C. N. Rad'is, Lu Ilulaillp de Salamine
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Vives que sur le ponl ; les soldats sont ainsi entassés et les matelots gènes de partout. On peut s'imaginer ce qui se serait passé sur les Irières de Salamine, non pontées, où les matelots n'auraient eu pour se mouvoir que la coursie étroite qui se Irouvait entre les deux rangées des thranites. N'y eût-il aucun renseignement légué par l'antiquité à cet égard, le doute ne serait pas permis ; mais les témoignages sont nombreux '.
Ces batailles, remarque Végèce avec raison, se livrent génélalement par temps calme; les navires n'y déploient pas leurs voiles; ce sont les bras des rameurs qui mettent la masse en mouvement, c'est l'impulsion des rames qui enfonce le rostre dans le flanc du navire ennemi, c'est encore elle qui soustrait la coque au choc dont on la menace ^
Très souvent les monuments ligures représentent la trière non seulement sans voile, mais aussi sans mât. Sans doute le mât existe, mais il est abaissé et repose dans la mesodme. Cette mesodme a été inventée, on peut en être certain, pour le combat. Tous ces monuments se rapportent à une époque postérieure aux guerres médiques ^, et môme aux campagnes d'Alexandre. Si donc aux guerres des successeurs d'Alexandre on ne se battait pas les mâts hauts, pourquoi se serait-on battu ainsi aux guerres médiques, où l'éperon joue un grand rôle, où par suite, l'agilité du navire doit être plus grande, à quoi contribuerait le couchage du mal dans la cale.
Il faut dire un mol de la peinture des llottilles de trières pour compléter leur physionomie.
Hérodote dit * qu'à l'origine, les navires étaient enduits
1. T. Live XXVI, 39. Dion Cassius, XXXV, 44. Breusing. oj). cil., trad. fr. de Jules Vars, p. 97.
2. Vegèce, V, 13. Cf. Jurien de la Gravière, La Marine des Empereurs el les flottilles des Golhs.
3. Cependant sur les bas-reliefs ég3-ptiens, rendus dernièrement à la lumière par les fouilles de M. Ludwig Borchardt dans la pyramide de Sahouri, les navires de guerre de pharaon sont ligures les mâts abaissés au moment oii ils reviennent du combat chargés de prisonniers et de butin. Ces représentations se rapportent à une époque antérieure à la bataille de Salamine.
4. Hérodote, IIF, 58 : tô ôèiraXa-.ôv à^affai a: vie; è'^av \xr^i:\vih^.
de minium. Il s'en suit qu'aux guerres médiques, ils n'étaient "plus corn rïîe aux temps homériques u'.ÂTOTîàpr.o'..
Chez Homère, les épithètes u'.XTo-àpr.o;, '^o'.v.xoTràpr.or, galère aux joues rouges, et |j.£Aa'.va, noire, — dans TOdyssée le même vaisseau est appelé noir et a la proue bleue, xjavô-pojco;. — prouvent que la couleur doit avoir été limitée aux Trapv^a ou l'avant; c'est-à-dire que les plus anciens vaisseaux grecs n'avaient des touches de couleur (jii'à la proue. Le reste de la coque était très probablement noirci au goudron. Eschyle appelle les trières perses qui combattirent et périrent à Salamine, x'javw-'.oa; ; étaient-elles bleues, étaient-elles noires?
Cependant la trière de Salamine ne paraît pas encore être celte superbe trière du temps de Périclès, véritable objet d'art, en harmonie avec l'ambiance esthétique dans laquelle elle vivait. Ce n'était que le commencement. La Grèce venait à peine de recevoir des mains barbares les constructions navales, comme elle en avait reçu l'architecture et l'art pour les améliorer et les embellir. Le génie atlique n'avait pas encore donné au long navire à rames son empreinte, ne l'avait pas encore transformé en cette coquette, subtile et puissante galère qu'elle a été depuis. Des métopes du vieux Parihénon, incendié par le Oojp'.o; Xerxès, aux beaux dieux arrachés et mutilés par le sacrilège Elgin, il y a un abime. Au moment de la bataille de Salamine, l'architecture navale phénicienne surpassait de beaucoup encore l(js"conslructia&s^grecqïïès'et îe^our n'était pas encore venu Ôiî, avec tnrtégitime orgueil, l'Athénien pouvait répondre à celui qui lui demandait : « Quel est votre pays? ». « Le pays d'où viennent les belles trières ■) '.
Le vaisseau de ligne des guerres médiques est sous tous les rapports inférieur au vaisseau de ligne de la guerre du Péloponèse et à celui du temps de Philippe. Toutefois le spectacle de ces nombreuses flottilles, tant grecques que barbares, était beau. De tout temps la trière fut coquette et aima la parure. Il faut remonter jusqu'au temps de Pierre Puget, « décorateur
1. Aristopliane, Oiseau r, 108 : flooï-^) to -fv/o;: — 'Cl9î/ a'. -ro'.loci; a'. xaXai.
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naval », du génial Pugct du .Miloii de Crotono, qui fut uno dos gloires du siècle de Louis XIV, pour avoir l'idée de celle eslhéliquc sur laquelle la marine ackielle ne peut plus nous renseigner. L'artiste français n'aurait pas été un grand sculpteur de statues, qu'il serait déjà glorieux par les figures mises par lui à l'avant des vaisseaux. Il nous semble que les artistes grecs qui décoraient les trières, étaient aussi peintres et poètes, aussi admirables dans la composition des bois sculptés que Pierre Puget '.
Cet agile et brillant navire était monté, d'après Hérodote, par deux cents hommes d'équipage -. Pour reconstituer les éléments de cet équipage, force est de recueillir çà et là les notions éparses dans les pages d'une grande partie de la litlé-
, rature antique.
J^létat-major^^jJe la trière comprenait cinq oHîcicrs : un
) triérarque, commandant en chef et spécialement chef militaire, maintenant la discipline par les soldats mariniers, les épibates, et dirigeant le combat; un capitaine, chef des timoniers et des matelots, homme de métier, commandant les manœuvres, exécutant les ordres du triérarque. Cet officier était appelé xu6i-pv/^r/;ç, littéralement le gouvernant du navire. Le troisième officier supérieur était le kéleuste, xcàsjtt/j^, chef de la
I chiourme,le directeur de la vogue, le terme signifiant l'homme
1. M. Auquier, conservateur du Musée des Beaux-Arts de Marseille, a donné, il y a quelques années, sous le litre de Pierre Ptigel, décorateur naval, une étude très complète sur les travaux du grayd artiste à l'arsenal de Toulon avec une série de dessins de décoration et cinquante-six planches. Le dessin du vaisseau <( Monarque >> est (]"une richesse extraordinaire avec ses chevaux marins, ses sirènes, ses divinités, ses cariatides, ses ligures allégoriques. Celui du « lîoyale- Thérèse » est d"un mouvement splendide avec ses tritons, ses amours, ses palmiers, ses lanternes. Quant à la marine à rames, à toute époque elle aima le luxe (voir l'arrière des navires puhliés.dans VArchaeol. Zeiliing, année XXIV, oct. et noY. 1866, Schiffskampfe auf Reliels, par Otto Jahu, pi. CCXIV. Cf. Athén., Y, 37. Ovid. Fast, IV, 21o. Valér. V\. I, 129 et suiv.). Une visile aux superbes collections de Venise, c|ui nous montrent ce qu'était une pcmpe de galère avec ses lions d'or, sou fanal de commandement, ses orneniculs variés, peut seule donner une idée delà magnificence et du goût artistique dune marine à rames.
2. Hérodote VIII, 17 : KAcivir,; o 'AAxiêiâôîw... ijToaxîJîTO àvSpiji iz 6if,/.0ïi- O'.si y.xl o:xT|'!'yj vT,t.
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LE iXAVIHK m: COMBAT / 91
qui crie le •/.ikvjuu.y., les commandemenls selon lesquels les rameurs manœuvraient. Le kéicustequi se tenait vers l'arrière du navire, en bas et en avanl de la -'/p£;c'.p£a-'la, au niveau des rameurs et face à eux, recevait les ordres du Iriéiarque par lintermédiaire du xuêsov-z-Tr.,?. Le triérarque donnait des ordres généraux, d'après lesquels le x'jêspvrjTr,;; faisait travailler tout le monde. Le Totopà-TYi^;, rolficier de la prone commandait spécialement les matelots et faisait fonction de second ; enfin, un officier d'intendance complétait rélat-major de la trière. Il parait certain que telle l'ut l'organisation du commandement à toutes les époques de riiistoire des trières. i Ç -f/^^
Il y avait encore les -ro-z/apyo'., sous::otlici ers surveillant. Les '>, rameurs de deux bordées, rameurs eux-mêmes comme les /lonevoglies ou les espaliers dans les galères. Au temps des guerres médiques comme après et pendnnt toute la durée de l'existence de la marine à rames, l'équipage d'un navire de guerre se divisait en trois catégories : les rameurs, les matelots et les épibates. L'équipage se composait de 174 rameurs divisés en babordaisct en Iribordais osE'.ÔTO'.yot. et àp'.TTspoTO'.yo!.', Quant au nombre de rameurs composant cliaquc file horizontale, il faut, pour l'établir, avoir recours aux Inscriptions Navales^ à défaut de sources plus anciennes. Elles nous donnent à ce sujet des renseignements précieux - ; Cartault en conclut qu'il y avait dechaque côté de la trière 31^ rameurs thranites, 29 zygites, et 27 thalamitos.
11 v avait aussi un petit nombre de matelots pour manœu- vrer les voiles, les ancres et les gouvernails. Les cbi(Tresde20 et de 17 qu'on leur donne nous paraissent exagérés, l'équipage jie comptant en tout que 200 hommes. Le nombre d'épibates, ijiii,^n cas d'abordage, défendaient le pont ou sautaient sur ijelui de l'ennemi pour s'en emparer, flottait entre 10 et 40 soldats, qui formaient aussi la garnison du navire et la compagnie de débarquement, comuic plus t;iril dans les flottes