, elle défie toute menace de débordement. Or, cà Piratées, les Spartiates ont combattu à Argiopion, les Athéniens bien loin dans la plaine, et le reste des alliés, savoir le centre, tout contact rompu avec les premiers à cause de son mouvement rétrograde préalable, a combattu devant la ville même de Platées -.
Est-ce qu'il invente encore quand il [)nrle ^ d'une alliance
1. La plupart des récits compilés par Diodore n'inspirent pas grande confiance. Ainsi la description du deuxième combat de Phnrmion à Xaupacte est singulièrement incohérente (Diod. Xll, 'f8).