OBJET DE CE TRAVAIL
seulemeni, procéder avec prudence, car en fait de marine militaire la diiïérence est énorme entre ce qui existait autrefois et ce qui existe aujourd'hui. Comparons sans confondre. La marine moderne, d'un tirant d'eau considérable, fuit constamment la côte. Dotée d'armes de jet puissantes, elle est tenue à la tactique des grandes distances. Constituée d'unités colossales, elle n'aime pourtant pas les trop nombreux équipages et elle se contente de contingents relativement faibles, mais longuement et patiemment instruits. Ses états-majors ont une préparation toute scientifique. Par contre, la marine à rames des anciens ne se détache pas, pour ainsi dire, de la côte, sur laquelle à chaque moment elle est bissée; formée d'unités innombrables mais fragiles, d'un tonnage insignifiant, elle regorge d'équipages, dont une partie seule, la plus faible, est réellement composée de gens de métier. Ses étatsmajors ne possèdent qu'une science nautique élémentaire, mais, vu la masse de ses équipages, ses chefs doivent être de véritables conducteurs d'hommes, savoir manier les masses comme un divisionnaire de cavalerie ou d'infanterie; et c'est là le secret du succès d'hommes placés à la tête des grandes escadres et qui pourtant n'avaient jamais, pour ainsi dire, quitté leurs éperons ; tels don .luan ou Cimon, AttiliusRegulus ou l'impétueux empereur de Byzance, Léon 111 Tlsaurien. Les navires de la marine des anciens, privés d'armes de jet importantes, mais armés d'éperons redoutables, — on dirait autant de béliers flottants, — étaient aptes à mener des corps à corps, à se jeter dans la mêlée et à porter des coups furieux. De plus, ayant la faculté d'aborder aisément la côte, ils pouvaient jeter rapidement sur la terre ennemie leurs innombrables équipages, transformés du coup en colonnes d'infanterie. Très souvent, pressés par l'adversaire, ils opposent une résistance irréductible, en s"appuyant sur le rivage bordé de troupes amies.